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19 mars 2010 5 19 /03 /mars /2010 20:04
L04.jpgTreize raisons
Jay Asher
éditions Albin Michel



"Elle est morte
Pour treize raisons.
Tu es l'une d'elles."

Hannah Baker est morte. Elle a avalé des cachets et s'est endormie pour ne plus jamais se réveiller. Pourtant, quelques temps après son suicide, un garçon de sa classe nommé Clay reçoit un colis contenant sept cassettes. Sur ces cassettes, la voix d'Hannah explique pourquoi elle a décidé d'en finir et comment treize raisons l'ont poussée à se suicider. Plus précisément, les personnes qui ont reçu les cassettes sont ceux qui l'ont conduite à cet acte final. Avec horreur, Clay écoute ainsi l'histoire d'Hannah dans l'attente d'entendre son nom et d'apprendre quel a été son rôle dans le drame...

C'est pas franchement une histoire gaie et il vaut mieux éviter de la mettre entre les mains d'une adolescente suicidaire. En revanche, Treize raisons est un roman original, tant au point de vue du fond que de la forme. D'un point de vue formel pour commencer, nous alternons la narration de Clay (écrite à la première personne) avec la narration "enregistrée" de l'héroïne, ce qui donne au récit un rythme hâché, un peu perturbant au début, mais qui établit de la sorte une dynamique à l'intérieur du roman et permet tout autant à Clay qu'à Hannah d'être les héros de l'histoire. Quant au contenu, j'ai apprécié la sobriété du livre sur un sujet aussi casse-gueule que le suicide. Il aurait été facile de sombrer dans le larmoyant. Jay Asher ne tombe pas dans le piège. Tout comme Eugenides dans Virgin Suicides, il ne voit pas le suicide comme le résultat d'un traumatisme, mais comme celui de petites fissures qui, à force de se multiplier, entraîne la destruction de l'édifice. C'est un effet boule de neige que l'auteur traite avec simplicité en évoquant sans mièvrerie inutile (bon de temps en temps ça glisse très légèrement vers le sentimental mais c'est un roman pour ados en même temps) le quotidien d'une adolescente que la trahison, les petites mesquineries et, surtout, le poids des rumeurs ont détruite.  Au demeurant, il n'y a pas vraiment de morale (et c'est tant mieux), l'auteur invitant seulement le lecteur à se souvenir qu'une décision ne tient quelquefois qu'à un fil; un sourire, un geste un regard (c'est beau ce que je dis là) ... Le tout étant de se souvenir qu'il vaut mieux réagir avant qu'il ne soit trop tard et que le bruit des pas que vous entendez devant vous ne s'éloignent à jamais...
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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 11:42
L07.jpgLe Maître des dragons
Fabrice Colin
éditions Albin Michel



