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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 17:24

L01.jpg Addict

Jeanne Ryan

éditions Robert Laffont

2012

 

Ce n'était d'abord qu'un jeu sans conséquences pour Vee, un défi ridicule à réaliser sur Internet pour le compte d'une émission connue de tous. Un défi uniquement pour se prouver aux autres mais surtout à elle-même qu'elle pouvait être autre chose que la maquilleuse en coulisses, l'ombre de sa meilleure amie Sydney, la si belle et si parfaite Sydney qui tient le premier rôle de la pièce du lycée et qui a tous les garçons à ses pieds. Mais le jeu prend un tour inattendu lorsque le défi de Vee est un succès et qu'elle se voit offrir par les organisateurs d'en faire d'autres, qui plus est avec Ian, un bel équipier. la jeune fille hésite mais les cadeaux qu'on lui propose ainsi que sa cote de popularité la poussent à accepter. Les défis s'enchaînent et deviennent de plus en plus malsains pour être finalement tout simplement dangereux. Mais une fois le jeu lancé, difficile de revenir en arrière.

Addict, qui apparemment a été adapté en salle sous le titre Nerve est un roman ado qui présente plus d'un intérêt. Outre une écriture tout à fait correcte, dénuée de la moindre sensiblerie et d'une intrigue qui tient en haleine le lecteur du début jusqu'à la fin, le récit soulève un certain nombre d'interrogations salutaires : jusqu'où êtes-vous prêts à aller pour de l'argent ? Vous humilier, insulter, mentir, voler, tuer ? L'héroïne n'est ni meilleure ni pire qu'une autre mais, pour accéder à ses rêves elle va être amenée à trahir ses proches et ce qu'elle est elle-même, se justifiant par "C'est juste un jeu." C'est d'autant plus glaçant quand on songe à certaines émissions comme Secret Story ou le principe est au fond exactement le même, augmenter sa cagnotte en réalisant des défis stupides ou humiliants. Dans le livre, le renversement moral à son coût : plus personne n'est digne de confiance et l'héroïne avance elle-même à l'aveugle, ignorant à qui se fier et qui fait partie du jeu ou non. L'action se déroulant essentiellement en soirée renforce le côté anxiogène de Addict qui se lit d'une traite et dont pour le coup je regrette d'avoir raté l'adaptation cinématographique...

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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 13:24

L01.jpg Alive

Scott Siegler

éditions Lumen

2015

 

Elle se réveille dans le noir, seule, terrifiée, se souvenant seulement qu'elle a douze ans et que c'est aujourd'hui le jour de son anniversaire. Elle a oublié tout le reste, son nom, ses parents, ce qu'elle a fait la veille. Après s'être extirpée de ce qui ressemble à un cercueil, elle se retrouve dans une grande pièce avec d'autres cercueils : six sont occupés par des cadavres d'enfants mais cinq occupants sont encore en vie. Tout comme notre héroïne ils croient tous avoir douze ans, mais tout comme elle ils paraissent beaucoup plus âgés. Em, qui s'est rebaptisée ainsi d'après l'initiale trouvé sur son cercueil, prend la tête du petit groupe et tente de sortir de cet endroit qui s'avère vite être un labyrinthe avec des squelettes et des cercueils partout. Comment s'en sortir et comment trouver eau et nourriture ? Et, pour commencer, comment ont-ils atterri ici ?

Roman adolescent qui n'est pas sans faire songer à la série Labyrinthe, Alive est cependant largement supérieur à cette dernière. Le style est bien meilleur et l'intrigue, très resserrée au niveau du temps, garde de ce fait toute son intensité. Le talent de l'auteur est d'avoir aboli tous les repères, qu'ils soient spatio-temporels (les protagonistes évoluent sans aucune notion du temps dans un espace clos, le plus souvent plongé dans le noir) ou moraux (les personnages y compris l'héroïne agissent de façon parfois irrationnelle et/ou mauvaise et la méfiance est la règle de mise) et de créer ainsi un huis-clos angoissant avec une mort omniprésente. Cette tension dramatique s'accompagne d'une foule de questions qui trouveront en grande partie leurs réponses à la fin de l'ouvrage. Pas toutes hein car un second volume vient de sortir. Véritable réussite, je déconseille cependant Alive aux âmes sensibles et aux ados de moins de quinze ans : les descriptions sont parfois effrayantes et l'univers assez anxiogène. Pour les autres... amusez-vous bien !

