La horde du contrevent
Alain Damasio
Ok, le titre est pourri, on est d’accord. Et la preuve, c’est que jamais je n’aurais eu l’idée de lire un roman pareil si mon frère ne m’en avait pas parlé. Mais après le « Il paraît que c’est génial » j’étais curieuse de découvrir Damasio.
Le roman oscille entre fantasy et science-fiction. Ils sont 23 à former une horde ; il y a Golgoth, le chef, un caractériel brillant mais un peu dérangé, il y a Caracole, le troubadour énigmatique, Pietro le prince altier, le diplomate de la bande, Erg, le combattant protecteur… 23 personnes, qui dans un monde balayé par des vents sont en quête de l’Extrême Amont, le bout du monde, en quête d’un paradis et de l’origine des vents.
La question qui se pose très vite est « pourquoi » ? En effet, si toutes les quêtes des romans de l’imaginaire sont motivées par des nécessités impérieuses (genre sauver la terre du Mal absolu ou la princesse greluche) il apparaît très vite que la quête des personnages de Damasio s’apparente à celle du Graal ; aucune certitude, aucune nécessité si ce n’est la gloire et l’immortalité. La horde du contrevent (car tel est son nom) risque à plusieurs reprises sa vie pour contrer les vents, non pas par obligation mais pour apprendre à les connaître ! Quête du savoir que reflète bien le personnage de Sov le scribe ou encore le troubadour dont les fonctions à première vue ne paraissent pas indispensables.
C’est paradoxalement cette quête de l’absurde qui fait tout son charme à une histoire narrée tour à tour par chacun des divers protagonistes. Depuis le grand Golgoth jusqu’à la petite dernière, Coriolis, chacun y va de son point de vue dans un mélange de voix qui fait écho au bruit du vent, le personnage principal du roman. De ce fait, on s’attache à chacun des membres du groupe à travers un périple qui ceci dit en conduira plus d’un à la mort. Je dis juste ça pas pour vous dégoûter mais pour vous prévenir : nous sommes loin d’être dans la fantasy traditionnelle avec le happy end de rigueur et le manichéisme bon teint : Erg est un assassin, Golgoth un malade mental, Callirhoé une nymphomane.. L’important est qu’on ne peut les limiter à une définition simpliste et qu’au-delà des étiquettes, nous avons des personnages profondément humains avec qui nous partageons joies et douleurs.
Bien plus, ce qui caractérise La horde du contrevent, c’est sa qualité d’écriture. Nous ne sommes pas dans le registre du facile avec de la bonne grosse action ponctuée ça et là de quelques pointes d’humour, typiquement littérature de l’imaginaire. J’ai déjà souligné l’originalité de la narration ; il faut également noter la richesse du champ lexical et un style soigné qui ne tombe pas pour autant dans le précieux. Bref, une lecture fluide qui contribue à nous faire immerger dans un univers de science-fiction fascinant (villes flottantes, matériel de pointe, personnages dotés de pouvoirs surnaturels) et ne nous coupe jamais dans une action soigneusement dosée mais toujours terriblement prenante.
Vous l’avez compris : j’ai adoré ce livre et je ne peux que le recommander, même à ceux qui ne sont pas forcément adeptes de la littérature de l’imaginaire. Quant à moi, je suis disposée non seulement à acheter La horde du contrevent pour ma bibliothèque personnelle, mais également à aller trouver d’autres livres de Damasio si tant est qu’il en ait fait d’autres. Dernier petit conseil de lecture : au début, gardez bien sous le coude le marque-page dans le livre pour vous aider à comprendre qui prend la parole et, pour le reste… profitez-en !