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23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 12:36

L01.jpgLa Campagne de France

Jean-Claude Lalumière

éditions Le Dilettante

 

J'en finis avec ma série noire en lecture en vous parlant aujourd'hui d'un livre qui, oh miracle, m'a intéressée!

Otto et Alexandre, deux jeunes gens idéalistes ont monté une agence de voyage, Cultibus, qu'ils veulent à vocation culturelle. Pour eux, pas de Da Vinci Tour ou de Club Med au rabais, mais des visites de maisons d'écrivains, de châteaux, etc. Hélas, la clientèle ne suit pas et leur comptable met nos héros en demeure de redresser la barre sous peine de faillite. Otto et Alexandre, la mort dans l'âme, se résignent à introduire plus de légèreté dans leurs programmes et proposent un nouveau circuit, sobrement intitulé: Du Pays basque au pays des Ch'tis, les relations franco-allemandes au XXe siècle à travers les oeuvres de François Mauriac, Jean Giraudoux, Dany Boon, etc. C'était pas gagné et, pourtant, un groupe de retraités s'inscrit pour le tour. Hélas pour Otto et Alexandre, l'opportunité va rapidement se transformer en cauchemar; entre des vieux acariâtres, des agriculteurs en colère ou le Front de Libération des Nains de Jardin, rien ne va se passer comme prévu...

Dans la lignée du Front Russe, Jean-Claude Lalumière propose un livre faussement léger et qui, par le biais de l'humour aborde pas mal de réflexions plus sérieuses sur la culture, la vieillesse, etc. La Campagne de France m'a fait beaucoup rire: les situations sont loufoques au possible avec des agriculteurs qui amènent leurs poules dans le bus, une ancienne hippie abandonnée sur une aire d'autoroute depuis vingt ans par son compagnon, des usines factices,  des vieux déjantés... Les dialogues sont également une grande réussite, flirtant parfois avec l'absurde. Je regrette juste un manque de développement des différents personnages: à l'exception d'Otto et d'Alexandre, tous les deux très bien croqués, le reste des protagonistes demeure un peu flou et seuls quelques retraités parviennent à sortir de la masse indistincte du groupe. Reste que j'ai passé un très bon moment en lisant un livre qui sans prétention aucune et avec une certaine tendresse nous fait découvrir une France à la fois très pénible et curieusement attachante...

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18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 13:00

L03.jpgMichael Kohlhaas

Heinrich Von Kleist

éditions 1001 nuits

 

Une fois n'est pas coutume, voici un livre des 1001 livres... qui fait l'actualité! En effet, Michael Kohlhaas a été adapté au cinéma il y a peu: présenté au festival Cannes, il sortira dans deux mois. Je suis donc  aujourd'hui à la pointe de la mode...

Michael Kohlhaas qui est d'ailleurs plus une grosse nouvelle qu'un véritable roman, raconte l'histoire d'un honorable maquignon qui, un jour, subit l'injustice d'un baron qui lui confisque deux de ses chevaux. Or, quand Michael veut récupérer ses bêtes, il s'avère que ces dernières ne sont plus que l'ombre d'elles-mêmes... Outré, notre marchand tente de nombreux recours judiciaires mais des fonctionnaires véreux déboutent à chaque fois sa plainte. Finalement, à la mort de son épouse, directement liée à l'affaire, Michael perd patience et décide de se faire justice soi-même: il incendie la demeure du baron, tue ses serviteurs et se lance à sa poursuite en mettant les villes à feu et à sang, rejoint bientôt par toute une armée...

