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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 11:05

Pax etL04.jpg le petit soldat

Sara Pennypacker

éditions Gallimard Jeunesse

 

Et on recommence ce blog en parlant d'un livre pour les petits ! Enfin, petits, disons que c'est pour les pré-ados, dix douze ans. Il s'agit de Pax et le petit soldat. C'est l'histoire d'un petit garçon, Peter qui, après la mort de sa mère, a recueilli un renardeau qu'il a élevé et qui est totalement apprivoisé. Seulement voilà : une guerre se prépare et le père de Peter le contraint à abandonner l'animal tandis qu'il envoie vivre son fils à cinq cent kilomètres de là, chez son grand-père. Arrivé chez ce dernier cependant, Peter se rebelle et décide de s'enfuir pour retrouver son compagnon. Pendant ce temps le renard, Pax, attend son maître et fait l'expérience de la vie avec ses semblables dans une zone dévastée par une guerre absurde entre les hommes.

Il ne payait pas de mine ce roman et, à dire vrai, la couverture ne me faisait guère envie (désolée pour l'illustrateur qui, apparemment, est très réputé) mais il s'avère que le contenu est émouvant. Pax et le petit soldat tient du conte initiatique, tout comme Le Petit Prince mais en beaucoup moins gnangan (oh ça va  je vous ai déjà dit que j'aimais pas le Petit Prince) : le cadre spatio-temporel de l'histoire est flou tout comme la guerre évoquée, et les personnages sont volontairement irréalistes : le père dur et belliqueux, Vola la femme rongée par le remords, le grand-père indifférent... Il ne s'agit pas là pour le coup d'une succession de clichés mais d'une volonté de l'auteur de situer son récit dans la fable, une fable qui sanctionne la guerre, ses horreurs et ses absurdités, sauf que pour le coup, ce sont les hommes les animaux alors que les animaux au contraire, que ce soit Pax qui attend son maître ou Hérissée qui protège farouchement son petit frère, font preuve d'empathie et de tendresse.  Pax et le petit soldat est aussi et surtout une très belle histoire d'amitié et de confiance entre un garçon et son renard. Pour Pax Peter va réaliser l'impossible et sa quête pour le retrouver va lui permettre de comprendre bien des choses... Enfin, le dénouement, émouvant et déchirant, rappelle que, parfois, la plus preuve d'amour est de laisser partir.

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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 12:08

Bon, comme vous l'avez probablement remarqué, cela faisait bien longtemps que ce blog avait été laissé à l'abandon. A dire vrai, il avait vocation de disparaître. Pour des tas de raisons, personnelles, pratiques, honteuses... Un coup de tête plus ou moins réfléchi si vous préférez.

Mais voilà. Après ces quelques semaines de réflexion, le manque s'est tout de même installé. Il a une quinzaine de jours, la tentation d'y revenir a été très forte et, il y a deux trois jours, le commentaire d'un gentil lecteur a fini de me convaincre.

Le blog est donc de retour ! Avec une petite modification cependant : je ne chroniquerai plus TOUS les livres que je lis. D'une part parce que certains livres ne sont ni intéressants ni drôles à commenter. Hier par exemple j'ai terminé un ouvrage sur le zen-selling : ça n'a pas changé ma vie et ça ne changera sûrement pas la vôtre non plus. D'autre part cela va un peu ralentir le rythme de publication du blog ce qui me permettra d'écrire à côté, car l'une des raisons de son arrêt était de me consacrer davantage à l'écriture, histoire qu'un jour une fille hautaine critique sur son propre blog mon usage immodéré des points de suspension et la pauvreté de mes intrigues. Pour résumer, je ne parlerai désormais que des livres qui m'ont marquée, en bien ou en mal (parce qu'il faut rire un peu malgré tout).