Je n'avais jamais réussi à m'ennuyer en lisant un roman destiné à la jeunesse. Grande nouvelle: ça y est, c'est fait! Notre auteur gagnant du jour est Fabrice Colin. On applaudit bien fort s'il vous plaît.
Oui, je sais; on m'a toujours dit beaucoup de bien de Fabrice Colin. Un jour, promis, j'essaierai de lire ses ouvrages destinés aux adultes. Ceci dit, rien ne me fera changer d'avis concernant Le Maître des dragons: c'est tout simplement ennuyeux et très mauvais.
Le Maître des dragons est plus ou moins la suite du livre La malédiction d'Old Haven. A vrai dire je n'avais déjà pas plus apprécié que ça ce dernier mais il avait le mérite d'être assez original avec une histoire de sorcière et une intrigue tout à fait convenable. La fausse bonne idée de Fabrice Colin c'est de partir du personnage secondaire du premier volume, Thomas Goodwill, le pirate amoureux de Mary Wickford (l'héroïne de La malédiction d'Old Haven) et d'en faire le personnage principal du second volume en narrant l'histoire en parallèle, de son point de vue à lui. Donc, vous n'y coupez pas, vous avez droit à des scènes déjà décrites dans le premier tome (heureusement je l'avais lu il il y a relativement longtemps) mais, surtout, vous n'avez absolument plus aucun effet de surprise puisque vous savez déjà que l'histoire se termine bien, que le Méchant Empereur Tyrannique des Amériques qui invoque les démons va être tué et que Mary, la gentille sorcière et Thomas, le pirate repenti, vont se marier, avoir des enfants et vivre heureux jusqu'à la fin des temps. Après effectivement, l'histoire de Thomas est très différente de celle de son homologue féminin... et absolument sans intérêt. Le jeune homme vit pourtant des aventures extraordinaires. Né d'un pirate, il est élevé pour en devenir un à son tour, il frôle la mort à de nombreuses reprises, se bat contre l'Empereur (son ennemi juré,) dirige un bateau, fréquente des indiens et des fantômes qui lui enseignent la sagesse et l'amour de son prochain... Vous voyez le hic? C'est une accumulation de lieux communs avec un vague fil rouge (tuer l'Empereur) qu'on finit presque par oublier sous le poids de l'ennui et d'un rythme qui, pourtant sans cesse relancé, ne parvient pas à s'imposer de lui-même. Vous ne voyez pas ce que je veux dire? Et bien, figurez-vous Fabrice Colin en train de souffler sur un feu qui refuse de prendre parce qu'il a mis trop de bois. Je ne parle même pas du style, tantôt emphatique, tantôt enfantin, des invectives grotesques au lecteur ou des considérations métaphysiques sur l'amour (c'est bien), la religion (c'est mal, sauf celle des sages indiens) la mort (c'est difficile) ou la trahison (pas bien!) En bref, beaucoup de manichéisme et de platitudes. Mais, le pire, c'est que Le Maître des dragons fait plus de 600 pages! Essayez de vous farcir ces 600 pages alors que vous en avez déjà marre au bout de la centième. Fabrice Colin était-il payé à la page? Je demande parce que ce second volume sent bon le livre "de commande", le boulot alimentaire bâclé. Il n'y a rien de mal à cela. Il paraît que Balzac cherchait certains matins l'inspiration au fond de sa tasse. Je pense juste que Fabrice Colin devrait peut-être changer de marque de café...
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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 08:49
L02.jpgLe quai de Ouistreham
Florence Aubenas
éditions de l'Olivier



Je ne suis pas une fanatique des écrits de journalistes qui s'improvisent auteurs et, a priori, encore moins lorsqu'il s'agit d'une journaliste aussi sur-médiatisée que Florence Aubenas. Mais, pour le coup, après avoir lu la quatrième de couverture, la tentation a été la plus forte.
Florence Aubenas, comme nous tous, avait entendu parler de la crise, mais ce mot était un concept qui, elle l'avoue bien volontiers, ne représentait pour elle aucune signification réelle. La voilà donc qui démissionne, change de coupe de cheveux et de ville, s'installe dans un studio meublé et tente de décrocher un emploi. Elle a 48 ans et, sur son CV, elle marque qu'elle est uniquement titulaire d'un baccalauréat. Son pari est le suivant: poursuivre son expérience jusqu'à ce qu'elle décroche un CDI. Il lui faudra six mois, six mois de privations, de petits contrats décrochés ça et là en tant que femme de ménage, six mois à courir du Pôle Emploi aux différents sites de nettoyage... Je me dis seulement une chose: six mois? Elle a eu de la chance.
Ce qui est intéressant dans cet ouvrage, c'est que Florence Aubenas abandonne tout statut de journaliste. Il lui aurait été facile de garder une certaine distance par rapport à son sujet, de se placer en tant qu'observatrice. Le quai de Ouistreham bien au contraire est vraiment une plongée dans un monde plutôt hostile. L'auteur n'est qu'une "précaire" parmi d'autres et, ne serait-ce de temps en temps les discrets rappels de son statut, on pourrait avoir l'illusion (et elle-même d'ailleurs semble oublier qui elle est réellement) qu'il s'agit d'une femme ordinaire qui a décidé de faire un livre sur ce qu'elle a enduré et non pas une journaliste qui a choisi volontairement de vivre la situation décrite. Au demeurant, c'est assez effrayant de lire des pages pareilles; il y a le Pôle Emploi, les employés débordés et eux-mêmes victimes de restructurations, les demandeurs (il faut dire "clients") qui viennent et reviennent sans cesse pour tenter de trouver quelque chose, n'importe quoi! Il y a aussi ces femmes de ménage dont Florence Aubenas fait bientôt partie, qui ont différents petits contrats ça et là, dans plusieurs sites à l'opposé les uns des autres, ces femmes que personne ne voit: elles travaillent ou très tôt le matin ou tard le soir et semblent invisibles pour la plupart des gens; il y a le calcul pour la moindre dépense et l'angoisse du contrat qui peut ne pas être renouvelé... C'est très instructif et, si certaines situations pouvaient m'être familières, d'autres m'ont semblée... brutales. Au moins, je suppose que ça permet de relativiser. Ainsi, si au niveau de l'écriture l'auteur demeure une journaliste (certaines de ses digressions sont un peu ennuyeuses) et si aucune analyse n'est clairement établiée, il n'en demeure pas moins que Le quai de Ouistreham,  aussi médiatisé soit-il, demeure un livre courageux qui fait mieux comprendre le sens du mot "crise" que n'importe quel long discours...
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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 19:19
L09.jpgHistoire du poète qui fut changé en tigre
Nakajima Atsushi
éditions Allia


