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15 août 2017 2 15 /08 /août /2017 09:59

Walden

Henry D.Thoreau

éditions le Mot et le reste

1854

 

Bien que ce ne soit pas un roman, Les 1001 livres... (encore eux) ont choisi de mettre un livre à l'honneur, le très célèbre Walden de Thoreau. Walden c'est le récit d'un auteur qui, pendant deux années, a vécu dans les bois, près du lac Walden aux Etats-Unis, dans une cabane qu'il a lui-même construite. Il livre une réflexion sur cette expérience et en tire ses propres conclusions sur un mode de vie qui lui semble le mieux adapté au bonheur de l'homme, une vie frugale mais simple, plus proche de la nature et sans angoisses.

Walden, contrairement à ce que je croyais moi-même au début, ne se présente pas comme un récit linéaire qui retracerait les deux ans de A à Z. Il ne s'agit pas d'un journal de bord mais d'une réflexion plus vaste, un ouvrage travaillé et retravaillé pas moins de huit fois et dont la structure même est élaborée afin de permettre à Thoreau d'exprimer ses ressentis et ses conclusions sur une expérience qui l'a profondément marqué. Si j'ai apprécié l'aspect écologique de l'ouvrage et la vision novatrice du narrateur qui, un siècle et demi avant nous, nous met en garde contre une économie de la surenchère et d'un mode de vie qui détruit la nature, si j'ai beaucoup aimé les descriptions du lac gelé et des animaux qui viennent rendre visite à Thoreau dans sa retraite, si j'ai été touchée par une certaine poésie qui se dégage de l'oeuvre, j'ai été en revanche oserai-je l'avouer ? un peu agacée, par le ton suffisant de l'auteur. J'aime les livres qui doutent, les ouvrages qui interrogent plus qu'ils n'affirment et Walden n'est rien de tout cela. Thoreau est dans la démonstration de force, n'hésitant pas à considérer ceux qui ne pensent pas comme lui avec un certain mépris, omettant des détails (comme nous le révèle l'appareil critique) quand cela l'arrange et ayant de toute évidence une très haute opinion de lui-même. De ce fait, si Walden est encore aujourd'hui un monument de la littérature, c'est pour moi un monument figé et si j'ai apprécié d'un point de vue purement littéraire, je n'ai pas été du tout touchée par un récit qui, à mon sens, manque de fraîcheur et de spontanéité. 

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13 août 2017 7 13 /08 /août /2017 13:43

Bleak House

Charles Dickens

éditions de l'Archipel

1853

 

Je sais ça fait longtemps. Mais bon en même temps c'est l'été, vous avez sûrement autre chose à faire qu'à passer votre temps devant un écran d'ordinateur non? Pour ma part j'ai été à la campagne. C'est joli la campagne et on peut y lire tranquillement. Des conditions idéales pour avancer dans les 1001 Livres... d'autant plus que l'ouvrage dont nous allons parler aujourd'hui était également idéal pour la sieste.

Vous l'avez sûrement remarqué à présent, mon 1001 livres... adore Dickens. C'est déjà le troisième qu'il me propose comme oeuvre incontournable et j'ai vu avec horreur qu'un quatrième arrive par la suite. Tout le monde semble aimer Dickens et s'extasier devant cet auteur. Oserai-je l'avouer ? Pour ma part je le trouve soporifique.

Bleak House démarre à Londres sur une sombre histoire de procès, l'affaire Jarndyce, qui dure depuis des générations et dont les tenants et les aboutissants sont si complexes que le tout ça n'est plus devenu qu'un sujet de plaisanterie au sein même de la Chancellerie. Le plaignant, Tom Jarndyce, a fini par se suicider et son fils John a préféré se retirer dans sa maison de Bleak House, laissant à son avocat le soin de gérer une procédure dont il ne se soucie guère du résultat. Cependant, c'est un philanthrope au coeur tendre qui décide de recueillir ses jeunes cousins, Ada et Richard, liés également à l'affaire. Pour leur tenir compagnie il leur adjoint Esther, une jeune orpheline dont les origines restent obscures. Est-ce lié à la belle et mystérieuse Honoria Dedlock qui semble s'ennuyer ferme dans son manoir du Lincolnshire ?

