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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 19:48

L09.jpgLes femmes n'aiment pas les hommes qui boivent

François Szabowski

éditions Aux forges de Vulcain

 

François Chabeuf est heureux: après bien des galères, il a trouvé un emploi de copiste au CIRMEP. Certes, c'est un CDD mais il espère bien décrocher un CDI, d'autant plus qu'il s'entend très bien avec Michel, un collègue avec qui il partage le même amour du travail bien fait. Hélas, c'est sans compter sur Auguste, une nouvelle recrue embauchée en CDD également. François a beau gâter son travail, le séquestrer, s'infiltrer en douce dans les locaux pour travailler la nuit, tenter de séduire sa supérieure hiérarchique, rien n'y fait, et François, vaincu par Auguste et l'arrivée de la photocopieuse se retrouve de nouveau au chômage, obligée de squatter chez Clémence, dépressive et accroc aux pilules... Qu'à cela ne tienne: si notre héros ne peut plus être copiste, il sera écrivain...

Que dire? Il serait vain d'essayer de décrire ce roman écrit à la première personne et qui se présente sous la forme d'un journal complètement barré. François est un antihéros alcoolique et paranoïaque qui clame son amour du travail dans les bistros, invente des mensonges qu'il croit aussitôt après et se lance dans des projets insensés qui aboutissent qui plus est! Les situations décrites sont abracadabrantes mais tordantes, le style est drôle et, sous l'humour, la satire n'est jamais loin. Construit sous la forme de courts chapitres avec des intitulés pour le moins énigmatiques (Les oiseaux pépient, les hommes travaillent, Un pays sans soldats n'est qu'un bac à sable) Les femmes n'aiment pas les hommes qui boivent est un véritable OVNI littéraire: l'écriture est inhabituelle, le contenu vire parfois (souvent) à l'absurde et fait ouvrir de grands yeux à un lecteur habitué à toute autre chose qu'à cette description du quotidien d'un homme de toute évidence gravement atteint et qui parvient à entraîner dans sa folie douce tout son entourage. Bref, à découvrir sans tarder... Quant à moi je vais me lancer dans la suite dès la semaine prochaine....

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28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 12:17

L02.jpgLa Maison du Chat-qui-pelote et autres scènes de la vie privée

Honoré de Balzac

éditions Gallimard

 

Bon, avant de passer à des lectures plus légères, retournons voir Balzac que nous avions un peu laissé de côté. Cette fois, nous nous attaquons à quatre de ses nouvelles: La Maison du Chat-qui-pelote, La Vendetta, le bal des sceaux et, plus confidentiel, La Bourse. Tous ces récits sont centrés sur le thème du couple et du mariage. Dans La Maison-du-Chat-qui-pelote, un jeune peintre tombe sous le charme d'une fille de commerçant et l'épouse en dépit des craintes de ses beaux-parents: mais le couple, mal assorti, ne tarde pas à battre de l'aile ; lui l'artiste s'accommode mal du terre-à-terre bourgeois de sa femme tandis que cette dernière s'efforce en vain de comprendre le monde de son mari. Le mariage se révèle un échec et plonge dans le malheur les deux partis. La seconde nouvelle, Le Bal des sceaux, brode sur le même thème: une jeune femme orgueilleuse tombe amoureuse d'un jeune homme bien sous tous rapports, intelligent et cultivé. Mais découvrant que ce dernier a choisi de devenir commerçant pour favoriser son frère aîné, elle le repousse avec horreur, déterminé à n'épouser qu'un aristocrate rentier; pas de mariage pour ces deux-là mais le malheur quand même. Autre mariage raté, celui des héros de La vendetta: bravant la colère de son père, une jeune corse épouse un homme dont la famille est en guerre avec la sienne. C'est une histoire à la Roméo et Juliette avec un dénouement tout aussi tragique... Enfin La bourse, nouvelle plus légère, relate l'histoire d'un peintre qui tombe sous le charme de sa jolie et pauvre voisine mais ne tarde pas à s'interroger lorsque sa bourse d'argent disparaît mystérieusement chez elle. Sa mère et elle ne seraient-elles que des voleuses?

