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8 août 2016 1 08 /08 /août /2016 20:45

L01.jpgMoi et les Aquaboys

Nat Luurstema

éditions Gallimard Jeunesse

2016

 

L'été de ses quinze ans, Louise voit ses rêves exploser en vol lorsqu'elle rate l'épreuve de natation aux sélections pour les Jeux Olympiques. Elle qui ne vivait que pour la nage se retrouve soudain avec énormément de temps libre et fait sa rentrée seule au lycée puisque son amie de toujours Hannah, elle, a été sélectionnée. La voilà à la recherche de nouveaux amis mais ce n'est pas gagné car, hors de l'eau, Louise brille surtout par sa maladresse et sa timidité. Un jour elle retourne à la piscine et tombe sur trois garçons de son lycée qui l'embauchent pour une mission un peu spéciale : les entraîner en vue d'une émission de téléréalité.

Ecrit à la première personne du singulier, Moi et les Aquaboys est encore une fois la preuve qu'un roman adolescent peut être drôle sans être lourd. Louise est un personnage très attachant, grande fille gauche qui est en perpétuel décalage avec les autres. Autour d'elle gravitent des protagonistes tout aussi intéressants : le couple de parents divorcé mais qui vit toujours ensemble, la grande soeur à la pointe de la mode, l'amie obsédée par la compétition et par son poids... Les situations s'enchaînent, hilarantes, centrées essentiellement sur Louise et son trio de beaux gosses, formant à eux quatre un groupe improbable. Il faut ajouter à cela une "morale" assez positive puisque l'auteur, sans la dénigrer totalement, met en garde ses lecteurs contre une compétition excessive : ainsi Louise sortie des courses de natation découvre que sa vie ne peut se résumer à ça tandis qu'Hannah, entraînée et surmenée est tellement poussée par ses parents qu'elle manque en perdre la tête. Pour Nat Luurstema; gagner ou perdre n'a au fond pas vraiment d'importance : Louise a le sentiment d'être une perdante, son père, au chômage depuis un certain temps, également. Ce n'est pas grave nous dit l'auteur : l'essentiel c'est de se relever et de poursuivre son petit bonhomme de chemin, peu importe où il mène. Cette vision optimiste et bienveillante de la vie ainsi que le ton léger du récit font de Moi et les Aquaboys l'un de mes coups de coeur des romans jeunesse de l'été.

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7 août 2016 7 07 /08 /août /2016 12:08

L02.jpgLes Âmes mortes

Gogol

éditions Gallimard

1842

 

Tout commence par Pouchkine qui "donne" à son ami Gogol une idée d'histoire : celle d'un opportuniste peu scrupuleux qui parcourrait le pays à la recherche d'âmes mortes. Les âmes mortes dans la Russie du 19e siècle, ce sont ces serfs qui sont morts entre deux recensements et qui, de fait, continuent de vivre de façon administrative. Gogol adopte avec enthousiasme le projet et se lance dans la rédaction des Âmes mortes : Tchitchikov, un homme affable, courtois et énigmatique se lie avec différents propriétaires plus ou moins riches et leur fait une demande curieuse : il leur demande de lui céder leurs serfs décédés et se constitue donc ainsi, petit à petit, un curieux héritage. Mais dans quel but ? Le lecteur ne saura jamais exactement le comment du pourquoi car Les Âmes mortes rendit Gogol fou : après des années d'écriture, il jeta la quasi-totalité de la seconde partie du roman au feu et mourut une semaine après. J'ai envie de dire que c'est plutôt dommage car la première partie du texte est vraiment très réussie : Gogol décrit avec beaucoup d'humour et d'ironie une société russe sclérosée, étouffant sous le poids de la paperasse et de propriétaires sans scrupules. La caricature y est plaisante et on rit volontiers, que ce soit devant le tapageur Nozdriov, roublard qui jouerait sa vie aux dés, ou devant l'éthéré Manilov et sa femme dont la candeur et l'inconsistance sont cruellement soulignés par un auteur en verve. Bien évidemment, le personnage le plus intéressant de l'histoire reste Tchitchikov, ce héros doucereux aux intentions confuses qui adapte son langage en fonction de son interlocuteur et qui a la flexibilité du roseau.

