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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 19:41

L02.jpgLe monde de Charlie

Stephen Chbosky

éditions Sarbacane

 

"Si c'est à toi que j'écris, c'est à cause de cette fille, qui a dit que tu savais écouter et comprendre (...) Cherche pas à savoir qui c'est, la fille, sinon tu pourras deviner qui je suis et j'en ai franchement pas envie. Je ne veux pas que tu me retrouves (...) J'ai juste besoin de savoir que quelqu'un m'écoute et me comprend."

 

Charlie est un garçon en première année de lycée, un peu marginal, qui se sent seul depuis le suicide de son ami Michael. Aussi, il décide d'écrire à un garçon anonyme dont il a entendu parler et à qui il entreprend de raconter ses journées. Drôle d'idée mais Charlie est un drôle d'adolescent: il pleure énormément, il lit beaucoup, il semble un peu retardé en ayant pourtant des notes brillantes, à la fois curieusement enfantin et profondément mature. La chance va lui sourire puisqu'il va se lier d'amitié avec deux élèves de terminale: Patrick, un drôle de phénomène lui aussi, et la jolie Sam dont il tombe immédiatement amoureux... Commence alors pour Charlie une vie ponctuée par les fêtes, la drogue et la musique...

Le monde de Charlie est un livre qui peut d'abord agacer car il pioche sans vergogne dans tous les bons vieux poncifs de la littérature adolescente; presque tous les thèmes de société sont abordés: enfants battus, sexe, drogue, alcool, avortement, suicide... On parle aussi des bons vieux livres qu'il est de bon ton d'avoir lu: L'attrappe-coeur ou encore Sur la route et on fait l'apologie de valeurs comme l'amitié ou la soif de connaissances. OK. Passé ces aspects horripilants du livre, l'histoire est intéressante et tient surtout à la personnalité de Charlie, le narrateur. Charlie parle beaucoup, parle de ses amis, de sa famille, mais ce qui est intéressant, c'est ce qui ressort de ces lettres à sens unique, le caractère assez curieux du personnage; son style traduit un garçon un peu enfantin, un adolescent très affectueux, presque amoral, qui ne porte quasiment jamais de jugement de valeur. Peu à peu, quelques sous-entendus trahissent un personnalité mentalement perturbée, un caractère à la fois doux et violent, il mentionne l'air de rien un passé psychiatrique... En fait, l'intrigue tient moins dans ce que Charlie dit que dans ce qu'il ne dit pas, dans ces phrases placées là comme par hasard entre deux récits de fêtes: "J'ai parlé du livre à mon psy, et aussi de Bill, de Sam et de Patrick et de leurs facs, mais il arrête pas de me poser des questions sur quand j'étais petit. Le problème, c'est que j'ai l'impression de passer mon temps à lui raconter les mêmes souvenirs". Pour une fois, oh merveille, surtout dans un roman pour ados, le point de vue est pensé, la narration est beaucoup moins légère qu'il n'y paraît et donne lieu du coup à un coup de théâtre assez intéressant vers la fin du récit. Cela sauve le livre et fait du Monde de Charlie un bon divertissement, à conseiller ceci dit surtout à des grands ados...

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 18:00

L08.jpgHenri d'Ofterdingen

Novalis

éditions Gallimard

 

Et oui! Nous avons gaiement sauté dans le 19ème siècle avec Les 1001 livres...(il était temps) et pourtant, déception, le début du siècle ressemble fort à la fin de l'autre: des auteurs allemands hypersensibles qui rêvent d'amour et de poésie.

Henri d'Ofterdingen est un jeune homme tout ce qu'il y a de bien, peut-être un peu trop sensible et souffrant d'un curieux manque qu'il ne saurait définir. Son âme aspire à la beauté de la poésie mais il ne sait comment répondre à cet appel. Sa mère décide de l'emmener en voyage pour lui faire rencontrer son grand-père et, dans la foulée, un bon parti. Sur la route, ils font de nombreuses rencontres qui émeuvent notre héros et le font progresser, mais ce n'est qu'arrivé chez son grand-père que Henri vit le terme de son apprentissage. En effet, il fait la connaissance de la belle Mathilde dont il tombe immédiatement amoureux et qu'il épouse presque aussitôt; le voilà prêt à devenir poète. Hélas pour lui, Mathilde meurt et Henri devient un itinérant, prêt à percer le secret des mots et de l'âme, à la poursuite de l'amour  et du bonheur entrevus avec sa jeune épouse et qu'il espère retrouver dans l'essence même de la poésie.

