Seul le silence
R.J Ellory
Editions Sonatine
Joseph Vaughan n’a pas beaucoup de chance dans la vie ; à l’âge de douze ans, son père meurt, le laissant seul avec sa mère. Nous sommes en 1939, en Europe c’est la guerre mais Joseph ne suit les événements que de loin comme la plupart de ses compatriotes. Dans sa petite ville du sud des Etats-Unis tout ce qui le préoccupe ce sont ses amis, rares, et les cours de sa jolie institutrice, Alexandra Webber. C’est alors qu’une de ses camarades est retrouvée morte, puis une deuxième, puis une troisième… La liste des meurtres s’allonge tandis que les corps sont de plus en plus mutilés. Qui est le responsable d’une horreur pareille ? Un étranger, un habitant de la ville ? Joseph après avoir lui-même découvert le corps de l’une des petites filles jure de tout faire pour protéger les autres, en particulier la petite Elena Kruger, son amie d’enfance. De ce fait il se retrouve embarqué dans une histoire qui va le hanter pendant plusieurs années. Qu’il le veuille ou non, son destin et celui de sa mère semble à jamais liés à celui de ce meurtrier fantôme et ce jusqu’au face-à-face final.
C’est un roman policier extrêmement déroutant et très sombre. Si vous trouviez de l’attrait aux tueurs en série, l’auteur vous rappelle aimablement la réalité de la chose : le meurtre n’est jamais une affaire raffinée et les scènes décrites (viols et meurtres des fillettes, découverte des corps) sans verser dans le gore ou dans le spectaculaire n’en sont pas moins glaçantes. Mais au-delà de l’aspect policier, nous avons un roman que je qualifierai presque d’ « anti-apprentissage » : Ellory nous raconte en gros l’histoire d’un petit garçon qui va devenir un homme et même partir pour New-York et qui pourtant n’évolue pas : il reste amoureux de son institutrice, il est obsédé par le tueur en série de son enfance, obsédé par la promesse qu’il a faite à Elena…. Un personnage complexe au milieu d’une galerie de portraits brossés avec justesse : l’Allemand de la ville, soupçonné aussitôt car c’est lui « l’étranger », le shérif qui tente bien que mal de faire régner la loi dans un monde encore un peu frustre plus adepte de la chasse aux sorcières qu’autre chose, la mère solitaire, le vieil ami bourru… Et parmi eux, le meurtrier.
Seul le silence n’est pas vraiment un roman à suspens : si vous êtes relativement perspicace, vous trouverez facilement le tueur. En revanche je n’ai jamais lu un roman policier aussi bien écrit et aussi bien construit. Le style est poignant et l’on ne peut que compatir aux malheurs de Joseph Vaughan à qui en près de 500 pages il arrive plus de déboires qu’à tous les héros du genre réunis. Ça pourrait vite tomber dans la surenchère (et pour être totalement franche, quelquefois ça la frôle) mais Ellory l’évite en jouant sur une sobriété d’écriture qui n’en contraste que plus avec le sujet traité. De ce fait c’est émouvant et plutôt prenant. C’est la première fois que l’auteur est traduit en France mais gageons que ce ne sera pas la dernière. Le tout, si ses autres romans sont du même acabit, c’est de prévoir les kleenex…