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4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 13:57

L02.jpgNo Impact Man

Colin Beavan

éditions Fleuve Noir

 

"Peut-on sauver la planète sans rendre dingue sa famille?"

 

Après Florence Aubenas, on reste dans les livres "expérimentaux" avec No Impact Man de Beavan, ouvrage qui a connu un certain succès grâce notamment au blog. De quoi s'agit-il cette fois? D'un historien new-yorkais qui aimait beaucoup se montrer alarmiste sur l'environnement, le réchauffement climatique et tutti quanti et, accessoirement, blâmer sa femme qui regardait beaucoup de niaiseries à la télévision. Jusqu'au jour où il se rend compte que, lui-même, en matière de protection de la planète, ne se foule pas des masses. En guise de mea culpa, il décide donc de mener une expérience pour le moins insolite en essayant de limiter pendant un an son "empreinte écologique" au minimum. Facile me direz-vous? Pas tant que ça puisqu'il s'agit pour ce new-yorkais branché vivant en plein coeur de Manhattan de renoncer à la climatisation, au métro et au traiteur. L'expérience se fait par étapes: d'abord limiter les déchets: plus de sacs, plus de gobelets pour le café, plus de traiteurs ni de pizzas à emporter mais également plus de couches plastiques pour la petite... C'est terminé églament pour le métro, l'ascenseur ou l'avion... Ensuite, il s'agit de se nourrir de façon "écologiquement responsable" en se cantonnant à des produits (essentiellement des légumes) qui viennent des environs et de ne plus rien acheter de neuf (adieu café et shopping). Enfin, Beavan termine en coupant carrément l'électricité dans son appartement et en s'éclairant à la lampe solaire et à la bougie (fabriquée avec une cire près de chez lui bien sûr).

La démonstration est simple: il s'agit de prouver que, chacun de nous à sa manière agit sur l'environnement. Vous croyez être "écologiquement responsable" pour reprendre cette expression un peu ridicule ? Je croyais l'être aussi. Sauf que je vais dans les fast-foods, que j'achète des plats à emporter et que je consomme peut-être un peu trop d'eau. Beavan, en se remettant lui-même en question nous amène également à nous interroger sur nous-mêmes et cela met extrêmement mal à l'aise. Pour autant, l'auteur ne minimise pas le rôle des industries, des commerces et de son propre gouvernement. Il décrit également avec beaucoup d'humour son année expérimentale qui est faite de beaucoup de petites privations, de frustrations, de quelques tricheries (impossible pour son épouse et lui-même de se priver de café) mais aussi de plaisirs (la redécouverte du vélo, un rythme de vie plus sain et plus serein...)

Après, il faut dire ce qu'il est, No Impact Man tombe parfois dans un sentimentalisme un peu agaçant. L'auteur joue volontiers sur la corde sensible du lecteur (les pauvres ours polaires, les enfants ashmatiques..) La cause est juste certes mais à vouloir en faire trop, ça agace plus qu'autre chose. Qui plus est, je ne suis pas une fanatique des considérations philosophiques de Beavan et de ses contes orientaux insérés ça et là dans le récit qui brodent invariablement sur le même thème: soyons tous frères et communions avec Mère Nature. Le livre pour le coup, s'il avait été plus "neutre" aurait gagné en crédibilité.

Au final, que retenir de l'expérience de No Impact Man? Je vous rassure, l'auteur n'a pas poursuivi l'expérience au-delà de l'année fatidique mais il a apporté quelques ajustements à son mode de vie. Le but n'est pas de prôner un retour en arrière ni un ascétisme forcé mais de simplement faire prendre conscience que, chacun à notre manière, nous pouvons contribuer à la sauvegarde de la planète... sans pour autant renoncer à l'électricité.

 

Et sur cette note un peu moralisatrice, je vais aller me gaver de chocolats dont j'ignore la provenance et je vous souhaite à tous de très joyeuses fêtes de Pâques!

