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27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 19:08

L05.jpgMacha ou l'évasion

Jérôme Leroy

éditions Syros

2016

 

Macha-des-Oyats a cent-sept ans et vit paisiblement ses dernières années au milieu des arbres dans une ZAD, ces zones autrefois sensibles et qui sont aujourd'hui dans le monde de la Douceur les communautés qui ont remplacé les villes surpeuplées. Un jour trois jeunes gens, des cueilleurs d'histoires, viennent la voir depuis une ZAD voisine et la prient de leur raconter sa vie : en effet Macha est l'une des dernières à avoir connu le monde de la Fin, ce monde paralysé par la course au profit, le racisme et les attentats. Aussi, pour leur faire plaisir, Macha accepte une dernière fois de se replonger dans des souvenirs douloureux.

On va encore dire que je suis méchante mais j'ai plutôt détesté ce livre. Par quoi on commence ? Par le monde de la Douceur ? Rien que le nom laissait craindre le pire. Ce nouvel âge d'or me semble surtout un croisement bâtard entre une communauté hippie et une fausse tribu indienne. Les gens vivent dans des cabanes dans les arbres, bannissent toutes institutions et toute technologie, consultent des Hommes Médecines et prennent des noms ridicules. Plus de maladies ni de morts violentes, la violence et le stress ont disparu et je suppose que ça a fait disparaître par magie les prédateurs, les catastrophes naturelles, les accidents domestiques.. Mais si le monde de la Douceur m'a paru déjà passablement niais, ce n'est rien comparé à ce qui m'attendait lorsque Jérôme Leroy s'emploie à nous décrire le monde de la Fin. Je vous rappelle que ce monde se situe chronologiquement à peu près à quinze vingt ans du nôtre, pourtant si l'on retrouve hélas quelques similitudes à notre époque troublée (les attentats, la montée de l'Extrême-Droite) la Fin de Leroy autrement semble s'apparenter à l'époque du 19e siècle, avec de riches notables aristocrates et snobs qui vouvoient leurs conjoints et leurs enfants et qui, bien entendu, sont racistes et intolérants. Ben voyons, quelle audace. Je suppose que dans les années 50 ces portraits auraient eu encore quelque pertinence mais là c'est vraiment taper sur un système qui n'est plus à l'ordre du jour. J'aurais été plus convaincue par un monde rempli d'ados scotchés à leurs portables, d'actionnaires véreux, de campagnards FN et de bobos prônant le retour à la nature mais infoutus de se décoller cinq minutes de leur ordinateur. En bref j'aurais été plus convaincue par un monde où chacun est responsable de la dégénérescence de ce dernier et pas seulement les "riches", ce groupe mystérieux qui, dans l'imaginaire de Leroy, a remplacé les Illuminati. C'est d'autant plus ridicule que l'auteur appelle tout au long du livre à se garder des préjugés.

Et l'écriture me direz-vous ? Bah, reconnaissons à l'auteur qu'il sait écrire même c'est un style plutôt pompeux. Néanmoins je n'ai ressenti aucune émotion dans ce texte. Vincent VIlleminot dans Le copain de la fille du tueur avait une écriture maladroite mais l'on sentait vraiment une implication, des sentiments dans son roman. Jérôme Leroy lui de toute évidence ne perd jamais de vue qu'il a un message à faire passer (mon Dieu, un ouvrage sans message quelle horreur !) et nous gratifie d'allégories soi-disant subtiles (la jeune femme grecque perdue qui épouse le méchant riche français) et de morales simplistes. Si finalement Macha ou l'Evasion échappe à mon courroux total, cela tient aux cent dernières pages : la fuite de Macha et son road-movie sont en effet plutôt sympas à suivre. Cela tient également au personnage du Capitaine, le seul protagoniste un peu subtil et qui échappe à la caricature. Cela tient enfin à de jolies descriptions de la nature et au chat de Macha, Verlaine. J'aime bien les chats. Voilà comment on échappe au fiasco total mais ne comptez pas sur moi pour mettre en avant ce livre cet automne.

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Published by beux - dans Jeunesse
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