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De la tragédie de la vie

Kafka sur le rivage

Haruki Murakami

Editions 10/18

 

 

Un jeune garçon de quinze ans, frappé d’une malédiction, décide de quitter la maison de son père et atterrit dans une bibliothèque privée. Parallèlement, un vieillard un peu simple d’esprit suite à un coma dans son enfance, spécialisé dans la recherche des chats, se retrouve impliqué dans un meurtre… Chacun d’eux se lance dans un voyage qui les conduit tous les deux à une même personne, le fantôme d’une adolescente qui contemple par la fenêtre la mer et guette le retour de l’être chéri qui, malheureusement, ne reviendra jamais… Deux êtres vides qui grâce à leur quête parviendront à redonner sens à leur existence.

 

C’est ce que je peux faire de mieux en matière de résumé, désolée. Car Kafka sur le rivage est une œuvre inracontable. Récit quasi onirique, à la frontière du réel et du fantastique, tout se mêle : la mythologie grecque résonne avec l’œuvre de Schubert tandis que le folklore japonais fait écho aux œuvres plus modernes de Soseki. Esprits fantômes, musique classique, amours impossibles et prédictions funestes… Il y a de tout ça et plus dans ce roman où une narration crue alterne avec le lyrique. Vous pouvez penser que ce mélange doit être quelque peu indigeste : il n’en est rien. Certes le style est parfois maladroit, le récit parfois décousu. Mais, pour reprendre une expression que Murakami lui-même emploie à propos de la musique de Schubert, c’est de ces petites imperfections que naît la beauté de l’ensemble. Entrer dans Kafka sur le rivage c’est comme entrer dans l’eau. Vous marchez peu à peu, conscient que le sol se dérobe et que la réalité perd doucement de sa substance. Le récit devient de plus en plus étrange, le mystère s’épaissit. Mais c’est si bien écrit, si convaincant que, sans s’en rendre compte vous vous laissez aspirer dans ce rêve étrange où les fantômes conversent avec les  vivants et dans lequel le temps s’est arrêté. A la lisière du conte, le livre de Murakami est avant tout, comme je l’ai déjà dit, le récit d’une quête ; pour Kafka Tamura, le héros, il s’agit de se construire sa propre identité et de se libérer de l’emprise que son père fait peser sur lui. De cesser d’être un personnage de tragédie grecque pour devenir un être de chair. Pour Nakana, le vieillard, il s’agit de retrouver la part de personnalité qui lui a été volée lors de son enfance et de traverser le royaume des ombres pour retrouver la sienne…

 

Je suis sortie de ce livre plutôt perturbée. Si j’adore lire, il est en revanche très rare que je me laisse déconnecter à ce point par un roman, au point d’oublier toute réalité autour de moi. Kafka sur le rivage est sans doute moins facile à appréhender que Passage de nuit et il est possible qu’il y ait même des personnes qui y soient totalement allergique. Mais je ne saurais que trop engager les lecteurs qui sont sur le rivage à s’approcher des flots. Rassurez-vous, tôt ou tard, la réalité reviendra frapper à votre porte, mais, en attendant, c’est assez réconfortant de pouvoir envisager la vie ne serait-ce qu’un instant, comme une tragédie grecque et ainsi de nous persuader que nous ne sommes pour rien dans notre destinée…

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Q
<br /> Cela fait maintenant un petit moment que j'ai lu Kafka sur le rivage. J'ai aussi lu par la suite pas mal de romans de Murakami.<br /> <br /> Et bien, même si j'ai apprécié ce roman, il ne m'a pas autant marqué que, par exemple, "La fin des temps", "La course au mouton sauvage" ou encore "Danse, danse, danse"... Je ne saurais pas<br /> vraiment dire pourquoi. Je m'attache sans doute plus aux protagonistes de ces romans plutot qu'à Kafka : leurs caractères me parlent plus.<br /> <br /> Ceci dit, Kafka sur le rivage est un très bon livre. Je le relirai sans doute plus tard avec beaucoup de plaisir. :)<br /> <br /> Sinon, j'ai lu dans les commentaires d'un autre article qu'on te recommande de lire "Si par une nuit un voyageur" d'Italo Calvino. Je l'ai aussi lu récemment, et je ne peux qu'approuver : c'est un<br /> livre un peu déroutant au premier abord, mais il est réellement prenant et très bien écrit. Par certains cotés (notamment la frontière peu marquée entre réel et imaginaire), je trouve qu'il<br /> ressemble un peu aux romans de Murakami...<br /> <br /> <br />
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B
<br /> <br /> Bon, il faut VRAIMENT que je me procure "Si par une nuit un voyageur..." Depuis le temps qu'on m'en parle! Pour Murakami ça fait un petit bout de temps que je n'en ai pas lu. Il est temps de m'y<br /> remettre! Mais j'essaierais peut-être plutôt "Autobiographie d'un coureur de fond" dont on m'a dit du bien...<br /> <br /> <br /> <br />
J
Tout à fait d'accord. Avec Les Amants du Spoutnik, celui là est énorme. C'est léger (la traduction donne peut-être ce côté la) en narration mais l'histoire (et les personnages) est très bien organisée. Et quand tu parles de tragédie grecque, c'est exactement ça.<br /> <br /> Et il faudrait pas confondre les deux Murakami, Ryu et Haruki (meme si le coté tragique, éthéré et irréel est present chez les deux :D)
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H
D'Haruki Murakami, c'est La Fin des Temps qui m'a le plus impressionné. A intervalle de temps régulier il me faut un de ses romans. Je m'y enferme et en ressort hagard, rêveur et sourdement angoissé.<br /> Et parfois, quand mon humeur est plus noire, c'est Abe Kôbô qui m'appelle. (Le Rendez-vous secret m'a littéralement pétrifié).<br /> merci pour vos chroniques.
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B
<br /> Je suis contente de savoir qu'il y a d'autres personnes à qui Murakami fait le même effet. Je vais essayer "La fin des temps" et aussi l'autre auteur, Abe Kobo, dont vous avez parlé. Merci à vous<br /> pour le commentaire et à bientôt.<br /> <br /> <br />
L
je note, je note, j'avoue avoir eu jusqu'ici des craintes qu'il ne soit difficile à lire
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B
<br /> Non le style je trouve est tout à fait abordable, c'est l'histoire qui parfois peut un peu dérouter mais une fois qu'on est dedans, c'est magique!<br /> <br /> <br />
D
Très bon résumé, c'est super bien écrit et ça m'a une fois de plus donné envie de m'y intéresser de plus près. Le thème me fait un peu penser à un film japonais que j'avais vu sur une mère fantôme qui hantait un ancien immeuble en périphérie de je ne sais plus quelle grande ville. Je crois que ça s'appelait "Dark Water". Enfin, je vais aller voir si le livre est dispo sur amazon!
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B
<br /> Je ne saurais trop que vous encourager à lire ce livre! Par contre j'espère que vous ne serez pas déçu; en effet ne vous attendez pas à des histoires de revenants, car effectivement on peut dire<br /> que les fantômes rôdent dans "Kafka sur le rivage" mais ce n'est pas le thème essentiel du livre, tout en étant pourtant le noeud de l'histoire! Aaaah c'est très dur à expliquer! Bref, je vous<br /> laisse découvrir par vous même et n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé...<br /> <br /> <br />