C'est un ouvrage qui peut laisser perplexe: en effet, on part d'une simple querelle à propos d'un droit de péage à une véritable guerre civile. Michael Kohlaas est un personnage curieux, intransigeant et avec une conception plus que personnelle de la justice: plutôt que de laisser passer un outrage mineur, il choisit les armes et préfère la mort à la reddition. Sa personnalité, son sens de le démesure exerce une fascination toute particulière sur le lecteur et le rend à la fois attirant et repoussant. Il est en effet facile de compatir à sa détresse mais, d'un autre côté, ses actes barbares le rendent peu sympathiques... Ceci dit, le livre ne me laissera pas non plus un souvenir impérissable: hormis Michael en effet, peu de personnages se détachent nettement et l'intrigue tourne rapidement en rond. Le style est curieux car il reste très léger du début à la fin, donnant aux événements affreux un côté irréel.  Mais, j'avoue que ce qui m' a rebutée le plus dans Michael Kohlhaas, c'est la forme même du récit : j'aime ou les romans foisonnants ou les nouvelles précises. Or, Von Kleist condense en un texte court une multitude de péripéties, allant même jusqu'à introduire une intrigue ésotérique (d'après ce que j'ai vu, même le cinéaste a laissé tomber cette dernière) et noyer son lecteur sous un flot de personnages et de situations. Un peu indigeste tout ça. Aussi, pour vous simplifier le roman préféré de Kafka (pourquoi ça ne m'étonne pas au demeurant?) je vous résumerais ainsi l'histoire de Kolhlaas: celle d'un homme qui luttant pour ses propres intérêts se laisse volontairement submerger par une vengeance démesurée. On peut le voir comme un mercenaire, le symbole de la justice luttant contre un pays grangrené par la corruption... ou alors tout simplement comme un psychopathe. Pour ma part, je crois que les deux interprétations sont bonnes. Et vous?

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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 11:39

L07.jpgDouble meurtre à Borodi Lane

Jonathan Kellerman

éditions Points

 

Vous l'avez peut-être remarqué, je n'ai pas tellement eu la main heureuse ces derniers temps en matière de livres et ce n'est certes pas avec ce titre que ça va s'arranger...

Un soir, un gardien de nuit d'un chantier de construction à l'abandon retrouve un couple en haut d'une tourelle, en position équivoque. Rien que de très normal me direz-vous sauf que la femme a été étranglée et que l'homme s'est pris une balle dans la tête. Crime passionnel? L'inspecteur Milo est en charge de l'enquête et fait appel à son comparse consultant, le psychologue Alex Delaware. Si l'identité de l'homme, un jeune architecte plein d'avenir, est bientôt révélée, celle de la femme demeure un mystère. Mais quelques recherches laissent à penser qu'un riche indonésien serait dans le coup et les deux hommes se font très vite mettre des bâtons dans les roues...

C'était la première fois que je lisais un livre de Jonathan Kellerman et ce sera sans doute la dernière. Tout dans ce livre est nul. Les personnages sont creux: entre le gros qui passe son temps à bouffer et le narrateur, le psychologue insipide qui ne sert strictement à rien, on retrouve des caricatures d'éco-terroristes (ah ces sales écolos qui passent leur temps à vouloir incendier des Mac Do et qui veulent tuer l'humanité pour sauver trois arbres) et de loyaux policiers américains à la gâchette facile. L'intrigue est toute pourrie, part dans toutes les directions (terrorisme, meurtre passionnel, vengeance...) pour finalement s'achever en eau de boudin. Le fond est nauséabond, puant le patriotisme rance et la testostérone mal placée. La subtilité n'est assurément pas le point fort de Kellerman qui préfère à une véritable réflexion multiplier clichés et poncifs et pense qu'il fait de la psychologie parce qu'il construit son livre uniquement sous forme de dialogues. (Les descriptions c'est trop fatiguant) C'est bien simple, il n'y a que ça: des dialogues entre les deux acolytes, des dialogues entre Milo et ses assistants, des dialogues entre Alex et sa femme, etc. Parfois, on ne sait même plus qui parle à qui vu que l'auteur ne se fatigue pas à introduire les personnages avant les échanges. Le clou du spectacle, c'est tout de même l'interrogatoire final du coupable qui dure près d'une dizaine de pages et qui, s'il achève l'accusé, manque également de liquéfier le lecteur d'ennui. J'ai souvent eu du mal à finir des essais ou même des romans pour la jeunesse mais là c'est une grande première: c'est bien la première fois que j'ai autant de mal à finir un policier. Félicitations à Kellerman qui, paraît-il non content d'écrire comme une savate a également une femme et un fils qui écrivent; j'espère juste qu'ils font un peu mieux que lui...