 

Voilà ! Et donc avant de revenir dès demain aux choses sérieuses, un rapide balayage de mes lectures de cette fin d'année :

 

- Côté 1001 livres... la dernière des soeurs Brontë a parlé de mariages malheureux et de désillusions amoureuses dans La recluse de Windfield Hall. Un roman intéressant mais qui souffre de la comparaison avec ceux des deux autres soeurs.

Dans David Copperfield, Dickens nous livre un récit plein d'humour et une intrigue teintée de son expérience personnelle. C'est en revanche un peu long (1000 pages) et très moralisateur par endroits : les deux héroïnes, que ce soit l'imperturbable Agnès ou la femme-enfant Dora donnent envie de mettre des claques. Le héros s'en sort beaucoup mieux.

 

- Côté romans ados, il n'y a pas eu de grandes révélations. L'auteur de La sélection, Cass, nous livre sa propre version du mythe de la sirène : il y a des belles robes, du sacrifice et de l'amour. Une nouvelle trilogie de Puard Bleu Blanc Sang nous offre une version ado insupportable du Da Vinci Code : art et complot le genre de mélange qui donne envie de frapper son auteur à coup de pelle. Pas de quoi se réconforter avec The Ones de Becker qui lui nous parle d'un monde où des enfants génétiquement modifiés sont pris pour cible et discriminés au nom de l'égalité. Une réflexion qui aurait pu être intéressante si elle n'était pas noyée par les clichés et les bons sentiments. Plus convaincant, Power Club un ouvrage sur une adolescente qui bénéficie d'une technologie lui permettant de devenir une super-héroïne. et puisqu'on parle de super-héroïne, on saluera aussi Je suis un dragon de Martin Page mettant en scène une enfant qui découvre qu'elle est quasi-indestructible.

A noter également une nouvelle série Sept : une série écrite par sept auteurs différents et mettant en scène sept petit-fils qui ont été chargé par leur défunt grand-père de mener à bien une mission chacun de leur côté. Le premier volume est très bien, le second un peu moins ; comme d'habitude, tout dépend de l'auteur derrière l'histoire. Enfin on remarquera le grand retour de Lian Hearn, l'auteur du Clan des Otori qui signe une nouvelle série mêlant fantastique et Japon médiéval.

 

- En BD j'ai découvert que la BD historique c'était vraiment pas mon truc avec l'ennuyeux Médicis  de Peru et Lorusso. Phrases pompeuses, dessins figés... oui non vraiment pas mon truc. J'ai continué L'Arabe du Futur avec plaisir, émis quelques réserves devant le premier tome d'Infinity 8, une oeuvre sympathique mais bourrée de références que j'ai eu du mal à saisir. Ah et La délicatesse c'est toujours aussi gnangnan, même sous forme de bande dessinée.

- Dans les essais, si vous voulez une analyse intéressante de l'économie actuelle, plongez-vous dans le dernier livre de Jacques Généreux La déconnomie. Ignorez en revanche L'erreur de Broca, un livre sur les neurosciences qui a surtout vocation de célébrer l'ego de son auteur et qui vous apprendra une ou deux informations utiles à tout casser. Enfin faites-vous du bien avec le livre de Christophe André Imparfaits, libres et heureux qui vous apprend que nous sommes tous ridicules ou imparfaits à un moment ou à un autre et que ce n'est pas bien grave.

- Parlons enfin du très bon Notre mère qui êtes aux cieux de Morrow, un ouvrage de science-fiction drôle et irrévérencieux dans lequel vous pourrez découvrir la soeur de Jésus, et de L'anaconda de Lewis l'auteur du Moine. Au début c'est difficile de rentrer dans l'histoire car le style de Lewis est un peu ampoulé mais on se laisse vite prendre par cette grosse nouvelle mettant au coeur de son intrigue un serpent guettant sans relâche sa proie pendant des jours tandis que les amis de la victime potentielle s'échinent à trouver un moyen de le secourir.