L'amour en dépit des différences... Un mariage entre deux êtres qui ne se ressemblent pas est-il possible? La réponse de Balzac semble moins catégorique que les résumés de ses nouvelle ne le laissent croire. Pour l'auteur, un mariage entre deux êtres qui n'ont pas la même culture ni les mêmes aspirations, est voué à l'échec: Augustine, victime innocente de La Maison du Chat-qui-pelote n'a pas l'intelligence ni l'imagination nécessaire pour comprendre et se faire aimer de son mari. Après une passion passagère, celui-ci se désintéresse d'elle... En revanche, l'héroïne du Bal des sceaux repousse l'amour de sa vie à cause de simples conventions sociales: une attitude qui lui est également funeste. Pour Balzac, la pauvreté n'est pas synonyme de bêtise ou d'ignorance et la différence sociale peut très bien être surmontée pour peu que le couple partage les mêmes attentes. Mais c'est un pari dangereux, voire impossible pour peu que la famille ou la société s'en mêle. De fait trois des quatres nouvelles du recueil sont très sombres et assez cyniques, finissant même parfois par la mort des protagonistes... La bourse finit certes bien mais c'est une nouvelle mineure, plus courte que les autres et nettement moins bien écrite. L'ouvrage reste cependant plaisant à lire: le style de Balzac se distingue nettement avec les descriptions à rallonge qui font tout le sel de ses récits et ses portraits sans concessions. On distingue les bases de ce qui sera La Comédie humaine et on passe un bon moment dans ce Paris du XIXème siècle avec ses boutiquiers et ses peintres, ses monarchistes et ses duchesses, ce monde à mi-chemin entre notre époque et celle de l'ancien temps...

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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 17:57

L09.jpgRaison et sentiments

Jane Austen

éditions 10/18

 

Le destin des jeunes filles anglaises n'était guère enviable au XIXe siècle. Elles ne pouvaient hériter des maisons de leur père et, si leurs parents n'étaient pas assez fortunés pour les établir, ne pouvaient songer à se marier. Jane Austen, romancière qu'on ne présente plus et prochain auteur de nos 1001 livres... a connu ce destin peu enviable de vieille fille et, paradoxalement, a orienté tous ses livres sur le thème du mariage, qu'il soit d'ailleurs réussi ou non.

A la mort de Mr Dashwood, Mrs Dashwood et ses trois filles, Elinor, Marianne et Margaret se retrouvent presque sans le sou et mises à la porte de chez elles par le fils d'un premier mariage. Elles sont alors contraintes d'aller vivre dans un cottage qui leur est gracieusement loué par un lointain cousin, sir John. Là, tandis qu'Elinor la raisonnable s'efforce d'oublier son amour pour Edward, le frère de sa belle-soeur, en vaquant aux soins de la maison et en se pliant de bonne grâce aux caprices de leurs nouveaux voisins, la bouillante Marianne s'éprend violemment du séduisant Willoughby, une passion qui lui fait oublier les convenances et qui risque hélas de lui brûler les ailes...

Des oeuvres de Jane Austen on a parfois tendance à ne penser qu'aux adaptations télévisées ou cinématographiques et à négliger les romans. C'est une profonde injustice: Raison et sentiments n'est pas un roman un peu mièvre sur des histoires de coeur, mais relate l'histoire de deux jeunes filles qui affrontent chacune à leur manière la vie et l'amour. Elinor, l'aînée, n'oublie jamais ses bonnes manières et le sens de la mesure, et masque ses émotions pour ne provoquer ni gêne ni chagrin à ses proches. A l'inverse, Marianne se complait dans les passions violentes et parfois destructrices, ce qui lui fait parfois (souvent) oublier son savoir-vivre et ruine sa réputation. La préférence de l'auteur va clairement à Elinor la sage: les états d'âme de Marianne sont souvent raillés ainsi que son goût pour les grandes scènes tragiques. Il n'en demeure pas moins que la jeune femme est un personnage attachant, tout comme sa soeur dont la discrétion ne rend que plus poignant le chagrin d'amour... Mais Raison et sentiments n'est pas qu'un roman psychologique: le livre est aussi une description de la bonne société anglaise du XIXe siècle et cette description est loin d'être tendre: entre les gentils idiots que sont sir John et et Mrs Jennings, amateurs de potins et de soirées mondaines, lady Middleton et Fanny Daswhood, mères sans intelligence dont la seule conversation tourne autour de leur progéniture, Willoughby le séducteur, Mrs Ferrars uniquement préoccupée par l'argent, les demoiselles Steel qui ne se soucient que de mariage... Le ton du récit est volontiers satirique, voire même cruellement drôle et témoigne du talent de Jane Austen pour la description ironique et un humour parfois amer. Tableau de moeurs, roman d'amour, roman psychologique, Raison et sentiments est un ouvrage accompli à tous points de vue et qui, sans aucun doute, mérite de faire partie des 1001 livres qu'il faut avoir lus dans sa vie.

