Kaboul disco
2- Comment je ne suis pas devenu opiomane en Afghanistan
Nicolas Wild
Editions la Boîte à bulles
Retournons un peu à la bande dessinée, d’autant plus que je ne suis pas sûre d’y revenir avant un petit bout de temps après (ben oui, tandis que je progresse en BD, je néglige du coup la littérature jeunesse ; pourquoi, pourquoi y a-t-il autant de titres à lire ?) et envolons-nous à bord d’un avion déglingué direction Kaboul.
Je ne sais pas pour vous, mais moi, tout ce que je connaissais de l’Afghanistan il y a peu ce sont des connaissances assez sommaires : talibans, Ben Laden, attentats, guerres et autres joyeusetés. Ensuite, j’ai eu une copine qui est partie là-bas dans une ONG et qui a tenté pendant deux ans environ de me faire croire que le pays était un havre de paix et que je devrais venir la voir en vacances. J’avoue que lâchement je n’y suis pas allée, mais tout du moins j’ai pu réviser certains préjugés et avoir en tête autre chose que l’image d’un pays violent peuplé de terroristes sanguinaires.
Nicolas Wild, tout comme l’amie dont je viens de vous parler, est partie dans une ONG en Afghanistan pendant quelques années et nous raconte cette expérience dans une série intitulée Kaboul Disco. Dans ce deuxième volet : Comment je ne suis pas devenu opiomane en Afghanistan, Nicolas nous parle de la guerre menée par son organisation contre la production d’opium. Car, le savez-vous ? L’Afghanistan est un gros exportateur d’opium, d’où la nécessité d’enrayer le processus. « L’opium c’est mal » tel est le slogan adopté, un slogan qui peut paraître un peu puéril et un objectif qui peut paraître un brin irréaliste dans un pays en plein chaos : présence militaire étrangère, élections qui se font dans la violence, attentats suicides, manifestations… Nicolas et son groupe sont bien conscients de leur faible influence, mais à choisir entre faire un peu et ne rien faire, la première solution n’est-elle pas la meilleure ?
Il y a beaucoup d’humour dans cet album qui raconte la vie d’expatrié avec justesse et sans fards. Oubliez tout ce que vous croyez savoir de ces hommes et femmes dévoués qui partent à l’autre bout du monde. Les expatriés sont des gens comme vous et moi (bon Ok, beaucoup plus courageux que moi) avec leurs forces certes mais aussi leurs faiblesses et leurs petites mesquineries : des ONG qui se chamaillent entre elles, des hommes bougons, des femmes stressées et beaucoup d’alcool et de chocolat. Il y a également énormément de tendresse : Nicolas nous parle ainsi des Afghans avec qui il a travaillé ainsi que les voisins qui les ont protégés lors de manifestations anti-étrangères et ce au péril de leur propre vie. L’occasion pour nous de revoir certains préjugés (« tous des terroristes ») et de nous rappeler qu’une population peut être fichée rapidement à cause d’un petit nombre d’extrémistes.
Kaboul Disco présente deux avantages : d’une part, c’est très drôle et tout est narré avec beaucoup d’humour, y compris les situations les plus dramatiques (la fuite des expatriés pour échapper aux émeutes) et d’autre part nous avons un regard d’occidental sur l’Afghanistan volontairement naïf et très clair qui nous permet de découvrir un pays que les médias ont quelque peu diabolisé. Alors, ne soyons pas comme ce soldat de l’Otan que rencontre Nicolas et qui n’est jamais sorti de sa caserne en six mois, prenons le temps de flâner avec notre dessinateur dans les rues de Kaboul…
Ps : Ah Nicolas, si tu lis ceci par miracle, je te rappelle par contre que tu nous dois une revanche à Catéchic.