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27 octobre 2016 4 27 /10 /octobre /2016 15:21

L02.jpg Le coiffeur de Marie-Antoinette et autres oubliés de l'histoire

Frédéric Richaud

éditions du Cherche-Midi

2016

 

Ils ont vécu des événements historiques de près ou de loin, parfois même aux premières loges... et tout le monde s'en fout. Dans ce court livre, Frédéric Richaud s'amuse à recenser quelques-uns de ces illustres inconnus : le coiffeur de Marie-Antoinette qui indirectement contribua à sa mort, Eugene Cernan le dernier homme à avoir marché sur la Lune, Angelo Scagliotti, le premier à avoir chuté de la Tour Eiffel, Joseph Meister l'un des premiers enfants à avoir été vacciné avec succès contre la rage par Pasteur... L'auteur nous offre un bref aperçu de ce que fut la vie de ces acteurs anonymes de l'Histoire.

On ne va pas se mentir : c'est encore une fois un ouvrage léger qui cultive l'anecdote. Frédéric Richaud est écrivain et, de ce fait, a une plume agréable si bien que les premières pages passent bien. Le souci cependant de ce genre d'écrits c'est que cela devient à la longue lassant et plutôt répétitif. Il faudrait tout de même que je me penche sur des sujets plus sérieux que ça...

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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 11:21

La foire aux vanités

Thackeray

éditions Gallimard

1847

 

A peine sortie de la pension de jeunes filles Becky Sharp jette le livre que l'institution lui a offert. La gratitude ? L'amitié ? La douceur ? La morale ? Au diable tout cela quand on est orpheline et sans le sou ! Si Becky ne veut pas finir sa vie en tant que gouvernante il va lui falloir se montrer fourbe pour faire son chemin dans le monde. Pour cela il faut commencer par se trouver un mari. Si elle croit avoir trouvé le pigeon idéal en Joseph, le frère de son amie Amélia, un homme gras et benêt, ses espoirs sont réduits à néant par le fiancé d'Amélia, George Osborne, bien déterminé à éviter une telle mésalliance à sa future famille. Qu'à cela ne tienne Becky se rabat sur Rawdon Crawley : il est joueur et dépensier mais c'est le neveu favori d'une vieille fille très riche. Durant ces tractations, une guerre se prépare : Napoléon s'est échappé de l'île d'Elbe et rassemble son armée. George, son meilleur ami Dobbin et Rawdon sont appelés à combattre.

Comme son auteur s'est plu à le souligner La foire aux vanités est un roman sans héros avec cinq personnages clés qui sont tout en ombres et lumière. Amélia est une jeune femme niaise et aveuglée par son amour pour un mari qui ne la mérite pas, mais sa gentillesse et sa douceur séduisent tandis qu'on prend en pitié le nombre incalculable de malheurs qu'elle se prend sur la tête. George est héroïque lorsqu'il épouse sa fiancée contre la volonté de son père mais il est joueur, fat, et se laisse embobiner par Becky. Rawdon souffre des mêmes vices mais il est "sauvé" lui par son amour pour son fils. Dobbin est ce qui se rapprocherait le plus d'un héros : courageux, noble, perspicace, il est surtout raillé par l'auteur pour son amour sans bornes pour Amélia "Notre récit n'aura pas servi à grand-chose si le lecteur n'a pas compris que le major Dobbin était un dadais sentimental." Quant à Becky c'est l'anti-héroïne par excellence, une Rastignac en jupons qui calcule tout, dénuée du moindre sentiment et dévorée par l'ambition. Cependant, ses manoeuvres peuvent séduire ainsi que son caractère déterminé et intelligent. Autour de ces protagonistes s'agite toute une armée de marionnettes plus ou moins intéressantes qui sont consumées par des désirs plus ou moins avouables et qui évolue dans une société où l'argent et le paraître font tout. Thackeray a l'art du portrait grinçant et de la satire, doublé d'un talent de conteur : son récit est dynamique, il prend volontiers à parti son lecteur et son humour cynique est tout simplement réjouissant, si bien que les mille pages de son roman passent en un éclair. Contemporain de Dickens, il a souffert toute sa vie de la comparaison. A mon sens pourtant ce livre est largement supérieur à ceux que j'ai déjà lu de Dickens.