Bon, Novalis n'a pas eu une vie très drôle puisqu'il est mort de phtisie alors qu'il n'avait pas trente ans et qu'il a perdu son premier amour, encore une adolescente, alors qu'il n'en avait pas vingt. Cela fait de lui la caricature du poète maudit et cela explique son style plein d'emphase et son goût pour les allégories. Henri d'Ofterdingen est l'essence même du romantisme allemand; les sentiments sont exacerbés, la nature est magnifiée, souffrance et joie se confondent... Le problème c'est que j'en ai un peu ma claque des poètes maudits pleurant sous des arbres à la recherche de leur amour perdu. L'oeuvre de Novalis est loin d'être inintéressante mais ça fourmille d'allégories, il y a des poèmes partout, des histoires à l'intérieur de l'histoire, le héros tout comme celui de Hölderlin est élevé au rang de demi-dieu et ce n'est que passions sublimes et êtres flamboyants. Heureusement pour moi, malheureusement pour les amateurs du genre, le roman est inachevé, l'auteur étant mort avant d'avoir pu comme il en avait l'ambition faire le tour de l'idée même de poésie. Je ne vais pas prétendre que Novalis ne vaut rien: d'autres mieux que moi sauront vous faire découvrir toute la beauté d'une prose pleine de délicatesse et d'images lyriques: jeu sur les mots et l'amour, mythes anciens et nouveaux qui se mêlent, etc. Peut-être n'étais-je pas d'humeur, peut-être ne suis-je pas taillée pour le romantisme allemand. Toujours est-il que Henri d'Ofterdingen fait partie de ce genre de livres qui ne me marqueront pas. A bon entendeur...

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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 19:52

L01.jpgLe roman du mariage

Jeffrey Eugenides

éditions de l'Olivier

 

Toute histoire d'amour est un triangle. Il y a lui, il y a elle et il y a l'autre, le ou la parasite, celui qui va mettre son grain de sel alors qu'on ne lui a rien demandé; c'est  parfois le malheureux ou la malheureuse qui aime mais n'est pas aimé et dont l'ombre plane sur la relation amoureuse des deux; c'est parfois le "mauvais" ou la "mauvaise" prétendante, celui qui est aimé mais dont on sait pertinement qu'il n'est pas fait pour le héros ou l'héroïne. En bref, c'est un faire-valoir de l'histoire d'amour et, comme tout faire-valoir, son destin est parfois tragique...

Madeleine est une inconditionnelle de la littérature, et tout particulièrement de la littérature du 18ème siècle. Elle apprécie particulièrement les romans dits "du mariage", les histoires  victoriennes qui s'achèvent par une jolie cérémonie. Mais Madeleine n'est pas une héroïne de Jane Austen; c'est une étudiante américaine des années 80, issue d'une famille assez aisée. La pudeur a disparu, le divorce a fait son apparition. Madeleine s'efforce de s'adapter: elle s'essaie au sexe avec plus ou moins d'entrain, se plonge dans la littérature française contemporaine  mais, peine perdue, elle continue à rêvasser devant Fragments d'un discours amoureux de Barthe. Dans ces conditions, elle devrait finir par tomber amoureuse du gentil Mitchell, l'étudiant en théologie, brillant mais sans histoire et qui a craqué sur elle dès qu'il l'a vue. Mais, comme dans les romans, Madeleine tombe amoureuse du "mauvais" garçon, Leonard, un étudiant maniaco-dépressif issu d'un milieu défavorisé. Commence alors l'histoire de cette étrange triangle amoureux dont hélas personne ne sortira indemne: car, les héros vont l'apprendre à leurs dépens, la vie est loin d'être aussi simple que dans les romans de Jane Austen...