Tout se gâte dans la seconde partie qui n'est d'ailleurs composée que de fragments. Outre que le ton de Gogol se fait plus didactique et plus moralisateur, le récit perd son unité : à peine avez-vous commencé à vous immerger dans une nouvelle situation que la narration s'interrompt brutalement et que vous passez de but en blanc à un autre fragment. Le résultat est inévitable : le lecteur décroche petit à petit jusqu'à perdre tout intérêt pour l'histoire. Dommage. Jamais la notion d'oeuvre inachevée n'a pris autant de sens.

 

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4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 15:39

L06.jpgLa fête est finie

Olivier Maulin

éditions Denoël

2016

 

Picot et Victor sont deux copains un peu paumés dans la vie : tandis que Victor, plutôt simple d'esprit, passe ses journées vautré sur le canapé à écouter Bach, Picot s'efforce de dégotter un travail. Il finit par dénicher pour son pote et lui un boulot de vigiles de nuit dans un parc de campings-cars. Ils sont tellement doués qu'ils s'endorment dans l'un des véhicules dès la première nuit et se le font voler par des roumains. Après quelques pérégrinations, ils atterrissent en Alsace où ils décident de s'installer dans un camping isolé. Là y vivent Rirette et son père, deux survivalistes convaincus que le monde court à sa perte et qu'il faut se préparer au pire.

Mouais. C'est supposé être drôle mais, franchement, je n'ai pas plus adhéré que ça. Le style est plus que léger avec ma bête noire, des points d'exclamation à toutes les sauces, histoire je suppose de rendre le récit plus vivant. L'erreur était de mener le récit à la première personne (c'est Picot qui raconte l'histoire) ce qui fait que toute distanciation est impossible. Surtout, ce qui m'a le plus gênée dans La fête est finie, c'est l'idéologie que j'ai trouvé assez malsaine. Si l'auteur pose un constat lucide sur l'écologie et la croissance, il le défend par l'intermédiaire de personnages alcooliques, de demeurés, de ploucs alsaciens et d'un nain espagnol à moitié fou qui à tous leurs problèmes ont une seule solution : le fusil. Maulin a beau y faire, j'ai eu du mal à m'attacher à cette clique qui fleure bon un populisme malsain sous un humour lourdingue (les situations amusantes sont tellement forcées qu'elles en perdent tout leur sel) et une ironie maladroite (le roumain qui explique que s'il est accusé de vol, il ira se plaindre à une association). Difficile de dire si l'auteur est sérieux et s'il adhère réellement aux propos de son narrateur et de sa bande, regrettant le Moyen-âge et adepte du braconnage et de la vie dans les bois. Je suppose qu'il faut faire le tri entre le bon grain et l'ivraie mais, pour ma part, j'ai très vite décroché de cette histoire profondément déprimante au fin fond d'une Alsace chauvine même si le personnage de Totor et quelques situations ça et là m'ont fait sourire. Pas suffisant pour  encenser un livre prétentieux et pas franchement bien écrit.

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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 09:10

L03.jpgVisages pâles

Claude Carré

éditions Auzou

2016

 

Après La croix du Sud dont nous avons déjà parlé dans ce blog, Claude Carré revient avec un second roman pour pré-ados qui nous emmène cette fois dans l'Ouest des Etats-Unis. Jane, treize ans et Davy,vingt-un ans, nés d'une mère française et d'un père américain, sont sans nouvelles de ce dernier, disparus sept ans auparavant. Ils décident de partir en Amérique à sa recherche dans une voiture de location avec pour seul point de départ une adresse, celle d'une université. C'est le début d'un road-trip à travers les grands espaces, marqué par des joies et des découvertes.

La thématique de Visages pâles est assez proche de celle de La croix du Sud. Là encore, il s'agit à la fois de découvrir un pays mais également la figure d'un père absent et énigmatique. En revanche, j'ai trouvé ce nouveau roman moins abouti : d'une part parce que l'histoire de ce couple de frère et soeur partant en vadrouille retrouver leur géniteur me paraît un peu tiré par les cheveux et, d'autre part, parce que les retrouvailles sont plus qu'improbables. Les personnages sont de plus peu attachants et les descriptions maladroites. Si le récit fourmille de bonnes idées (les non-dits autour du père, la maladie du frère), l'ensemble est gâché par une intrigue qui avance trop rapidement : quelques développements auraient rendu l'épopée du frère et de la soeur plus crédible et ajouté davantage d'intensité aux retrouvailles. Dommage.

