Arlington Park
Rachel Cusk
Après les lectures un tant soit peu déprimantes de ces derniers temps, j’ai eu envie de lire quelque chose d’un peu plus, comment dirait-on, léger. Mon choix s’est donc arrêté sur le livre de Rachel Cusk : Arlington park.
Pour ceux qui ne connaissent pas, Arlington park est un roman dont le contenu m’a irrésistiblement fait penser à la série américaine Desperate Housewives (désolée pour les non initiés). L’histoire se déroule sur une journée, une journée ordinaire en banlieue résidentielle anglaise, Arlington Park, et met en scènes des épouses et mères chacune en proie à leurs propres soucis et leurs propres doutes. Il y a Juliet, la femme que tout destinait à un brillant avenir de journaliste ou de professeur d’université et qui se retrouve coincée comme professeur de lycée dans cet endroit avec deux enfants pour qui elle n’éprouve guère d’affection et un époux à qui elle attribue son échec. Il y a Amanda, la mère au foyer maniaque à l’excès, l’épouse ultra-organisée qui n’arrive malgré tout pas à s’intégrer aux autres femmes ; la caractérielle Maisie qui semble prendre un malin plaisir à saboter sa famille comme pour reproduire l'échec familial de son enfance ; la placide Stephanie qui s’épanouit en toute sérénité dans son rôle d’épouse et de mère sans paraître rechercher d’autres aspirations ; la douce Solly qui loue la chambre d’amis à des étudiantes pour apporter un peu de neuf dans une vie sclérosée ; la volubile Christine qui ne supporte plus son mari et trompe son ennui dans les potins et l’alcool…
C’est assez amusant, il faut le reconnaître, essentiellement pour les femmes (je doute que la gent masculine goûte du plaisir à la lecture de ce roman) mais plutôt frustrant. Car, depuis le réveil de Juliet au dîner final chez Christine, au fond, il ne se passe rien. Pas d’action ni réellement de situation de crise ; les femmes vaquent à leurs activités, font du shopping, parlent beaucoup, pensent encore plus et puis c’est tout. Je ne dis pas que tout récit doit être ancré dans l’action, mais à ce moment-là, l’auteur aurait dû se concentrer sur un seul personnage si elle voulait vraiment développer sa thématique de l’ennui. Car c’est bien ce dont il s’agit, d’ennui, ennui de toutes ces femmes qui songent sans parfois l’avouer qu’elles auraient préféré une vie un peu moins terne. Mais finalement, cet ennui est tellement distillé dans ces différents portraits de femmes qu’il en perd de l’intérêt. Et puis, il faut bien avouer que le féminisme du roman est trop réducteur pour être chose que lassant : à ma droite nous avons toutes ces épouses brillantes, victimes de la société, condamnées pour l’éternité à changer des couches et écouter des braillements d’enfants (l’amour maternel est totalement absent du roman c’est assez impressionnant) ; à ma gauche leurs époux, pas méchants mais bourreaux quand même (Juliet emploiera même le terme d’ « assassin » pour parler de son conjoint) qui condamnent les femmes à une existence de serpillières et de papotages autour d’un café sur le prix de la tomate. Je suppose que dans les années cinquante ce genre de considérations avait son importance mais là j’avoue que j’ai du mal à croire qu’il y ait encore certaines femmes qui se plient à ce genre de servitude autrement que volontairement. Le pire je pense, c’est que l’auteur ne voulait sûrement pas se montrer aussi tranchée. Mais, faute de développement, elle réduit ses personnages à des stéréotypes (la cruche contente de son sort car apparemment être une femme au foyer heureuse fait nécessairement de vous une dinde sans aspirations, la brillante jeune femme bridé dans ses élans par son époux et qui se console en faisant découvrir à ses élèves les grands romans féministes, la mauvaise langue qui boit pour oublier qu’elle n’aime pas son mari raciste et stupide) et ce qui aurait pu être un récit réussi devient une galerie de portraits amusants parfois, déprimants le plus souvent (oui je sais, encore une mauvaise pioche !). ça n’est pas désagréable à lire, mais ça ne changera pas le cours de l’histoire et ça fera surtout sourire quelques quadragénaires entre deux tasse de café et leurs cours d’encadrements…..