Le roman du mariage aurait gagné à être plus court, mais c'est la seule chose qu'on peut réellement lui reprocher. Tout comme dans Virgin suicides, Jeffrey Eugenides met en scène des personnages extrêmes et décalés, déterminés à vivre selon leur vision du monde. Madeleine la romantique, s'accroche à une histoire vouée à l'échec, Leonard se bat contre une maladie impossible à guérir, Mitchell part en Inde pour se prouver qu'il est un homme bien dont l'héroïne ne peut que tomber amoureuse à la fin... Les trois sont touchants chacun à leur manière. L'écriture d'Eugenides est un curieux mélange de réalisme brute (cf les scènes brutales en Inde) et de poésie mélancolique (la dernière scène entre Mitchell et Madeleine est particulièrement poignante) doublé d'une réflexion intéressante sur la littérature. L'humour n'est jamais très loin, un humour grinçant, le rire du désespoir. Car, le roman du mariage est, il faut l'avouer, un livre qui rappelle avant tout que l'amour romantique est mort, qu'il ne peut survivre dans notre société actuelle. A peine Madeleine fait-elle l'aveu de ses sentiments à Leonard que ce dernier lui rappelle cette citation de Barthe: "Passé le premier aveu "je t'aime" ne veut plus rien dire". Les héros eux-même sont en carton: Mitchell se rend ainsi compte durant son voyage en Europe qu'il est loin d'être l'homme parfait. Quant à l'amour de Madeleine pour Leonard, n'est-il pas sans cesse entaché par celui que lui porte Mitchell? Tiraillés entre leurs aspirations romanesques et la cruelle réalité de la vie, leur soif d'absolu et leurs appétits purement terrestres, les personnages sont malmenés tout du long  du récit par un auteur désabusé. Le roman du mariage est peut-être mort ou peut-être n'est-il finalement qu'une illusion: en effet, Jane Austen a beau en avoir écrit des tonnes, elle-même est restée vieille fille...

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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 11:34

L05.jpgLe roman de Claire

Marie Gray

éditions Pocket Jeunesse

 

Vous vous souvenez de ce que je vous ai dit il y a deux jours sur les romans ados destinés uniquement aux ados? Dans un style différent, en voici un autre.

Le roman de Claire fait partie de la collection "Oseras-tu Réalités d'ados". Inutile de vous dire qu'en lisant cet intitulé, je m'attendais au pire. Et, à dire vrai, je ne sais pas encore trop quoi en penser: mais parlons un peu de l'histoire voulez-vous?

Et l'histoire c'est celle de Claire, écrivain en herbe, petite rondouillarde qui barbouille des pages en rêvant au prince charmant. Sa vie est loin d'être facile entre un petit frère en pleine crise et une mère odieuse qui la traite comme un chien. Hélas pour Claire, elle n'a également guère de succès auprès des garçons, ces derniers lui préférant sa copine Anne-Sophie, une blonde longiline guère farouche. Jusqu'au jour où Claire, lasse d'être la fille invisible, décide de changer de look et découvre alors qu'attirer les regards n'est parfois guère mieux...

Le roman de Claire et construit de façon assez classique: l'héroïne vit des situations de plus en plus glauques et de plus en plus traumatisantes (on passe de "je suis une petite grosse que personne ne regarde" à "je suis harcelée sexuellement") pour finir par un "happy end" merveilleux (l'héroïne va vivre chez son père aimant, trouve des amis dans un groupe de musique et sort avec le garçon de ses rêves) Y a que moi qui tique sur le "Réalités d'ados" à ce moment-là? L'histoire est manichéenne au possible: d'un côté nous avons la douce, la gentille Claire et, de l'autre, tout le reste, les mauvais: la mère perfide, les mauvaises copines, le patron pervers, la colocataire droguée... Ce manichéisme peut à la rigueur se justifier par le fait que la narratrice soit l'héroïne, on va dire ça, et qu'elle écrit selon sa propre perception de la réalité. Reconnaissons à l'auteur une façon plutôt réaliste de traiter la sexualité adolescente: toute la première partie du livre est d'ailleurs plutôt pas mal: une ado mal dans sa peau, en décalage avec les autres, et qui se fait tout le temps gentiment jeter... Je suis déjà plus perplexe sur le harcèlement que subit Claire par la suite au collège à cause d'une rumeur lancée contre elle mais bon, admettons qu'une mauvaise réputation puisse avoir de telles retombées si vous le voulez. En revanche, la fin du roman est tout bonnement ridicule: le père qui s'impose face à son ex-femme pour récupérer ses enfants, Claire qui rencontre des amis formidables et talentueux qui ont vécu eux aussi des choses très difficiles par le passé, de la musique, des larmes et du rire... J'ai perdu à la fin du livre toute l'indulgence que m'avait inspirée le début. Enfin, j'attire votre attention sur deux détails qui m'ont choquée: l'un, c'est quand l'héroïne propose à un garçon d'être son cavalier au bal de fin d'année. Huuum, les choses ont peut-être changé depuis mon époque mais je n'ai pas le souvenir en France des bals de promo. C'est pas une tradition américaine ça mes braves? Le second détail, encore plus choquant, c'est quand Claire découvre que le méchant Renaud a parié cent dollars qu'il coucherait avec elle. Ok, ça ne me choquerait pas si l'héroïne s'appelait Brenda et le héros Brandon, mais avec des personnages comme Raphaël, Cédric ou Anne-Sophie, oui, là, j'avoue que je tique un peu. Je suppose que cent euros ça faisait pas assez "jeune" et que Marie Gray s'est cru obligée de donner à son roman l'allure d'une série télé anglo-saxonne. Si ça l'amuse, pourquoi pas? Mais qu'on ne vienne pas après saluer le "réalisme" d'un roman qui, pour ma part, me semble tout aussi crédible qu'un épisode de Plus belle la vie...