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19 juillet 2013 5 19 /07 /juillet /2013 14:51

L03.jpgLe huitième sortilège

Terry Pratchett

éditions Pocket

 

Il y a quelques temps, nous avions laissé les héros de La huitième couleur, Rincevent et DeuxFleurs, en position délicate sur le bord du Disque-Monde. Nous les retrouvons dans Le huitième sortilège miraculeusement saufs mais bien secoués. Leurs ennuis ne font malheureusement que commencer. Une mystérieuse étoile est apparue dans le ciel: les mages de l'Université Invisible ont fait leur enquête et découvert que cette étoile annonçait la fin du monde. La seule façon de sauver l'univers est de prononcer les huit sortilèges de l'In-Octavo, ce qui est ennuyeux dans la mesure où le huitième sortilège se loge dans la tête de Rincevent. Voilà donc notre mage déchu pourchassé: heureusement, il peut compter sur l'aide inattendu de Cohen le Barbare, le héros légendaire qui a en revanche pris un certain nombre d'années et perdu toutes ses dents...

Deuxième tome des Annales du Disque-Monde, Le huitième sortilège, tout comme le premier volume, est bien loin d'être le meilleur de la série. Des longueurs viennent ralentir une intrigue déjà assez sommaire (Rincevent et DeuxFleurs fuient pour échapper à leurs poursuivants). Tout comme La huitième couleur, Le huitième sortilège souffre d'un réel manque de rythme et se compose plutôt d'une succession de gags et de situations cocasses. On rit donc tout de même avec des arbres qui parlent, des trolls philosophes, un barbare quasi à la retraite, des mages aux dents longues, un séjour chez la Mort et sa fille folle furieuse... Les personnages sont drôles mais l'ensemble est encore bancal et ne laisse pas un souvenir impérissable. Il faudra encore persévérer dans les Annales du Disque-Monde pour découvrir ce dont Pratchett est réellement capable...

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11 juillet 2013 4 11 /07 /juillet /2013 11:12

L01.jpgLe trop grand vide d'Alphonse Tabouret

Sibylline/ Jérôme d'Aviau/Capucine

éditions Ankama

 

Dans une forêt sombre, Alphonse Tabouret, petit bonhomme sans mémoire, s'éveille dans une clairière au côté du Monsieur, celui qui lui a donné son nom. Mais le Monsieur est fâché car Alphonse ne veut rien partager, aussi décide-t-il de le laisser tout seul dans sa clairière. Commence alors pour notre petit héros une quête pour trouver un sens à sa vie -mais comment fait-on sans panneaux indicateurs?- et surtout pour combler le grand vide qui est en lui...

Ni tout à fait roman graphique, ni tout à fait album pour enfants, Le trop grand vide d'Alphonse Tabouret raconte la jolie histoire d'un bout d'homme un peu naïf, un peu égoïste aussi parfois, mais enthousiaste et qui tire parti des rencontres qui jalonnent son parcours: monsieur Goisse qui a peur de tout et Stesse qui pleure tout le temps, Ide qui veut absorber tout le monde et Pénélope qui n'est jamais contente... Alphonse découvre, s'étonne, tâtonne, fait des choix plus ou moins bons tout au long de ce conte graphique empreint d'images, de poésie et de jeux de mots. Les dessins sont minimalistes (un rond pour la tête, de grands traits pour les bras du petit Alphonse) mais les personnages sont pourtant expressifs et mignons tout plein. On pourrait je suppose faire toute une analyse de toutes les situations vécues par les héros, s'interroger sur chacune des interprétations possibles des différents personnages, mais on peut aussi tout simplement se laisser porter par une quête initiatique à vue de nez sans queue ni tête, mais moins légère qu'il n'y paraît et qui ravira petits et grands.

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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 18:12

L08.jpgBordemarge

Emmanuelle Nuncq

éditions Castelmore

 

Nous en avons déjà parlé. Il y a des livres avec un joli style et une histoire creuse et, à l'inverse, il y a des histoires qui auraient pu être sympathiques mais gâchées par une écriture qui ne tient pas la route. Le livre dont nous allons parler aujourd'hui, Bordermarge, relève de ce cas de figure.

