Le désosseur
Jeffery Deaver
Conseillée par une lectrice, je me suis lancée avec confiance dans le roman de Jeffery Deaver Le désosseur. De cet auteur de récits policiers je n’avais jusque là rien lu et j’ai été agréablement surprise. Merci donc à Un ange passe pour m’avoir fait découvrir l’écrivain !
Tout commence lors d’un week-end à New York. C’est l’effervescence car une conférence de paix de l’ONU doit avoir lieu. Manque de chance c’est ce week-end là qu’un mystérieux tueur en série décide de sévir. Son mode opératoire est relativement simple : il kidnappe des gens, laissant sur place des indices pour les retrouver, et les fait mourir sans jamais lui-même porter directement la main sur eux…La police, un peu déboussolée, décide de faire appel à un de ses anciens criminologues, Lincoln Rhyme, blessé lors d’une enquête et condamné à rester paralysé pour la fin de ses jours dans sa chambre. Ce dernier, secondé par une équipe d’enquêteurs dont la jolie Amelia Sachs, va tenter d’identifier le tueur tout en collectant les indices qui lui permettront de sauver au fur et à mesure les différentes futures victimes… Mais il doit faire vite comprenez-vous : lundi, en effet, il a décidé de mourir.
Ne cherchez pas de profiler les yeux fermés en pleine extase ou de gros bras musclés qui vous terrasse le tueur en moins de deux tout en faisant les yeux doux à son alter ego féminin. L’originalité du roman tient essentiellement au personnage principal, Lincoln Rhyme, infirme, qui mène son enquête du fond de son lit et qui procède avec méthode et efficacité. Lincoln Rhyme est un personnage plutôt froid, assez obsessionnel, suicidaire, mais son handicap et surtout son caractère volontaire et cynique en font quelqu’un d’attachant. Le personnage d’Amelia, les yeux et les oreilles de Lincoln sur le terrain, est plutôt bien réussie aussi : cette jeune fille à priori parfaite physiquement, cliché parfait, est en fait affublée de gros défauts (un mauvais caractère, des ongles écorchés, une arthrite naissante, une conduite au volant plus que sportive) qui la rendent plus humaine et plus sympathique. Enfin, le portrait du tueur est réussi en ce sens qu’il n’est pas représenté comme un grand méchant inhumain inaccessible, mais comme un être à demi fou qui commet des erreurs.
L’enquête est bien menée. Concentrée sur deux jours, l’action gagne en intensité et produit un véritable sentiment d’urgence : il s’agit non pas tant de coincer un meurtrier que de sauver des gens avant qu’il ne soit trop tard. Avec toujours en tête cette interrogation : Lincoln va-t-il finalement oui ou non se tuer au terme de ce week-end ? Pas non plus de miracles : l’enquête apparaît comme logique, le portrait du tueur s’ébauche peu à peu et Deaver nous donne une foule d’informations sur la médecine légale qui sont des plus intéressantes. Le style est soigné et la fin de l’ouvrage surprenante. Personnellement je me suis trompée sur l’identité du coupable !
Un petit regret cependant : que l’auteur n’ait pas développé le côté « désosseur » du tueur. Nous comprenons vite que l’assassin est fasciné par les os mais cette fascination je trouve n’est pas assez explicitée et le titre du livre ne se justifie guère que dans les derniers chapitres. Mais peut-être était-ce pour rester dans la sobriété de l’ouvrage, sobriété qui tranche d’autant plus dans une littérature policière qui généralement joue sur la surenchère. Alors si vous aimez les intrigues bien ficelées et réalistes n’hésitez plus et faufilez-vous dans les souterrains remplis de rats du Désosseur…