Le moins qu'on puisse dire, c'est que certains auteurs sont comme des étoiles filantes: à peine ont-ils eu le temps d'écrire quelques petits bijoux qu'ils s'éteignent. Nakajima Atsushi fait partie de cette catégorie. Mort à l'âge de 33 ans, (il souffrait d'asthme) on l'imagine assez bien en poète maudit contemplant les astres d'un air mélancolique. Le petit livre que je tiens entre les mains est un recueil de contes d'inspirations diverses, écrits juste avant sa mort, fin 1942. Si certains textes se situent au Japon ( Histoire du poète qui fut changé en tigre par exemple) la plupart ont un tout autre cadre, de l'Egypte aux civilisations disparues. Le poète qui fut changé en tigre, conte qui a donné son nom au recueil, narre l'histoire d'un poète orgueilleux qui, par nécessité, est contraint de quémander un poste de fonctionnaire subalterne, sombre dans la dépression, et une nuit se transforme en tigre, oubliant peu à peu l'homme qu'il a été autrefois. La momie met en scène un persan qui découvre qu'il a été égyptien dans une vie antérieure, l'homme-buffle (le plus effrayant des contes du livre) nous raconte l'histoire d'un roi qui se fait trahir par son fils illégitime dont l'apparence est celle d'un buffle...
Dans un style épuré et tout en légèreté, Atsushi parvient à alterner dans ses contes le fantastique (l'homme buffle, histoire du poète qui fut changé en tigre) l'humour (Le maître fabuleux) la fable (Le bonheur, Possession) ou même la satire (La Poule) C'est terriblement bien écrit (bravo à la traduction) avec une pointe de mélancolie qui ne disparaît jamais tout à fait. A la différence des contes de fées, ces contes-là finissent mal et s'achèvent, soit par la mort du héros, soit par un sort tout aussi triste. L'humanité est vue avec une profonde désillusion que résume assez bien cette phrase extraite de l'homme-buffle : "Ce n'était pas de la terreur, face à un homme qui voulait le tuer, c'était plutôt un humble effroi devant la rude méchanceté du monde". Le bonheur, l'auteur le considère comme illusoire; n'est-ce pas justement ce que tend à prouver le conte Le bonheur?  Le serviteur qui rêve la nuit qu'il est tout puissant et qu'il dirige son maître est plus heureux que le maître qui lui au contraire dépérit parce qu'il rêve qu'il est serviteur.  Pour finir, il faudrait évoquer le poids du thème des mots et de l'écriture dans cet ouvrage. Le poète maudit se transforme en tigre, coupable d'avoir laissé l'orgueil étouffer son génie; le conteur de Possession meurt, dévoré par sa propre tribu, dès lors qu'il ne parvient plus à raconter d'histoires. Dans Le Démon des mots (le conte que j'ai je crois le plus apprécié avec Possession), le héros découvre qu'un démon se cache derrière l'écriture; comment expliquer autrement que des figures puissent revêtir une quelconque signification, que l'Histoire en elle-même n'existe que par le biais de récits souvent arbitraires? L'écriture acquiert une dimension destructrice: puissante, elle est abordée dans les contes comme une sorte de divinité un tantinet malfaisante qui dévore celui qui ne parvient pas à la dompter. Paradoxalement, c'est une divinité dont nous ne pouvons nous passer...
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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 11:38
L02.jpgSeuls
t.3: Le clan du requin t.4: Les cairns rouges

