Au sud de la frontière, à l'Ouest du soleil
Haruki Murakami
éditions 10/18
Hajime, enfant unique, n'a jamais pu oublier son amie d'enfance, Shimamoto-San, elle aussi fille unique. Pourtant le temps et la distance les ont conduits à s'éloigner l'un de l'autre. Quand ils se retrouvent, à l'approche de la quarantaine, leurs vies à tous deux ont pris des directions radicalement opposées: Hajime est marié et heureux en ménage, père de deux petites filles. La vie de Shimamoto-San quant à elle est nimbée de mystère et la jeune femme semble traverser le monde en le fuyant. Pourtant, dès que ces deux-là se retrouvent, c'est comme si la vingtaine d'années derrière eux s'était effacée et les voilà prêts à entamer une histoire qui risque de faire voler leurs existences en éclats...
Pour ne rien vous cacher, j'ai trouvé cet article horriblement difficile à écrire, ne sachant comment aborder l'oeuvre. Au sud de la frontière, à l'Ouest du soleil ne fera pas partie de mes ouvrages préférés de Murakami; le roman est très court, si bien que les personnages, esquissés, ne touchent pas vraiment. Or, l'histoire repose essentiellement sur ces amants impossibles que la vie a séparé avant même de leur laisser une chance. En effet, dès le début, le lecteur sait que la relation de ces deux-là est vouée à l'échec. Au sud de la frontière, à l'Ouest du soleil est aussi l'histoire d'une obsession. Hajime vit sa vie en rêveur éveillé, cherchant Shimamoto-San dans chacune des femmes qu'il croise. ce n'est qu'en retrouvant son amour d'enfant qu'il revit. De son côté, la jeune femme avoue n'avoir jamais pu oublier Hajime. C'est en revanche ce récit de l'amour obsessionnel que Murakami parvient à rendre avec une extrême justesse et sans lourdeurs: une chanson que le narrateur écoute car elle lui rappelle Shimamoto-San, une femme qu'il suit dans la rue car elle ressemble à son amour perdu... Autant de petits cailloux semés tout au long de l'histoire qui nous montre que Hajime, bien que marié et père de famille ne fait qu'attendre le retour de son âme soeur. C'est la conception d'un amour exclusif, passionné, auquel fait écho un amour conjugal tièdasse mais confortable affectivement et financièrement. Dommage; comme je l'ai déjà dit, le trait est à peine esquissé, les personnages paraissent fantômatiques (ce qui est peut-être d'ailleurs le but recherché) et si le style de Murakami est brillant (comme à son habitude) il ne m'a pas apportée la même émotion que lors de ma lecture de Kafka sur le rivage. C'est encore une fois une jolie tragédie, à la Roméo et Juliette pour le coup, mais trop froide pour me laisser des souvenirs durables...