La vie de Lazarillo de Tormès
Allez zou ! Un peu de littérature classique ça faisait longtemps… On retourne aux 1001 livres qu’il faut avoir lus dans sa vie avec le livre d’un anonyme espagnol du 16e siècle : La vie de Lazarillo de Tormès. Oui je vous entends soupirer, mais je me suis un peu ennuyée en lisant ce court roman, alors je ne vois pas pourquoi je serais la seule à souffrir. Déjà un bon conseil, sautez l’introduction. J’avais commencé à la lire consciencieusement avant de m’apercevoir qu’elle faisait presque 90 pages, soit presque autant que le récit à proprement parlé…
La narration se présente comme la biographie d’un brave garçon espagnol, Lazarillo, qui a la particularité de n’être ni un noble ni un vaillant chevalier sans le sou. Non, c’est un va-nu-pieds tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Fils d’un meunier escroc, Lazarillo est d’abord vendu à un aveugle qui l’affame et à qui, en représailles, il joue nombres de tours. Notre héros entrera ensuite tour à tour au service d’un prêtre (encore plus avare que l’aveugle), d’un moine (coureur), d’un vendeur de bulles (escroc), d’un écuyer (un brave homme mais qui se laisse mourir de faim pour des questions d’honneur), d’un alguazil (officier de police espagnol) et, finalement, il épouse une femme qui le trompe avec un homme d’Eglise et, grâce à l’influence de ce dernier, devient crieur public. Vous l’avez compris, ces différentes fonctions permettent à l’auteur de dresser un portrait féroce de la société espagnole, notamment du clergé qui apparaît tout sauf très catholique. C’est pourquoi certains ont voulu voir dans l’auteur un disciple d’Erasme, humaniste qui lui-même dénonçait les excès de l’Eglise. Théorie cependant contestée dans l’introduction (vous voyez que j’en ai lu un bout !) car, si la satire est cinglante, elle ne s’accompagne d’aucune réflexion théologique particulière qui pourrait rattacher notre illustre anonyme au grand penseur.
D’un point de vue littéraire, La vie de Lazarillo de Tormès s’inspire d’un certain nombre de folklores puisque, par exemple, le thème du petit garçon qui mène un aveugle et qui lui joue des tours pendables est un motif récurrent de la tradition orale. Bien plus, ce roman serait le tout premier roman picaresque, c’est-à-dire mettant en scène des picaros, aventuriers espagnols (vous l’avez compris, c’est cours magistral ce soir) Les picaros ne sont ni forcément très braves ni forcément très héroïques. Ils ne sont pas des preux chevaliers qui vont casser les bras et les têtes de centaines d’ennemis pour leur petit déjeuner, ce sont juste des aventuriers terre-à-terre et profondément humains avec leurs forces et leurs faiblesses (Lazarillo est bien souvent tourné en ridicule mais il apparaît aussi comme quelqu’un de touchant, notamment lorsqu’il est torturé par la faim) Je ne vais pas entrer dans les détails car je ne suis pas non plus très calée dans le roman picaresque (pas encore en tous cas) mais disons que le roman picaresque par excellence est celui de Cervantès : Don Quichotte. Voilà. Et j’arrête là mon exposé pour ne pas dire trop de bêtises.
Bon, après, concernant le plaisir de lecture, j’avoue que ça n’a pas été forcément ma meilleure expérience. Il y a des « classiques » dans lesquels on entre comme dans le plus palpitant des romans. Avec ce court ouvrage, je me suis retrouvée comme à l’école à essayer de disséquer le texte pour en repérer la satire, à comparer avec le texte espagnol juste à côté, à repérer les motifs folkloriques soulignés par l’introduction, bref, j’ai joué l’élève studieuse. Mais au final je me suis un tantinet ennuyée et je crains un peu de ne pas être une adepte du roman picaresque. Ce qui est inquiétant dans la mesure où Don Quichotte approche à grands pas et que l’œuvre de Cervantès est, elle, un pavé… Espérons que les moulins à vent m’inspireront plus…