 

C'est tout ce qui me revient de ces quelques semaines d'absence. Je pense que j'ai lu autre chose mais apparemment rien de suffisamment marquant pour m'en souvenir. A très bientôt en espérant que vous soyez encore là !

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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 14:42

Hurlevent

Emily Brontë

éditions Folio

1847

 

Lockwood, nouveau locataire d'une maison perdue au milieu de la lande, décide de rendre visite à son propriétaire Heathcliff qui vit à côté, à Hurlevent, une demeure sinistre battue par les vents. Il y est reçu très froidement, aussi bien par Heathcliff que par sa belle-fille et son neveu et passe une nuit épouvantable dans une chambre qui semble hantée. Intrigué par cette famille, il se fait alors raconter l'histoire de Hurlevent par la gouvernante :  tout commence le jour où Earnshaw ramène de l'un de ses voyages un jeune garçon malingre qu'il a recueilli dans la rue, un dénommé Heathcliff. Si le fils de Earnshaw voit l'arrivée de l'enfant d'un mauvais oeil, ce n'est pas le cas de sa fille Catherine qui se lie presque immédiatement d'amitié avec lui. Les années passent : Catherine et Heathcliff sont inséparables jusqu'au jour où la jeune fille tombe sous le charme du charmant voisin Edgar Linton.

Ceux qui ont lu Twilight et qui lu après Hurlevent, présenté comme "le livre préféré d'Edward et de Bella" (oui oui un éditeur a osé mettre ce bandeau là) ont dû être sacrément surpris. Il n'y a en effet rien de mignon et de sucré dans cette romance sauvage qui met en scène la passion dans ce qu'elle a de plus brut ; la haine, l'amour, la vengeance, tout est amplifié, exacerbé dans des décors hostiles et isolés. Catherine éprouve pour Heathcliff un sentiment animal : elle a besoin de lui physiquement, leurs pensées sont comme connectées. A l'inverse, Linton lui apporte un amour plus raisonnable, plus doux, qui risque moins de la consumer mais aussi de moins la satisfaire. Quant à Heathcliff, tout son être est violent, brutal, il est excessif en tout ce qui le fait pencher dangereusement vers la folie. Hurlevent est moins une histoire d'amour que le récit de passions contrariées, de désirs malmenés et d'une lutte entre pulsions et raison. L'écriture est dense, les descriptions des sommets de Hurlevent, de la lande ou de la campagne isolée renforcent le sentiment de malaise du lecteur. Ajoutez à cela une touche de fantastique (fantômes et apparitions) décors de cimetière et prédictions sinistres et vous aurez une petite idée d'un livre que j'avais toujours cru à tort être une mignonne histoire d'amour mais qui se révèle d'une complexité incroyable. Exemplaire dans le style, violent dans ses effets et ses péripéties, le roman de Emily Brontë n'a ni morale ni réponse à apporter, uniquement la souffrance d'esprits en quête de sens et une noirceur que vient à peine tempérer une fin plus paisible. Si certains lecteurs peuvent se sentir gênés devant un roman qui a presque quelque chose d'impudique dans le sens où tout sentiment est dévoilé et aucun respecté, j'avoue pour ma part avoir été franchement séduite pour ne pas dire émue par un ouvrage sans tricheries et sans fard qui va jusqu'au bout des passions, aussi destructrices soient-elles.

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29 novembre 2016 2 29 /11 /novembre /2016 15:50

L02.jpg Drafter

Peri Reed t.1

Kim Harrison

éditions Bragelonne

2015

 

ça faisait un certain temps que nous ne nous étions pas plongés dans de la science-fiction. Il est temps d'y revenir avec une nouvelle série.