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19 juillet 2016 2 19 /07 /juillet /2016 14:44

L02.jpgElia, la passeuse d'âmes

Marie Vareille

éditions Pocket Jeunesse

2016

 

Dans un monde réparti en système de castes, Elia, seize ans, est née du bon côté de la barrière. Kornésienne (la classe dirigeante) elle est également passeuse d'âmes et se doit donc d'éliminer les membres inutiles de la communauté ainsi que les opposants au régime... Seulement Elia n'est pas comme les autres passeurs d'âmes : elle est capable d'empathie, préfère soigner que guérir aussi, lorsqu'un jour un rebelle lui est amené, un Nosoba (la caste des esclaves) elle le laisse partir. Un acte qui lui vaut à son tour des ennuis et qui la force à s'enfuir dans la région la plus pauvre du pays pour ne pas être recherchée par les siens. Mais est-elle réellement une Kornésienne ?

Le titre est débile et la couverture n'est franchement pas terrible : c'est bien dommage parce que tout le reste est une réussite. Le monde créé par Marie Vareille, bien que vu et revu, est intéressant, un peu caricatural par endroits mais compensé par des personnages attachants et une écriture fluide et agréable. L'intrigue est menée avec beaucoup de dextérité (le suspens est maintenu jusqu'au bout) avec des descriptions très réussies. On s'attache à Elia et on s'interroge sur ses mystérieuses origines. De fait, la fin est frustrante car elle nous laisse en plan, avide de découvrir la suite mais quand ? Bien que française, l'auteur a un univers très anglo-saxon : il y a des maîtres et des esclaves, des très riches et des très pauvres, des rebelles et des prophéties, un triangle amoureux qui se profile, des combats et des traîtrises... C'est efficace, rien à dire et, sous ses dehors qui ne paient pas de mine, Elia la passeuse d'âmes, à défaut d'être follement originale, s'annonce comme une série prometteuse dont j'attends en tous cas avec impatience la suite.

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13 juillet 2016 3 13 /07 /juillet /2016 14:08

L05.jpgDid I Mention I love you ?

Estelle Maskame

éditions Pocket Jeunesse

2015

 

Eden, seize ans, est en froid avec son père depuis que ce dernier l'a quittée avec sa mère sans une explication. Aussi est-elle passablement surprise lorsqu'il l'invite à venir passer son été à San Monica avec lui, sa nouvelle femme et sa famille. Mais bon, San Monica c'est L.A, la plage et le strass, aussi Eden accepte-t-elle. Arrivée là-bas elle se lie rapidement avec d'autres adolescents et enchaînent les soirées où l'alcool coule à flots. Elle tombe également sous le charme de Tyler, le bad boy du coin qui boit et se drogue pour oublier les blessures secrètes de son âme. Le souci c'est que non seulement Tyler est le copain d'une de ses amies mais, surtout, qu'il est le fils de sa nouvelle belle-mère... son demi-frère (oooooooooh)

Bon, on n'est pas dans Game of Thrones non plus et je ne vois pas en quoi c'est particulièrement sulfureux de faire tomber amoureuse une adolescente lambda d'un gars avec qui elle n'a pas été élevée et avec qui elle n'a strictement aucun lien de parenté. Mais bon, ce sont les Etats-Unis hein : ça s'offusque de ce genre de choses et, à côté de ça, ça nous raconte en toute sérénité des soirées où tout le monde finit beurré comme des petits Lus et où les copines de Eden passent leur temps dans les chambres à faire des fellations à qui est open. Pas Eden hein je vous rassure elle elle supporte mal l'alcool (c'est mal), elle ne touche pas à la drogue (mal) elle ne couche pas avec n'importe qui (mal) mais elle est amoureuse de son demi-frère oh mon Dieu tabou suprême ! Bref, je suis un peu dubitative sur ce roman pour ados qui brode une énième fois sur le thème de l'amour "interdit", l'oie blanche avec le bad boy, le demi-frère avec la demi-soeur et qui, en terme d'originalité frise le néant absolu. Si l'on saluera le réalisme de la description des soirées d'ados (parents, je vous déconseille ces passages) je suis beaucoup plus réservée sur une écriture sans intérêt et des personnages caricaturaux au possible : que ce soit le père indigne, l'adolescent qui se drogue pour oublier qu'il a été maltraité, la copine jalouse et possessive et l'héroïne canon mais complexée par son physique, faites votre choix dans les clichés qui abondent dans ce récit sans aucun intérêt mais qui, été oblige, fait actuellement un carton.

