Une soupe de diamants
Norma Huidobro
Editions Ecole des Loisirs
Maléna est une fille incomprise par son père qui a commis l’outrage ultime de plaquer sa mère pour partir avec une femme plus jeune, qui, comme c’est pratique tout de même, se révèle être une véritable marâtre. Du coup, lorsque sa mère doit partir en voyage au Mexique pour son travail, Maléna se refuse catégoriquement à partir en vacances avec son père et préfère aller passer ses congés chez son grand-père. Car son grand-père est TROP génial : il a deux chiens et il adore cuisiner ; il a même ouvert un restaurant dans sa maison le week-end et Maléna est donc TROP contente de passer ses vacances avec lui….
A ce stade du roman, j’avais déjà perdu tout intérêt pour la lecture de Une soupe de diamants, partant du principe qu’un récit de jeunesse écrit à la première personne du singulier mettant en scène une gamine se passionnant pour la soupe aux oignons ne rentrait définitivement pas dans le cadre de mes attributions (moi je fais plutôt dans le registre adolescents psychopathes ou tout du moins dotés de pouvoirs paranormaux) Mais, ayant lu consciencieusement ma quatrième de couverture (ce que je fais toujours lorsqu’un livre commence à m’ennuyer) il m’apparut que le roman était un roman policier et que nous allions avoir une intrigue palpitante dans le village à priori sans intérêt du grand-père. Et c’est ainsi qu’entre deux descriptions culinaires, Maléna enquête sur le meurtre d’une infirmière dont elle a retrouvé le collier près d’une maison abandonnée… En effet un innocent, le brave idiot du village est accusé à tort et notre justicière ne peut laisser passer une telle bavure. Aussi, elle mène sa propre enquête, essentiellement via Internet (hautement réputée pour sa fiabilité et son potentiel d’investigation) et découvre que l’assassinat a un lien avec un vol de diamants… Je vous rassure, Maléna va déjouer l’infâme complot, risquer sa vie, et finalement s’en tirer avec les honneurs, la récompense et tout le toutim pour rentrer la tête haute chez elle, en ayant qui plus est évité l’odieuse belle-mère et procuré de l’argent à son grand-père pour s’acheter un restaurant…
Autant vous dire, si j’ai lu le livre jusqu’à la fin, c’était avec un unique espoir : que le personnage se plante et qu’on apprenne à l’ultime seconde qu’elle s’était trompée du tout au tout. Ça aurait été drôle non ? Et plus crédible que de voir une adolescente réussir là où tous les enquêteurs ont échoué. Qui plus est, je viens de découvrir le personnage le plus antipathique de toute l’histoire de la littérature jeunesse, la sale gosse bouffie d’orgueil qui ne se remet jamais en question, une espèce d’avatar de Claude dans Le club des 5 qui résout toujours toutes les enquêtes et, qui plus est, réveille toujours ses malheureux cousins à des heures défiant toute décence. Bref, vous l’aurez compris, je n’ai guère apprécié le personnage de Maléna, encore moins une intrigue tirée par les cheveux et une happy end frisant le ridicule (encore un peu et l’auteur nous faisait rentrer le père au bercail). Alors là j’attends l’argument choc : « C’est un livre pour enfants, les enfants peuvent s’identifier à l’héroïne un peu mal dans sa peau, qui résout une enquête, c’est libérateur et ça leur fait prendre confiance ». Ouais, encore faut-il que ça soit bien fait. Je ne suis pas contre l’idée dans les romans de l’enfant plus intelligent que les adultes qui fait des choses que ces derniers sont trop obtus pour réaliser. Encore faut-il que ce soit bien écrit et un minimum crédible. Un lecteur, quel que soit son âge, n’est pas un idiot.
Vous remarquerez que j’évite de parler du style. On peut dire que l’auteur a, involontairement peut-être, réussi son coup puisque le roman donne effectivement l’impression d’avoir été écrit par une gamine de douze ans, avec cependant quelques passages assez réussis (je pense notamment au passage où Maléna dit au revoir à sa mère sur le quai de la gare). C’est plat, sans rythme aucun, ce qui vous en conviendrez est plutôt ennuyeux pour un roman policier, et entrecoupé l’air de rien de petites morales (le troisième âge a aussi droit à l’amour, il ne faut pas accuser sans preuves, il ne faut pas quitter sa femme, les vieux sont utiles à la communauté et les chiens n’ont rien à faire dans un restaurant). Vite lu, vite oublié, telle est ma conclusion, et si vraiment vous cherchez une histoire de diamants digne de ce nom dans la littérature jeunesse allez plutôt farfouiller du côté de Horowitz avec son Faucon malté car avec la soupe de ce jour vous ne serez guère rassasiés…