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 10:34

L08.jpgLe roman de Raspoutine

Vladimir Fédorovski

éditions Livre de Poche

 

Raspoutine... Si ce nom n'évoque rien pour vous si ce n'est la chanson d'Abba, il est urgent de vous pencher un peu sur l'histoire russe. Pas la peine ceci dit de l'aborder avec le livre dont nous allons parler aujourd'hui.

Le roman de Raspoutine, livre de Fédorovski, l'historien le plus prolifique en terme d'ouvrages plus ou moins bons, raconte l'histoire du conseiller des Romanov, Grigori Raspoutine, sans doute la figure la plus énigmatique du XXe siècle. Tout dans cet homme est étrange, depuis sa philosophie bien particulière (très croyant, il prônait néanmoins l'idée que, pour se rapprocher de Dieu, il faut beaucoup pécher) jusqu'à son assassinat : empoisonné, abattu par balles, il meurt finalement noyé après avoir prédit sa mort et celle du tsar et de sa famille.

Le parti pris de l'auteur est intéressant puisqu'il s'emploie à réhabiliter un personnage que l'histoire a diabolisé. En effet, connu pour ses frasques sexuelles, son influence pernicieuse auprès de la tsarine et ses pratiques mystiques dont on ne savait trop si elles étaient d'origine divine ou satanique, Raspoutine a été surnommé "le saint diable" et il est difficile encore aujourd'hui de se prononcer sur un homme aussi insaisissable qu'il l'était. Or, si Fédorovski ne dissimule pas les parts d'ombre du personnage, il semble cependant éprouver une certaine admiration pour le conseiller, rappelant son parcours atypique, celui d'un paysan quasi illettré qui, par son seul charisme, s'est hissé dans les faveurs des plus grands, un homme connu pour ses pouvoirs de guérison (il a ainsi "sauvé" à plusieurs reprises le tsarevich) et qui de son temps n'a jamais laissé indifférent. La mort même de Raspoutine est entrée dans la légende! Hélas pour l'auteur, le style de la "biographie" n'est pas à la hauteur du personnage. Il paraissait difficile de rendre ennuyeux un tel sujet, pourtant l'historien y arrive à ravir, multipliant les anecdotes sans intérêt, ressassant sans arrêt les mêmes histoires (la virilité impressionnante de Raspoutine, ses délires mystiques) au détriment de l'aspect plus politique du personnage. L'ouvrage souffre d'un mauvais découpage (chapitres trop courts ou trop longs, passages sans aucun rapport avec Raspoutine) et donne l'impression d'une histoire écrit à la va-vite par petites touches et sans aucune cohérence. Le style même est assez plat. De ce fait, le lecteur reste sur sa faim, avec le vague sentiment de s'être fait avoir. Pour en savoir un peu plus sur Raspoutine, peut-être vaut-il mieux aller chercher ailleurs...

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8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 19:59

L05.jpgL'ombre de l'autre femme

Dorothy Koomson

éditions France Loisirs

 

Une avant première France Loisirs. Je crois que tout est dit.

Bon, blague à part, ça parle de quoi l'ombre de l'autre femme? L'histoire est simple: Libby, jeune femme de trente-quatre ans tombe amoureuse de Jack, un séduisant mais énigmatique veuf, et l'épouse quelques mois à peine après leur première rencontre. Mais l'ombre de Eve, la première épouse, plane encore dans la maison et Libby a du mal à s'accommoder de cette présence invisible dont Jack est manifestement toujours fou amoureux. Le mystère s'épaissit davantage lorsque notre héroïne s'aperçoit qu'Eve est morte dans des circonstances mystérieuses. Mais, avant qu'elle ait pu creuser davantage, Libby est victime d'un terrible accident de la route....

