SI VOUS TENEZ A LE SAVOIR.COM
Arthur Ténor
En littérature jeunesse vous trouvez une foule d’idées intéressantes au hasard des rayons; et si les hommes ne mourraient plus ? Vous obtenez La déclaration récit dans lequel l’immortalité a conduit l’humanité à la sclérose la plus totale. Et si la chirurgie faisait de nous des êtres parfaits ? Vous obtenez Uglies un roman dans lequel les gens se ressemblent tous. Quid du phénomène de télé réalité ? Bienvenue dans la traque où des adolescents et des enfants criminels se font éliminer un par un lors d’un jeu télévisé par de braves téléspectateurs… Le problème étant que l’élimination est physique et en direct !
C’est ce que j’aime dans cette section ; la diversité, une volonté de traiter un sujet qui n’est pas empêtrée dans un ego surdimensionné. Bref le souci des auteurs de jeunesse de raconter une histoire avant tout. Et la quatrième de couverture du livre dont je vais vous parler avait tout pour plaire : l’histoire ? Une adolescente de quinze ans et un jeune policier enquêtant sur un site Internet mystérieux : sivoustenezalesavoir.com. Un site de voyance parmi bien d’autres sauf que celui-ci a une particularité ; il répond juste à toutes vos questions ! Votre mort, votre note au prochain contrôle, il vous dit tout ! Sauf que la connaissance de l’avenir peut provoquer des dégâts comme vont s’en rendre vite compte nos deux héros.
N’est-ce pas que le résumé a l’air bien ? Et pour être franche, le début du récit est assez intéressant ; commençant par un suicide et un léger suspens, une enquête qui tourne en rond, l’alliance entre le fantastique et le policier était assez réussi. Las ! La première erreur de l’auteur a été sans conteste d’introduire comme personnage féminin une adolescente tête à claques de quinze ans, Caroline. Présentée comme la super-héroïne, la fille trop intelligente au milieu des lycéens lambda qui ne pensent qu’à fricoter et regarder des vidéos pornos sur Internet, elle est aussi insupportable que Tintin dans la bande dessinée du même nom. C’est le genre d’héroïne qu’on a envie de voir finir poignardée dans sa douche ou la tête coincée dans un four à micro-ondes. Malheureusement ce genre de personnages ne meurt pas. Son acolyte masculin, le commandant, est certes bien plus sympathique mais apparaît bien pâlot, quoique plus crédible.
La seconde erreur de l’auteur a été d’éventer pratiquement immédiatement le suspens. Très vite, le responsable du site Internet est retrouvé. Comment faisait-il pour répondre à tous les messages ? Ne cherchez pas, vous n’aurez pas la réponse. Apparemment, qui dit écrire pour la jeunesse dit éluder toutes les questions embarrassantes. Toujours est-il que, environ à la moitié du livre, le récit change de cap ; pour Caroline et pour Antoine, il ne s’agit plus de découvrir le pourquoi du comment du site, mais de protéger le voyant. Et là on tombe dans le grotesque le plus total jusqu’à la scène finale. Fuite, une ou deux poursuites, quelques affrontements, quelques réflexions métaphysiques… Le roman prend une direction prévisible et c’est avec un réel soulagement qu’on en achève la lecture. Avec en prime la morale : c’est à nous seul de forger notre destin. C’est beau non ?
Ce qui m’a le plus mis en rogne je l’avoue, c’est qu’à un moment donné nos deux héros se retrouvent coincés par la DST qui leur explique quelles conséquences pourrait avoir sur notre société un site qui permettrait aux gens de connaître leur avenir : « Imaginez un instant que l’on puisse lire par avance les résultats financiers des sociétés. Cela signifierait le chaos pour toutes les bourses mondiales. Si un employeur pouvait s’informer avec précision sur le devenir de tel ou tel de ses salariés, on inventerait du même coup la « sélection par le destin ». Et pourquoi ne pas instaurer aussi le « futurogramme » pour évaluer les chances de réussite des candidats politique ? Ce serait la fin de la démocratie. Croyez-moi, on pourrait écrire un thriller d’enfer sur les conséquences d’un tel phénomène. » Mais alors, pourquoi toi tu l’as pas écrit ce foutu thriller ? Pourquoi t’engluer dans cette histoire sans intérêt de gamin doté de pouvoirs mystérieux (parce qu’en plus le voyant est un ado lui aussi) et d’homme au chapeau qui veut le tuer ? Le tout saupoudré avec plein de bons sentiments mielleux (Antoine va se marier et Caroline est amoureuse du frère d’Antoine comme si apparemment devoir protéger un voyant insupportable n’était pas un full-time job) et d’un humour qui tombe à plat.
Après coup, je me suis souvenue que j’avais déjà lu un livre d’Arthur Ténor, toujours pour la jeunesse. Ça s’appelait : Le livre dont vous êtes la victime et je me rappelle avoir éprouvé le même sentiment de frustration ; une bonne idée de base totalement ruinée par un manque d’ambition et de développement. En bref, du gâchis…