Olav Audunsson
Sigrid Undset
Editions Stock
Ce n’est pas de la paresse. Ce blog n’est pas non plus fini. Il faut seulement que je me cantonne peut-être à des ouvrages un peu plus courts car le roman dont je vais vous parler aujourd’hui fait plus de mille pages et a nécessité un certain temps.
Partons faire un petit tour en Norvège faire la connaissance de Olav Andunsson. Olav, fils adoptif de Steifinn, a été promis dès son plus jeune âge à Ingunn, la fille de son protecteur. Elevés comme frère et sœur, les deux enfants sont finalement tombés amoureux et ne conçoivent pas leur avenir séparés. Mais Steifinn meurt et le mariage est annulé par les oncles. Olav, qui par ailleurs a consommé son union avec sa belle, se met en colère et se brouille avec la famille de sa fiancée. Il tue l’un des cousins et est donc contraint de s’exiler. Restée seule, Ingunn, d’une nature passionnée mais pas forcément réfléchie, n’a plus qu’à attendre. Mais, malgré la promesse du retour de Olav, elle cède à la tentation et tombe dans les bras d’un jeune clerc dont elle a un enfant. Olav revient finalement, réconcilié avec sa belle-famille pour apprendre la trahison de sa promise. Grand seigneur, il accepte néanmoins d’épouser Ingunn et de reconnaître son enfant, Eirik. En revanche, il tue le père. Un acte qui va peser lourd sur sa conscience et attirer une malédiction sur sa descendance…
Bienvenu dans le roman fleuve, ou plutôt dans le roman « fjord » ah ah (Ok c’était pas drôle). Lire Olav Audunsson m’a irrésistiblement fait penser à l’époque où je lisais Autant en emporte le Vent ou Jalna. C’est l’histoire d’une famille à qui il arrive toutes les catastrophes possibles, d’une noirceur joyeuse, et qui réussit le tour de force de conjuguer cynisme et sentimentalisme. A ma connaissance, seules des femmes sont capables d’écrire ce genre d’ouvrages. Et je connais peu d’hommes qui aiment les lire.
Ceci dit, ce serait faire une grossière erreur que de classer Olav Audunsson dans la catégorie « roman à l’eau de rose pour femmes au foyer désoeuvrées ou vieilles filles frustrées » Sigrid Undset en effet brosse un portrait saisissant d’une Norvège schizophrène, partagée entre la foi catholique et les notions de pénitence, de pardon et de charité, et son héritage païen, tout en violence et en vengeance. Le livre mêle ainsi toute la thématique chrétienne (moines, prêtre, confessions, messes, culpabilité, pénitence) avec la mythologie nordique, les haches qui chantent, les meurtres d’honneur, les chants guerriers (je songe à ce très beau passage où lors d’une fête les convives chantent et dansent sur le chant de l’épée) . Olav est de ce fait un héros contradictoire. Violent de nature, porté à la vengeance, c’est un fervent catholique qui de ce fait ne trouve pas sa place et n’arrive pas à assumer le meurtre de son rival. Tout au long de sa vie il se punira pour son acte, sans avoir néanmoins le courage de l’assumer par une confession. A ses côtés, Ingunn, personnage plus pâle et qui par ailleurs, autant vous prévenir, ne survivra pas à la moitié de la saga subit plus ou moins le même châtiment : vivant au gré de ses passions et de ses sentiments (elle songe même à se débarrasser de son premier-né) incapable d’assumer à la fois le poids de son infidélité et son amour maternel pour Eirik, elle subit un destin qui la conduira à la mort…
Que dire de plus ? Le style est aisé, l’intrigue plutôt prenante malgré certaines longueurs ou au contraire des ellipses parfois un peu perturbantes dans le cours du récit. Il faut parfois suivre entre les noms norvégiens qui se ressemblent tous, les lignées familiales, les gens qui meurent ou qui naissent et les cousins qu’on a oublié et qui reviennent tout à coup. Ceci dit, nous avons là une œuvre majeure de la littérature nordique alors ça vaut le coup d’oublier un peu ses préjugés et de se plonger dans la saga…