Deux volumes de 600 pages chacun : c'était long, très long. La grande réussite de Bleak House c'est incontestablement la critique féroce de l'appareil judiciaire de l'époque où la moindre vétille devient prétexte à une procédure interminable. Avocats tatillons, hommes de lois douteux, escrocs en tout genre se côtoient à la Haute Cour de la Chancellerie, affairés à ne rien faire, se mêlant à des plaignants qui sont devenus fous à force d'attendre un jugement qui n'est jamais venu. A cette ironie mordante d'une société sclérosée par la paperasse et l'administration, Dickens ajoute une intrigue policière : que cherche à cacher lady Dreadlock et qui sont les parents de la jeune Esther ? Bon, autant vous dire que le suspens n'est pas non plus à couper le souffle mais cette intrigue nous permet de faire connaissance avec une multitude de personnages. Certains sont plutôt réussis : John Jarndyce, le bourru au grand coeur, Richard, le gentil indolent qui se laisse peu à peu pervertir, lady Dreadlock dont la froideur masque un caractère passionné et une souffrance secrète, Miss Flite qui hante la Chancellerie, déterminée à ne libérer ses oiseaux que lorsque son propre procès aura été résolu... En revanche, et c'est là où le bât blesse, impossible pour moi de trouver de l'intérêt à l'héroïne, Esther, narratrice durant la moitié du roman. Comme dans David Copperfield, l'auteur nous pond un personnage féminin d'une fadeur navrante, un ange de douceur, de compassion et de piété qui ne se rebelle jamais, parfaite maîtresse de maison, éducatrice modèle... Pas la moindre trace de passion ou d'interrogations dans cet être qui se soumet d'abord à sa tante puis à son tuteur sans jamais chercher à se poser de questions. Dickens nous l'oppose à l'intraitable Mrs Jellyby, une femme qui se passionne pour la cause humanitaire en Afrique et qui de ce fait, néglige complètement son foyer, oh scandale ! La "morale" est sans appel : femme, occupez-vous de vos maris et de vos enfants, votre place est à la maison. La soumission d'Esther est telle qu'est ira jusqu'à s'interdire d'aimer sans la permission de John Jarndyce. Alors certes, nous sommes au 19e siècle, certes il faut replacer le roman dans son contexte, mais je ne peux m'empêcher de noter que des héroïnes comme celles de Jane Austen ont bien plus de caractère que les mièvres poupées de Dickens (on n'évoquera même pas Ada qui est si transparente qu'on finit par l'occulter totalement). En tous cas, pour ma part, ce personnage d'Esther a considérablement refroidi mon intérêt pour un roman qui par ailleurs est bien trop long, la faute à sa forme initiale de roman-feuilleton, et qui s'essaie parfois à un humour que je trouve parfois raté. Tout n'est pas à jeter, certains passages sont très émouvant ou très drôles mais Bleak House restera à mon sens un ouvrage mineur de Dickens que j'ai été heureuse de terminer.

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8 juillet 2017 6 08 /07 /juillet /2017 11:16

Cranford

Elizabeth Gaskell

éditions Points

1852

 

A Cranford, il n'y a quasiment que des dames, veuves ou vieilles filles. Les hommes meurent ou ne restent presque jamais longtemps dans cette ville moribonde, leur préférant la dynamique Drumble accessible par le chemin de fer. Aussi nos habitantes ont-elles appris depuis longtemps à se débrouiller seules : elles mènent une vie tranquille et routinière en bonne intelligence avec leurs voisines, ponctuée de quelques querelles vite oubliées et, pour ne pas embarrasser, feignent de ne pas s'apercevoir de la pauvreté de leurs amies...