 

Mise à jour! L'une de mes gentilles lectrices m'a fait remarquer que l'auteur était canadienne. Bon, alors on pardonne les dollars et le bal de fin d'année. Mais on pardonne pas quand même le dénouement ridicule...

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 11:23

L01.jpgLe trône de fer

t.15: Une danse avec les dragons

George R.R Martin

éditions Pygmalion

 

Enfin! Après des mois, nous arrivons enfin au dernier tiers du livre Dance with dragons de la série du trône de fer. Maudit soit le découpage français...

L'histoire poursuit son petit bonhomme de chemin et le royaume des sept Couronnes est plongé dans la plus grande confusion. Les alliances d'hier semblent bien fragiles: Tyrell et Lannister se méfient les uns des autres et la reine Cersei aura fort à faire pour se sortir des accusations d'adultère qui risquent de lui coûter la vie. A l'autre bout du monde, son frère Tyrion, devenu esclave, n'a une situation guère plus enviable et tente de protéger ses compagnons, Ser Jorah et Sou d'une fin atroce. Près du Mur, John Snow fait tout pour récupérer sa soeur Arya tout en prenant des décisions qui se révéleront lourdes de conséquences. Enfin, Daenerys s'est mariée à contrecoeur pour préserver son peuple mais ne tarde pas à se rendre compte que la paix escomptée est illusoire. Peut-être est-il temps pour la Mère des Dragons de révéler sa véritable nature...

Trahisons, manigances, stratégies et rebondissements rythment le dernier tiers du roman avec pour le lecteur toujours cette question angoissante: "Quelqu'un va-t-il mourir aujourd'hui et, si oui, qui?". On le sait, George R.R Martin n'est pas tendre avec ses personnages, et il le prouve une fois de plus dans cet épisode en faisant subir à ses héros bien des avanies. C'est aussi l'occasion pour le lecteur de s'y attacher davantage ceci dit, des fois que l'un ou l'autre vivent ses derniers instants. Niveau style, on notera l'effort louable de traduction. Niveau intrigue, je vous conseille de reprendre vos arbres généalogiques, histoire de ne pas être trop largués par la profusion de personnages secondaires. Et, à la fin du volet, je vous conseille de faire comme tous les fans et de prier pour que l'auteur ne nous fasse pas la mauvaise blague de mourir avant de terminer la saga...

