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Cours d'éducation civique

IL FAUT SAUVER SAÏD

Brigitte Smadja

 

 

Vous avez peut-être vu un téléfilm hier soir qui s’appelait Il faut sauver Saïd. Pas prête à laisser tomber la soirée spéciale des Simpson pour regarder cette œuvre, je me suis dit que c’était néanmoins une bonne occasion de découvrir le livre de Brigitte Smadja.

L’un de mes frères s’est plaint de l’absence de réalisme de certains romans adolescents. Pour ma part, il n’y a rien tant que je déteste que les romans dits « réalistes » pour les adolescents ou les enfants (ici le livre vise les 9-12 ans). Quelques auteurs du style comme Marie-Aude Murail ou Cassidy trouvent grâce à mes yeux mais dans l’ensemble j’ai beaucoup de mal à trouver du charme à un salmigondis sur le racisme, l’amour, les bons sentiments, la tolérance, l’intolérance, le sexe, etc. mixé dans un ensemble qui cherche moins à distraire qu’à assener à gros coups de pelle sur la tête des marmots des vérités du style : « Les gens intolérants sont mauvais », « Nous sommes tous frères », « la mort c’est terrible ». Bref, non pas que je conteste les dires en question (bien que je déplore généralement l’aspect manichéen de ce style de romans) mais tout simplement que quand j’ouvre un livre de jeunesse j’ai pas forcément envie de retrouver un épisode de L’instit.

Et là, en ouvrant Il faut sauver Saïd, j’ai eu le sentiment tout net d’ouvrir un manuel d’éducation civique, ponctué ça et là de cours de français (l’auteur en effet s’amuse à émailler son récit de définitions de mots un peu difficiles pour les enfants ; avant tout soyons éducatifs !) L’histoire est celle de Saïd, un petit élève de sixième. Ses parents sont algériens mais sont venus en France et Saïd est né ici. Il a deux frères et une sœur. Saïd était un bon élève en primaire mais au collège, la situation est devenue problématique. Dans des classes surpeuplées, avec des élèves issus de la cité, Saïd est sans cesse confronté au bruit, au racket, à la violence, bref, rien qui l’encourage à étudier. Qui plus est, son grand frère et son cousin font du trafic de drogue (la drogue c’est mal), son petit frère est à moitié sourd à cause d’une otite mal soignée (les médicaments c’est bien) et sa sœur Samira, confronté à l’obscurantisme de son frère qui refuse de la voir sortir avec un « français » (l’intolérance c’est mal aussi) s’est enfui avec son amoureux et a trouvé un emploi de serveuse qui lui permet en même temps de poursuivre des études (le travail sauve). Du coup Saïd est un peu désespéré et ne compte plus que sur deux personnes ; son ami Antoine, et son professeur d’histoire géographie. Réussiront-ils à le sauver ?

Vous avez compris, l’auteur s’est amusé à prendre tous les thèmes d’actualité et à en faire un roman politiquement correct. Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est un naufrage total. L’idée de prendre Saïd comme narrateur est bonne en ce sens qu’elle rend le lecteur plus impliqué dans l’histoire. Qui plus est il y a une ou deux « jolies » scènes si j’ose dire, notamment ce passage où la toute jeune prof de français change en silence les pneus que ses élèves lui ont crevés tandis que ces derniers la regardent faire en ricanant. Mais dans l’ensemble c’est poussif. De plus, je n’ai pu m’empêcher de me sentir mal à l’aise devant certaines idées qui se dégagent derrière l’aspect lisse du récit. Ainsi, les parents de Saïd apparaissent comme des arriérés qui ne comprennent rien aux problèmes de leur fils, qui n’ont pas fait l’effort d’apprendre le français, qui ne se sont pas « intégrés » (ils regrettent toujours l’Algérie) et qui ne sont d’aucun secours pour le petit Saïd. Le grand frère Abdelkrim lui est présenté comme l’intolérant, celui qui crève les pneus de ses profs, qui vole, qui fait du trafic de drogue et qui veut cloîtrer sa sœur avec un foulard sur la tête. Maintenant qui sont les gentils à votre avis ? Antoine, l’ami de Saïd et son père, bien propre sur lui, qui a divorcé à l’amiable (Attention, modernité par rapport à l’obscurantisme des parents de Saïd qui restent ensemble : « Chez nous, on se marie et c’est tout, il n’y a pas toutes ces nuances. Mes parents se disputent, ils sont tristes et ils regardent la télé. Est-ce qu’ils s’aiment ? Peut-être qu’ils feraient mieux de divorcer j’ai pensé. ») Tous les deux sont cultivés et aiment les études et le travail. Nous avons aussi le fabuleux professeur d’histoire Monsieur Théophile (même le nom est connoté) qui cite la Bible et ressemble à l’acteur de Mission Impossible. Enfin n’oublions pas le jeune amoureux de Samira, Kevin !!!! Vous voyez où je veux en venir ?  Sous couvert de tolérance, Smadja montre nettement sa préférence pour un monde aseptisé où les valeurs de référence sont le travail et les films américains tandis que la culture musulmane ou même arabe est présentée comme obscurantiste et dépassée. Il y a notamment ce moment à hurler de rire (ou de désespoir) où Saïd regrette l’époque où son frère et lui parlaient de Zidane. Foin des considérations métaphysiques ou spirituelles ; OK pour l’intégration mais faites-le à la manière de bons français en regardant du foot.

Que dire de plus? Je suis peut-être un peu trop critique, mais je n’ai vraiment pas aimé le fond pernicieux de Il faut sauver Saïd et ce manichéisme sans appel. J’espère seulement que le téléfilm s’est montré plus subtil. Quant à moi, ce roman fera partie des livres à ne pas sauver.

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L
Très bonne critique! J'en ai pensé la même chose mais je n'ai pas su mettre le doigt sur ce qui me chiffonnait tellement! Merci de l'avoir mis à ma place! ^^
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B
<br /> Merci! Car toutes les critiques que j'ai lues étaient élogieuses et j'ai eu l'impression d'être la vieille sorcière incapable d'apprécier la beauté et la sobriété du livre.<br /> <br /> <br />
L
Je l'avais rencontré à la fac sur un sujet sur lequel on bossait: la littérature enfant et le regard qu'elle porte sur les filles("le temps des filles") Ca t'aurait plu ! <br /> <br /> Beaucoup d'ironie, j'adore toujours !
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