Peri Reed a un talent particulier, c'est un drafter : elle a le pouvoir de remonter le temps et de l'altérer, pas plus de trente secondes certes mais que ne peut-on faire en trente secondes ? Recrutée par Opti, une organisation gouvernementale secrète, elle oeuvre avec son coéquipier et amant Jack à la création d'un monde meilleur. Du moins c'est ce qu'elle croit : en effet, le rétrochronage n'est pas sans conséquences et chaque utilisation de son don fait perdre à Peri des semaines de souvenirs, souvenirs qu'elle ne peut récupérer que grâce à Jack. Aussi, lorsque la jeune femme lors d'une mission tombe sur une liste d'agents corrompus de l'Opti dans laquelle son nom figure, elle ne sait que penser : est-elle réellement une espionne ou est-ce Jack qui l'a trahie ? l'Opti est-elle vraiment ce qu'elle prétend être ?

Bien que l'auteur cite la série Dark Angel dans son livre, on se croirait plus dans un épisode d'Alias, avec une surdouée qui prend conscience qu'elle a été trahie par tout ce en quoi elle croyait. Le point fort du roman réside essentiellement dans ses personnages : l'héroïne est intéressante car bien que forte et intelligente elle se révèle du fait de son don incapable d'agir de façon autonome et de se débrouiller par elle-même. Ses sentiments pour son partenaire, le sulfureux Jack, sont également bien rendus dans toute leur complexité. J'ai également apprécié les fréquents retours en arrière et les altérations du temps qui, à chaque fois, apportent au récit une perspective nouvelle. Le lecteur, à l'instar de Peri, avance à l'aveuglette, ne sachant trop à qui faire confiance ou non. En revanche, j'ai trouvé le livre un peu longuet : le rythme est lent, l'intrigue tarde à se mettre en place et la première partie du récit est décousue. C'est donc un roman en demi-teinte que j'ai découvert et je m'interroge encore sur l'opportunité ou non de lire la suite quand elle sortira.

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23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 12:13

L03.jpg Partir

Tina Seskis

éditions Pocket

2015

 

"Avez-vous déjà rêvé de tout quitter ?" demande la couverture du livre. Bien évidemment que nous avons tous un jour ou l'autre rêvé de nous enfuir de ce qui, paradoxalement, nous est le plus cher. Emily Coleman a quant à elle franchi le cap et a pris le train un matin pour Londres, laissant derrière elle une existence en apparence parfaite d'épouse et de mère modèle pour devenir Catherine Brown, une réceptionniste au chômage. Elle emménage dans une maison miteuse avec des colocataires farfelus et trouve un travail, se refusant à affronter son passé et à renouer avec son ancienne vie. Mais pour quelle raison ?

Partir est un livre qui m'a plutôt énervée. Jouant à fond la carte du mystère, l'intrigue alterne entre flash-back et présent et fait ainsi mijoter son lecteur en gonflant le suspens : qu'est-il arrivé dans la vie d'Emily pour qu'elle rejette ainsi son passé ? Quel rôle joue là-dedans sa soeur jumelle Caroline, la mal-aimée ? Comment tout cela va-t-il finir ?

Las! C'est d'autant plus rageant que si l'écriture et le style sont au rendez-vous, l'histoire ne suit pas. Ainsi, excepté un petit twist qui m'a surprise, le final est plus que décevant. "Tout ça pour ça ?" me suis-je demandée, frustrée. A croire que l'auteur a commencé son roman sans bien savoir où il la mènerait et a bouclé ça au petit bonheur la chance. J'ajoute que la "morale" est à mon sens un peu malsaine. Mais bon, je ne vais pas tout vous dévoiler d'un livre qui se lit très bien par ailleurs mais qui n'a franchement pas sa place dans la catégorie des thrillers.

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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 14:48

L02.jpg Le Club de la Pluie et les forbans de la nuit

Malika Ferdjoukh

éditions Ecole des Loisirs

2016

 

C'est un week-end prolongé à Saint Malo et Milo, Rose, Ambroise et Nadget, élèves à l'internat des Pierres-Noires et amis ayant fondé un club secret, le Club de la Pluie, profitent des jours fériés du moi de mai pour explorer la ville et la plage. Au hasard de leurs pérégrinations, ils tombent sur un mystérieuse grotte dissimulée par un rocher. Quelques temps plus tard, ils découvrent une nouvelle boutique de dégriffe dont les propriétaires sont pour le moins étranges. Voilà peut-être une nouvelle affaire pour le Club de la Pluie.

