Fascination
Stephenie Meyer
Editions Hachette
De temps en temps, il y a des thématiques à nos articles. Restons donc dans la catégorie « best-sellers » avec un ouvrage pour la jeunesse dont vous avez sûrement entendu parler et qui fait actuellement un carton. Fascination ça vous dit quelque chose ? Et si je vous parle de Twilight alors ? ça vous dit déjà plus ? Il s’agit du premier tome d’une série de Stephenie Meyer qui sortira d’ailleurs au cinéma en janvier.
Fascination est effectivement fascinant. Je suis restée perplexe tout au long de ma lecture. J’avais eu deux avis contraires sur cette série : l’un était élogieux, l’autre incendiaire. Quant à moi, en le lisant, j’essayais de me faire ma propre opinion, sans réellement y parvenir… Mais faisons un rapide petit résumé.
Bella (diminutif de Isabella) quitte l’Arizona où elle vivait avec sa mère, pour s’installer avec son père à Forks, une petite ville pluvieuse qui suinte l’ennui. Cette jeune fille de dix-sept ans plutôt mal dans sa peau et assez solitaire est persuadée qu’elle ne s’habituera jamais à sa nouvelle existence. Seulement voilà : le premier jour de classe, son regard croise celui d’un beau rouquin nommé Edward. C’est aussitôt le coup de foudre. Mais Edward est un peu étrange, Bella en a vite la preuve dès l’instant où il lui sauve la vie en déviant une voiture qui menaçait de l’écraser… La jeune fille ne tarde pas à découvrir que son soupirant ainsi que les autres membres de sa famille sont des vampires, une situation qui va la mettre dans une position extrêmement délicate…
Quand j’étais jeune étudiante, j’ai fait un mémoire sur les romans roses et j’ai dû me farcir un nombre incalculable de livres de la série Harlequin. Il y en a un qui m’a particulièrement marqué : je ne sais plus du tout le titre mais l’histoire était assez simple ; une jeune femme tombe amoureuse d’un vampire (oui on était dans la série « Frissons » ou « fantastique ») et après moult pérégrinations et deux scènes érotiques décide de devenir vampire à son tour. Le couple finit sa vie ensemble, heureux, et baguenaudent la nuit en mangeant des steaks saignants (car les vampires d’Harlequin, sauf les méchants, ne mangent pas d’humains). De fait, certains passages de Fascination ne sont pas sans me rappeler ce grand moment littéraire. Dans le roman de Meyer, Edward et sa famille ne se nourrissent pas du sang des humains et vivent parmi eux. Un choix de vie qu’ils comparent à celui d’hommes qui se nourriraient de tofu ou de soja. Je pourrais adhérer au postulat si la difficulté du choix apparaissait clairement, si la tentation du sang était montrée de façon plus explicite. Que nenni ! A part Edward qui paraît avoir du mal à lutter contre son envie de se nourrir de sa douce, les autres semblent vivre leur situation de façon très décontractée, chassant le grizzli et le puma à la nuit tombée sans paraître éprouver la moindre envie de se repaître de quelques ados égarés. Dans ces conditions, je ne m’étonne pas plus que ça que l’héroïne ait elle-même envie de devenir vampire à son tour : devenir super forte, immortelle avec de super pouvoirs et vivre avec un beau jeune homme à jamais, ça semble plutôt tentant non ? ça c’est le point le plus gênant de l’histoire, le second étant sans conteste l’histoire d’amour à deux sous qui ne tarde pas d’agacer. Edward et Bella sont amoureux et pendant les trois quarts du roman vont se déclarer leur flamme à toutes les sauces sur un ton mièvre. Certes, la fascination de l’héroïne pour Edward est extrêmement bien rendue, et la tension érotique entre les deux adolescents assez bien représentée, mais à force de s’attarder sur cette relation : « Edward est merveilleux, il est parfait et ses muscles sont d’acier, oh Bella tu sens divinement bon » le récit s’essouffle. Heureusement, l’auteur a le bon sens d’enchaîner sur un rebondissement inattendu (l’arrivée de nouveaux vampires) qui va dynamiser la fin du roman et finir sur un peu d’action.
Alors, me direz-vous, pourquoi ne jetons-nous pas ce livre à la poubelle d’entrée de jeu ? A vrai dire je ne sais pas trop. Si le récit m’a agacée, je ne peux le balayer d’un simple revers de la main. Je l’ai dit, dès le moment où l’histoire d’amour entre Edward et Bella est assumée, l’intrigue prend un tour plus intéressant ; qui plus est, le personnage de l’héroïne est très attachant. Il serait de bon ton que Bella soit une adolescente renfermée et mystérieuse qui évolue avec grâce au milieu de la foule, indifférente et méprisante. Or, la jeune fille, renfermée certes, cherche avant tout à s’intégrer et surtout est d’une maladresse sans pareille qui confine à la catastrophe. La narration étant faite de son point de vue, à la première personne, le ton n’est donc pas exempt d’humour et d’un second degré assez agréable au milieu de tout ce rose bonbon. Quant au style, et bien… je ne saurais me prononcer. Pour moi, c’est celui d’un honnête roman de gare, un peu poussif par endroits, mais pas forcément désagréable.
Je suis curieuse je l’avoue de voir ce que le livre donnera au cinéma. Est-ce que l’histoire d’amour paraîtra moins pénible, la duplicité des vampires sera-t-elle mieux rendue ? Difficile à dire. En attendant je donnerai sa chance à la suite de la série très prochainement, histoire de voir si nos vampires se nourrissent toujours de steaks…