Gazzoti/ Vehlmann
éditions Dupuis



Après un deuxième tome assez ennuyeux, la série Seuls, mettant en scène le quotidien de cinq enfants se réveillant dans une ville désertée, reprend du poil de la bête en nous offrant un tome 3 et un tome 4 particulièrement réussis.
Dans Le clan du requin, nos cinq héros quittent la ville pour découvrir ce qui est arrivé. Il parviennent jusqu'à un parc d'attraction dans lequel se sont réfugiés un grand nombre d'enfants dirigé par Saul, un jeune garçon charismatique de onze ans mais qui se révèle vite tyrannique, notamment avec Dodji dont il craint la concurrence...
Dans Le cairn rouge, Yvan commence à avoir des souvenirs qui lui reviennent de la nuit où tout le monde a disparu. Il décide de retourner en ville avec Dodji, Leïla, Camille, Terry et quelques autres enfants du parc d'attraction qui ont décidé de les suivre. c'est alors que le mystérieux "maître des couteaux" refait son apparition, gravement blessé... Un évènement qui va avoir de graves répercussions sur le groupe...
L'histoire s'enrichit de nouveaux personnages, ce qui nous change agréablement du huis clos des deux premiers tomes. On notera en particulier l'apparition de faux jumeaux sortis tout droit du Village des Damnés. Les héros quant à eux prennent davantage d'épaisseur, à part peut-être Leïla et Terry qui restent assez transparents. Dommage. Niveau action on est servi, avec des rebondissements multiples et quelques épisodes assez durs pour ne pas dire cruels (L'affrontement Dodji/ Saul, le moment où Yvan retrouve dans la ville la voiture de ses parents...) Rien à dire, la survie est parfois impitoyable. Côté histoire, on avance à tout petits pas, c'est frustrant: à la fin du tome 4 on n'est guère plus avancé sur la disparition. En revanche, un ultime rebondissement nous tient en haleine et marque un tournant dans la série. Du coup, nous n'avons plus qu'une seule hâte: avoir entre les mains le tome 5 (pas encore sorti hélas!) qui, à défaut de marquer la fin de la série marquera celle du premier cycle...
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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 14:23
L05.jpgGraceling
livre 1: Le don de Katsa