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11 juillet 2016 1 11 /07 /juillet /2016 15:03

L06.jpgLa logique cachée de la vie

Tim Harford

éditions De Boeck

2008

 

Vous vous souvenez de ce que nous expliquait Sandel dans Ce que l'argent ne saurait acheter, à savoir que certaines choses ne devraient pas être évaluées ? Et bien Tim Harford nous explique exactement le contraire dans son livre modestement appelé ​La logique cachée de la vie. ​Pour lui, tout est soumis au marché de l'offre et de la demande et l'être humain obéit, parfois inconsciemment, à une logique économique en évaluant risques et bénéfices et en prenant en conséquence les décisions. Harford explique ainsi en toute simplicité le mariage, la répartition des tâches ménagères dans le couple, la discrimination, l'essor technologique, etc.

Inutile de vous dire que j'ai détesté ce livre : tout n'y est pas à jeter (la partie sur le racisme par exemple est assez intéressante) mais il y a une telle assurance et une telle condescendance dans le propos que j'étais agacée dès les premières lignes. Outre que la théorie me semble plus que discutable (c'est se débarrasser avec beaucoup de légèreté de toutes les autres disciplines, un peu comme si une astrologue prétendait vous expliquer le sens de la vie grâce à la position des astres. Vous riez ? Pour ma part j'en suis même à me demander si je ne préfère pas les astrologues à tous ces économistes nauséabonds qui fleurissent actuellement) certains constats vont à l'encontre de la plus simple notion d'humanité : entasser les prisonniers car plus les prisons sont peuplés plus les crimes diminuent, subventionner les villes au détriment de la campagne, punir plus sévèrement les délinquants mineurs... Harford est un libéral à l'américaine, un de ceux qui évaluent tout ou presque, même s'il s'en défend, à l'aune de l'argent et qui prétend donner sens à la vie grâce à ça. Tout se paye, même votre amour pour votre conjoint, apparemment c'est de la logique. Pour ma part je vomis cette logique froide et calculatrice et je continue à soutenir des auteurs comme Sandel qui voit dans l'humanité autre chose qu'un bout de viande achetable ou jetable. ​

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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 18:46

L04.jpgThe Memory Book

Lara Avery

éditions Lumen

2016

 

Samantha McCoy, première de sa classe et championne du club de débat avec son amie Maddie, a des objectifs bien précis dans la vie : gagner le concours national d'éloquence, finir major de sa promo et aller à l'université de New York pour devenir avocate en droit international. Enfin, tout ça c'était avant, avant qu'on lui découvre une maladie génétique rare, le NPC. Cette maladie mortelle agit non seulement sur le corps mais également sur le cerveau, provoquant pertes de mémoire et démence. A court terme, non seulement Sam est condamné mais elle va oublier. Alors, pour se souvenir, elle s'écrit à elle-même, son futur moi, elle lui raconte non seulement ses rêves et ses espoirs mais également son quotidien et l'encourage à s'accrocher envers et contre tout et à garder espoir...

On ne va pas s'en cacher, ce livre est très triste. C'est que, malgré un certain snobisme et beaucoup de condescendance, elle est attachante notre héroïne qui, en dépit des médecins et de sa famille, continue à croire très fort que tout va s'arranger, qu'elle vaincra la maladie. Le lecteur lui-même y croit, séduit par une écriture fluide et drôle et par un style enlevé. Et puis, les premières fêlures apparaissent, les premiers trous de mémoire, les premiers blancs, les premiers échecs... Le récit alterne entre les "bons" moments, les rendez-vous avec le beau Stuart, les scènes familiales, et les moins bons, les moments où la narratrice est désorientée, perdue, où son aplomb laisse place au désarroi d'une enfant malade, le moment où l'obscurité s'installe... Pas tout à fait journal intime (à de nombreuses reprises, la voix de la narratrice est remplacée par celles de ses proches) The Memory Book est un roman émouvant qui, je l'avoue, m'a même fait verser ma petite larme.