Violette est une jeune femme dépressive, bibliothécaire de son état qui, lorsqu'elle ne ressasse pas son chagrin d'amour causé par un certain William, se demande bien de quelle manière elle pourrait mettre fin à sa sordide existence. Son destin basule le jour où une certaine Roxane, héritière de la couronne de Bordemarge et fuyant le traître Silas, déboule d'un tableau magique et, pour tromper ses ennemis, laisse Violette se faire prendre à sa place. Violette atterrit donc à Bordemarge, prisonnière d'un monde de cape et d'épée, un monde de fiction où tout est possible à condition qu'on en connaisse les règles du jeu... Mais ça tombe plutôt bien car, s'il y a une chose que Violette connaît bien, ce sont les livres...

Comme vous l'avez vu, l'intrigue de départ est plutôt sympa. Bon j'émets un bémol car, personnellement, je ne suis pas une fan de cape et d'épée et j'aurais largement préféré que Bordemarge soit un univers fantastique mais bon, là pour le coup il s'agit uniquement d'une question de goût et ça n'a rien à voir avec la qualité du récit. Là où pour moi Bordemarge pèche en revanche, c'est au niveau de l'écriture. Oui, je vais être méchante (encore) mais, désolée, c'est mal écrit: les dialogues sont artificiels, les descritions sommaires et le style est enfantin au possible. Emmanuelle Nuncq a eu une bonne idée de départ, celle de confronter deux mondes: le nôtre, un monde gris et terne qu'elle décrit d'ailleurs assez bien, et le monde de Bordemarge, un monde de reines et de pirates, de félons et de héros, un monde où personne ne vieillit si ce n'est pour les besoins de l'histoire, ni ne meurt sans raisons. L'erreur de l'auteur c'est de n'avoir pas insisté sur le contraste entre les deux univers. Une toute petite partie de l'histoire se déroule dans notre monde mais l'essentiel a lieu à Bordemarge et vire au simple récit de cape et d'épée, qui plus est très mal mené. Quelques très bonnes idées (les habitants de Bordemarges qui n'ont jamais faim ni envie d'aller aux toilettes, les livres qui ne prennent vie que si Violette les a lus...) sont noyées dans un flot de clichés, de poncifs et de batailles interminables. Au final, cela donne un livre plutôt ennuyeux avec un dénouement des plus prévisibles. Mais bon, la couverture est très jolie...

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6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 11:58

L02.jpgSans âme

Le protectorat de l'Ombrelle t.1

Gail Carriger

éditions Livre de Poche

 

Londres, XIXème siècle. Alexia Tarabotti, vieille fille mi-anglaise mi-italienne, est plutôt de mauvaise humeur. Lors d'une soirée mondaine, un vampire l'a violemment attaquée. En soi cela ne pose guère un problème car, en tant qu'être paranaturel, Alexia n'a pas d'âme et neutralise donc tous les êtres surnaturels: vampires, loups-garoux, fantômes, etc. Ce qui est inquiétant, c'est que l'agresseur ne semblait pas connaître la jeune femme et paraissait bien mal élevé à l'heure où les vampires se sont parfaitement adaptés à la bonne société londonnienne. Le souci c'est qu'Alexia a tué accidentellement le goujat, emportant avec lui de possibles réponses... Aussitôt, le séduisant Lord Maccon, écossais et loup-garou, est envoyé par la reine Victoria pour mener l'enquête, une enquête que miss Tarabotti entend bien suivre de près également...

Des vampires, des loups-garous, une jeune fille plus ou moins innocente, de l'amour, de la violence, du sexe... Pas de doute, nous sommes dans de la bit-lit. Les ingrédients sont toujours les mêmes et l'intrigue principale a au fond bien moins d'importance que l'intrigue secondaire qui est de savoir si oui ou non Alexia et Lord Maccon vont finir ensemble... Ce premier tome du Protectorat de l'Ombrelle a néanmoins deux originalités: la première c'est de mettre en scène une héroïne "immunisée" contre les vampires et toutes autres créatures car, de ce fait, Alexia n'apparaît pas comme une frêle jeune fille fascinée par les êtres surnaturels mais comme une héroïne forte et déterminée. La seconde originalité réside dans un style d'écriture résolument rétro. L'action se passe dans l'Angleterre du XIXème siècle et Gail Carriger emploie un vocabulaire désuet, privilégie un langage châtié et fait de miss Tarabotti une jeune femme amatrice de thé et fervente adepte du savoir-vivre. L'humour naît donc du décalage entre le ton employé et les situations vécues, pour le moins triviales. Cela fait de Sans âme un récit léger, amusant qui, à défaut d'être extraordinaire fait passer un agréable moment. Dire que j'ai été emballée serait beaucoup dire, mais j'ai accroché suffisamment en tous cas pour avoir envie de lire la suite de la saga...