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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 20:03

L02.jpgNox t.1

Ici bas

Yves Grevet

éditions Syros

 

La pollution a contaminé la Terre. Désormais, le monde vit dans le noir et les hommes ont vu leur espérance de vie considérablement diminuer. On se marie jeune pour être sûr d'avoir des enfants et l'on fait le même métier que ses parents car c'est plus facile ainsi. On produit l'électricité grâce à sa propre énergie et on économise l'eau car c'est une denrée trop précieuse pour être gaspillée en douches ou en lessives. Chacun a sa place et doit y rester sinon gare à la milice! ça c'est en bas ceci dit car, en haut, au-dessus de la pollution, il y a les autres, ceux qui vivent comme nous vivons actuellement et qui ne se soucient guère de leurs camarades malchanceux dont ils feignent d'ignorer l'existence. Pourtant, par un concours de circonstances, deux adolescents de chaque monde vont être amenés à se rencontrer: Lucen, sur le point d'épouser son amie d'enfance Firmie, fait la connaissance de Ludmilla, une jeune fille riche des hauts quartiers qui cherche à retrouver sa gouvernante Marta, une femme venue d'en bas. Ce choc des cultures va pour eux se révéler un véritable déclencheur et leur attirer par la même occasion bon nombre d'ennuis...

Il y a des romans ados qui peuvent aussi intéresser les adultes, et il y a des romans ados clairement et exclusivement destinés aux ados. Nox en fait partie. L'idée de départ est plutôt sympathique mais est traitée de façon enfantine; la narration s'appuie sur le récit de Ludmilla, de Lucen et de l'ami de Lucen, Gerges, un fervent adepte de "chacun sa place" et le style trop simple colle mal avec la gravité du sujet. Les descriptions du monde d'en bas sont parfois confuses et le lecteur a bien du mal à appréhender ce monde plongé dans le noir, tout comme il a du mal du coup à se laisser porter par une intrigue sommaire et assez manichéenne (il y a les méchants riches et les gentils pauvres, les méchants miliciens etc.). Pour un adulte, Nox n'offre donc pas un intérêt immense puisqu'il allie une thématique usée jusqu'à la corde (le monde apocalyptique) à une écriture basique. En revanche, les plus jeunes apprécieront sans doute l'histoire pleine de rebondissements et s'identifieront sans mal à des personnages sommés d'entrer en conflit avec leurs parents pour faire leurs propres choix: Lucen refuse d'épouser la fille que sa mère lui destine pour imposer Firmie, Gerges déçoit son père Gregire en trahissant la milice et Ludmilla ment à son père pour découvrir la vérité sur Marta... Ainsi, à défaut d'être le chef-d'oeuvre qui bouleversera les foules, Nox reste un roman honnête dont je lirai la suite sans déplaisir à défaut de l'attendre avec impatience.

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 19:59

L10La maison des derviches

Ian McDonald

éditions Denoël

 

La science-fiction est un genre qui me laisse perplexe. Je ne peux pas dire que je n'aime pas. J'ai adoré Spin; j'ai lu avec plaisir la trilogie martienne de Robinson. J'apprécie Bradbury et Adams. Mais la plupart du temps, je dois humblement l'avouer, la science-fiction m'ennuie à mourir. Et le livre dont je vais vous parler aujourd'hui ne fait malheureusement pas exception à la règle.

2027. La Turquie vient d'entrer dans l'Union Européenne et oscillle entre tradition et modernité. L'action se passe à Istanbul. Un jour d'avril étouffant, une femme se fait sauter dans un tram. L'attentat, non revendiqué, et qui ne fait aucune victime apparente, va pourtant avoir des répercussions sur un groupe d'habitants vivant tous au même endroit, la maison des derviches de la place Adem-Dede. Necdet, témoin direct de l'explosion, commence à voir des djinns; son jeune voisin Can, un gamin de neuf ans, décide d'enquêter grâce à ses robots sur les auteurs de l'attentat, la jeune Leyla rate un entretien pour un travail et se retrouve contrainte d'accepter l'offre d'un membre de sa famille: se charger du marketing pour de la nanotechnologie... Pendant ce temps, l'antiquaire Ayse se lance dans la recherche d'un sarcophage légendaire tandis que son époux  lui prépare une escroquerie majeure qui lui assurera la fortune..