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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 11:28

L01.jpgShutter Island

Dennis Lehane

éditions Rivages

 

Je comptais aller voir Shutter Island au cinéma mais, très vite, un dilemme s'est posé: fallait-il oui ou non lire le livre avant? Dans un cas comme dans l'autre, je me privais de l'effet de surprise. Finalement, je suis partie du principe (totalement injustifié je le reconnais) qu'un livre est toujours meilleur que son adaptation et j'ai décidé de commencer par le roman.

1954 au large de Boston: le marshall Teddy Daniels, assisté par un nouvel équipier, est envoyé sur Shutter Island, une île sur laquelle se dresse un hôpital pour les fous criminels. Il est chargé de retrouver une patiente, Rachel Solando, mystérieusement disparue. Mais comment cette femme a-t-elle pu sortir d'une cellule fermée à clé de l'extérieur et tromper la vigilance des gardiens ? Le mystère s'épaissit lorsque Teddy retrouve dans la chambre de Rachel sur une feuille de papier une suite de lettres et de chiffres. Qui plus est, le personnel hospitalier de Shutter Island semble mettre des bâtons dans les roues des deux hommes et la tempête qui fait rage les contraint bientôt à vivre dans un huis-clos des plus angoissants et à basculer dans un monde où la barrière entre raison et folie semble totalement abolie...

Bon, que cela soit clair, je n'ai pas eu de réel effet de surprise car j'avais plus ou moins compris le pourquoi du comment. Ceci dit Shutter Island est un bon roman policier à tous points de vue. Les dialogues et la narration sont efficaces. Certaines échanges notamment entre les docteurs et Teddy sont particulièrement réussis: ils sont surréalistes et basculent parfois dans le grotesque et dans un humour noir totalement en accord avec le côté tragi-comique des patients de Shutter Island. L'intrigue est sans défaut, tenue de bout en bout, avec un final soigné qui ménage quelques jolis retournements de situation. Mais, le plus intéressant dans ce roman, c'est avant tout la thématique de la folie, qui paraît presque contagieuse: les malades déambulent avec leur propre raisonnement, qui semble tellement logique! Les belles tueuses de mari font du charme aux marshalls et le marshall lui-même plonge dans des rêves étranges, englué dans le deuil d'une épouse défunte. C'est plutôt angoissant et le récit laisse un profond sentiment de malaise au lecteur en lui rappelant que raison et folie ne sont jamais très loin l'une de l'autre et font parfois même très bon ménage. En attendant, j'ai plutôt bien fait de commencer par le roman car je suis maintenant curieuse de découvrir ce que donne l'adaptation cinématographique...

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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 18:37
L01.jpgCoeur cousu
Carole Martinez
éditions Gallimard



Soledad, dernière née d'une famille nombreuse, relate l'histoire de sa mère Frasquita. Fille unique, cette dernière, née dans un village au sud de l'Espagne, est initiée à la sorcellerie par sa propre mère et reçoit une boîte lors de son passage à l'âge adulte. Dans cette boîte, Frasquita trouve fils et aiguillles. A partir de là, son don inné pour la couture tient de la magie puisqu'elle est capable de coudre les plus belles robes du monde mais également de "réparer" hommes et bêtes de façon miraculeuse... Cependant, son pouvoir suscite vite rumeurs et médisances dans le village et sa réputation ne s'arrange pas avec son mariage: son mari se comporte de façon inquiétante, ses enfants naissent tous plus étranges les uns que les autres: une fille muette, une autre née avec des plumes, un garçon aux cheveux rouges (maudit!) une fille qui brille dans la nuit et une autre qui parle avec les morts...
En bref, Carole Martinez nous raconte l'histoire de Frasquita et de sa famille. C'est un roman qui prend le parti du conte avec un style faussement naïf, parfois agaçant il faut le reconnaître. Ce genre de narration me paraît un peu anachronique, mais c'est un choix audacieux de l'auteur qui parvient de ce fait à introduire dans son récit un merveilleux qui paraît totalement naturel: miracles, sorcellerie, fantômes... tout cela se fond de façon harmonieuse et sans paraître ridicule. Carole Martinez se construit un univers bien à elle, un monde où la Mort apparait pour donner son ultime baiser et où les mots ont un véritable pouvoir. Ses personnages, à peine esquissés, sont comme ceux des contes: ils n'ont pas de psychologie, mais sont plutôt des images, des représentations. Anita n'est qu'une voix de conteuse, Clara et Perdirio sont le Jour et la Nuit., Soledad une image de la solitude. Coeur cousu est véritablement un hymne d'amour au conte, mais au conte dans son sens premier: transmission orale des histoires et des légendes. L'écrit n'apparaît que comme pis-aller (d'où le dépouillement volontaire du texte), substitut au langage. C'est assez étonnant pour une romancière d'adopter ce point de vue mais c'est original. Carole Martinez, loin des romans nombrilistes français actuels (vous savez, là où il y a douze "je" par page et les traces d'un narcissisme exacerbé qu'une thérapie plutôt qu'un livre serait plus apte à guérir) nous offre un joli récit, pas parfait certes, un peu longuet parfois, mais qui offre quelques belles émotions et laisse un sentiment doux-amer qui n'est pas des plus désagréables...
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25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 10:22
L02.jpgPremier sang
La Première Loi, livre 1
Joe Abercrombie
éditions Pygmalion