Ben oui une nouvelle affaire : ce livre est en fait déjà le troisième tome d'une série pour enfants. Ceci dit, pas d'inquiétude : l'histoire peut se lire indépendamment des autres, chaque ouvrage donnant lieu à une nouvelle aventure. Destiné à un lectorat de pré-ados, Le Club de la Pluie et les forbans de la nuit a un petit air de Club des cinq un peu plus moderne sans tomber cependant dans le trop moderne. Malika Ferdjoukh est un auteur que j'aime bien car elle ne se soucie pas de pondre une morale ou de s'adapter à son lectorat, se contentant de décrire des personnages attachants, des enfants téméraires mais pas sans faiblesses, débrouillards mais conscients malgré tout qu'ils ne font pas le poids face à un monde d'adultes. L'intrigue est bien menée, les dialogues sont réussis, le final inattendu. C'est un jour à marquer d'une pierre blanche : j'ai aimé un livre de L'Ecole des Loisirs !

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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 16:34

Trois soeurcières

Terry Pratchett

éditions Pocket

1988

 

Depuis que nous avons parlé de Pratchett dans ce blog, ce dernier est malheureusement décédé et, comme bon nombre de ses fans, j'espère que la Mort a elle-même daigné venir le chercher. Pour nous en revanche, l'aventure du Disque-Monde ne fait que commencer.

Mémé Ciredutemps, notre sorcière acariâtre de La huitième fille n'est pas franchement un être social mais, par la force des choses, elle a accepté presque malgré elle de former un convent avec deux autres sorcières, la joyeuse et lubrique vieille Nounou Ogg et la jeune et (très) naïve Magrat Goussedail. Une nuit, alors qu'elles sont réunies dans la forêt, un homme blessé surgit et leur confie un bébé que viennent presque immédiatement réclamer des gardes. Ce bébé n'est autre que le fils du roi qui vient de se faire assassiner par le duc Kasqueth et son épouse, et le prétendant légitime au trône de Lancre.

Bon celui-là j'avoue que je l'aime beaucoup également. Non seulement il fait intervenir les sorcières pour qui j'ai un petit faible, mais il fourmille de références aux oeuvres de Shakespeare, des fantômes de Hamlet aux mains ensanglantées de Macbeth. Pratchett joue avec les codes du dramaturge anglais et parvient à les parodier tout en leur rendant hommage. Dans Trois soeurcières, les sorcières n'utilisent pas de crapauds morts car Magrat est contre la souffrance animale, le fantôme s'ennuie vite fait dans son château, le duc Kasqueth songe à couper les arbres avant qu'ils ne s'avancent et l'héritier légitime n'a aucune envie de récupérer son trône, préférant de loin le métier d'acteur. Mêlant humour et réflexion sur le théâtre, scènes d'un absurde délicieux (comme ce passage où les trois sorcières s'efforcent de guider le prétendant jusqu'au royaume de Lancre) et descriptions soignées, situations loufoques et personnages tous plus attachants les uns que les autres, que ce soit le fou triste ou le duc coupable, Trois soeurcières est la preuve que la fantasy est loin d'être un sous-genre. Il me faut du coup beaucoup de force mentale pour ne pas continuer la saga du Disque-Monde immédiatement mais d'autres livres m'attendent avant d'attaquer Pyramides.

