Dexter revient !
Jeff Lindsay
Je connais désormais mon héros parfait de roman policier : ce n’est pas le brillant inspecteur au service de la loi, ce n’est pas la brute épaisse au grand cœur qui jure mais qui enlace gauchement sa promise, ce n’est même pas le loufoque commissaire Adamsberg, héros de la plupart des récits de Fred Vargas (et pourtant qu’est-ce qu’il est bien !) Non, mon héros, je le confesse humblement, est un psychopathe qui se nomme… Dexter.
J’ai découvert le personnage de Dexter par le biais de la série du même nom et, séduite par cette dernière, je me suis penchée sur les livres qui ont généré l’adaptation. Pour ceux qui ne connaîtraient pas, voici un petit résumé ; Dexter est en apparence un gentil garçon, bien sous tous rapports. Expert judiciaire spécialisé dans le sang, il ramène chaque matin des beignets à ses petits camarades et courtise la gentille Rita, ex femme battue mère de deux chérubins. Ce que tout le monde ignore, c’est que Dexter est un psychopathe, froid et insensible. Incapable de ressentir des émotions (l’amour, la pitié, etc. lui sont des notions étrangères) il passe son temps à feindre et n’éprouve qu’une seule pulsion : le besoin de tuer. Mais, élevé par son père adoptif Harry, policier, Dexter a été éduqué afin de tuer uniquement « ceux qui le méritent ». Ainsi, il passe son temps à traquer des meurtriers comme lui qu’il découpe soigneusement en tranches, assouvissant de la sorte ses besoins coupables en toute bonne conscience. Un ange de la mort un peu particulier si vous préférez…
Dans ce roman (qui est le second de la saga) Dexter se voit réfréné dans ses élans : à la suite de la mort d’une de ses collègues (bon elle il avait été forcé de l’assassiner car elle avait découvert qui il était) il tombe sous la surveillance de l’agent Doakes, le seul de l’équipe qui semble ne pas avoir succombé à son charme et qui est bien déterminé à le démasquer. Hélas pour notre pauvre Dexter condamné à traîner sur le canapé de Rita en sirotant des bières au lieu de se livrer à ses petites activités nocturnes ! Le destin cependant vient à sa rescousse ; un mystérieux individu enlève des personnes qu’il découpe méticuleusement, poussant la perversion jusqu’à les laisser en vie du début à la fin. Peut-on parler de tueur en série quand la victime est encore vivante mais qu’il n’en reste plus que le tronc et la tête ? (mais pas la langue, ni les dents, ni les lèvres. Faut pas pousser non plus ! Ah pas non plus les oreilles) Très vite, par le biais de sa sœur Deborah, elle-même policier, Dexter se retrouve mêlé à l’affaire, une affaire qui, qui sait, pourrait peut-être lui permettre de se débarrasser de l’agent Doakes sans se salir les mains…
Autant vous prévenir : c’est très cynique. Si dans la série Dexter semble être parfois humain, il n’y a rien de cette humanité dans le roman. Ecrit à la première personne, le récit est cependant plein d’humour et de verve, jouant sur le décalage entre les actions du personnage et ses sentiments réels. Dexter est un monstre, il l’admet volontiers, mais un monstre courtois qui est très gêné d’enfreindre les lois de la vie quotidienne et qui a une sainte horreur du sang. Ses efforts pour paraître « normal » donnent lieu à de grands moments de comédie, notamment ce passage où, incapable d’avouer une méprise à Rita, il se retrouve fiancé à cette dernière sur l’heure. L’intrigue a l’avantage d’être originale (vous en connaissez beaucoup vous de romans avec des victimes encore vivantes ?) et le style est vivant, ironique et volontiers corrosif. On pourrait croire que la philosophie de Dexter « Je tue ceux qui le méritent » donnerait lieu à de pompeux discours sur le prix de la vie et à une revendication plus ou moins douteuse de la peine de la mort (en gros : le héros n’est pas vraiment méchant puisqu’il tue les méchants) mais il n’en est rien. Pour l’auteur, il ne fait aucun doute que Dexter est un monstre, ni pire ni meilleur que ceux qu’ils tuent. Dexter d’ailleurs ne justifie absolument pas ses actes : il se contente, comme Harry le lui a appris, à leur trouver un exutoire plus ou moins satisfaisant…
Dénué de bons sentiments larmoyants, captivant tout en étant très drôle, j’invite donc tout le monde à découvrir Dexter, tant en série qu’en roman d’ailleurs, ne serait-ce que pour satisfaire le petit monsieur Hyde que nous avons tous en chacun de nous…. Ames sensibles s’abstenir !