Avouez-le: ça vous manquait les histoires de guerriers aux noms impossibles, de magiciens aux pouvoirs tape-à-l'oeil et de mondes magiques avec des contrées dont vous oubliez les noms au fur et à mesure de votre lecture. Comme je suis quelqu'un de fondamentalement gentille (si, si), j'ai donc décidé aujourd'hui de vous parler d'un roman de fantasy. Cachez votre enthousiasme.
Premier sang, premier tome d'une trilogie La première loi, n'est pas un inédit. Il est déjà paru en 2008 aux éditions J'ai Lu sous un autre titre: L'éloquence de l'épée. Il n'a de toute évidence pas marché mais, fait rare, bénéficie aujourd'hui d'une seconde chance: son éditeur y croit dur comme fer. Saluons la tenacité du directeur de collection...
L'histoire est simple. Logen le barbare du Nord, poursuivi à la fois par ses anciens alliés et par un peuple carnivore qu'il surnomme "les Têtes Plates" décide de s'allier au mage Bayaz. Ils rejoignent l'Union et sa capitale, là où vit Glotka, un Inquisiteur plutôt malveillant et Jezal dan Luthar, un capitaine futile dont le seul objectif à long terme est de gagner un tournoi pour faire plaisir à son père. Bayaz en revanche a d'autres desseins pour le jeune homme....
Alors, me direz-vous, y a t'il quelque chose dans ce roman qui justifie un tel acharnement éditorial? A ceci je répondrais oui et non. Il faut dire ce qu'il est: pour un premier tome, je n'ai jamais vu une intrigue aussi lente. Les personnages sont présentés ainsi que l'univers, il y a quelques escarmouches, quelques scènes d'action, mais la quête en elle-même se met en place seulement à la fin du livre. 500 pages pour un introduction, ça fait long et, si un lecteur de fantasy est généralement bienveillant, admettant quelques tomes inutiles ça et là dans une série, il n'en demeure pas moins qu'un premier volume ne peut se permettre ce genre de luxe. En même temps, il est vrai qu'il s'agit d'une très jolie introduction: bien loin des personnages fadasses de Goodkind par exemple, Abercrombie excelle à créer des personnages assez peu engageants à la base (un inquisiteur impotent, un barbare défiguré, un bellâtre snob) et à nous les rendre attachants. Qui plus est, nous n'évoluons pas dans un univers manichéen, hélas si courant dans ce genre de littérature: dans le monde d'Abercrombie, le vaillant soldat (au demeurant assez sympathique) frappe sa soeur sous le coup de la colère. La jolie soeur elle-même jure et se compromet assez facilement; le barbare taciturne perd parfois ses moyens pour se transformer en tueur sanguinaire; la belle guerrière pue l'urine et la crasse... Alors oui, il ne se passe pas grand-chose dans ce premier volet: Logen décide de s'allier à Bayaz, Jezal le bretteur vaniteux participe à un tournoi et s'amourache d'une femme de basse condition, Ardee, les menaces de guerre grondent pendant que Glotka, l'inquisiteur, s'emploie à démanteler un gouvernement plus ou moins corrompu... Rien qu'un préambule, certes très long, mais qui donne envie d'aller voir plus loin. Du coup, j'ai envie d'être comme l'éditeur et de croire en une série qui a un potentiel certain et qui peut prendre toute sa puissance dans le second volume...
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19 mars 2010 5 19 /03 /mars /2010 20:04
L04.jpgTreize raisons
Jay Asher
éditions Albin Michel