Kristin Cashore
éditions Hachette




Prenez un monde imaginaire: bien entendu, n'oubliez pas la jolie petite carte géographique au début du roman pour que le lecteur se repère facilement. Prenez ensuite un héros ou une héroïne doté(e) de pouvoirs extraordinaires. Il doit s'agir de pouvoirs qui l'isolent des autres et le ou la rendent louches. Dans tout bon roman du style, le don est toujours considéré au départ comme une malédiction. C'est encore plus vrai lorsqu'il s'agit d'un livre pour la jeunesse. Croyez-vous qu'un adolescent un peu mal dans sa peau a envie de lire un récit sur un héros qui s'assume d'entrée de jeu? Non, ce n'est pas le but. Bien au contraire, le héros ou l'héroïne doit apprendre à s'accepter tel qu'il est, passant du vilain petit canard au joli cygne qui va sauver le monde. Car, comprenez-moi, le héros du roman de fantasy n'a pas de pouvoirs prodigieux (parler aux animaux, une force extraordinaire, des dons de télépathe ou de magicien) pour gagner de l'argent, monter sur scène ou se faire engager dans un cirque. Sa destinée est plus grande. Dans sa quête ,il est soutenu soit par  un mentor bienveillant, soit par un compagnon de voyage (ou compagne) qui, généralement, l'aide à prendre conscience de son talent et, le plus souvent, termine dans son lit (car comme tout le monde, le héros ou l'héroïne a des besoins affectifs et sexuels)
Muni(e) de ce schéma, vous pouvez ainsi vous pencher sur notre lecture du jour Graceling t.1 de Kristin Cashore, récit pour la jeunesse. Katsa vit dans un des sept royaumes de sa contrée (carte) et est elle-même de sang royal, nièce du roi Randa, petit chef imbu de sa personne. Katsa est une Graceling; elle a les yeux vairons (comme Docteur Quinn) et a un pouvoir; dotée d'une force prodigieuse, elle peut tuer n'importe qui à mains nues et éliminer une armée à elle toute seule. Bien entendu, elle vit son "don" comme une malédiction. Tout le monde a peur d'elle et son oncle, qui la considère comme un monstre, se sert d'elle pour se débarrasser des ennemis (vilain petit canard) Heureusement, Katsa croise un jour sur sa route Pô, un Graceling lui aussi, qui va l'aider à apprivoiser son don et à s'accepter telle qu'elle est . Ensemble, ils partent déjouer les manoeuvres d'un roi malveillant (syndrôme de "sauvons le monde") et, en cours de route, tombent amoureux et deviennent amants (car qui dit héroïne dit lectrice et la lectrice aime les histoires d'amour et puis c'est l'amour qui fait tourner le monde etc.) Emballé c'est pesé, à suivre.
Même schéma que les romans du style donc. L'héroïne soupe au lait mais avec un bon fond, l'amoureux très très patient, le prétendant éconduit qui dans le tome 2 deviendra soit un ennemi, soit au contraire se sacrifiera pour l'amour de sa vie (l'option: "il continue à souffrir en silence" n'est pas envisageable dans ce type de scénarios), le gentil confident de l'héroïne, peut-être homosexuel qui sait? La petite fille courageuse qui s'attache aux héros et qui représente plus ou moins le symbole de leur amour (je parie que dans le tome 2, elle se révèlera être une Graceling elle aussi) Il y a tous les ingrédients dans ce livre: amour, trahison, faux-semblants, retournements de situation, un brin d'humour et de magie.... Pourtant, il y manque la chose la plus importante: une touche d'originalité. C'est du déjà-vu, depuis la personnalité de l'héroïne jusqu'à la trame de l'histoire. Ce n'est pas mauvais, certains passages sont même particulièrement réussis (je pense au moment où Katsa et Bitterblue franchissent le col d'une montagne réputée infranchissable) et le style est tout à fait honnête mais, comment vous expliquer ça? C'est un peu plat. Il manque à Graceling quelque chose pour le distinguer du genre et ça, c'est vraiment dommage....
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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 19:15
L02.jpgLe paysan parvenu
Marivaux
éditions Flammarion



