Extras
Scott Westerfeld
Imaginez…
Un monde où le physique grâce à la chirurgie est devenu si malléable que la laideur n’existe plus.
Un monde où les villes sont devenues immenses et tentaculaires et où la nature n’est plus qu’une randonnée éducative pour les plus jeunes.
Un monde où tout ou presque est permis mais un monde paradoxalement policé et lisse où seul compte le mérite ou la célébrité.
C’est dans ce monde que Scott Westerfeld nous invite aujourd’hui à pénétrer avec son livre Extras.
Petite précision : Extras est en fait le quatrième tome d’une série qui en comptera cinq. Aussi je me permets de faire un rapide résumé des trois volumes précédents, Uglies, Pretties et Specials.
Le monde est devenu un ensemble de villes gigantesques qui a banni toute nature de sa politique. Anti-écologique ? Pas du tout puisque le déboisement n’existe plus, pas plus que la chasse ou la cueillette. Les hommes se nourrissent de plats synthétiques (qui ressemblent assez à des bolinos pour les initiés) et se contentent de profiter de la vie sur leurs planches volantes et d’organiser des fêtes grandioses. Dans ces villes, la vie commence à seize ans puisque c’est à seize ans, rite de passage, que vous avez les droit de subir une opération chirurgicale qui vous transformera en Pretty, en être magnifique et symétrique (rien de pire qu’un visage dissymétrique !), vous permettra d’habiter dans le quartier de Prettyville et de participer vous aussi à toutes sortes de réjouissances. Avant les seize ans, vous êtes Ugly, un être tout ce qu’il y a de plus normal et confiné dans les quartiers appropriés.
Tally Youngblood aurait dû elle aussi subir l’opération et l’attendait avec impatience. Mais entraînée par son amie Shay elle est malgré elle entraînée dans un camp de rebelles qui se révolte contre le système Pretty/Ugly. Tally découvre ainsi que l’opération chirurgicale a aussi comme conséquence d’ôter aux sujets une partie de leurs cerveaux et d’en faire des « têtes vides ». Elle décide alors de se rebeller à son tour et, après avoir elle-même subi plusieurs opérations et plusieurs re-programmations, elle parvient à renverser le système. Désormais, les gens ne deviendront plus idiots en devenant Pretty et ils auront la possibilité de choisir ce qu’ils veulent ou non faire de leurs corps.
Fin du résumé.
Le début d’Extras se situe plusieurs années après ce qui reste connu sous le terme de « déferlement d’intelligence ». L’action a lieu dans une ville du Japon cette fois et met en scène une jeune adolescente, Aya. Le déferlement d’intelligence n’a pas provoqué l’arrêt des opérations pas plus que le système de castes. L’intelligence a besoin de plus de ressources que la bêtise c’est pourquoi désormais pour obtenir certaines faveurs, dans la ville d’Aya, il vous faut soit le mériter par une contribution au bien public, soit en devenant célèbre, et ce quel que soient les moyens employés. Aya est donc une Extra, l’une de ces milliers de personnes anonymes qui rêvent de devenir connus pour obtenir la reconnaissance et la gloire. Aya n’a qu’une idée en tête : « claquer » sur son site une histoire inouïe. A force de persévérance elle parvient à mettre la main sur un scoop : la découverte d’un amoncellement de métal qui pourrait signifier une opération terroriste de grande envergure. Le hic c’est que cette révélation n’est pas sans conséquences et que la jeune fille met bientôt sa vie en danger…
Un peu décevant, le quatrième opus de la série n’a pas l’aspect froid, si j’ose dire métallique, des trois volumes précédents. Uglies, Pretties ou Specials avaient un certain côté amoral, une certaine cruauté dans l’écriture et le personnage de Tally était plutôt complexe. Extras est nettement plus gentillet. Le principe de la ville comme une gigantesque émission de télé-réalité est bien trouvé mais reste peu exploitée tandis que l’auteur préfère s’engouffrer dans une intrigue alambiquée qui, au final, se révèle décevante (bon je vais pas révéler la fin mais sachez qu’en fait notre brave héroïne à aucun moment n’est réellement en danger) Le personnage d’Aya est trop lisse et n’évolue guère au long des pages, restant la petite adolescente qui veut devenir célèbre quoi qu’il arrive. Quant au retour de Tally il ne présente pas vraiment d’intérêt si ce n’est pour les amateurs de la série…
Alors me direz-vous, que reste-t-il ? Et bien il reste l’univers créé par Scott Westerfeld et qui vaut assurément le coup : ce décor tout de buildings et d’acier où se pressent des multitudes de personnages tous différents : les beaux et les laids, ceux qui s’implantent des infrarouges sous les paupières, ceux fascinés par la technologie et ceux qui préfèrent les soirées à paillettes, les scarificateurs et les personnages de mangas (les bienfaits de la chirurgie !) ceux qui vouent un culte aux religions anciennes et ceux qui vouent un culte aux logiciels, ceux qui ont subi une opération pour toujours dire la vérité et ceux qui prennent parti de se fondre dans l’anonymat le plus complet… Ajoutez à cela tous les bons vieux gadgets du futur qui nous font rêver : les planches volantes et les bracelets anticrash, les aérocams (caméras volantes pour simplifier) et les fentes murales qui vous servent en médicaments et vêtements selon les besoins. Bref, un univers résolument moderne (quand j’ai lu le livre, j’avais l’impression très nette d’écouter en même temps de la musique techno) qui peut séduire ou repousser mais qui a le mérite d’être fouillé et relativement crédible. Alors, rien que pour ça, ça vaut le coup de continuer la série et d’attendre le dernier volume qui sortira en novembre…