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3 juillet 2016 7 03 /07 /juillet /2016 13:05

L01.jpgJustice

Michael J.Sandel

éditions Albin Michel

2009

 

Souvenez-nous : nous avions déjà parlé de Sandel lorsque nous avons évoqué son livre Ce que l'argent ne saurait acheter. Cette fois c'est sur le thème de la justice que l'auteur s'interroge. Qu'est-ce que la justice ? Comment l'appliquer du mieux possible ? Question qui paraît simple si, comme moi, vous n'y aviez jamais vraiment réfléchi, beaucoup plus complexe dès lors qu'on se penche sérieusement sur le sujet : tout le monde admettra qu'un meurtrier doit être sévèrement puni mais quid de cet allemand qui a cherché par le biais de petites annonces un homme à tuer et à manger ? Après tout, la victime était consentante... Est-il juste également de sacrifier le bien d'un innocent pour celui d'un plus grand nombre et y-a-t-il des accords tacites ?

Pour aborder le thème, Sandel choisit d'évoquer trois conceptions de la justice : l'utilitarisme, véhiculé notamment par Bentham, vise le bonheur du plus grand nombre et, par le biais de calculs, choisit ce qui est préférable, quitte à léser une minorité. Le seconde conception de la justice est celle de la liberté : quoi qu'il arrive, la justice ne peut s'approprier les hommes et se doit de respecter leurs décisions. Idée séduisante en théorie car elle permet le respect des appartenances religieuses et des minorités, mais plus complexe qu'elle n'y paraît car elle encourage de ce fait un système inégalitaire où les riches n'auraient pas à payer d'impôts et où une petite vieille pourrait se faire escroquer par un plombier peu scrupuleux. La dernière idée de la justice, retenue par Sandel, est celle d'une justice qui jonglerait entre les deux visions pour aboutir à une réflexion morale sur ce que doit être une société bonne : plutôt que d'essayer d'occulter les désaccords religieux ou moraux, ce qui est impossible de toute façon, l'auteur appelle à une justice qui permettrait à tous les points de vue de s'exprimer.

Je ne fais pas moi-même justice à l'ouvrage de Sandel avec ce résumé mais je vous invite néanmoins à le consulter car il fourmille d'exemples amusants et de cas d'école tout en incitant à une réflexion plus qu'intéressante sur la difficulté de juger et à quel aune. Il nous parle également de Mills et d'Aristote, de Kant et de Rawls et de leurs théories avec une grande clarté. J'apprécie également son parti pris contre un libéralisme outrancier qui renvoie les hommes à de simples marchandises. Il est des choses qui ne s'achètent pas et nier la valeur non-marchande d'un homme c'est nier son humanité.

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1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 20:25

L05.jpgAu bout du tunnel

Carlos Garcia Miranda

éditions Pocket Jeunesse

2015

 

Il y a cette vidéo qui circule sur Youtube, montrant l'intérieur d'un train filmé par un ado en voyage scolaire juste avant que le train en question ne déraille dans un tunnel. Cette vidéo terrifie Eva et pour cause : elle est dans le train et elle a vu l'accident sur Internet, juste avant que celui-ci ne se produise.. Elle est la seule survivante avec cinq autres lycéens : Noël, Sabrina, Gabi, Anna et Sam. Mais leurs ennuis ne font que commencer : en sortant du tunnel, les adolescents découvrent qu'un an s'est écoulé depuis l'accident et que des clones les ont remplacés dans un monde qui, ceci dit, ne ressemble pas tout à fait au leur.

ça fait beaucoup penser à la série télévisée Lost et, d'ailleurs, les clins d'oeil de l'auteur à cette dernière ne sont pas rares. Nous avons donc un accident, des altérations du temps, des phénomènes inexpliqués, des mondes parallèles et des histoires d'amour entre survivants. Et comme Lost j'ai d'abord été séduite par cette intrigue alléchante qui promettait beaucoup. Hélas, passés les premiers chapitres, l'histoire se révèle plutôt décevante : l'auteur s'est de tout évidence lancé dans le livre sans en connaître lui-même l'issue et cela se ressent dans des rebondissements de plus en plus tirés par les cheveux et des descriptions confuses. Quant aux personnages ils sont tout bonnement insupportables : entre Sam le sportif amoureux en silence de la gothique Eva ou Anna la peste superficielle, Carlos Garcia Miranda accumule gaiement les clichés du genre. Seul le personnage de Gabi parvient à échapper (un peu) à la caricature et permet quelques scènes plus réussies (la fuite de la ville qui se reproduit à la manière de L'histoire sans fin par exemple). Pour le reste c'est plat, et la fin, abruptement amenée, ne répond pas à la moitié des questions du lecteur. Ah ben comme Lost en fait.

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