Je n'aime pas les romans inachevés. ça me laisse sur ma faim et je trouve ça désagréable au possible. C'est comme cette fois où j'ai veillé très tard pour connaître la fin d'un téléfim au demeurant complètement stupide. Manque de chance, à la publicité, il y a eu un bug et le téléfilm est revenu à sa première partie. C'était très frustrant.
Bon, il y a des exceptions pourtant, et je dois reconnaître que Le paysan parvenu ne fait pas partie de ces oeuvres dont vous ne pouvez pas prédire la fin, avec suspens insoutenabie et intrigue étourdissante. En même temps nous sommes au 18ème siècle (et oui! Aujourd'hui c'est "classiques" mes enfants)
Nous connaissons tous ce brave Marivaux pour ces pièces de théâtre: Le jeu de l'amour et du hasard ou encore L'île des esclaves. Il fait même partie des ces auteurs dont le nom a donné lieu à la création d'un substantif; "marivaudage" qui signifie en gros un flirt un peu affecté mais raffiné. Marivaux en effet dans ces pièces de théâtre adorait employer un langage précieux, spirituel et que certains (mais qui? Impossible de m'en souvenir) considéraient comme artificiel, voyant dans le style de Marivaux une écriture en toile d'araignée propre à embrouiller le lecteur et spectateur.
Mais, surprise! Marivaux a écrit des romans, dont les deux plus célèbres, La vie de Marianne et Le paysan parvenu sont inachevés. C'est du second dont nous aller parler aujourd'hui.
Le paysan parvenu est un roman réaliste écrit à la première personne du singulier, narrant les aventures de Jacob, un fils de paysans qui, descendu à Paris, parvient à gravir les échelons des classes sociales pour finalement devenir noble grâce à une succession d'événements dont il parvient à tirer avantage et grâce aussi à son physique avenant et à son esprit qui lui permettent de conquérir le coeur de toutes ces dames. Nous n'assisterons pas à son triomphe final mais nous le voyons faire un mariage avantageux avec une vieille fille dévote qui en fait un bourgeois, nous le voyons faire la cour à de riches veuves et sauver un jeune noble...Autant de mésaventures qui l'éloignent davantage de son statut de fils de paysan.
L'édition du livre s'efforce de respecter au maximum la transcription originale du roman, ce qui fait que Le paysan parvenu est parfois difficile à suivre, mêlant allègrement la narration au discours direct sans aucune respiration. Au demeurant, réaliste, le récit est particulièrement drôle lorsqu'il brosse le portrait des différents personnages; les vieilles filles dévotes qui, malgré leur air dégoûté, mangent comme quatre, la veuve aux moeurs légères qui se cache sous un masque de vertu, la brave commère qui promet de garder un secret et qui le révèle accidentellement à la moitié de la ville, le directeur de conscience hypocrite... Tout cela est fait avec beaucoup de finesse et avec une distance qui rend l'écriture ironique sans être virulente, drôle sans être méchante... Mais, si Marivaux brille à mon sens dans l'art du portrait, il se montre parfois un peu redondant, revenant souvent sur des détails ou s'attardant sur des situations qui, peut-être ne méritaient pas tant d'attention. Ainsi, le roman compte cinq parties et, si les quatre premières se lisent avec plaisir, j'ai commencé à la cinquième à éprouver un certain sentiment de lassitude en suivant les aventures de celui qui ne se nommait plus Jacob. Le personnage, attachant au début, l'est de moins en moins; il devient plus calculateur, plus séducteur, joue mieux de ses charmes pour obtenir ce qu'il désire... Seul Marivaux sait ce qu'il serait devenu à la fin du roman: un noble oui, mais à quel prix? Voilà une chose que nous ne saurons jamais...
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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 19:18
L02.jpgLes enfants d'ailleurs
t.4: L'appel

Bannister/ Nykko
éditions Dupuis


Neuf mois se sont écoulés depuis le retour des enfants du pays des Ombres. La jeune Rebecca et tombée gravement malade et les médecins ne donnent plus aucun espoir à sa famille. Pourtant, une nuit, Rébecca, hospitalisée, voit un "fantôme" qui lui fait signe de le suivre. La jeune fille auprès de l'ombre retrouve toute sa force et obéit à son mystérieux bienfaiteur qui l'emmène à Perrec, là où tout a commencé. Pour l'enfant, c'est alors une évidence: si elle veut guérir, il lui faut retourner dans le monde des ombres...
Début du second cycle de la série Les enfants d'ailleurs, ce tome 4 est tout aussi joli visuellement que ses prédécesseurs. J'aime beaucoup les couleurs orangés du monde des ombres, en contraste avec le monde "réel" (désolée pour cette phrase un peu naïve mais, je le répète, je ne suis pas une spécialiste es BD) et je trouve qu'il y a une certaine poésie dans le scénario. Le personnage de Rébecca est particulièrement émouvant. Certes, certains détails m'ont un peu agacée (le jeune Maxime qui est devenu selon ses copains un voyou parce qu'il fume et écoute du hard-rock) mais, dans l'ensemble, j'ai été prise au jeu et je suis curieuse de savoir si le fantôme de Rébecca est vraiment là pour l'aider ou s'il s'agit d'un piège destiné à faire retourner nos héros dans l'ombre... Encore une fois affaire à suivre mais, pour le coup, il faudra être patiente; le tome 4 vient juste de sortir et le tome 5 n'est pas annoncé dans les prochains mois....
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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 19:33
L02.jpgSeuls t.2: Le maître des couteaux
Gazzoti/ Vehlmann
éditions Dupuis