En vrac, dans La maison des derviches, on parle géopolitique, économie, environnement, technologies futuristes, légendes oubliées, amour et religion. C'est très complet mais, du coup, le point négatif c'est que c'est très dense. Aussi, si vous n'êtes pas trop calés dans un domaine ou dans un autre, vous vous retrouvez vite sur le côté et avec pas forcément l'envie de poursuivre la route. Il y a beaucoup de personnages et l'auteur saute de l'un à l'autre sans cesse. Il introduit qui plus est à chaque fois de nouvelles données, ce qui fait que l'action revient parfois  (souvent) en arrière et brouille encore plus le lecteur. Je ne peux pas dire que ce soit un livre que je n'ai pas aimé. Je pense très sincèrement que c'est sûrement très bien, très complet; Mc Donald a une connaissance du Proche-Orient assez étonnante et les descriptions d'Istanbul sont tout simplement magique. Les personnages sont assez amusants, notamment Leyla, la responsable marketing malchanceuse.. Mais voilà; j'ai eu du mal à suivre toute l'intrigue et du coup je me suis un peu ennuyée. Je peux reconstituer l'histoire de Necdet ou de Ayse sans trop de mal, mais ne me demandez pas ce que magouille exactement le mari d'Ayse avec ses trafics de gaz naturel. Cette partie là est un peu floue... Amateurs purs et durs de SF, ruez-vous sans crainte sur La maison des derviches, je pense que vous y trouverez votre compte. Les autres... heu, commencez peut-être plus léger.

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 12:50

L01.jpgLes Jalna

Mazo de la Roche

(16 volumes)

éditions Omnibus

 

Qu'est-ce que le livre doudou? Le livre doudou est un phénomène incompréhensible; il s'agit d'un livre, pas forcément extraordinaire d'ailleurs, qui, pour une raison ou pour une autre vous a touché, un livre que vous prenez plaisir à lire et relire encore quand ça ne va pas ou quand vous avez tout simplement envie de vous détendre et que vous défendez bec et ongles alors même que vous savez très bien au fond de vous que ce n'est pas non plus le chef-d'oeuvre absolu. A noter d'ailleurs que ça marche aussi pour les films; je connais quelqu'un qui défend encore Dirty Dancing...

J'ai plusieurs livres doudou, mais celui dont je vais vous parler aujourd'hui est de taille puisqu'il s'agit d'un cycle en seize ouvrages .

Tout commence en 1927 lorsqu'une canadienne écrit un premier ouvrage intitulé Jalna mettant en scène une famille de l'Ontario, les Whiteoak, vivant dans une grande demeure un peu à l'écart. Il y a la grand-mère Adeline, une centenaire irascible; il y a les oncles Nicolas et Ernest, des rentiers indolents très vieille école et qui ont dilapidé leur fortune en Angleterre. Il y a les petits-enfants: Renny, le patriarche rouquin de la famille et sa soeur Meg, une grosse vieille fille aux abords chaleureux mais à la langue de vipère; il y a leurs quatre demi-frères, Eden, Piers, Finch et Wakefield. Piers s'attire les foudres de ses aînés en épousant Pheasant, la fille naturelle de l'ancien fiancé de Meg; quant à Eden, poète, il se marie avec une jeune new-yorkaise, Alayne, dont son frère Renny tombe aussitôt amoureux. Trahisons, adultères, passions, querelles familales rythment ce premier tome qui rencontra un tel succès que Mazo de la Roche, l'auteur, se retrouva contrainte d'écrire la suite. En fin de compte, le roman devint une saga en plusieurs tomes, repartant parfois d'ailleurs en arrière (ainsi dans l'ordre chronologique Jalna est devenu le septième tome) et racontant toute l'histoire de la famille Whiteoak depuis son installation au Canada (en1854) jusqu'au centenaire de la maison. Sans doute Mazo de la Roche aurait-elle poursuivi (même si elle le faisait sur la fin un peu malgré elle) puisqu'elle est morte à peine un an après la publication du seizième tome, Matins à Jalna (le second dans l'ordre chronologique)