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23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 12:36

L01.jpgLa Campagne de France

Jean-Claude Lalumière

éditions Le Dilettante

 

J'en finis avec ma série noire en lecture en vous parlant aujourd'hui d'un livre qui, oh miracle, m'a intéressée!

Otto et Alexandre, deux jeunes gens idéalistes ont monté une agence de voyage, Cultibus, qu'ils veulent à vocation culturelle. Pour eux, pas de Da Vinci Tour ou de Club Med au rabais, mais des visites de maisons d'écrivains, de châteaux, etc. Hélas, la clientèle ne suit pas et leur comptable met nos héros en demeure de redresser la barre sous peine de faillite. Otto et Alexandre, la mort dans l'âme, se résignent à introduire plus de légèreté dans leurs programmes et proposent un nouveau circuit, sobrement intitulé: Du Pays basque au pays des Ch'tis, les relations franco-allemandes au XXe siècle à travers les oeuvres de François Mauriac, Jean Giraudoux, Dany Boon, etc. C'était pas gagné et, pourtant, un groupe de retraités s'inscrit pour le tour. Hélas pour Otto et Alexandre, l'opportunité va rapidement se transformer en cauchemar; entre des vieux acariâtres, des agriculteurs en colère ou le Front de Libération des Nains de Jardin, rien ne va se passer comme prévu...

Dans la lignée du Front Russe, Jean-Claude Lalumière propose un livre faussement léger et qui, par le biais de l'humour aborde pas mal de réflexions plus sérieuses sur la culture, la vieillesse, etc. La Campagne de France m'a fait beaucoup rire: les situations sont loufoques au possible avec des agriculteurs qui amènent leurs poules dans le bus, une ancienne hippie abandonnée sur une aire d'autoroute depuis vingt ans par son compagnon, des usines factices,  des vieux déjantés... Les dialogues sont également une grande réussite, flirtant parfois avec l'absurde. Je regrette juste un manque de développement des différents personnages: à l'exception d'Otto et d'Alexandre, tous les deux très bien croqués, le reste des protagonistes demeure un peu flou et seuls quelques retraités parviennent à sortir de la masse indistincte du groupe. Reste que j'ai passé un très bon moment en lisant un livre qui sans prétention aucune et avec une certaine tendresse nous fait découvrir une France à la fois très pénible et curieusement attachante...

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18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 13:00

L03.jpgMichael Kohlhaas

Heinrich Von Kleist

éditions 1001 nuits

 

Une fois n'est pas coutume, voici un livre des 1001 livres... qui fait l'actualité! En effet, Michael Kohlhaas a été adapté au cinéma il y a peu: présenté au festival Cannes, il sortira dans deux mois. Je suis donc  aujourd'hui à la pointe de la mode...

Michael Kohlhaas qui est d'ailleurs plus une grosse nouvelle qu'un véritable roman, raconte l'histoire d'un honorable maquignon qui, un jour, subit l'injustice d'un baron qui lui confisque deux de ses chevaux. Or, quand Michael veut récupérer ses bêtes, il s'avère que ces dernières ne sont plus que l'ombre d'elles-mêmes... Outré, notre marchand tente de nombreux recours judiciaires mais des fonctionnaires véreux déboutent à chaque fois sa plainte. Finalement, à la mort de son épouse, directement liée à l'affaire, Michael perd patience et décide de se faire justice soi-même: il incendie la demeure du baron, tue ses serviteurs et se lance à sa poursuite en mettant les villes à feu et à sang, rejoint bientôt par toute une armée...

