Babylon babies
Maurice G.Dantec
Un jour mon grand frère m’a dit : « Tiens, plutôt que de lire des histoires débiles où des trolls s’entretuent, avec des intrigues moyenâgeuses, pourquoi ne pas lire de vrais ouvrages de science-fiction comme Dantec ? Il paraît que c’est bien. »
A noter le « il paraît ».
Donc du coup pris d’une bonne volonté sans pareille, je me décide à lire un ouvrage de ce fameux Dantec. Bonnes critiques, bonne réputation… Va pour Babylon babies, le titre a l’air sympa et surtout c’est le premier que je trouve en pile.
L’histoire commence de façon confuse par un mercenaire, Toorop, amateur de Sun Tzu, en train de tuer gaiement d’autres soldats dans le désert (on s’éclate comme on peut) Pour qui travaille-t-il, j’ai déjà oublié, pour les terroristes ou pour les autres ? Bref, ça change rien au fait qu’il récite des prières en assassinant ses ennemis et médite sur la stratégie en les regardant se faire bouffer par les charognards. Suit une longue tirade géopolitique confuse mêlant technique militaire et philosophie à trois sous. A ce stade la stupide femelle que je suis et qui n’éprouve absolument aucune once d’intérêt pour cette vaste boucherie que l’on nomme guerre et tactique (y a vraiment que les hommes pour se passionner pour Sun Tzu ou Jules César) regarde par la fenêtre et se demande 1) si ce livre est réellement de la science-fiction 2) ce qu’il y a à la télé ce soir.
Mauvais départ. Mais soyons opiniâtre. Passons l’entrée en scène d’autres personnages aussi ennuyeux que le premier (des mafieux sibériens, c’est fou d’avoir l’impression de lire de la SF qui se déroule en pleine guerre froide) pour arriver au cœur du récit. Notre soldat, Toorop, est chargé d’une mission par les mafieux en question : emmener et garder au Canada pendant quelques mois une jeune femme énigmatique, Marie Zorn, et ce jusqu’à ce que des « clients » viennent la récupérer. Ne loupez pas ce passage, c’est assurément la partie la plus réussie du livre, celui qui se passe quasiment en huis clos avec Toorop, Marie et deux acolytes chargés eux aussi de surveiller la jeune femme. La question est : que représente Marie, qui plus est schizophrène, pour qu’elle soit si précieuse ? Ou plutôt : que transporte-t-elle ? Rassurez-vous ceci dit, l’intrigue est vite éventée, des fois qu’on pourrait y trouver un intérêt. Notre seule personnage féminin à peu près attachant de l’histoire (toutes les autres sont soit des bombes sexuelles soit au contraire de vilaines frigides dominatrices et castratrices) se révèle être enceinte de jumelles clonées pour le compte d’une secte qui espère conquérir l’espace avec une nouvelle race d’êtres supérieurs.
Huuum… Vous êtes toujours là ? C’est beau. Bref, suite à de nombreuses crises de schizophrénie, les employeurs de Marie décident de la supprimer, mais elle, grâce à ses jumelles en contact avec l’ordinateur-mère et le logiciel tout puissant, ou alors grâce à ses multiples personnalités, bref, on ne sait comment, elle parvient à rendre ses gardes du corps fous et à s’enfuir. Et après…Ben comme c’est une faible femme enceinte forcément, elle se fracasse le crâne dès qu’elle en a l’occasion mais, heureusement se fait récupérer par une autre secte (ou la même peut-être ?) qui la soigne pour qu’elle accouche. Toorop lui aussi atterrit dans cette secte et fait connaissance avec un écrivain de SF Dantzig (monsieur Dantec, ne seriez-vous pas un brin mégalo ?) qui prédit le futur dans ses livres et l’avènement d’une nouvelle race clonée supérieure. Suit une passionnante conversation entre les deux personnages sur le clonage, l’informatique et la stratégie militaire, passionnante conversation que je ne serais malheureusement pas en mesure de vous retranscrire car elle se mêle bizarrement à celle de mon petit écran où l’agent Gibbs explique à sa supérieure que le corps qu’il a retrouvé n’est peut-être pas celui de leur présumée victime.
Fin du supplice littéraire. Marie accouche mais meurt (il faut bien un sacrifice… Ah tiens, mince je viens réaliser la connotation biblique du prénom du personnage, pourtant pas subtile. Décidément ce livre m’a touchée) et donne naissance à ses jumelles. Toorop se sent aussitôt l’âme d’un père car il est entré en contact avec le cerveau de la mère via un logiciel super puissant et du coup se sent en communion spirituelle. Il prend en charge les deux enfants tandis que le monde commence à s’écrouler autour de lui. Mais on s’en fout, tout ce qui importe c’est que ce foutu roman se termine.
C’est super non ? Un délire informatico-stratégigo-scientifique saupoudré d’une bonne dose de new age. Un ouvrage de science-fiction qui sent déjà le rance et d’un ennui mortel. J’aurais peut-être dû lire autre chose de Dantec, peut-être Les racines du mal. En attendant, mon frère peut râler tant qu’il veut : je retourne à mes trolls tueurs et mes auteurs de fantasy qui eux, au moins, ont l’avantage de ne pas se prendre au sérieux…