ça a l'air bien comme ça, sorte de Rebecca moderne. Bah en fait L'ombre de l'autre femme n'est pas franchement palpitant. Je ne sais même pas si on peut le qualifier de roman policier. L'histoire est sympathique mais le style est brouillon. Quant à l'intrigue, elle part dans tous les sens (l'accident de Libby, le côté obscur de Jack, la personnalité mystérieuse de Eve) et du coup donne lieu à un mélange psychologico-policier-surnaturel qui n'aboutit à rien et que pour ma part j'ai trouvé plutôt indigeste. Le final est qui plus est plutôt décevant puisque, au lieu d'une confrontation flamboyante, nous avons un retournement de situation amené brutalement et sans aucune réelle logique. Bon après, c'est facile à lire, ça ne réclame aucune capacité intellectuelle supérieure et, à dire vrai, en lecture de hamac , ça passe merveilleusement bien. On veut malgré tout savoir comment ça se termine et, il faut le dire, le personnage de Eve est plutôt touchant. Pour le coup, voilà une bon roman de plage mais n'en attendez pas grand-chose d'autre...

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 11:43

L01.jpgDélivrance

Jussi Adler Olsen

éditions Albin Michel

 

L'inspecteur Carl Morck revient de vacances et il est de mauvais poil: son bureau est condamné par les services d'hygiène à cause de présence d'amiante, l'élue de son coeur, Mona la psychologue, est au fin fond de l'Afrique pour une mission humanitaire et, pour couronner le tout, ses assistants Rose et Assad sont toujours aussi insupportables. Comment voulez-vous travailler dans des conditions pareilles? C'est dans ce contexte que notre équipe se retrouve en possession d'une bouteille jetée à la mer il y a de nombreuses années. Dans cette bouteille, un SOS rendu illisible par le temps. De quoi et de qui s'agit-il? L'auteur du message est-il toujours vivant? Le défi est de taille et plus grand que Carl ne le pense car, dans l'ombre, un tueur en série agit toujours...

C'est avec plaisir que j'ai retrouvé mon enquêteur scandinave préféré dans un troisième volume qui ne démérite en rien des premiers. Certes, la trame est toujours la même avec d'un côté l'inspecteur qui mène son investigation et, de l'autre, un tueur qui poursuit ses sombres desseins, la narration alternant essentiellement entre les deux, avec cependant quelques personnages secondaires qui apportent un véritable plus au récit. Cet épisode est également pour nous l'occasion d'en apprendre un peu plus sur la caractérielle Rose et de nous interroger encore davantage sur l'énigmatique Assad. Enfin, comme à son habitude, Adler-Olsen allège une histoire plutôt noire grâce à l'humour désabusé de son protagoniste principal, Carl. Son comportement désinvolte, sa fainéantise mais également son professionnalisme et sa gentillesse bourrue apportent une touche de fantaisie et font de Délivrance plus qu'un simple polar de plage. Ce qui ne m'empêche pas au demeurant de vous le recommander pour cet été...

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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 11:33

L07.jpgOn ne meurt qu'une fois et c'est pour si longtemps

Les derniers jours des grands hommes

Patrick Pelloux

éditions Robert Laffont

 

On ne se méfie jamais assez des meilleures ventes en librairie. De ces couvertures colorées ou non qui vous promettent des merveilles et des heures de lecture passionnantes, de ces ouvrages plébiscités par journalistes et citoyens lambdas. Je me suis pourtant fait avoir des centaines de fois...