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9 octobre 2016 7 09 /10 /octobre /2016 12:36

L08.jpgLes arpenteurs de rêves t.1

Chimère captive

Mathieu Rivero

éditions Moutons Electriques

2016

 

Il est de ces livres qui ont de supers pouvoirs : ils rallongent le temps et, avec eux, dix pages semblent une éternité. Telle est la nature de l'ouvrage de Mathieu Rivero.

Céleste quitte la France d'outre-mer et Port-au-Riche pour étudier dans une université à Lyon (pas la peine de vous focaliser sur ce détail ceci dit on ne peut pas dire qu'on la voit beaucoup aller en cours). Elle prend une colocation avec deux amis, l'un peintre l'autre on ne sait pas trop, et découvre au bout d'une nuit que ce sont des arpenteurs de rêves, c'est-à-dire des gens qui ont la possibilité de s'immiscer dans les rêves d'autrui. C'est alors que Céleste leur fait une révélation fracassante elle aussi ! Car, tout comme sa mère et sa soeur c'est... une sorcière !

A ce stade j'ai levé les yeux au ciel.

Sachez que dans ce livre tout le monde ou presque a des pouvoirs à l'exception du meilleur ami loser de Céleste qui, du coup, travaille dans une boutique de magie pour en obtenir. Oui oui, une boutique de magie, comme dans Buffy mais en moins rigolo.

Faut-il vraiment vous résumer le reste ? Céleste et ses deux potes décident de visiter le grand songe, c'est-à-dire l'inconscient collectif, s'y retrouvent prisonniers avec des gens à cornes ou des druides, je ne sais plus trop car, à ce stade, j'étais déjà passée à ma technique suprême pour terminer un roman ennuyeux : le lire devant une émission quelconque du coup je peux vous dire en revanche que Gordon Ramsay n'était pas convaincu par les bobards du gérant de l'hôtel.

Bon me direz-vous mais, après tout, un roman ne se résume pas à son intrigue. Beaucoup de chefs d'oeuvres peuvent être réduits à un résumé bancal. Je vous arrête tout de suite : Les Arpenteurs de rêves n'est pas un chef-d'oeuvre. Mathieu Rivero n'écrit pas mal, il fait même parfois de très jolies phrases (certaines descriptions sont assez réussies) mais il n'a de toute évidence pas compris qu'à un moment donné ces phrases devaient se relier entre elles pour former une histoire cohérente, que c'était bien dans un livre d'avoir un peu de relief, une narration un peu dynamique ou des personnages un peu réalistes, toutes ces choses qui manquent à son ouvrage et qui font que les 173 pages de ce roman m'ont paru un obstacle interminable.

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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 12:53

L03.jpgEt si...

Rebecca Donovan

éditions Pocket Jeunesse

2014

 

Cal a toujours eu un faible pour Nicole, depuis le jour où petite fille en robe jaune elle est devenue sa voisine. Avec Rae et Richelle, deux autres petites filles du quartier, ils étaient inséparables, jusqu'au jour où Richelle a déménagé à San Francisco et que Nicole a pris ses distances avant son entrée à l'université. Aussi, lorsque Cal retrouve Nicole quelques temps plus tard, à des milliers de kilomètres de leur ville natale, il n'en croit pas ses yeux d'autant plus que qu'elle semble avoir tout oublié de leur passé commun, se fait appeler Nyelle et agit à l'exact opposé de son caractère d'enfant timide. Si Cal est intrigué, il est très vite partagé entre le désir de connaître la vérité et celui de conquérir enfin celle dont il a toujours été amoureux.