"Elle est morte
Pour treize raisons.
Tu es l'une d'elles."

Hannah Baker est morte. Elle a avalé des cachets et s'est endormie pour ne plus jamais se réveiller. Pourtant, quelques temps après son suicide, un garçon de sa classe nommé Clay reçoit un colis contenant sept cassettes. Sur ces cassettes, la voix d'Hannah explique pourquoi elle a décidé d'en finir et comment treize raisons l'ont poussée à se suicider. Plus précisément, les personnes qui ont reçu les cassettes sont ceux qui l'ont conduite à cet acte final. Avec horreur, Clay écoute ainsi l'histoire d'Hannah dans l'attente d'entendre son nom et d'apprendre quel a été son rôle dans le drame...

C'est pas franchement une histoire gaie et il vaut mieux éviter de la mettre entre les mains d'une adolescente suicidaire. En revanche, Treize raisons est un roman original, tant au point de vue du fond que de la forme. D'un point de vue formel pour commencer, nous alternons la narration de Clay (écrite à la première personne) avec la narration "enregistrée" de l'héroïne, ce qui donne au récit un rythme hâché, un peu perturbant au début, mais qui établit de la sorte une dynamique à l'intérieur du roman et permet tout autant à Clay qu'à Hannah d'être les héros de l'histoire. Quant au contenu, j'ai apprécié la sobriété du livre sur un sujet aussi casse-gueule que le suicide. Il aurait été facile de sombrer dans le larmoyant. Jay Asher ne tombe pas dans le piège. Tout comme Eugenides dans Virgin Suicides, il ne voit pas le suicide comme le résultat d'un traumatisme, mais comme celui de petites fissures qui, à force de se multiplier, entraîne la destruction de l'édifice. C'est un effet boule de neige que l'auteur traite avec simplicité en évoquant sans mièvrerie inutile (bon de temps en temps ça glisse très légèrement vers le sentimental mais c'est un roman pour ados en même temps) le quotidien d'une adolescente que la trahison, les petites mesquineries et, surtout, le poids des rumeurs ont détruite.  Au demeurant, il n'y a pas vraiment de morale (et c'est tant mieux), l'auteur invitant seulement le lecteur à se souvenir qu'une décision ne tient quelquefois qu'à un fil; un sourire, un geste un regard (c'est beau ce que je dis là) ... Le tout étant de se souvenir qu'il vaut mieux réagir avant qu'il ne soit trop tard et que le bruit des pas que vous entendez devant vous ne s'éloignent à jamais...
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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 11:42
L07.jpgLe Maître des dragons
Fabrice Colin
éditions Albin Michel