Que dire? Les Jalna est une oeuvre inégale. Certains romans sont vraiment une réussite, mes préférés étant incontestablement le premier sorti Jalna ainsi que le troisième dans l'ordre chronologique Mary Wakefield. D'autres sont plus poussifs; La naissance de Jalna est une plate présentation du cycle tandis que Matins à Jalna a des relents de racisme et d'esclavagisme assez désagréables. Le style de Mazo de la Roche, soyons claire, n'a rien d'exceptionnel et les intrigues de la série sont dignes d'un roman feuilleton. En revanche, l'auteur a un don incroyable pour camper ses personnages et leur faire prendre vie, que ce soit à Adeline, la grand-mère caractérielle, totalement sénile mais curieusement touchante, la new-yorkaise Alayne, posée, tatillonne mais passionnée, Renny le patriarche irritant mais solide, Finch le compositeur maudit, Wakefield l'enfant prodigue, ou à Eden le poète libertin...Le lecteur s'attache à tous les personnages, chacun se choisissant son petit chouchou, et suit leurs aventures avec le même intérêt que pour une série télévisée. Mazo de la Roche était peut-être une écrivain banal mais c'était à coup sûre une fine psychologue et rien n'est plus réjouissant dans ses livres que les traditionnelles querelles famililales où l'humour et l'auto-dérision ne sont jamais très loin, l'auteur posant sur ces créations un regard à la fois extrêmement critique et plein de tendresse. C'est pourquoi d'ailleurs je vous déconseille l'adaptation télévisée qui a été faite dans les années 90 avec Danielle Darrieux. Elle gomme le léger cynisme de l'histoire (les Whiteoak vivent bon nombre d'histoires d'amour qui se terminent mal et font des mariages mal assortis. Renny et Alayne passent leur temps à se quereller, Piers et Finch n'aiment pas leurs fils, Dennis est un petit garçon psychopathe, Meg une harpie radine) pour en faire une saga familiale proprette sans adultères (dans l'oeuvre de Mazo de la Roche, Pheasant trompe Piers avec son frère Eden tandis que dans la série elle repousse ses avances, Alayne est mariée avec Eden alors que dans la série elle n'est que fiancée, etc.) et avec des personnages lisses et très gentils (Meg est une soeur modèle qui encourage les talents de ses frères alors que dans la saga, bien au contraire, elle s'oppose au goût de Finch pour le piano, Danielle Darrieux est une grand-mère dynamique et moderne alors que Adeline Whiteoak est impotente et sénile). Roman de gare? Saga de midiinette? Pour ma part, les Jalna restera cette rangée de livres dans la bibliothèque de mes parents que j'avais toujours plaisir à aller chercher et qui ont bercé mon adolescence. Et vous? Quels sont vos livres doudous?

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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 18:05

L02.jpgLes morsures du passé

Lisa Gardner

éditions Albin Michel

 

Allez, je vous l'avais promis: on passe un peu à de la lecture contemporaine, et comme nous nous sommes cassés la tête sur Diderot ou Hölderlin, il est juste de passer à de la littérature beaucoup plus légère, un policier qui pour le coup ne réclame ni appareil critique, ni analyste stylistique.

D.D Warren, enquêtrice de bientôt quarante ans, commence à avoir des velléités d'enfants et de vie de famille. Hélas pour elle, son bipper sonne au moment d'un rendez-vous prometteur et l'envoie sur les lieux d'un crime, une petite maison de banlieue. Une famille entière a été décimée et tout semble désigner le père comme coupable. Mais D.D ne tarde pas à se rendre compte que quelque chose ne colle pas: le père ne semble pas s'être suicidé et n'avait guère le profil d'un tueur. Qui plus est, quelques jours plus tard, une famille entière est de nouveau assassinée: profil différent mais même mode opératoire. Ces deux familles n'avaient rien en commun si ce n'est qu'elles avaient chacune un enfant atteint de troubles mentaux. Tous les deux avaient fait un séjour dans le service pyschiatrique d'u même hôpital...

Avec un sujet plutôt intéressant, les enfants psychotiques, Les morsures du passé s'inscrit dans le registre du livre policier facile, à trimballer à la plage ou à lire au coin du feu selon la saison. Le style est bateau, l'intrigue bourrée de bons sentiments (des mères courageuses, des familles dans le besoin mais patriotes, des célibattantes dynamiques) les descriptions édulcorées et il y a un savant mélange de psychologie à la louche et de spiritualité douteuse qui ravira les plus sensibles d'entre nous. C'est clairement écrit pour les femmes: l'auteur est une femme et seules les personnages féminins sont un peu fouillés. Les protagonistes masculins pour le coup ne sont eux que de ravissants tas de muscles, protecteurs et bourrés d'humour. Bon ça tombe bien, je suis une femme, aussi j'ai pu accrocher assez facilement à une histoire rondement menée et pleine de suspens. ça ne donne pas mal au crâne, ça se lit vite, et l'intrigue réserve quand même quelques rebondissements inattendus. Pas le polar de l'année donc mais un bon bouquin de gare et, quelquefois, c'est tout ce qu'on demande à un roman...