Narré à la première personne par une héroïne qui ne vit pas elle-même dans la ville mais qui y fait de longs et fréquents séjours, Cranford est un récit terriblement touchant. A vue de nez, cela peut paraître un peu ennuyeux : il n'y a pas à proprement parler d'intrigue, le roman est plus une suite de saynètes et de situations racontant le quotidien de ces femmes, et un quotidien qui est loin d'être palpitant : une vieille fille qui retrouve sur le tard un amour d'enfance, un magicien qui arrive en ville, une succession de vols réels ou supposés qui déclenchent une panique collective, un dîner mondain chez la "noble" du coin... Nos héroïnes obéissent à une succession de codes et de protocoles,  bavardent et disent beaucoup de bêtises, sont superstitieuses et un peu trouillardes. Mais tous ces défauts les rendent humaines et elles n'en sont que plus touchantes dans leurs petites manies. De plus, il y a quelque chose d'infiniment héroïque dans ces femmes livrées à elles-mêmes et qui mènent de front leur vie, feignant de n'être ni pauvres ni seules. Ainsi, l'ouvrage nous livre bon nombre de passages émouvants comme miss Matty lisant de vieilles lettres ou se privant de tissu pour venir en aide à un homme qui a fait faillite à cause de la banque dont elle possède elle-même des actions, ou ses amies qui lui viennent secrètement en aide quand elle perd tout. L'écriture de Gaskell se rapproche beaucoup de celle d'Austen : c'est un peu le même univers et le style est très proche. L'humour est omniprésent et, si la moquerie perce parfois, c'est une moquerie pleine de tendresse pour des personnages qui avec tous leurs travers et leurs considérations futiles parviennent néanmoins à acquérir une véritable dimension romanesque.

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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 13:23

La case de l'oncle Tom

Harriet Beecher-Stowe

éditions Livre de Poche

1852

 

Encore un classique de la littérature que, à ma grande honte, je n'avais jamais lu. Dieu sait pourtant que c'est un incontournable du roman américain mais ça y est l'oubli est réparé ! Aujourd'hui je vais vous parler de La case de l'oncle Tom. Asseyez-vous tous en rond et préparez vos mouchoirs.

Tom est un esclave noir  plutôt heureux puisqu'il est sous les ordres de monsieur Shelby, un gentilhomme du Kentucky qui le traite convenablement. Il vit avec sa femme et ses enfants dans une case et sa grande piété ainsi que sa gentillesse lui vaut le respect non seulement de ses pairs mais aussi de ses maîtres. Malheureusement, monsieur Shelby a fait de mauvaises affaires et se voit contraint, sous peine de faire faillite, de vendre Tom ainsi que l'enfant de la femme de chambre, Henri, âgé d'à peine cinq ans. Alors que Tom se résigne à son triste sort et s'apprête à suivre le marchand d'esclaves dans le Sud, Elisa la femme de chambre, refusant de se faire enlever son fils, décide de s'enfuir avec ce dernier en direction du Canada.