Depuis la disparition des adultes, la vie de nos cinq héros s'organise tant bien que mal. Dodji et Leila essaie de trouver un moyen de quitter la ville à la recherche d'autres "survivants" tandis que les trois autres, installés à l'hôtel Le Majestic s'occuppent comme ils le peuvent. Tous goûtent les joies et les aléas d'une vie où soudain tout devient permis et oublient peu à peu ce qu'était leur vie avant... Jusqu'au jour où par hasard, Dodji (le seul enfant un peu près responsable) tombe sur un inconnu masqué et armé de couteaux qui semble déterminé à les tuer tous...
Suite de la série Seuls (voir la note du 4 février) qui se révèle ni meilleur ni pire que le premier tome. Si l'effet de surprise si j'ose dire est passé, il n'en demeure pas moins que la vie des enfants livrés à eux-même est assez réjouissante: le plus jeune, Terry, qui vole et entrepose des jouets dans une bonne partie des chambres de l'hôtel, Camille qui adopte un poney, Yvan qui découvre les joies et les aléas de l'alcool... Ces enfants-là n'ont rien d'angélique et c'est tant mieux. Nous n'apprendrons pas grand-chose de plus sur la disparition des adultes dans ce volet qui introduit un nouveau personnage pour le moins énigmatique. Le ton est léger, relativement enfantin. Restent ces dessins d'une ville désertée, livrée aux bêtes: le mystère demeure entier... 
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13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 20:08
L02.jpgTobie Lolness t.1
Timothée de Fombelle
éditions Gallimard Jeunesse


Les préjugés sont tenaces. Il y a quelques années, j'ai lu un roman pour la jeunesse, La guerre des fées de Brennan. Même si je n'avais pas détesté, j'avais trouvé cette histoire de fées de la taille d'un pouce assez niaise. Quelques mois plus tard, j'essayais de lire Arthur et les Minimoys de Luc Besson. Jamais style ne fut plus mauvais et j'avoue avoir été prodigieusement agacée par cette publicité autour d'un roman qui, s'il avait été écrit par un autre, n'aurait même pas été accepté par l'éditeur... Toujours est-il que de ces deux lectures, j'ai gardé un certain a priori sur les héros de quelques millimètres qui, en dépit de leur taille ont un coeur "grand comme ça". Mais, aujourd'hui la lecture de Tobie Lolness me réconcilie avec cette vision un brin caricatural.
Tobie est un petit garçon de un millimètre de haut vivant comme les siens sur un arbre. Son père est un inventeur de génie mais, pour avoir refusé de dévoiler le secret d'une invention qui mettrait en péril tout l'écosystème de l'arbre, il est banni des cimes puis traqué avec sa femme et son fils. Seul Tobie parvient à s'enfuir. Trahi par ceux qu'il pensait être ses amis, séparé de ses parents, pourchassé par les pires brutes, le petit garçon parviendra-t-il à se sortir de ce cauchemar?
Il n'y a rien de niais dans cet ouvrage qui, sur un style relativement enfantin et très simple à lire, aborde avec légèreté des thèmes très durs; violence, trahison, souffrance physique et morale... Tobie, bien qu'enfant, n'est pas à l'abri des violences et, ce qui est le plus triste à mon sens (mais aussi le plus réaliste) c'est que cette violence n'est pas le fait de créatures étranges ou monstrueuses mais de ses pairs. L'ennemi est son propre peuple et c'est au contraire les "autres" (les Pelés) qui se révèleront amicaux bien que méfiants. Le roman se double également d'une réflexion écologique qui, sans être trop pesante, est plutôt salutaire. Un brin d'humour, une très légère lichette d'amour et beaucoup d'action et nous voilà donc avec un très honorable livre pour la jeunesse. "Ah c'est comme Arthur'", m'a dit une cliente quand je lui ai présentée le roman, "Ah non lui ai-je dit, c'est beaucoup mieux écrit..." A bon entendeur...
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