Voici donc un livre sur l'agonie et la mort de personnalités célèbres: Lully, Louis XIV, Staline, Marie Curie, Henri IV... Oh chic! La mort est un sujet à la mode en ce moment en histoire, ne me demandez pas pourquoi. Il y a quelques temps c'était l'amour, ça tourne. C'est un peu glauque mais bon... Le souci c'est que je ne sais pas pour vous, mais moi la mort des personnages cités et les autres, je la connaissais depuis belle lurette: en primaire, la mort de Lully était citée pour nous mettre en garde contre les blessures infectées, la longue agonie de Staline était décrite de long en large par mes profs d'histoire et tout le monde sait que les restes de Marie Curie sont encore radioactifs... Voilà voilà. Peut-être ceci dit que l'auteur aborde le sujet sous un angle différent, fort de ses connaissances en histoire et... ah non, l'auteur le dit lui-même il n'est pas historien. Patrick Pelloux est médecin urgentiste et chroniqueur à Charlie Hebdo. Bien bien bien... Déjà, une question me brûle les lèvres: et gros, pourquoi tu fais un livre sur des personnages historiques si tu n'es pas historien?

Je décide de laisser néanmoins sa chance à l'auteur. Après tout, on m'a dit du bien de Histoires d'urgences, pourquoi ne pas tenter le coup... Alors allons-y gaiement! Je vous rassure ceci dit: Patrick Pelloux n'a beau avoir aucune légitimité en la matière, ça ne l'empêche pas d'avoir tout un tas d'avis sur l'histoire, sur la médecine de l'époque qui était nulle, sur le clergé qui était intolérant, sur l'aristocratie corrompue etc. Dans le même genre, ça m'a fait penser au Manuel d'inculture générale de Bernard de Koch. Pareil que Pelloux, ça ne gênait absolument pas l'auteur de juger littérature et histoire selon nos critères actuels: ainsi tous les auteurs de la Renaissance étaient anti-féministes, le livre La prise d'Orange était raciste... Super. Dites les gars, vous avez entendu parler de la notion de contexte historique? Il est fort probable qu'un jour on découvre qu'il est criminel de manger des animaux: je suis sûre que vous serez ravis d'être considérés comme des monstres et des imbéciles par des auteurs futurs aussi suffisants que vous. Mais passons. Passons aussi sur l'anticléricalisme primaire de Pelloux et le couplet habituel: les religions sont la cause de toutes les guerres et de toutes les souffrances, etc. En revanche, il y a une chose sur laquelle je ne peux pas passer: le style. Il faut dire ce qu'il est, l'auteur écrit comme un pied: en souhaitant jouer la provocation, Pelloux est simplement vulgaire; il multiplie les points d'exclamation (mes plus grands ennemis en littérature) pour donner plus de force à des propos sans intérêt, s'égare dans des considérations sans aucun rapport avec la choucroute et, surtout, il se répète. On ne meurt qu'une fois et c'est pour si longtemps est de toute évidence une compilation d'articles parues dans Charlie Hebdo et n'a manifestement pas été retravaillé ce qui fait que les histoires se ressemblent toutes, le style est plat... Sous forme de chroniques je pense que ça peut passer; en livre c'est une catastrophe. C'est dommage car pour le coup, une ou deux histoires ne sont pas trop mauvaises:  Saturnin le canard  par exemple est vraiment un récit intéressant mais peut-être est-ce justement parce que pour une fois l'auteur se penche sur un thème méconnu, celui de l'agonie des animaux de la télé...

Donc résumons: pas d'intérêt au niveau du contenu, beaucoup de mauvaise foi, un style brouilon... Pourquoi diable ce livre se vend-il aussi bien? Allons donc faire un tour au niveau des meilleures ventes voulez-vous? Inferno, le dernier Dan Brown, caracole en tête suivi par les derniers Lévy et Musso et l'éternel 50 nuances de Grey. Je ne sais pas pour vous mais moi je crois que j'ai ma réponse....