Je n'avais jamais réussi à m'ennuyer en lisant un roman destiné à la jeunesse. Grande nouvelle: ça y est, c'est fait! Notre auteur gagnant du jour est Fabrice Colin. On applaudit bien fort s'il vous plaît.
Oui, je sais; on m'a toujours dit beaucoup de bien de Fabrice Colin. Un jour, promis, j'essaierai de lire ses ouvrages destinés aux adultes. Ceci dit, rien ne me fera changer d'avis concernant Le Maître des dragons: c'est tout simplement ennuyeux et très mauvais.
Le Maître des dragons est plus ou moins la suite du livre La malédiction d'Old Haven. A vrai dire je n'avais déjà pas plus apprécié que ça ce dernier mais il avait le mérite d'être assez original avec une histoire de sorcière et une intrigue tout à fait convenable. La fausse bonne idée de Fabrice Colin c'est de partir du personnage secondaire du premier volume, Thomas Goodwill, le pirate amoureux de Mary Wickford (l'héroïne de La malédiction d'Old Haven) et d'en faire le personnage principal du second volume en narrant l'histoire en parallèle, de son point de vue à lui. Donc, vous n'y coupez pas, vous avez droit à des scènes déjà décrites dans le premier tome (heureusement je l'avais lu il il y a relativement longtemps) mais, surtout, vous n'avez absolument plus aucun effet de surprise puisque vous savez déjà que l'histoire se termine bien, que le Méchant Empereur Tyrannique des Amériques qui invoque les démons va être tué et que Mary, la gentille sorcière et Thomas, le pirate repenti, vont se marier, avoir des enfants et vivre heureux jusqu'à la fin des temps. Après effectivement, l'histoire de Thomas est très différente de celle de son homologue féminin... et absolument sans intérêt. Le jeune homme vit pourtant des aventures extraordinaires. Né d'un pirate, il est élevé pour en devenir un à son tour, il frôle la mort à de nombreuses reprises, se bat contre l'Empereur (son ennemi juré,) dirige un bateau, fréquente des indiens et des fantômes qui lui enseignent la sagesse et l'amour de son prochain... Vous voyez le hic? C'est une accumulation de lieux communs avec un vague fil rouge (tuer l'Empereur) qu'on finit presque par oublier sous le poids de l'ennui et d'un rythme qui, pourtant sans cesse relancé, ne parvient pas à s'imposer de lui-même. Vous ne voyez pas ce que je veux dire? Et bien, figurez-vous Fabrice Colin en train de souffler sur un feu qui refuse de prendre parce qu'il a mis trop de bois. Je ne parle même pas du style, tantôt emphatique, tantôt enfantin, des invectives grotesques au lecteur ou des considérations métaphysiques sur l'amour (c'est bien), la religion (c'est mal, sauf celle des sages indiens) la mort (c'est difficile) ou la trahison (pas bien!) En bref, beaucoup de manichéisme et de platitudes. Mais, le pire, c'est que Le Maître des dragons fait plus de 600 pages! Essayez de vous farcir ces 600 pages alors que vous en avez déjà marre au bout de la centième. Fabrice Colin était-il payé à la page? Je demande parce que ce second volume sent bon le livre "de commande", le boulot alimentaire bâclé. Il n'y a rien de mal à cela. Il paraît que Balzac cherchait certains matins l'inspiration au fond de sa tasse. Je pense juste que Fabrice Colin devrait peut-être changer de marque de café...
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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 08:49
L02.jpgLe quai de Ouistreham
Florence Aubenas
éditions de l'Olivier