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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 13:39

C'est un temps gris, un temps pluvieux. Adapté à l'anniversaire du jour. La réalité quand on y songe est parfois assez affreuse. C'est pour ça que j'aime les romans : ce n'est pas qu'ils nient la réalité contrairement à ce que certains prétendent, mais c'est qu'ils l'adoucissent et lui redonnent sens. Ils permettent aux gens de devenir des héros à travers des personnages qui ne sont jamais ridicules, qui ne bafouillent pas, qui semblent exactement là où ils devraient être parce que l'intrigue le nécessite. Dans la réalité, un chagrin d'amour paraît toujours un peu idiot voire déplacé; dans la réalité il ne semble pas y avoir de sens à la mort d'un être cher qu'on met brutalement en terre. Dans la réalité madame Bovary serait une nymphomane dépressive qui s'est prise trop au sérieux. C'est peut-être ça le roman : retrouver une noblesse que nous perdons chaque jour bien malgré nous dans des bassesses et des mesquineries typiquement humaines ou dans des angoisses et douleurs qui vous tiennent éveillés dans les profondeurs de la nuit. Oh il y a je n'en doute pas des gens qui parviennent à être les héros de leurs vies sans aide : ceux-là ont leurs certitudes et leurs convictions, bien installés dans leur petit monde, les pieds solidement ancrés sur terre, ils sont habitués à ce que tout tourne autour d'eux et à ce que le reste du monde ne soit qu'une figuration. Rien ne trouble leur sommeil. La plupart d'entre nous n'avons pas cette chance : nous sommes des figurants tâchant en vain de nous imposer lors de répliques ratées et de scènes coupées au montage, dans l'attente de rebondissements qui ne viendront jamais. Dans un livre nous serions certes ridicules, mais un bon livre nous rendrait touchant malgré tout, parvenant à nous rendre beaux alors que le reflet de notre miroir ne nous renvoie qu'un visage ingrat et fatigué. Un roman ferait ressortir en nous toute la grandeur sans s'attarder sur les petitesses, un roman aurait pitié de nos faiblesses, de nos colères, un roman ne nous jugerait pas alors que nous sommes sans cesse jugés et jugeons avec la même présomption.

Mais je suppose que nous ne sommes pas dans un roman. C'est peut-être mieux : on ne peut baigner en permanence dans le tragique et le sublime. Tôt ou tard au milieu de transports de joie et de chagrin, il faut aller aux toilettes, manger un morceau, sortir le chien ou changer la litière du chat. Tôt ou tard le désir d'absolu se mue de temps en temps en simple envie de confort. C'est un peu triste au fond mais c'est une manière comme une autre de nous rappeler que le héros parfait n'existe pas. Le tout c'est de ne pas oublier qu'un roman ne se construit jamais à partir de rien et que la réalité, aussi sordide et aussi décourageante semble-t-elle être, doit bien avoir elle aussi une petite touche de magie quelque part.

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 12:15

L02.jpg Les pluies

Vincent Villeminot

éditions Fleurus

2016

 

Et encore un livre de Villeminot cette année ! Cet homme ne s'arrête donc jamais d'écrire ?! Cette fois il renoue avec le genre fantastique/ anticipation dans la veine de U4 en nous racontant l'histoire de Lou et Kosh, deux ados qui s'aiment. Mais voilà, cela fait des mois que la pluie tombe de façon continue, faisant monter le niveau des eaux de façon plus qu'inquiétante. La Terre est-elle le jouet d'un nouveau Déluge ? Lorsque le village est évacué, Kosh et Lou, devenus par la force des choses chefs de famille de leur fratrie respective, décident de partir ensemble et de survivre face à ce qui ressemble fort à la fin du monde...