On ne va pas se mentir : La case de l'oncle Tom est souvent un peu gnangnan. Tom est bien gentil mais il est insupportable de résignation et de bondieuserie, citant la Bible à tout bout de champs et se refusant à la moindre révolte. Ce n'est pas pour rien si des années plus tard son personnage est toujours aussi controversé, certains voyant en lui l'archétype du Noir servile et obséquieux. Ce serait cependant mal interpréter la pensée de l'auteur qui prend dans ce livre une position claire et nette contre l'esclavage. Outre qu'elle met en scène des esclaves prêts à tout pour reconquérir leur liberté et qu'elle dénonce les pratiques révoltantes liées à la marchandisation de l'être humain : séparation des familles, prostitution des jeunes filles, conditions épouvantables de travail... elle s'indigne tout particulièrement contre les membres du clergé qui tentent de justifier l'esclavage par une lecture erronée de la Bible. Il ne s'agit pas pour autant d'un roman manichéen : Harriet Beecher-Stowe n'oppose pas les bons esclaves et les méchants maîtres. A dire vrai, dans le roman, les maîtres mauvais sont assez rares ; la plupart sont plutôt bienveillants ou tout du moins ne traitent pas forcément mal leurs esclaves. Le problème pour l'auteur ne réside pas là : il ne s'agit pas de stigmatiser des attitudes mais une pratique générale qui permet à un homme d'être le propriétaire d'un autre homme, aussi bon cet homme soit-il. Vous auriez beau être la meilleure personne au monde, rien ne vous autorise à disposer d'autrui. A partir de là, il faudrait plutôt voir en Tom une figure christique, un homme bon et vertueux dont le sacrifice permet la libération d'un peuple tout entier. La case de l'oncle Tom est aussi un récit d'aventures et d'action, grouillant de péripéties et de bons sentiments un peu trop sucrés il faut parfois l'avouer, mais qui se lit rapidement et avec un réel plaisir et une réelle attente. Ecrit juste avant la guerre de Sécession, il aura eu également le mérite de servir la cause abolitionniste.

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23 avril 2017 7 23 /04 /avril /2017 12:06

L01.jpgLa Maison aux sept pignons

Nathaniel Hawthorne

éditions Flammarion

1851

 

Retour aux 1001 Livres et à Nathaniel Hawthorne, l'auteur de La lettre écarlate qui revient avec un roman tout aussi déconcertant que son premier ouvrage. L'histoire se déroule dans une petite ville de la Nouvelle-Angleterre. Bien des années auparavant, pour s'approprier le terrain de Matthew Maule, un humble villageois, le colonel Pyncheon fit accuser ce dernier de sorcellerie et le fit exécuter. Sur le terrain ainsi volé, il construisit une grande demeure, la Maison aux sept pignons, une maison destinée à abriter sa nombreuse descendance. Mais il s'était attiré la malédiction du Ciel : non seulement le colonel mourut le jour même de l'inauguration de sa propriété mais sa famille ne connut jamais le bonheur, cumulant ruines et désillusions. Deux siècles plus tard, il ne reste plus dans la maison que Hepzibah Pyncheon, une vieille fille déjà âgée qui, pour sauver son frère fraîchement libéré de prison et pour échapper à son machiavélique cousin, un juge renommé, se décide à ouvrir une boutique dans la demeure. Mais le destin lui envoie alors la jeune Phoebé, nièce dont le sourire et la gentillesse vont peut-être enfin faire lever le noir destin qui pèse sur la famille.

Hawthorne renoue ici avec ses thèmes favoris, culpabilité et rédemption, mais l'aborde sous un angle différent puisque qu'ici la culpabilité n'est pas le fait des personnages principaux mais celle d'un lointain ancêtre, un péché héréditaire qui rejaillit sur la descendance entière. Oui, je sais, c'est un peu glauque et il y faut y voir là l'éducation puritaine de Hawthorne dont il n'a jamais pu tout à fait se défaire. Cependant le roman est fascinant car, mine de rien, il brosse le portrait d'une famille entière, du colonel véreux au commerçant avisé, de la jeune vierge sacrifiée à la vieille fille recluse tout en évitant une mise en scène chronologique et linéaire. L'humour et le fantastique s'invitent également dans un ouvrage qui prône son mépris pour une société avide de richesses et de gloire. Au juge ambitieux et matérialiste, l'auteur oppose le gentil vieux qu'on croit à tort simple d'esprit, à la maison maudite il oppose le jardin où Phoebe converse avec Holgrave, le photographe énigmatique, à la vie mondaine du cousin, vide et vaine, il compare l'existence douce et simple des autres Pyncheon... Récit tout en ombres et en lumière, avec une touche de suspens, La maison aux sept pignons possède une grande force poétique et se lit beaucoup mieux que La lettre écarlate qui, à mon sens, avait beaucoup trop de longueurs. Une jolie découverte. 

