Trames
Iain M.Banks
Editions Robert Laffont
Le prince Ferbin n’était pas appelé à régner. Normalement, c’est son frère Elime qui aurait dû prendre la succession de son père. Seulement voilà, Elime s’est fait tuer à la guerre et le roi lui-même est victime de la plus odieuse des trahisons et se fait assassiner par son bras droit, Tyl Loesp… Ferbin, en fuite, présumé mort, ne sait vers qui se tourner… ah si, peut-être vers ces peuples extraterrestres plus intelligents que son peuple et qui contrôlent sa planète avec bienveillance…
C’est là qu’est, à mon avis, toute la saveur de l’histoire. Les premières pages nous laissent entrevoir une énième histoire de royaumes à reconquérir et de princes bafoués. Seulement il s’avère bien vite que Ferbin et les siens sont considérés comme des barbares au sein du monde décrit par l’auteur, du menu fretin semblable au peuple des hobbits dans la trilogie de Tolkien et que leur destinée personnelle n’a pas grande importance. Nous ne sommes pas dans de la fantasy ni tout à fait dans de la science-fiction mais dans un savant mélange des deux, à la manière de Dune. Plusieurs histoires s’enchevêtrent : nous avons l’histoire de Ferbin, bien décidé à venger la mort de son père, celle de sa sœur Anaplian qui elle a été élevée par une unité spéciale extraterrestre pour veiller à l’équilibre des différents monde et qui, au fait des technologies les plus pointues et les plus sophistiqués, a une perspective de la situation radicalement différente et, enfin l’histoire d’Oramen, le plus jeune frère qui, resté sous la régence de Tyl Loesp découvre un étrange objet qui pourrait détruire sa planète à jamais…. Au programme ; vaisseaux parlants et extraterrestres à l’allure d’insectes, objets magiques non identifiés et drones sentimentaux, vengeances et convois diplomatiques…
Pour ceux qui ne sont pas adeptes du genre, c’est confus. Très. Passé le premier amusement du décalage (le héros Ferbin n’a pas de réelles qualités ni même une grande profondeur. Assez frivole, il apparaît comme un gamin capricieux) et certaines situations incongrues (le prince aux allures médiévales qui s’embarque dans un vaisseau spatial) il faut s’accrocher à cette histoire qui énumère différents noms d’aliens et de vaisseaux avec un plaisir sadique, perdant le malheureux lecteur néophyte dans un dédale de planètes et de galaxies : Nariscenes, Heisp, Sursamen, Chyme… En même temps croyez-en mon expérience personnelle, c’est toujours mauvais signe quand il y a un index des noms et des lieux à la fin d’un ouvrage. Au final, personnellement je n’ai retenu que l’histoire de Ferbin et de sa famille. Mais le problème, si vous avez bien suivi, c’est qu’en gros cette histoire n’a pas vraiment d’importance ! Il s’agit essentiellement de menaces antiques, de relations diplomatiques avec de gros insectes qui exhalent des odeurs apaisantes, un vague conflit d’intérêt entre les Octes et les Aultridias (étaient-ce bien leurs noms déjà ?) et d’une organisation appelée Culture et qui plane au-dessus de l’univers à la manière d’une gigantesque ONU. A la fin on comprend tout de même que le danger s’étend à la planète entière de Ferbin et on récupère de justesse le fil, mais ça n’empêche pas d’achever le roman avec le sentiment d’être une parfaite imbécile qui ne saisit pas les subtilités des mondes Gigognes…
A part ça, c’est bien écrit, le style est fluide et Banks a le talent rare de manier aussi bien l’ironie et la légèreté qu’un registre plus dramatique, sans jamais tomber dans les excès, le bon gros comique ou le pathétique flamboyant. Je pense très sérieusement qu’il a des adeptes, des lecteurs assidus qui ont dressé des cartes, peuvent parler de la culture nariscène avec passion (l’auteur en parlait sans doute d’ailleurs dans ses appendices mais j’avoue que c’est trop pour moi) et dresser l’historique de la Culture à travers les âges. Je ne fais pas partie malheureusement de cette catégorie et peut-être me faudra-t-il d’autres romans de Banks pour mieux appréhender son monde (car vu la richesse de ce dernier, je pense que Trames doit faire partie d’un ensemble plus vaste). Pour l’instant, je suis comme Ferbin, un tantinet larguée…