Je ne suis pas une fanatique des écrits de journalistes qui s'improvisent auteurs et, a priori, encore moins lorsqu'il s'agit d'une journaliste aussi sur-médiatisée que Florence Aubenas. Mais, pour le coup, après avoir lu la quatrième de couverture, la tentation a été la plus forte.
Florence Aubenas, comme nous tous, avait entendu parler de la crise, mais ce mot était un concept qui, elle l'avoue bien volontiers, ne représentait pour elle aucune signification réelle. La voilà donc qui démissionne, change de coupe de cheveux et de ville, s'installe dans un studio meublé et tente de décrocher un emploi. Elle a 48 ans et, sur son CV, elle marque qu'elle est uniquement titulaire d'un baccalauréat. Son pari est le suivant: poursuivre son expérience jusqu'à ce qu'elle décroche un CDI. Il lui faudra six mois, six mois de privations, de petits contrats décrochés ça et là en tant que femme de ménage, six mois à courir du Pôle Emploi aux différents sites de nettoyage... Je me dis seulement une chose: six mois? Elle a eu de la chance.
Ce qui est intéressant dans cet ouvrage, c'est que Florence Aubenas abandonne tout statut de journaliste. Il lui aurait été facile de garder une certaine distance par rapport à son sujet, de se placer en tant qu'observatrice. Le quai de Ouistreham bien au contraire est vraiment une plongée dans un monde plutôt hostile. L'auteur n'est qu'une "précaire" parmi d'autres et, ne serait-ce de temps en temps les discrets rappels de son statut, on pourrait avoir l'illusion (et elle-même d'ailleurs semble oublier qui elle est réellement) qu'il s'agit d'une femme ordinaire qui a décidé de faire un livre sur ce qu'elle a enduré et non pas une journaliste qui a choisi volontairement de vivre la situation décrite. Au demeurant, c'est assez effrayant de lire des pages pareilles; il y a le Pôle Emploi, les employés débordés et eux-mêmes victimes de restructurations, les demandeurs (il faut dire "clients") qui viennent et reviennent sans cesse pour tenter de trouver quelque chose, n'importe quoi! Il y a aussi ces femmes de ménage dont Florence Aubenas fait bientôt partie, qui ont différents petits contrats ça et là, dans plusieurs sites à l'opposé les uns des autres, ces femmes que personne ne voit: elles travaillent ou très tôt le matin ou tard le soir et semblent invisibles pour la plupart des gens; il y a le calcul pour la moindre dépense et l'angoisse du contrat qui peut ne pas être renouvelé... C'est très instructif et, si certaines situations pouvaient m'être familières, d'autres m'ont semblée... brutales. Au moins, je suppose que ça permet de relativiser. Ainsi, si au niveau de l'écriture l'auteur demeure une journaliste (certaines de ses digressions sont un peu ennuyeuses) et si aucune analyse n'est clairement établiée, il n'en demeure pas moins que Le quai de Ouistreham,  aussi médiatisé soit-il, demeure un livre courageux qui fait mieux comprendre le sens du mot "crise" que n'importe quel long discours...
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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 19:19
L09.jpgHistoire du poète qui fut changé en tigre
Nakajima Atsushi
éditions Allia


Le moins qu'on puisse dire, c'est que certains auteurs sont comme des étoiles filantes: à peine ont-ils eu le temps d'écrire quelques petits bijoux qu'ils s'éteignent. Nakajima Atsushi fait partie de cette catégorie. Mort à l'âge de 33 ans, (il souffrait d'asthme) on l'imagine assez bien en poète maudit contemplant les astres d'un air mélancolique. Le petit livre que je tiens entre les mains est un recueil de contes d'inspirations diverses, écrits juste avant sa mort, fin 1942. Si certains textes se situent au Japon ( Histoire du poète qui fut changé en tigre par exemple) la plupart ont un tout autre cadre, de l'Egypte aux civilisations disparues. Le poète qui fut changé en tigre, conte qui a donné son nom au recueil, narre l'histoire d'un poète orgueilleux qui, par nécessité, est contraint de quémander un poste de fonctionnaire subalterne, sombre dans la dépression, et une nuit se transforme en tigre, oubliant peu à peu l'homme qu'il a été autrefois. La momie met en scène un persan qui découvre qu'il a été égyptien dans une vie antérieure, l'homme-buffle (le plus effrayant des contes du livre) nous raconte l'histoire d'un roi qui se fait trahir par son fils illégitime dont l'apparence est celle d'un buffle...
Dans un style épuré et tout en légèreté, Atsushi parvient à alterner dans ses contes le fantastique (l'homme buffle, histoire du poète qui fut changé en tigre) l'humour (Le maître fabuleux) la fable (Le bonheur, Possession) ou même la satire (La Poule) C'est terriblement bien écrit (bravo à la traduction) avec une pointe de mélancolie qui ne disparaît jamais tout à fait. A la différence des contes de fées, ces contes-là finissent mal et s'achèvent, soit par la mort du héros, soit par un sort tout aussi triste. L'humanité est vue avec une profonde désillusion que résume assez bien cette phrase extraite de l'homme-buffle : "Ce n'était pas de la terreur, face à un homme qui voulait le tuer, c'était plutôt un humble effroi devant la rude méchanceté du monde". Le bonheur, l'auteur le considère comme illusoire; n'est-ce pas justement ce que tend à prouver le conte Le bonheur?  Le serviteur qui rêve la nuit qu'il est tout puissant et qu'il dirige son maître est plus heureux que le maître qui lui au contraire dépérit parce qu'il rêve qu'il est serviteur.  Pour finir, il faudrait évoquer le poids du thème des mots et de l'écriture dans cet ouvrage. Le poète maudit se transforme en tigre, coupable d'avoir laissé l'orgueil étouffer son génie; le conteur de Possession meurt, dévoré par sa propre tribu, dès lors qu'il ne parvient plus à raconter d'histoires. Dans Le Démon des mots (le conte que j'ai je crois le plus apprécié avec Possession), le héros découvre qu'un démon se cache derrière l'écriture; comment expliquer autrement que des figures puissent revêtir une quelconque signification, que l'Histoire en elle-même n'existe que par le biais de récits souvent arbitraires? L'écriture acquiert une dimension destructrice: puissante, elle est abordée dans les contes comme une sorte de divinité un tantinet malfaisante qui dévore celui qui ne parvient pas à la dompter. Paradoxalement, c'est une divinité dont nous ne pouvons nous passer...
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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 11:38
L02.jpgSeuls
t.3: Le clan du requin t.4: Les cairns rouges

