L’étrange vie de Nobody Owens
Neil Gaiman
Editions Albin Michel
Pour tous ceux qui ne connaissent pas ou redoutent de se plonger dans le fantastique, je ne saurais trop que recommander les œuvres de Neil Gaiman et tout particulièrement le roman dont je vais vous parler aujourd’hui.
Une nuit comme une autre, toute une famille se fait sauvagement assassiner par un mystérieux inconnu. Toute ? Non, car un enfant de deux ans, le dernier-né, alerté par le bruit, parvient à sortir de son berceau et à aller au cimetière voisin. Et là, l’impensable se produit : un couple de fantômes, monsieur et madame Owens, le prend sous sa protection et décide de l’élever comme leur fils. Devenu « citoyen libre du cimetière », Nobody (les fantômes n’ont guère d’imagination en matière de prénoms) grandit comme un enfant normal si ce n’est qu’il peut se déplacer à travers les murs du cimetière et voir parfaitement dans le noir. Confiné dans le cimetière car il est encore pourchassé par le tueur de sa famille, le petit garçon se lie d’amitié avec Silas, son tuteur, ni vivant ni mort, Liza la sorcière brûlée vive ou encore miss Lupescu, la gouvernante intraitable qui, tout comme Silas, ne fait partie d’aucun des deux mondes. Son chemin croisera aussi celui de cette étrange jeune femme montée sur un cheval que certains appellent la Faucheuse…
Il y a beaucoup de noirceur dans ce roman étrange et un univers qui fait irrésistiblement penser à celui de Tim Burton. Ce qui devrait être inquiétant (le cimetière, les fantômes) n’apparaît pas comme tel mais c’est au contraire le monde au quotidien (les vivants, l’école) qui devient dangereux et qui se révèle comme un immense piège pour notre héros. Le récit se présente en lui-même moins comme un roman que comme une succession de petites saynètes, permettant à l’auteur de mettre en scène justement plusieurs personnages intéressants (la sorcière enterrée en dehors de l’enceinte du cimetière, les goules, la vouivre qui garde le trésor de son maître mais aussi les camarades de classe de Nobody ou le vendeur qui veut le piéger) On retiendra notamment le très joli chapitre dans lequel vivants et morts se retrouvent lors d’une nuit pour danser ensemble la « Danse Macabre » expérience qui permettra à notre héros de comprendre à quel point la frontière entre les deux monde est ténue. Je vous rassure également, le récit est plein d’humour, humour qui naît justement du décalage entre ce qu’est dans notre imaginaire un fantôme (inquiétant, triste) et la façon dont il réagit dans le récit (la sorcière lanceuse de malédictions qui boude parce qu’elle n’a pas droit à sa pierre tombale ou encore la brave madame Owens qui apparaît comme une gentille matrone). Il y a certaines situations qui ne sont pas sans faire penser à Harry Potter, l’orphelin pourchassé à cause d’une prophétie, mais Gaiman se réclame avant tout du Livre de la Jungle (par pitié que personne n’évoque la piètre adaptation de Walt Disney) dans lequel le héros Mowgli est recueilli par des loups alors qu’il est encore bébé et se retrouve tiraillé entre ses véritables origines et son peuple d’adoption…
Bref, je n’en dirais pas plus et ne vous révélerai pas la fin du roman, qui est d’ailleurs à mon humble avis un peu frustrante et apparaît comme ma seule critique à l’endroit d’un récit par ailleurs très bien écrit et bien construit. Ils sont rares ceux qui comme Neil Gaiman peuvent nous faire adhérer aussi facilement à leur monde ! Vous êtes prêts pour une petite excursion au cimetière ?