Pyromane
Romuald Giulivo
Editions Ecole des Loisirs
Si vous trouvez que le dernier roman dont je vous ai parlé, Fascination était réservé à un public d’adolescents, alors je vous déconseille de lire le livre que nous allons voir aujourd’hui : Pyromane. Encore que je me demande quel genre d’adolescents psychopathes pourrait apprécier cet ouvrage…
Romain a treize ans et c’est un garçon très intelligent qui supporte mal ce monde de manants dans lequel il vit. Il n’a pas d’amis, évidemment (apparemment être très intelligent vous empêche d’avoir des amis au collège) et se fait malmener par Arnaud, la petite brute. Du coup à la récréation il se réfugie au CDI : « J’y avais ma table attitrée, près de K comme Kafka et les M comme Musil » (mais bien sûr, à 13 ans, tous les garçons intelligents lisent Musil ! Quand je pense qu’à 29 ans moi j’ai eu du mal à finir l’un de ses ouvrages, je me sens très mal) et avec son atlas imagine une nouvelle vie, loin de la grisaille de la ville (ça y est je deviens poétique à mon tour) Bref, les adultes ne comprennent rien, sa mère est trop nulle, ses profs sont trop nuls, seule sa sœur gothique fumeuse de joints peut comprendre (un peu) sa détresse (écrasez une larme s’il vous plaît) Mais rassurez-vous ! Notre héros rencontre Lola, une psychopathe un brin pyromane de son âge qui lui annonce cash qu’elle l’aime et qu’ils vont vivre une semaine magique ensemble puisque, après, Romain déménage. Et donc ensemble nos deux tourtereaux vont donc vivre une semaine magique : ils vont jouer dans les fontaines, sécher les cours, se venger d’Arnaud, courir nus dans les champs (bon là j’exagère un peu) et oublier le temps de quelques jours leurs misérables existences. Parce que l’amour c’est beau, c’est la seule chose qui vaille le coup dans cette vallée de larmes qu’est la vie, surtout quand on est un adolescent plein de fougue. Rassurez-vous, pour les plus pudibonds il n’y aura pas de sexe (la fille a l’air tout disposé mais Romain sorti du latin et de Musil a un peu de mal) parce que c’est pas là l’important, l’important c’est qu’on s’aime, BORDEL VOUS AVEZ PAS ENCORE COMPRIS ?! C’est pas qu’une histoire d’hormones, il faut le croire.
Bref, je pense que vous aurez compris à la lecture de cette note que je n’ai mais pas du tout aimé ce livre qui ferait presque passer Fascination pour un chef-d’œuvre de la littérature jeunesse. Si encore c’était bien écrit ! Mais non, même le style paraît artificiel. L’auteur raffole des phrases courtes et chocs avec des répétions grossières, on se croirait presque dans une parodie de Duras. Les personnages sont inintéressants au possible, l’histoire ne présente aucun intérêt. C’est un ouvrage faussement provocateur (les deux enfants qui font les 400 coups, mais, rassurez-vous, rien de nature à choquer les âmes sensibles) un concentré de banalités qui accumule les clichés (la surveillante qui n’aime pas ses élèves, les professeurs obtus, la mère étouffante, l’adolescent souffre-douleur, l’adolescente marginale) et tout ça pour quoi ? Mystère… Quelle est la finalité de l’ouvrage ? Je ne suis plus une ado je ne peux sans doute pas comprendre ou alors je suis trop embourgeoisée et je ne peux plus m’enthousiasmer à la lecture d’un Kerouac ou d’un atlas de géographie.
Je pardonnerais à l’auteur s’il a le même âge que son narrateur. Sinon, je suppose qu’il a eu une enfance très difficile….