Gazzoti/ Vehlmann
éditions Dupuis



Après un deuxième tome assez ennuyeux, la série Seuls, mettant en scène le quotidien de cinq enfants se réveillant dans une ville désertée, reprend du poil de la bête en nous offrant un tome 3 et un tome 4 particulièrement réussis.
Dans Le clan du requin, nos cinq héros quittent la ville pour découvrir ce qui est arrivé. Il parviennent jusqu'à un parc d'attraction dans lequel se sont réfugiés un grand nombre d'enfants dirigé par Saul, un jeune garçon charismatique de onze ans mais qui se révèle vite tyrannique, notamment avec Dodji dont il craint la concurrence...
Dans Le cairn rouge, Yvan commence à avoir des souvenirs qui lui reviennent de la nuit où tout le monde a disparu. Il décide de retourner en ville avec Dodji, Leïla, Camille, Terry et quelques autres enfants du parc d'attraction qui ont décidé de les suivre. c'est alors que le mystérieux "maître des couteaux" refait son apparition, gravement blessé... Un évènement qui va avoir de graves répercussions sur le groupe...
L'histoire s'enrichit de nouveaux personnages, ce qui nous change agréablement du huis clos des deux premiers tomes. On notera en particulier l'apparition de faux jumeaux sortis tout droit du Village des Damnés. Les héros quant à eux prennent davantage d'épaisseur, à part peut-être Leïla et Terry qui restent assez transparents. Dommage. Niveau action on est servi, avec des rebondissements multiples et quelques épisodes assez durs pour ne pas dire cruels (L'affrontement Dodji/ Saul, le moment où Yvan retrouve dans la ville la voiture de ses parents...) Rien à dire, la survie est parfois impitoyable. Côté histoire, on avance à tout petits pas, c'est frustrant: à la fin du tome 4 on n'est guère plus avancé sur la disparition. En revanche, un ultime rebondissement nous tient en haleine et marque un tournant dans la série. Du coup, nous n'avons plus qu'une seule hâte: avoir entre les mains le tome 5 (pas encore sorti hélas!) qui, à défaut de marquer la fin de la série marquera celle du premier cycle...
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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 14:23
L05.jpgGraceling
livre 1: Le don de Katsa