C'est un ouvrage qui peut laisser perplexe: en effet, on part d'une simple querelle à propos d'un droit de péage à une véritable guerre civile. Michael Kohlaas est un personnage curieux, intransigeant et avec une conception plus que personnelle de la justice: plutôt que de laisser passer un outrage mineur, il choisit les armes et préfère la mort à la reddition. Sa personnalité, son sens de le démesure exerce une fascination toute particulière sur le lecteur et le rend à la fois attirant et repoussant. Il est en effet facile de compatir à sa détresse mais, d'un autre côté, ses actes barbares le rendent peu sympathiques... Ceci dit, le livre ne me laissera pas non plus un souvenir impérissable: hormis Michael en effet, peu de personnages se détachent nettement et l'intrigue tourne rapidement en rond. Le style est curieux car il reste très léger du début à la fin, donnant aux événements affreux un côté irréel.  Mais, j'avoue que ce qui m' a rebutée le plus dans Michael Kohlhaas, c'est la forme même du récit : j'aime ou les romans foisonnants ou les nouvelles précises. Or, Von Kleist condense en un texte court une multitude de péripéties, allant même jusqu'à introduire une intrigue ésotérique (d'après ce que j'ai vu, même le cinéaste a laissé tomber cette dernière) et noyer son lecteur sous un flot de personnages et de situations. Un peu indigeste tout ça. Aussi, pour vous simplifier le roman préféré de Kafka (pourquoi ça ne m'étonne pas au demeurant?) je vous résumerais ainsi l'histoire de Kolhlaas: celle d'un homme qui luttant pour ses propres intérêts se laisse volontairement submerger par une vengeance démesurée. On peut le voir comme un mercenaire, le symbole de la justice luttant contre un pays grangrené par la corruption... ou alors tout simplement comme un psychopathe. Pour ma part, je crois que les deux interprétations sont bonnes. Et vous?

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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 11:39

L07.jpgDouble meurtre à Borodi Lane

Jonathan Kellerman

éditions Points

 

Vous l'avez peut-être remarqué, je n'ai pas tellement eu la main heureuse ces derniers temps en matière de livres et ce n'est certes pas avec ce titre que ça va s'arranger...

Un soir, un gardien de nuit d'un chantier de construction à l'abandon retrouve un couple en haut d'une tourelle, en position équivoque. Rien que de très normal me direz-vous sauf que la femme a été étranglée et que l'homme s'est pris une balle dans la tête. Crime passionnel? L'inspecteur Milo est en charge de l'enquête et fait appel à son comparse consultant, le psychologue Alex Delaware. Si l'identité de l'homme, un jeune architecte plein d'avenir, est bientôt révélée, celle de la femme demeure un mystère. Mais quelques recherches laissent à penser qu'un riche indonésien serait dans le coup et les deux hommes se font très vite mettre des bâtons dans les roues...

C'était la première fois que je lisais un livre de Jonathan Kellerman et ce sera sans doute la dernière. Tout dans ce livre est nul. Les personnages sont creux: entre le gros qui passe son temps à bouffer et le narrateur, le psychologue insipide qui ne sert strictement à rien, on retrouve des caricatures d'éco-terroristes (ah ces sales écolos qui passent leur temps à vouloir incendier des Mac Do et qui veulent tuer l'humanité pour sauver trois arbres) et de loyaux policiers américains à la gâchette facile. L'intrigue est toute pourrie, part dans toutes les directions (terrorisme, meurtre passionnel, vengeance...) pour finalement s'achever en eau de boudin. Le fond est nauséabond, puant le patriotisme rance et la testostérone mal placée. La subtilité n'est assurément pas le point fort de Kellerman qui préfère à une véritable réflexion multiplier clichés et poncifs et pense qu'il fait de la psychologie parce qu'il construit son livre uniquement sous forme de dialogues. (Les descriptions c'est trop fatiguant) C'est bien simple, il n'y a que ça: des dialogues entre les deux acolytes, des dialogues entre Milo et ses assistants, des dialogues entre Alex et sa femme, etc. Parfois, on ne sait même plus qui parle à qui vu que l'auteur ne se fatigue pas à introduire les personnages avant les échanges. Le clou du spectacle, c'est tout de même l'interrogatoire final du coupable qui dure près d'une dizaine de pages et qui, s'il achève l'accusé, manque également de liquéfier le lecteur d'ennui. J'ai souvent eu du mal à finir des essais ou même des romans pour la jeunesse mais là c'est une grande première: c'est bien la première fois que j'ai autant de mal à finir un policier. Félicitations à Kellerman qui, paraît-il non content d'écrire comme une savate a également une femme et un fils qui écrivent; j'espère juste qu'ils font un peu mieux que lui...

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