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fantasy glauque

Acacia

t.1 La guerre du Mein

David Anthony Durham

Editions Le Pré aux Clercs

 


Il y a toujours un certain risque à commencer une nouvelle série en fantasy : il faut accepter de découvrir de nouveaux personnages, adhérer à une nouvelle intrigue faite de monstres, de royaumes merveilleux et de belles princesses. Plus que tout, pour ceux qui comme moi haïssent la géographie réelle ou imaginaire, il faut immanquablement se farcir la carte  obligatoire du début du roman et se repérer dans la géopolitique du dit univers : « Alors les Acaciens ce sont les héros, les Meins leurs ennemis, les Numrek les gros monstres moches qu’on arrive pas à tuer… » Bref, c’est toujours un casse-tête qui nécessite une grande concentration et une belle ouverture d’esprit.

Ceci dit, le premier tome de la série Acacia est une bonne surprise, à défaut d’être renversant d’originalité. L’intrigue est assez simple : à ma droite les Acaciens, le peuple suprême qui règne sur l’ensemble des nations, mené par le sage roi Leodan. Les Acaciens sont un peuple indolent, plutôt pacifiste, mais dont la grandeur cache une infamie : asservissant des  gens dans les mines, ils livrent également leurs propres enfants en esclavage à un peuple au-delà des mers. A ma gauche, les Meins, dirigés par Hanish, un peuple nordique habitué aux rudes climats et bouillonnant d’une vengeance jamais éteinte à l’endroit des Acaciens. La suite est facile à deviner : Hanish avec l’aide de ses frères entre en guerre et prend le pouvoir. Le roi Leodan est assassiné, son rival monte sur le trône. Mais Hanish a d’autres projets : il souhaite rendre à la vie les ancêtres de son peuple et, pour cela, il lui faut du sang de la lignée royale. Le hic c’est qu’avant sa mort Leodan a pris soin d’éloigner ses quatre héritiers, quatre enfants bien décidés neuf ans plus tard à venger l’assassinat de leur père et à récupérer le trône. Hanish n’a plus sous la main que la seconde de la famille, Corinn, la jolie princesse. Le hic c’est qu’il en est amoureux…

Non, vous vous en doutez, ce n’est pas tout ; c’est une série appelée à faire je ne sais combien de volumes et bien évidement, l’histoire du peuple mein n’occupe que ce premier tome. De fait, la réelle intrigue repose sans doute sur le trafic d’esclaves et le Lothan Aklun, le peuple dont nous ne saurons toujours rien à la fin du roman. Donc soyons bêtes et méchants et concentrons-nous sur l’intrigue de La guerre du Mein : Hanish, occupant mein + Aliver, Corinn, Mena et Dariel, héritiers acaciens déterminés à venger la mort de leur père = grandes batailles, trahisons, amours interdits et hauts faits d’armes avec une touche de sorcellerie. Nous revoilà dans un basique de la fantasy. Après, c’est plutôt bien écrit, les personnages sont convaincants et nous sommes loin du manichéisme de certaines séries du même acabit. Ainsi, Hanish et Corinn sont renvoyés dos à dos et Dariel et sa sœur Mena sont présentés comme de redoutables assassins. Les traîtres n’agissent pas par amour du pouvoir et ne se frottent pas les mains en ricanant sournoisement, les guerriers n’agissent pas toujours avec noblesse. Plus important, les gentils ne gagnent pas toujours et des personnages qu’on croyait appelés à survivre disparaissent dans des circonstances absolument atroces et de façon quasi anodine. J’ai relu trois fois une page relatant la mort d’un personnage pour être sûr que je ne m’étais pas trompée : le personnage semblait important, noble et sa mort se résume à une phrase lapidaire. C’est absolument horrible. Mais, au fond plutôt réaliste. C’est Lost version fantasy : qui va mourir aujourd’hui ? Je ne suis pas sûre d’avoir envie de lire le tome deux…

Bref. Voilà une nouvelle série à ne pas rater : bien loin de la sucrerie complaisante de L’épée de vérité (je me demande comment une série aussi mal écrite peut connaître un tel succès) Acacia se rapproche plus de la série L’arcane des épées de Williams : c’est sombre, inattendu et souvent déstabilisant dans ce petit univers d’habitude si douillet qu’est la fantasy. Ames sensibles s’abstenir ! Moi je guette la suite… 


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