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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 18:20

L10Moby Dick

Melville

éditions Gallimard

1851

 

Ishmaël a parfois des idées noires alors, pour changer d'air, il prend la mer : il aime à s'embarquer sur l'océan pendant quelques années et travailler sur un navire, oublieux de tout si ce n'est de cette vie aventureuse et comme entre parenthèses. Un jour, il croise Queequeg, un sauvage des îles lointaines devenu harponneur et, sympathisant rapidement avec lui, décide de s'engager avec lui sur un baleinier. Mais ce baleinier n'est pas tout à fait comme les autres : il est dirigé par le capitaine Achab, un homme obsédé par l'idée de capturer et de tuer Moby Dick, une baleine blanche dont le nom est devenu légendaire et qui, autrefois, lui a arraché la jambe. Pour assouvir sa vengeance Achab est prêt à tout, y compris à mettre son équipage en danger...

Moby Dick est un monstre de la littérature américaine et une référence pour beaucoup. J'avoue pour ma part être assez partagée sur ce roman-fleuve qui joue avec toutes les règles de la narration et maîtrise aussi bien le style comique que le tragique. Cependant à mon sens, c'est long. Les nombreuses digressions sur les baleines et leur anatomie peuvent lasser. De plus le livre est violent et cruel : ce n'est que baleines tuées, hommes et animaux qui se livrent un combat sans merci sur une mer imprévisible et sauvage. L'homme est au coeur d'un monde sans pitié qui ne pardonne pas ; dès ses premiers jours sur le Péquod, Ishmaël comprend qu'il risque sa vie en permanence, tout ça pour au final rapporter quelques tonneaux d'huile. La quête du baleinier est une quête qui paraît bien dérisoire et ne semble au fond qu'un prétexte pour se mesurer à la nature indomptée que représente la baleine. Achab pousse la logique du baleinier jusqu'au bout puisqu'il ne cherche même pas à justifier sa chasse, mais si son équipage le suit dans son délire vengeur y compris son second, le sage Starbuck, c'est bien que cet équipage comprend au fond l'obsession de son chef. Ce combat perpétuel est ce qui fait sans conteste la force du roman ; la fascination et la répugnance pour une sauvagerie que chacun traque tout en sachant pertinemment qu'elle n'est que l'exutoire à leur propre nature. Pour ma part, cela m'a mise parfois mal à l'aise et j'ai trouvé particulièrement violentes certaines descriptions : l'agonie d'une vieille baleine, le massacre des requins, le matelot qu'on laisse tomber à l'eau... Je reconnais cependant à l'ensemble un certain génie et il faut saluer la qualité d'écriture qui joue avec tous les codes de la littérature, intégrant au roman saynètes, définitions, moments franchement comiques (la rencontre entre Ishmaël et Queequeg par exemple) ou au contraire très émouvants. Le final est tout particulièrement déchirant. Que dire de plus ? Je ne reviendrai pas sur le roman perçu comme une allégorie, la quête impossible d'Achab vu comme une quête de l'éternel (la baleine blanche semble dans le roman comme immortelle et inaccessible)  d'une part parce que je pense que cela a déjà été traité et, d'autre part, parce que je ne suis pas tout à faire sûre que l'auteur aurait apprécié que son roman soit réduit à ça. Roman d'aventure par excellence, ambitieux, Moby Dick présente bien des visages : on aimera ou on n'aimera pas mais une chose est sûre, l'ouvrage ne laissera pas indifférent.