Kristin Cashore
éditions Hachette




Prenez un monde imaginaire: bien entendu, n'oubliez pas la jolie petite carte géographique au début du roman pour que le lecteur se repère facilement. Prenez ensuite un héros ou une héroïne doté(e) de pouvoirs extraordinaires. Il doit s'agir de pouvoirs qui l'isolent des autres et le ou la rendent louches. Dans tout bon roman du style, le don est toujours considéré au départ comme une malédiction. C'est encore plus vrai lorsqu'il s'agit d'un livre pour la jeunesse. Croyez-vous qu'un adolescent un peu mal dans sa peau a envie de lire un récit sur un héros qui s'assume d'entrée de jeu? Non, ce n'est pas le but. Bien au contraire, le héros ou l'héroïne doit apprendre à s'accepter tel qu'il est, passant du vilain petit canard au joli cygne qui va sauver le monde. Car, comprenez-moi, le héros du roman de fantasy n'a pas de pouvoirs prodigieux (parler aux animaux, une force extraordinaire, des dons de télépathe ou de magicien) pour gagner de l'argent, monter sur scène ou se faire engager dans un cirque. Sa destinée est plus grande. Dans sa quête ,il est soutenu soit par  un mentor bienveillant, soit par un compagnon de voyage (ou compagne) qui, généralement, l'aide à prendre conscience de son talent et, le plus souvent, termine dans son lit (car comme tout le monde, le héros ou l'héroïne a des besoins affectifs et sexuels)
Muni(e) de ce schéma, vous pouvez ainsi vous pencher sur notre lecture du jour Graceling t.1 de Kristin Cashore, récit pour la jeunesse. Katsa vit dans un des sept royaumes de sa contrée (carte) et est elle-même de sang royal, nièce du roi Randa, petit chef imbu de sa personne. Katsa est une Graceling; elle a les yeux vairons (comme Docteur Quinn) et a un pouvoir; dotée d'une force prodigieuse, elle peut tuer n'importe qui à mains nues et éliminer une armée à elle toute seule. Bien entendu, elle vit son "don" comme une malédiction. Tout le monde a peur d'elle et son oncle, qui la considère comme un monstre, se sert d'elle pour se débarrasser des ennemis (vilain petit canard) Heureusement, Katsa croise un jour sur sa route Pô, un Graceling lui aussi, qui va l'aider à apprivoiser son don et à s'accepter telle qu'elle est . Ensemble, ils partent déjouer les manoeuvres d'un roi malveillant (syndrôme de "sauvons le monde") et, en cours de route, tombent amoureux et deviennent amants (car qui dit héroïne dit lectrice et la lectrice aime les histoires d'amour et puis c'est l'amour qui fait tourner le monde etc.) Emballé c'est pesé, à suivre.
Même schéma que les romans du style donc. L'héroïne soupe au lait mais avec un bon fond, l'amoureux très très patient, le prétendant éconduit qui dans le tome 2 deviendra soit un ennemi, soit au contraire se sacrifiera pour l'amour de sa vie (l'option: "il continue à souffrir en silence" n'est pas envisageable dans ce type de scénarios), le gentil confident de l'héroïne, peut-être homosexuel qui sait? La petite fille courageuse qui s'attache aux héros et qui représente plus ou moins le symbole de leur amour (je parie que dans le tome 2, elle se révèlera être une Graceling elle aussi) Il y a tous les ingrédients dans ce livre: amour, trahison, faux-semblants, retournements de situation, un brin d'humour et de magie.... Pourtant, il y manque la chose la plus importante: une touche d'originalité. C'est du déjà-vu, depuis la personnalité de l'héroïne jusqu'à la trame de l'histoire. Ce n'est pas mauvais, certains passages sont même particulièrement réussis (je pense au moment où Katsa et Bitterblue franchissent le col d'une montagne réputée infranchissable) et le style est tout à fait honnête mais, comment vous expliquer ça? C'est un peu plat. Il manque à Graceling quelque chose pour le distinguer du genre et ça, c'est vraiment dommage....
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Published by beux - dans Jeunesse
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