L'idée de départ est plutôt intéressante et intrigante : le lecteur très vite se questionne sur le comportement étrange d'une héroïne qui, avouons-le, est un peu borderline et s'interroge sur ce qui s'est passé pour transformer Nicole de cette manière. Ce suspens est accentué par des flash-back qui mettent en scène les quatre amis d'enfance et notamment Richelle, le personnage le plus énigmatique du récit puisqu'il n'apparait que lors de ces fameux flash-back. Hélas, cette intrigue prometteuse est gâchée par un très mauvais style : nous sommes dans dans du roman ado pur jus avec de mauvais dialogues, un héros aussi charismatique qu'une endive et une histoire d'amour gnangnan. Aussi, si j'ai eu envie de terminer le récit pour connaître le fin mot de l'histoire, j'ai été agacée par des atermoiements sentimentaux à rallonge et par des rebondissements sans intérêt. Acceptable mais sans plus.

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2 octobre 2016 7 02 /10 /octobre /2016 11:34

L02.jpgLa fille du train

Paulie Hawkins

éditions Sonatine

2015

 

Rachel prend le train chaque matin et, chaque matin, son train s'arrête à côté d'une jolie maison de la banlieue londonienne dans laquelle vit un couple qu'elle a rebaptisé Jess et Jason. Rachel ne les connaît pas mais ils ont l'air heureux et amoureux et incarne à ses yeux tout un bonheur qu'elle-même connaissait avec son ex-mari Tom, avant qu'elle ne devienne alcoolique et que ce dernier ne la trompe et ne la quitte pour la jolie Anna. Maintenant Rachel, toujours alcoolique, sans emploi et habitant chez une amie, fantasme sur ce couple dont elle imagine toute la vie. Un rêve qui vole en éclats le jour où elle aperçoit un matin Jess avec un autre homme : l'épouse modèle serait-elle aussi volage que Tom ? Le mystère s'épaissit lorsque quelques jours plus tard Jess, de son vrai nom Megan Hipwell, est portée disparue dans les journaux.

C'est l'histoire d'une femme un peu paumée qui rêve de retrouver une vie de couple perdue et qui, du coup, la vit par procuration jusqu'au jour où elle découvre l'envers du décor. J'ai été un peu déçue car on m'avait dit que la fin était surprenante et pleine de rebondissements alors que, dès la moitié du livre, du fait du choix narratif, j'avais compris les tenants et les aboutissants de l'histoire. Reste que les personnages sont intéressants car ils sont loin d'être parfaits : entre des époux et des épouses volages et l'héroïne grosse et alcoolique le lecteur découvre l'envers d'une vie de banlieue monotone marquée par le passage des trains. Au niveau du style soyons franche on n'est pas dans de la grande littérature mais La fille du train reste un polar sympathique, un peu longuet sur la fin et, si son succès est sans doute un peu exagéré, il m'a fait néanmoins passer un agréable moment de lecture.

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27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 17:33

L03.jpgA la poursuite de ma vie

John Corey Whaley

éditions Casterman

2014

 

Travis est mort à l'âge de seize ans d'une leucémie. Enfin, mort, pas vraiment : sa tête a été cryogénisée dans l'espoir qu'un jour les progrès de la médecine permettent de la greffer sur le corps d'un donneur. Et, aussi fou que cela puisse paraître, ça a marché : cinq ans plus tard Travis se réveille, propriétaire d'un corps tout neuf. Le problème c'est qu'il a toujours seize ans et, qu'autour de lui, tout a changé : ses parents ont dû faire face à son absence, son meilleur ami Kyle est à l'université et sa petite amie Cate a vingt-un ans désormais et est sur le point de se marier.