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14 mars 2017 2 14 /03 /mars /2017 12:47

L10

La lettre écarlate

Nathaniel Hawthorne

éditions Livre de Poche

1850

 

La lettre écarlate n'est ni une lettre d'amour, ni un courrier honteux. C'est un "A" majuscule brodé en rouge vif sur la poitrine d'une femme, Hester. A comme adultère. Nous sommes en effet en 1642 à Boston et les puritains d'antan ne rigolent pas avec ces choses-là. Aussi, lorsque Hester, nouvellement débarquée en Amérique, accouche d'une petite fille alors que son mari ne l'a jamais rejointe, elle est conduite au pilori et condamnée à porter cette lettre d'infamie durant toute sa vie, signe distinctif qui la condamne à être mise à l'écart de la société. Hester demeure stoïque cependant et refuse de livrer le nom de son amant, de quoi intriguer son mari, revenu au moment de son châtiment, et qui décide de garder le secret de son identité afin de mieux enquêter sur son offenseur.

Ce livre m'a laissée profondément perplexe. ça fait une semaine que je l'ai fini et je suis encore incapable de déterminer si j'ai aimé ou pas et quelles étaient les intentions de l'auteur quand il a écrit cet ouvrage. La première scène est saisissante car extrêmement cruelle dans sa description, celle d'une jeune femme frêle avec son enfant, livrée à la vindicte d'une foule bien-pensante. Elle fait pendant à d'autres scènes tout aussi magistrales : les tourments du jeune pasteur qui rongé par la culpabilité passe une nuit de veille sur le pilori, tourmenté par sa conscience, Pearl, la petite fille de Hester qui se promène dans les bois tel un lutin malicieux et qui est à la fois source de joie et de désespoir pour sa mère, reproche vivant de sa faute...Malheureusement ces tableaux sont gâchés par des descriptions beaucoup plus plates, trop emphatiques et qui à force d'outrance produisent l'inverse de l'effet escompté. Y-a-t'il une morale à cette histoire ? Difficile à déterminer : alors qu'Hester, officiellement une traînée se comporte comme une femme des plus vertueuses par la suite, le pasteur, considéré comme un saint homme, souffre les plus atroces souffrances d'une âme damnée.  L'un comme l'autre ont tous les deux fauté (oh ça va il n'y a pas tellement de suspens non plus) mais alors que l'une n'a eu d'autre choix que d'assumer son "crime", l'autre s'est lâchement caché. Pour l'auteur peut-être au fond est-ce là le plus grand des péchés : se faire passer pour ce qu'on n'est pas (le personnage le plus "mauvais" de l'histoire n'est ainsi rien d'autre que le mari docteur dont le seul crime de l'histoire est de taire son identité aux autres) et agir contre sa conscience qui, plus que toute considération sociale, doit seule faire office de juge. La lettre écarlate est ainsi à double tranchant : symbole de honte elle est aussi paradoxalement ce qui libère Hester et lui donne la force de se libérer d'une société étouffante. Ainsi alors que le pasteur est un être qui arpente les maisons, Hester est un être qui se réfugie dans les bois et près des rivières, ne fréquentant les autres qu'à l'heure de leur mort, peut-être pour leur rappeler que le pardon est toujours possible. La lettre écarlate est un curieux mélange, oeuvre romantique à la fois novatrice et puritaine, un récit qui s'emmêle parfois dans ses contradictions et qui mérite peut-être plusieurs lectures.

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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 14:42

Hurlevent

Emily Brontë

éditions Folio

1847

 

Lockwood, nouveau locataire d'une maison perdue au milieu de la lande, décide de rendre visite à son propriétaire Heathcliff qui vit à côté, à Hurlevent, une demeure sinistre battue par les vents. Il y est reçu très froidement, aussi bien par Heathcliff que par sa belle-fille et son neveu et passe une nuit épouvantable dans une chambre qui semble hantée. Intrigué par cette famille, il se fait alors raconter l'histoire de Hurlevent par la gouvernante :  tout commence le jour où Earnshaw ramène de l'un de ses voyages un jeune garçon malingre qu'il a recueilli dans la rue, un dénommé Heathcliff. Si le fils de Earnshaw voit l'arrivée de l'enfant d'un mauvais oeil, ce n'est pas le cas de sa fille Catherine qui se lie presque immédiatement d'amitié avec lui. Les années passent : Catherine et Heathcliff sont inséparables jusqu'au jour où la jeune fille tombe sous le charme du charmant voisin Edgar Linton.

