Le dernier orc
Silvana de Mari
J’ai compris mon erreur dès la première page en m’apercevant que l’auteur avait déjà écrit un premier roman auparavant, intitulé Le dernier elfe. Si Le dernier orc peut se lire séparément de ce dernier (la preuve en est, c’est que cela ne m’a posé nul souci existentiel de compréhension) certains personnages reprennent leur histoire là où ils l’avaient laissé, et cela peut quelque peu perturber un lecteur non averti.
Le roman commence par l’histoire de Rankstrail qui, pour subvenir aux besoins de sa famille, s’est engagé chez les mercenaires. Nous sommes bien entendu dans un pays imaginaire (ah l’éternelle carte géographique du début, la marque du livre de fantasy !) dirigé par un homme à moitié fou qui se fait appeler le grand Juge Administrateur. Rankstrail, doté d’étranges capacités, devient rapidement capitaine de ses hommes et se met en devoir de chasser les orcs de la région. Mais c’est sans compter sur le grand Juge Administrateur qui, lui, ne convoite qu’un seul ennemi ; Yorsh, le dernier des elfes. Manque de chance, Rankstrail n’est pas bête et, lors de la confrontation avec Yorsh, il ne peut se résoudre à l’éliminer et laisse ce dernier filer avec un groupe de réfugiés.
Puis, l’histoire bifurque et revient sur Yorsh justement et sur les huit années qu’il va vivre dans sa cachette (normal car pendant ce temps-là, le brave capitaine croupit en prison pour avoir désobéi aux ordres) Arrivé à ce stade, le lecteur regrette de ne pas avoir lu le premier tome car le récit fait allusion à des événements passés qu’il aimerait pouvoir comprendre. Ceci dit c’est un détail mineur. L’action reprend. Yorsh, mais surtout sa femme et sa fille, sont contraints de retrouver le monde pour l’aider à se débarrasser une bonne fois pour toutes des orcs. Heureusement, Rankstrail sera vite là pour leur filer un coup de main. Beaucoup de bagarres, quelques longueurs dans des discours parfois un peu mièvres et un suspens assez redoutable…
Je pourrais dévoiler toute l’intrigue. Je ne le ferais pas pour une seule raison, ’est que le roman m’a beaucoup plue. J’étais très réticente en commençant, car les histoires d’elfes et d’orcs me paraissaient assez réchauffées. Il n’en est rien ! L’auteur s’empare de tous les stéréotypes de la fantasy pour se les approprier sans pour autant les déformer. Les elfes ne sont pas si merveilleux ni les orcs si redoutables ; même les hommes paraissent capables d’humanité ! La violence est présente mais elle n’est jamais gratuite ; il ne s’agit pas de faire une apologie de la baston mais plutôt d’en montrer les effets pervers tout en reconnaissant parfois son inévitabilité. Enfin, on appréciera la touche d’humour qui fait que le glorieux héros, le capitaine, a un cheval tout juste bon pour la casserole et brise près d’une demi-douzaine d’épées pendant tout le roman, ou encore que la légendaire créature, le Phénix, se révèle être un poulet braillard qui manque de finir dans une marmite. Le style est fluide, agréable, bien que parfois un peu pompeux. Il y a bien une touche de mièvrerie, surtout sur la fin mais elle passe très facilement.
Les romans doivent avoir plusieurs fonctions de mon point de vue, et ce selon leur genre. Un roman de fantasy a pour objectif principal de nous faire échapper de la réalité. Donc, puisque qu’en lisant Le dernier Orc, je me suis prise tour à tour pour une elfe, une reine sorcière ou même un guerrier barbare, je suppose que le livre a parfaitement rempli ses objectifs. Un pur moment de plaisir et je n’ai qu’un regret ; ne pas avoir lu le premier tome ! Oubli qui je le gage sera vite réparé…