Je ne suis pas très en avance avec ce livre qui m'a été envoyée en service de presse l'an dernier et qui a eu la malchance de tomber en plein milieu de ma lecture de Chateaubriand. Depuis, il avait été relégué sur une pile... Bon, très honnêtement, je ne vous ai pas fait passer à côté du titre de la rentrée ado de 2015. L'histoire est sympa et il y a une vraie réflexion sur le deuil et l'éloignement. J'ai apprécié également l'absence de toute morale sucrée avec un héros qui retrouverait l'amour par exemple. Le ton est beaucoup plus détaché et plus réaliste. Cependant, est-ce un problème de style, d'intrigue ? Je ne suis jamais vraiment rentrée dans le livre : je n'ai ressenti aucune émotion, aucun plaisir et aucune impatience à en connaître la suite. A la poursuite de ma vie c'est comme un de ces plats tout faits qu'on avale entre midi et deux : ça cale, ce n'est pas désagréable mais ça ne présente pas franchement d'intérêt. Gageons que, d'ici un an j'aurais déjà oublié.

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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 12:23

Watership Down

Richard Adams

éditions Toussaint Louverture

1972

 

"Qu'est-ce que c'est?" m'interroge mon collègue en revenant de sa pause déjeuner et en me retrouvant en train de regarder amoureusement un livre sur le bureau.

"C'est Watership Down ! je lui répond avec enthousiasme, c'est un classique de la littérature et ça fait des années que j'essaie de le lire en anglais puisqu'il n'était plus disponible en français. ça y est, ils l'ont retraduit!

- C'est vrai que la couverture est belle, admire mon collègue d'un air intéressé. Et ça parle de quoi ?

- Heu... de lapins."

La lueur d'intérêt disparaît immédiatement pour laisser place à une expression mi-moqueuse mi-incrédule.

"De lapins ?

- Oui mais c'est pas ridicule hein. Ce sont des lapins qui fuient la garenne et..."

Bon, lui je n'arriverai pas à le convaincre. Mais je suis sûre que j'arriverai à rallier quelques-uns d'entre vous à ma cause, du moins ceux qui veulent bien admettre que des lapins peuvent être les héros d'une histoire. A titre indicatif, sachez tout de même que ma collègue du rayon littérature, trompée il est vrai par une accroche prometteuse "Le Walking Dead des Lapins!" (les éditeurs sont vraiment prêts à tout pour vendre leurs ouvrages) a lu le livre et, un peu perplexe, l'a bien aimé malgré tout alors que pour le coup ce n'est vraiment pas son genre de romans.

Watership Down c'est l'histoire de Hazel, un lapin paisible qui vit dans sa garenne sans se préoccuper de grand-chose jusqu'à ce que son frère Fyveer, un chétif doué d'étranges intuitions, le supplie de quitter les lieux, persuadé qu'un horrible danger les menace tous. Echouant à convaincre le Maître, les deux frères parviennent néanmoins à persuader quelques autres lapins de fuir la garenne avec eux : il y a entre autres Bigwig le lapin de combat fort en gueule, Rubus le rusé, Pipkyn le petit timoré, Dandelion le conteur... Les voilà tous partis pour un long voyage semé d'embûches et de rencontres et qui les mènera jusqu'à Watership Down la terre promise.

Il est difficile de résumer un livre qui est un mélange de conte animalier et de roman initiatique et qui mêle l'histoire de Hazel et  de ses compagnons aux légendes de Shraavilshâ le premier lapin. L'auteur a un talent rare, celui d'humaniser ses héros tout en ne tombant pas dans le travers d'anthropomorphisme. Hazel et ses compagnons restent des lapins avant tout : ils craignent l'homme et le vilou (les prédateurs), ils lèchent leurs blessures pour guérir, ils cherchent en priorité des terriers pour se protéger, des endroits pour manger et des femelles pour se reproduire. Tout l'art de Richard Adams réside dans le fait que le lecteur va se passionner pour cette quête qui va permettre des réflexions plus profondes. Lors de leur périple les lapins vont ainsi tomber sur une garenne en apparence prospère mais qui vit en permanence dans la peur de l'homme et de ses pièges, et une autre garenne à visée expansionniste, qui pour le coup vit en sécurité mais est soumise à une véritable dictature militaire. L'occasion pour les lecteurs de réfléchir aux différents modèles de société... Atypique, Watership Down a donc de quoi surprendre mais ne vous laissez pas arrêter par sa thématique animalière, moins prisée chez nous il est vrai que dans les pays anglo-saxons : ce serait vous priver d'un roman au charme unique.