Ceux qui ont lu Twilight et qui lu après Hurlevent, présenté comme "le livre préféré d'Edward et de Bella" (oui oui un éditeur a osé mettre ce bandeau là) ont dû être sacrément surpris. Il n'y a en effet rien de mignon et de sucré dans cette romance sauvage qui met en scène la passion dans ce qu'elle a de plus brut ; la haine, l'amour, la vengeance, tout est amplifié, exacerbé dans des décors hostiles et isolés. Catherine éprouve pour Heathcliff un sentiment animal : elle a besoin de lui physiquement, leurs pensées sont comme connectées. A l'inverse, Linton lui apporte un amour plus raisonnable, plus doux, qui risque moins de la consumer mais aussi de moins la satisfaire. Quant à Heathcliff, tout son être est violent, brutal, il est excessif en tout ce qui le fait pencher dangereusement vers la folie. Hurlevent est moins une histoire d'amour que le récit de passions contrariées, de désirs malmenés et d'une lutte entre pulsions et raison. L'écriture est dense, les descriptions des sommets de Hurlevent, de la lande ou de la campagne isolée renforcent le sentiment de malaise du lecteur. Ajoutez à cela une touche de fantastique (fantômes et apparitions) décors de cimetière et prédictions sinistres et vous aurez une petite idée d'un livre que j'avais toujours cru à tort être une mignonne histoire d'amour mais qui se révèle d'une complexité incroyable. Exemplaire dans le style, violent dans ses effets et ses péripéties, le roman de Emily Brontë n'a ni morale ni réponse à apporter, uniquement la souffrance d'esprits en quête de sens et une noirceur que vient à peine tempérer une fin plus paisible. Si certains lecteurs peuvent se sentir gênés devant un roman qui a presque quelque chose d'impudique dans le sens où tout sentiment est dévoilé et aucun respecté, j'avoue pour ma part avoir été franchement séduite pour ne pas dire émue par un ouvrage sans tricheries et sans fard qui va jusqu'au bout des passions, aussi destructrices soient-elles.

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8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 14:58

Le maître et Marguerite

Mikhaïl Boulgakov

éditions Robert Laffont

1966

 

Tout commence à Moscou par une promenade. Deux hommes conversent paisiblement, l'un s'appelle Berlioz et est rédacteur en chef d'une importante revue littéraire, l'autre, Ivan Nikolaïevitch écrit de mauvais poèmes. Ils sont interrompus dans leur discussion par un excentrique inconnu qui, après leur avoir raconté comment Jésus dont, en bons citoyens, ils nient tous les deux l'existence, fut arrêté,  prédit dans la foulée la mort de Berlioz. La prédiction s'accomplit : le rédacteur finit la tête coupée sous les roues d'un tramway et son jeune compagnon, rendu à demi-fou par cette étrange rencontre, est interné. Tandis que l'étranger, escorté par un groupe insolite dont un chat qui parle, s'installe chez Berlioz et sème la confusion et le trouble en ville, Ivan fait la connaissance à l'asile d'un malade qui se fait appeler le maître et à qui l'écriture d'un roman sur Ponce Pilate a fait perdre plus ou moins la raison. Mais Marguerite sa maîtresse est prête à tout pour le retrouver y compris à passer un pacte avec le mystérieux inconnu qui n'est en fait rien moins que Satan.