Des trois romans de l'auteur que j'ai lu cette année, Les Pluies est sans doute le meilleur. Ce que j'ai le plus apprécié dans l'ouvrage c'est l'ambiance apocalyptique avec cette pluie qui n'en finit pas de tomber, engloutissant le monde que nous connaissons pour laisser place à un nouveau monde terrifiant. Certaines scènes sont très dures dans leurs descriptions et le premier quart du livre tient en haleine. Hélas le rythme se relâche un peu et le reste du roman est plus convenu. Mon plus gros souci reste cependant dans les personnages : au risque de paraître méchante, je trouve que Vincent Villeminot ne sait pas camper des portraits d'ados crédibles. Kosh apparaît comme le grand frère idéal, prêt à tout pour sauver ceux qu'il aime et irréaliste au possible tandis que Lou est inconsistante. Pour couronner le tout l'histoire d'amour est un peu ridicule et donne lieu à des scènes niaises, le pompon étant tout de même les lettres que Kosh écrit à Lou et dont le style, aussi mûr soit le jeune homme, n'est absolument pas celui d'un adolescent. Je suis un peu dure certes je le reconnais mais à dire vrai je trouve toujours les ouvrages de Villeminot frustrants, comme s'il était tiraillé entre un univers sombre et torturé et le désir de plaire à un public d'ados boutonneux en surfant sur un registre plus sage et plus vendeur avec pour résultat un livre bâtard qui peut en l'espace de quelques pages passer du très bon au très mauvais et vice-versa. Je me demande s'il ne devrait pas se lancer carrément dans l'écriture de romans adultes, histoire de se libérer de tout carcan. En tous cas, j'espère qu'il va se débarrasser des histoires d'amour.

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8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 14:58

Le maître et Marguerite

Mikhaïl Boulgakov

éditions Robert Laffont

1966

 

Tout commence à Moscou par une promenade. Deux hommes conversent paisiblement, l'un s'appelle Berlioz et est rédacteur en chef d'une importante revue littéraire, l'autre, Ivan Nikolaïevitch écrit de mauvais poèmes. Ils sont interrompus dans leur discussion par un excentrique inconnu qui, après leur avoir raconté comment Jésus dont, en bons citoyens, ils nient tous les deux l'existence, fut arrêté,  prédit dans la foulée la mort de Berlioz. La prédiction s'accomplit : le rédacteur finit la tête coupée sous les roues d'un tramway et son jeune compagnon, rendu à demi-fou par cette étrange rencontre, est interné. Tandis que l'étranger, escorté par un groupe insolite dont un chat qui parle, s'installe chez Berlioz et sème la confusion et le trouble en ville, Ivan fait la connaissance à l'asile d'un malade qui se fait appeler le maître et à qui l'écriture d'un roman sur Ponce Pilate a fait perdre plus ou moins la raison. Mais Marguerite sa maîtresse est prête à tout pour le retrouver y compris à passer un pacte avec le mystérieux inconnu qui n'est en fait rien moins que Satan.

C'est un résumé imparfait mais comment résumer une telle oeuvre où interviennent en vrac écrivains prétentieux et sorcières volant sur des balais, milice et chat qui parle, Pilate qui guette le clair de lune et jeune femme se consumant d'amour ? Encore une fois la littérature russe démontre toute sa richesse. Ecrit sous la dictature stalinienne, Le maître et Marguerite est à la fois un portrait ironique d'une société d'écrivains gras et de fonctionnaires sans imagination et à la fois une oeuvre d'une poésie rare jouant avec tous les codes du merveilleux et de l'horreur en même temps. Le bal donné par Satan est la parfaite illustration d'un genre où toute convention littéraire s'abolit pour laisser place à la fantaisie la plus débridée. Le livre est également une très belle histoire d'amour, celle d'une épouse malheureuse qui découvre son âme soeur en un écrivain maudit et sans le sou et qui est prête à conclure un pacte avec le Diable pour le retrouver.

Difficile à aborder, d'une part à cause d'un mélange des genres assez déroutant et, d'autre part, plus prosaïquement à cause de ses nombreux personnages à consonances impossibles, Le maître et Marguerite se révèle à la lecture un roman d'une extraordinaire complexité maniant l'humour la poésie et l'horreur avec la même facilité et qui vous donnera envie à votre tour d'aller guetter le chemin de lune en quête d'une rédemption qui ne viendra peut-être jamais.

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