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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 19:45

L10Hypérion

Hölderlin

éditions Flammarion

 

Oui, promis, on va revenir à des lectures plus récentes dès la prochaine note, mais il faut finir le 18ème siècle dans Les 1001 livres... alors un peu de concentration s'il vous plaît! Car l'ouvrage dont nous allons parler aujourd'hui en nécessite beaucoup.

Hypérion c'est un roman épistolaire entre deux protagonistes, le héros éponyme et son ami allemand, Bellarmin. Ceci dit, seul les lettres d'Hypérion sont transcrites, ce qui donne plutôt au récit l'aspect d'un long monologue. Hypérion est un jeune homme grec plein d'idéaux, qui souffre de voir son pays, naguère patrie de la poésie et de la philosophie, sous le joug de la Turquie. Il rêve de retrouver la Grèce d'autrefois, la Grèce antique. Son chemin croise celui d'Alabanda, un jeune homme dont il devient l'ami passionné (amitié qui semble d'ailleurs plus proche de l'amour) avant de le quitter lorsque celui-ci lui annonce faire partie d'une ligue secrète douteuse. Nouveaux errements, nouvelles complaintes au milieu de la nature. Puis,  Hypérion croise le chemin de Diotime, une charmante jeune fille dont il tombe amoureux. Mais bientôt, sa soif d'absolu ne se satisfait plus de cette passion tranquille....Diotime conseille à son amant de voyager et de "changer les hommes" par sa parole, sorte de messie grec. Mais un courrier d'Alabanda pousse plutôt Hypérion à choisir les armes pour libérer la Grèce de l'esclavage, une décision qui sera lourde de conséquence pour les trois protagonistes...

Si Hölderlin qualifiait son roman de "cannibale" c'est pour une bonne raison. Hypérion en effet est un livre qui a été manifestement plus écrit pour son auteur que pour un lectorat potentiel. En témoigne la narration uniquement à la première personne, le caractère parfois décousu des lettres, l'aspect exalté de l'ensemble... Disciple de Rousseau, l'auteur glorifie la nature et reprend quelques thèmes chers à notre philosophe: l'idée que l'homme ne doit être éduqué que lorsque l'esprit est totalement formé, que la nature est bonne et la société mauvaise, etc. Hölderlin s'enflamme également pour une civilisation grecque antique qu'il pare de toutes les vertus tandis qu'il voue aux gémonies la société contemporaine, tâclant d'ailleurs assez sévérement son propre pays, l'Allemagne. Niveau intrigue, ne cherchez pas, l'intrigue n'est de toute évidence qu'un prétexte: j'avoue d'ailleurs avoir du mal à considérer de ce fait Hypérion comme un roman. Ce n'est pas non plus un long poème... ben en fait je sais pas trop ce que c'est. L'écriture est plutôt belle et certains passages sont particulièrement réussis, les passages sur l'amour ou sur le bonheur par exemple. Je suis en revanche restée de marbre devant l'aspect "patriotique" de l'histoire et je me suis profondément ennuyée  à l'évocation de la Grèce antique, ne partageant pour le coup absolument pas le goût de Hölderlin pour les hommes en toge. Ce que je reprocherais le plus à ce livre, c'est son aspect étouffant. Le narrateur se lance dans des considérations exaltées ou des critiques cinglantes mais, quoi qu'il arrive, il n'est jamais contredit. Son ami l'idôlatre, sa maîtresse le considère comme un demi-dieu et le correspondant bienveillant, Bellarmin ne remet jamais en cause aucune des lettres. Nous avons un seul point de vue, un personnage qui apparaît comme parfait, trop bon pour ce monde de dégénérés, un héros grec trop lisse au style emphatique et à la comparaison grandiloquente. Dans Hypérion, il n'y a absolument aucune distanciation entre le personnage et son auteur, les deux s'identifient tellement qu'il est difficile pour un lecteur de se faire sa place dans ce monologue tantôt amer tantôt lyrique. Pour la petite histoire, sachez que Hölderlin a fini plus ou moins fou et, si vous lisez Hypérion je pense que vous comprendrez pourquoi....

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Published by beux - dans Classiques
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