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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 22:26

La fenêtre panoramique

Richard Yates

Editions Robert Laffont

 

 

Promis, ça restera entre nous mais ne vous êtes-vous jamais dit quelquefois que vous valiez tellement mieux que tous ces ploucs autour de vous, tous ces abrutis dont la seule ambition se résume à avoir une jolie maison, deux enfants trois quart et la télé par câble ? Tous ces gens sans curiosité intellectuelle qui se contente d’une vie étriquée, sans soif d’absolu, sans idéaux, sans but ? C’est humain d’avoir ce genre de pensées fugaces… mais c’est très probablement faux, du moins si l’on en croit Richard Yates et son livre La fenêtre panoramique.

Etats-Unis, années 50. April et Frank Wheeler sont des jeunes gens cultivés et avides d’expérience. Ils s’aiment, tout du moins le croient-ils et chacun se renvoie une image qui les ravit, celle d’un être exceptionnel, au-dessus des petits-bourgeois bien pensants. Nous valons tellement mieux ! Seulement voilà : April tombe enceinte « trop tôt » et le couple se voit « contraint » d’emménager dans une maison  dans la banlieue new-yorkaise, tandis que Frank trouve un travail dans l’entreprise de son père. Une situation que nos tourtereaux vivent plutôt mal. Naissance d’un deuxième enfant. La routine s’installe ; les voisins gentils mais un peu bêtes, la voisine collante, les enfants bruyants, la tondeuse qu’on doit passer les jours de congé, la vie ordinaire dans une banlieue américaine… Les disputes entre April et Frank Wheeler se multiplient mais leur couple continue à se réfugier derrière leur propre sentiment de supériorité jusqu’au jour où April décide qu’il est temps pour eux de larguer les amarres et de partir en Europe, à Paris, pour « trouver » un sens à leur vie. Une solution qui va bientôt les mettre face à une réalité des plus désagréables…

On s’y tromperait presque en voyant la jaquette du livre présentant Leonardo Di Caprio et Kate Winslet tendrement enlacés, tout comme certains ont dû avoir un choc en allant voir Noces rebelles, l’adaptation cinématographique de La fenêtre panoramique, croyant assister à une séance de Titanic II, le retour. De l’amour il n’y en a absolument pas dans ce roman d’une noirceur et d’un cynisme absolu. Les personnages sont plutôt antipathiques. Richard Yates décrit avec un style brillant et un absolu manque de compassion le parcours d’un couple gonflé d’orgueil qui se révèle aussi vide que leurs voisins. Ce n’est pas non plus une apologie du modèle banlieusard : l’auteur se montre tout aussi impitoyable avec le personnage de Mrs Givings, la vieille voisine  confortablement installée dans son existence et qui délaisse un fils devenu fou, le point noir d’une vie bien rangée, ou encore avec Milly, la voisine un peu cruche qui se contente de se calquer sur son mari, à l’exact opposé d’April. Quant à son époux Shep, qui a rejeté une famille d’intellectuels pour une vie de petits bourgeois, il représente le double inversé de Frank, qui lui essaie au contraire de se démarquer d’une famille modeste et bien rangée.  Bref, quoi que les gens tentent de faire, ils se retrouvent d’une façon ou d’une autre pris au piège.

Le ton du récit est donné dès le premier chapitre. April fait partie de la troupe de théâtre amateur du quartier. Seule bonne actrice, elle joue au début très bien dans la pièce mais la médiocrité de ses compagnons a raison d’elle et son jeu devient de plus en plus faux et de plus en plus compassé. Le constat de Yates est sans appel ; aspirer à l’absolu est illusoire. On peut lutter contre son environnement, pas contre ses propres faiblesses…

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Published by beux - dans Roman
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commentaires

Nénène 08/06/2009 20:48

Hé bien, après lecture, je suis entièrement d'accord avec toi! Serait curieuse de voir ce qu'a bien pu donner l'adaptation, malgré le casting, ronflant à souhait...

beux 09/06/2009 08:57


Non non je confirme, le film est très bien aussi, et les deux acteurs jouent bien, très crédibles tous les deux. Quand je l'aurais un jour en DVD je te le prêterais et tu jugeras par toi-même...


Nénène 18/05/2009 14:40

Ayé je l'ai acheté, je vais donc le lire dès que j'aurai un peu de temps...Je suis faible :)

beux 20/05/2009 21:50


Très très faible... Mais je te reconnais bien là.


Nénène 13/05/2009 10:16

Tu me donnes drôlement envie de lire ce bouquin!!! Dans le genre "vies un peu brisées par l'arrivée d'un enfant" (mais pas du tout dans le même style, je te conseille "Le monde perdu de Joey Madden" de David Payne, chez 10/18, il est vraiment, vraiment superbe!
Sinon, ça me changera de mon "Guide de survie en territoire zombie". Cela dit si une attaque survient je suis parée :)

beux 17/05/2009 23:10


Ah attention! Dans "La fenêtre panoramique" la naissance de l'enfant n'est qu'un prétexte. C'est justement ça la feinte: on croit d'abord que ce sont les deux enfants qui empêchent le couple de
s'épanouir et on se rend vite compte que les personnages ne sont freinés que par eux-même... Je ne sais pas comment mieux expliquer mais en tous cas une chose est sûre: si t'as le temps lis le! Et
moi il faudrait que je me penche sur David Payne (et, accessoirement sur le guide de survie en territoire zombie)


Pascal le Yukka 07/05/2009 10:17

Ce roman a l'air horriblement noir et cynique en effet. Il ne doit en être que plus passionnant, comme l'indique ton lapin. La désillusion semble à la mode au cinéma et en littérature, ça doit être la conséquence de la crise économique.
On chérit tous ce genre de rêve, de mener une vie exceptionnelle, loin de la banalité et de la médiocrité de nos voisins. J'ai encore la tête dans les nuages, et je ne suis pas pressé de me réveiller.

beux 11/05/2009 15:07


Je suppose que personne n'est pressé de se réveiller. Je comprends ce que tu veux dire dans la mesure où il y a souvent des jours où je trouve la vie désespérante de banalité; les gens ne sont ni
sublimement méchants ni merveilleusement beaux. Les intentions sont le plus souvent médiocres, les objectifs limités... Après je suis réaliste aussi; je crois (et l'auteur de Fenêtre
panoramique semble le croire aussi) que nous sommes  tous pareils, au fond assez médiocres. Nous ne partons pas au bout du monde parce que nous avons la flemme ou que c'est trop
dangereux, nous n'osons pas avouer à quelqu'un que nous l'aimons de peur de nous faire rejeter, nous ne donnons pas de l'argent à des gens qui mendient parce que nous avons peur de nous faire
rouler, nous n'avouons pas à notre chef qu'il nous saoûle de peur de nous faire sacquer... Bref, ce genre de choses à mon avis est propre au genre humain et on choisit le plus souvent le confort.
Après je n'en sais rien peut-etre que c'est mieux car si nous étions tous dans l'excès et l'extraordinaire, la vie deviendrait éreintante et si j'ose dire, invivable. Et puis est-ce que
l'exaltation et les rêves permettent d'atteindre le bonheur? Je ne sais pas même si j'aimerais beaucoup y croire...
Pour en revenir à des choses plus terre-à-terre effectivement, je pense que tu as toutes les chances d'aimer Fenêtre panoramique et dans le même esprit La zone du dehors de
Damasio (regarde dans les archives je dois avoir une note sur le livre)