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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 18:13

L01.jpgJe crève la forme

A.J. Jacobs

éditions Jacqueline Chambon

 

Après avoir vécu un an selon les préceptes de la Bible et testé différents concepts comme la vérité absolue (dire la vérité tout le temps en toutes circonstances) ou la sous-traitance au quotidien (ou comment sous-traiter les querelles avec sa femme) notre journaliste préféré A.J Jacobs se lance dans un nouveau défi. Obnubilé par sa santé et par la triste conscience de sa mortalité, il décide de tester et d'appliquer toutes les méthodes possibles et inimaginables pour devenir l'homme le plus sain de la Terre... Il se lance dans le sport, la diététique, compare les différents régimes que ce soit le protéiné ou le crudivore, teste graines et jus, fait l'examen de la moindre parcelle de son anatomie, de ses pieds à ses oreilles en passant par ses testicules, va courir pieds nus dans le parc pour retrouver ses réflexes d'homme des cavernes ou, au contraire, fait la guerre au moindre microbe qui traîne, entraîne son cerveau, éveille son odorat...

Je l'aime bien Jacobs. N'importe quel auteur aurait pris prétexte de ce livre pour se moquer des différentes méthodes abordées; mais notre petit journaliste, tout comme pour ses précédents ouvrages, applique tout ce qu'il fait avec la meilleure foi du monde. S'il tire ses propres conclusions, il ne se permet aucun jugement de valeur. Je crève la forme est de fait un livre qui n'est jamais méchant ou suffisant. Loin de se placer en gourou de la diététique, Jacobs reconnaît son humble ignorance en la matière et ne s'épargne pas tout au long de son expérience (étalée sur plus de deux ans), ce qui ne l'empêche pas d'émettre ça et là des remarques désopilantes qui rendent vraiment le livre très drôle: ah cette scène ou sa tante Marti, chasseuse de toxines, vient inspecter son intérieur, ah ce moment où l'auteur décide de remplacer ses toilettes favorisant les hémorroïdes par des toilettes où il faut s'accroupir au-dessus de la cuvette (meilleur pour la santé a priori) Casques anti-bruits, testeur de sommeil, jus, tapis roulant pour marcher tout en tapant à l'ordinateur... autant de gadgets que Jacobs a expérimenté. Et, si sa conclusion reste mitigée (est-ce que tout ça en vaut vraiment la peine au fond et une vie sans chocolat vaut-elle la peine d'être vécue?) il tire néanmoins de ces deux ans quelques enseignements utiles et nous livre une réflexion à la fois drôle et mélancolique sur notre destinée de mortel...

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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 19:48

L02.jpgLes affinités électives

Goethe

éditions Folio

 

Edouard aime Charlotte, Charlotte aime Edouard. Ils se sont désirés pendant longtemps mais ont dû chacun endurer un premier mariage avant de pouvoir enfin convoler ensemble. Maintenant, ils sont riches et heureux et, installés, n'ont qu'un projet, celui de réaménager au mieux leur vaste propriété: jardins, résidence secondaire... Deux lettres arrivent et le couple décide de bousculer ses habitudes en accueillant chez eux l'ami d'Edouard, un capitaine, et la nièce de Charlotte, Odile. Et l'impensable se produit: tandis que Charlotte et le capitaine tombent amoureux, Edouard et Odile sont irrésistiblement attirés l'un par l'autre...

Les affinités électives c'est la vision de l'amour sous un angle chimique: soit deux éléments A+B (Charlotte + Edouard) qui se dissocient pour s'allier à deux éléments C et D (le capitaine et Odile) avec qui ils ont plus d'affinités. Morale et préjugés sont laissés de côté: pourquoi s'entêter à lutter contre la nature? Pourtant, c'est la morale et la société qui, au final, compliquent la destinée des personnages et les condamnent au malheur: amis trop zélés, éclésiastique puritain, tous ceux qui s'opposent à une double passion qui, au fond, ne nuit à personne... Goethe décrit ici l'amour de façon clinique, froide. On est bien loin des soupirs du jeune Wherter dans le roman éponyme. La passion dans Les affinités électives a quelque chose d'iréel: les déclarations sont rares, les sentiments survolés, les personnages esquissés... Goethe est devenu vieux et son regard sur l'amour a changé.