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18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 12:24

Jane Eyre

Charlotte Brontë

éditions Gallimard

1847

 

Un pauvre pasteur veuf avait six enfants, cinq filles et un garçon. Les deux plus âgées, Maria et Elizabeth meurent de la tuberculose à l'âge respectif de onze et dix ans. Les quatre enfants survivants sont marqués par ces décès brutaux : doués et imaginatifs, ils se créent un monde imaginaire et se mettent à écrire, se protégeant tant bien que mal d'une éducation austère et d'un monde qui ne laisse d'autres options aux femmes que de se marier ou d'instruire les enfants. Nos héros grandissent : le seul garçon, Branwell, dépressif et alcoolique suite à un chagrin d'amour, meurt de tuberculose à son tour. Deux de ses soeurs, Emily et Ann, succombent à ce même fléau dans les deux ans qui suivent. La seule rescapée, Charlotte, aura quelques années de répit, le temps de se marier avant de se mourir suite à une complication de grossesse.

ça pourrait être un roman mais ce n'est que le destin tragique de la plus célèbre famille d'écrivains sous l'époque victorienne, celui de la famille Brontë. Le livre dont nous allons parler aujourd'hui , Jane Eyre, est le roman de Charlotte, l'ultime survivante. Ce fut également le roman dont le succès permit à Emily et Ann de faire connaître leurs propres écrits mais de ces derniers nous parlerons plus tard.

Jane Eyre c'est l'histoire d'une orpheline sans liens et sans le sou qui, à force de persévérance, acquiert une solide éducation et parvient à dénicher un poste de gouvernante auprès de la pupille française du mystérieux Rochester. Il est beaucoup plus âgé qu'elle et il n'est pas très beau mais elle tombe amoureuse et, contre toute attente, le riche propriétaire s'éprend de cette jeune femme au physique quelconque. Il la demande en mariage, elle accepte mais de sombres secrets vont mettre en péril ce bonheur naissant.

J'avais déjà lu Jane Eyre étant lycéenne mais j'avais oublié à quel point ce livre était émouvant. Tout tient dans la personnalité des personnages : Jane est une jeune femme pauvre mais instruite, passionnée et volontaire et qui a suffisamment d'estime de soi pour ne pas se laisser ébranler par le regard méprisant des gens mieux nés qu'elle. A cet étonnant mélange d'aplomb et de sagesse, l'auteur oppose un prince charmant atypique, un homme qui n'est déjà plus tout jeune, pas franchement beau, qui confesse des maitresses, doté d'un caractère parfois irascible et dont l'autorité se heurte à la volonté farouche de sa petite gouvernante. Cette romance improbable avec son lot de mystères et de secrets est d'autant plus touchante qu'elle résonne de façon étonnamment moderne. J'adore Jane Austen, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, mais ses héroïnes sont plus sages et évoluent dans un monde conventionnel. Jane Eyre est un être libre qui méprise les normes et ne se fie qu'à son propre jugement tout en ayant plus que conscience de ses faiblesses et de ses imperfections. Son histoire est touchante et sa voix, portée par une narration à la première personne, séduit un lecteur ému par son parcours difficile et ses sentiments ardents. Bien que long, l'ouvrage de ce fait se lit d'une traite et, grâce à ses multiples rebondissements et ses nombreux changements de "décor" évite les longueurs et les passages à vide. Après avoir relu avec plaisir le texte de Charlotte Brontë il ne me reste plus désormais qu'à découvrir si ses soeurs ont fait aussi bien.

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