Amadis de Gaule
Garci Rodriguez de Montalvo
Editions Passage du Nord Ouest
Me revoilà ! Désolée pour ce long silence, mais, comme je vous l’avais déjà dit dans ma note précédente, je viens seulement d’achever un ouvrage qui m’aura pris en tout près de trois semaines…
Je crois l’avoir déjà souligné, je ne suis pas une fanatique des romans de chevalerie. Déjà au lycée je m’endormais sur Chrétien de Troyes et à la fac j’ai glissé sur la prise d’Orange en ancien français. Bref, je me suis attelée sans grand enthousiasme à l’un des 1001 livres qu’il faut avoir lus dans sa vie, le pavé de De Montalvo, Amadis de Gaule, le roman de chevalerie par excellence ou un antidote garantie pour les nuits blanches. J’adresse à cette occasion un message particulier à l’éditeur : par pitié, ne faites plus jamais des couvertures de livres pareilles ! Je n’étais déjà pas emballée par mon achat mais j’ai failli carrément y renoncer en voyant un chevalier borgne brandir une épée sur fond de flammes. Sincèrement ça ne faisait pas envie…
Bon, je vous fais un rapide résumé de l’histoire : la princesse Elisène, jeune femme chaste et vertueuse tombe amoureuse d’un chevalier en promenade, Périon. Tout aussitôt ils décident de consommer leur amour (Les demoiselles de l’ancien temps sont loin d’être farouches) et se quittent après mutuelles promesses. Las ! Elisène tombe enceinte. Pour sauver son honneur et préserver sa vie, sa servante la fait accoucher en secret et confie le nouveau-né, Amadis, aux flots (ça vous rappelle rien ?) Amadis est recueilli et, de mains en mains, atterrit bientôt à la cour du roi Lisuart où il grandit avec la belle Oriane dont il tombe, bien évidemment, fort amoureux. Mais comme c’est un homme de valeur, beau, fort, la totale quoi, il se fait fort de mériter cet amour, comme dans tout roman courtois qui se respecte. Le voilà donc fait chevalier par son propre père (qui le reconnaîtra après coup) et c’est parti pour 800 pages d’aventures en tous genres, de demoiselles en détresse essentiellement, de combats merveilleux que Amadis remporte toujours haut la main (sauf traîtrise évidemment) et de hauts faits d’armes qui vaudront à notre héros l’amour de sa belle (qui de toute façon l’aimait déjà à la base). Le roman s’inspire de la trame arthurienne puisqu’elle fait notamment appel au merveilleux en faisant intervenir un enchanteur, le maléfique Arcalaüs, et une magicienne, Urgande la Déconnue (c’est sympa, moi aussi j’aimerais bien avoir des appellations dans ce genre) qui prédit l’avenir et donne de temps en temps un petit coup de main à notre chevalier. On y retrouve également une épée magique qui ne peut être sortie de son fourreau que par l’homme qui aime suffisamment et, dans une moindre mesure, une notion de rivalité entre deux preux, Amadis, le sujet, et Lisuart, le roi. Amadis est champion du déguisement ; il se fait nommer tantôt « Le beau ténébreux », tantôt « Le chevalier au nain » tantôt « Le chevalier à la Verte Epée » ou encore « Le chevalier grec » ; c’est un héros parfait et, à mon sens, profondément ennuyeux. Accompagné de ses deux frères, Florestan et Galaor, un peu plus intéressants, il ne fait que se battre et verser larmes abondantes quand sa promise est loin de lui. Le roi Lisuart, plus complexe, plus faible, paraît de ce fait plus humain.
Je ne parlerais pas de la qualité de l’ouvrage, seulement de mon ressenti car je suis loin d’être une spécialiste du roman de chevalerie et si Amadis de Gaule a été encensé depuis des générations, il y a sûrement une raison. Disons que c’est une écriture qui ne me parle tout simplement pas ; lire sur des pages et des pages les combats de chevaliers « merveilleusement roides » (je précise qu’il se tiennent droit sur leurs chevaux pour les esprits pervers) ou les plaintes de demoiselles outragées m’ennuient mortellement. Tout y est exagéré, les émotions se manifestent de façon physique : aujourd’hui, quand on a un chagrin d’amour on pleure en silence, les demoiselles de Montalvo s’évanouissent et « cuident mourir ». Il faut reconnaître ceci dit que l’auteur n’est pas macho puisque les hommes pleurent autant que les femmes et que notre indestructible Amadis frôle pourtant la mort, uniquement parce que sa belle lui a signifié son congé. Autant de traits propres au roman de chevalerie, exaltation, amour courtois, duels d’honneur… qui déclenchent en moi une irrésistible envie de dormir.
Mais bon, ça y est j’ai fini Amadis du moins les quatre premiers tomes (la suite pour l’instant n’existe plus) et si j’en crois mes 1001 livres… j’en ai fini aussi avec les romans de chevalerie. Ça tombe bien, je crois que j’aurais été incapable d’en lire un autre avant très très longtemps…