Je n'ai pas plus accroché que ça au roman, essentiellement à cause de ce style par trop contrôlé et de cette passion disséquée par l'oeil impitoyable de l'auteur. J'ai eu également beaucoup de mal avec les allusions à la franc-maçonnerie, Goethe étant adepte d'un mouvement qui, pour moi, ne présente strictement aucun intérêt. Cependant, je reconnais au texte certaines scènes d'une grande intensité: la nuit qu'Edouard et Charlotte passent dans les bras l'un de l'autre en songeant au capitaine et à Odile, double adultère moral qui donne un enfant avec les traits de l'un et les yeux de l'autre, la noyade du bébé, les derniers jours d'Odile... autant de passages où la retenue dans l'écriture ne donne que plus de relief au tragique... Mais, soulignons surtout le propos audacieux de Goethe dans Les affinités électives qui fait de l'amour une combinaison chimique contre laquelle ni le mariage ni la morale ne peuvent lutter et qui, même encore aujourd'hui,  peut susciter le débat...

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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 19:05

L01.jpgLes trois grosses dames d'Antibes et vingt-neuf autres nouvelles

Somerset Maugham

éditions Robert Laffont

 

On revient à un peu de littérature, même si c'est pas franchement de la littérature toute fraîche, avec Maugham, un auteur qui a surtout été publié dans la première partie du 20e siècle. Les trois grosses dames d'Antibes est un recueil de nouvelles inspirées la plupart du temps par l'expérience et les voyages de l'écrivain. Maugham, d'origine britannique, a été en effet un grand baroudeur qui a visité une bonne partie du globe et a tiré parti de toutes ses rencontres. Volontiers cynique, il met en scène des personnages peu recommandables et des situations qui n'ont rien d'extraordinaires mais qui suscitent volontiers le rire. Ainsi, dans la nouvelle Les trois grosses dames d'Antibes, il raconte l'histoire de trois amies d'âge mûr au régime qui se retrouvent contraintes de partager une villégiature avec une femme qui, elle, mange comme quatre....

Gourmandise, envie, paresse, luxure, autant de péchés qui se retrouvent dans la plupart des histoires  que Maugham s'amuse à décliner. L'auteur prend ici clairement parti pour les "fauteurs": l'homme qui renonce à ses ambitions pour un métier modeste et une vie confortable dans les îles, la jeune fille qui met le grappin sur un homme riche et décide d'en tirer parti, la prostituée qui pousse au suicide un missionnaire par trop zélé, le jeune garçon qui transgresse tous les interdits dictés par son père... Tous ces personnages, malins et retors, suscitent le rire. A l'inverse, Maugham condamne assez sévérement les autres, les gens convenables: par exemple, dans la nouvelle le tribunal, il met en scène un trio condamné aux flammes éternelles par le Tout-Puissant lui-même. Les trois personnages ont été exemplaires pourtant: le mari, amoureux d'une autre, n'a pas voulu quitter sa femme pour ne pas la faire souffrir, la femme a fermé les yeux sur les sentiments de son époux, l'autre femme a admiré le courage des deux et s'est résignée à son amour sans espoir. Aigris, amers, ils sont passés à côté de leur vie et sont  sévérement punis. Ainsi, si l'auteur semble poser sur ses contemporains un regard amusé mais bienveillant, il fustige sans appel les donneurs de leçons comme le missionnaire intégriste de Pluie ou le mari piqué d'honneur dans Un point d'honneur. Cette légéreté dans les propos se reflète également dans le style: l'écriture est alerte et amusante, le ton concis. Bien entendu, toutes les histoires sont de qualité inégale, et beaucoup semblent se répéter tant elles semblent similaires dans leurs propos. Cela reste cependant un ouvrage agréable à lire et curieusement optimiste puisqu'il ne met en scène ni héros ni vrais méchants, juste des gens plus ou moins originaux, plus ou moins imparfaits et à qui nous nous attachons de fait assez facilement...

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