C'est un résumé imparfait mais comment résumer une telle oeuvre où interviennent en vrac écrivains prétentieux et sorcières volant sur des balais, milice et chat qui parle, Pilate qui guette le clair de lune et jeune femme se consumant d'amour ? Encore une fois la littérature russe démontre toute sa richesse. Ecrit sous la dictature stalinienne, Le maître et Marguerite est à la fois un portrait ironique d'une société d'écrivains gras et de fonctionnaires sans imagination et à la fois une oeuvre d'une poésie rare jouant avec tous les codes du merveilleux et de l'horreur en même temps. Le bal donné par Satan est la parfaite illustration d'un genre où toute convention littéraire s'abolit pour laisser place à la fantaisie la plus débridée. Le livre est également une très belle histoire d'amour, celle d'une épouse malheureuse qui découvre son âme soeur en un écrivain maudit et sans le sou et qui est prête à conclure un pacte avec le Diable pour le retrouver.

Difficile à aborder, d'une part à cause d'un mélange des genres assez déroutant et, d'autre part, plus prosaïquement à cause de ses nombreux personnages à consonances impossibles, Le maître et Marguerite se révèle à la lecture un roman d'une extraordinaire complexité maniant l'humour la poésie et l'horreur avec la même facilité et qui vous donnera envie à votre tour d'aller guetter le chemin de lune en quête d'une rédemption qui ne viendra peut-être jamais.

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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 11:21

La foire aux vanités

Thackeray

éditions Gallimard

1847

 

A peine sortie de la pension de jeunes filles Becky Sharp jette le livre que l'institution lui a offert. La gratitude ? L'amitié ? La douceur ? La morale ? Au diable tout cela quand on est orpheline et sans le sou ! Si Becky ne veut pas finir sa vie en tant que gouvernante il va lui falloir se montrer fourbe pour faire son chemin dans le monde. Pour cela il faut commencer par se trouver un mari. Si elle croit avoir trouvé le pigeon idéal en Joseph, le frère de son amie Amélia, un homme gras et benêt, ses espoirs sont réduits à néant par le fiancé d'Amélia, George Osborne, bien déterminé à éviter une telle mésalliance à sa future famille. Qu'à cela ne tienne Becky se rabat sur Rawdon Crawley : il est joueur et dépensier mais c'est le neveu favori d'une vieille fille très riche. Durant ces tractations, une guerre se prépare : Napoléon s'est échappé de l'île d'Elbe et rassemble son armée. George, son meilleur ami Dobbin et Rawdon sont appelés à combattre.

Comme son auteur s'est plu à le souligner La foire aux vanités est un roman sans héros avec cinq personnages clés qui sont tout en ombres et lumière. Amélia est une jeune femme niaise et aveuglée par son amour pour un mari qui ne la mérite pas, mais sa gentillesse et sa douceur séduisent tandis qu'on prend en pitié le nombre incalculable de malheurs qu'elle se prend sur la tête. George est héroïque lorsqu'il épouse sa fiancée contre la volonté de son père mais il est joueur, fat, et se laisse embobiner par Becky. Rawdon souffre des mêmes vices mais il est "sauvé" lui par son amour pour son fils. Dobbin est ce qui se rapprocherait le plus d'un héros : courageux, noble, perspicace, il est surtout raillé par l'auteur pour son amour sans bornes pour Amélia "Notre récit n'aura pas servi à grand-chose si le lecteur n'a pas compris que le major Dobbin était un dadais sentimental." Quant à Becky c'est l'anti-héroïne par excellence, une Rastignac en jupons qui calcule tout, dénuée du moindre sentiment et dévorée par l'ambition. Cependant, ses manoeuvres peuvent séduire ainsi que son caractère déterminé et intelligent. Autour de ces protagonistes s'agite toute une armée de marionnettes plus ou moins intéressantes qui sont consumées par des désirs plus ou moins avouables et qui évolue dans une société où l'argent et le paraître font tout. Thackeray a l'art du portrait grinçant et de la satire, doublé d'un talent de conteur : son récit est dynamique, il prend volontiers à parti son lecteur et son humour cynique est tout simplement réjouissant, si bien que les mille pages de son roman passent en un éclair. Contemporain de Dickens, il a souffert toute sa vie de la comparaison. A mon sens pourtant ce livre est largement supérieur à ceux que j'ai déjà lu de Dickens.

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