Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 21:18

L08.jpgLes Boloss des Belles Lettres

La littérature pour tous les waloufs

Q.Leclerc/Michel Pimpant

éditions J'ai Lu

2013

 

Je ne sais pas ce qu'il m'a pris : il y a des idées comme ça qui vous paraissent super intelligentes sur le coup, vous êtes pleine d'enthousiasme et puis, quand vous vous retrouvez devant le fait accompli, vous vous demandez bien ce qui vous a pris. Un peu comme un lendemain de beuverie, sauf que promis, je n'avais pas bu quand j'ai décidé d'emprunter Les Boloss des Belles Lettres.
Les Boloss des Belles Lettres c'est le hit des ventes en ce moment dans le rayon humour avec La femme parfaite est une connasse et Baffie, ça vous donne une idée du niveau. C'est un ouvrage qui reprend tous les classiques de la littérature, Frankenstein, Dracula, Le père Goriot, l'écume des jours, etc. et qui vous les résume en langage kaira. Voilà voilà. Vous apprendrez ainsi que madame Bovary est une "petite zouz campagnarde pas dégueulasse" et que Le Nom de la rose c'est "Aristote chez normanfaitdesvideos c'est les p'tites enquêtes izi chez Chaussée aux Moines". Passé le premier résumé où vous êtes toute contente parce que vous comprenez, hé hé je suis pas une vieille aigrie trop la classe je comprends le langage racaille moi aussi! l'ouvrage perd complètement de son intérêt. C'est répétitif, les auteurs se servant toujours des mêmes ficelles pour résumer l'ouvrage dont ils parlent : une introduction rapide, un résumé et une conclusion toujours sous la même forme. Si encore le fond était pertinent! Mais bien loin de chercher à faire découvrir les oeuvres dont ils parlent, les auteurs multiplient les inexactitudes et ne se soucient que de glisser  en vrac un maximum de jeux de mots et d'allusions pourries aux séries et à la télé-réalité. Ah ah qu'est-ce qu'on se marre... On peut légitiment s'interroger sur le pourquoi du livre qui est dédié en toute simplicité à la littérature. Mouais encore faut-il vraiment l'aimer la littérature et ne pas faire semblant. Les Boloss des Belles Lettres c'est un faux ouvrage humoristique qui se veut culturel, une tentative ratée et démagogique de rendre la littérature plus vivante, ce qui est d'autant plus navrant quand le livre s'intéresse à des ouvrages comme Zazie dans le métro qui est beaucoup plus intéressant et beaucoup plus vivant que son pseudo-résumé. Soyez gentils s'il vous plaît : laissez tranquilles nos Belles-Lettres poussiéreuses et nos descriptions à rallonge qui ne vous ont rien fait, ou la prochaine fois, je fais une analyse philosophique de Camping...

Repost 0
Published by beux - dans Humour
commenter cet article
5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 11:47

L02.jpgLa mort préfère Ava

Maïté Bernard

éditions Syros

2013

 

L'ennui avec les romans fantastiques ou de science-fiction, que ce soit en jeunesse ou en adulte, c'est que si vous ne faites pas attention, vous pouvez tomber sur le dernier volume paru d'une série et vous retrouver avec une histoire déjà bien entamée et des personnages qui sont supposés vous être déjà familiers mais que vous ne connaissez ni d'Eve ni d'Adam. C'est ainsi que, par mégarde, j'ai emprunté La mort préfère Ava, troisième tome d'une série pour les dix douze ans ou plus si affinités.

L'histoire c'est celle d'Ava, une jeune fille qui a le pouvoir de voir les fantômes depuis l'âge de trois ans et dont la mission est de les consoler, autrement dit de les faire mourir pour de bon. Bon, relativisons : Ava n'a que seize ans et pour l'instant elle travaille sous la tutelle de Cécilia, une vieille femme au passé mystérieux, consolateur elle aussi, à charge de lui succéder. En attendant, l'adolescente a plein de bonnes idées : créer des groupes de paroles pour les fantômes, établir des recensements... Afin de s'exprimer, elle se rend sur Guernesey où elle doit participer à l'assemblée annuelle des consolateurs. Mais, là-bas, rien ne se passe comme prévu : Cécilia fait l'objet d'une enquête et Ava se heurte à des revenants plus intéressés par ses histoires d'amour (Finira-t-elle avec Marco ou Alistair ?) que par ses idées...

Bon, malgré quelques lacunes, j'ai réussi à reconstituer plus ou moins le début de la série et à rentrer dans une histoire assez sympathique qui mêle fantastique et humour sans prétention aucune. L'auteur prend pour cadre de ce volume l'île de Guernesey ce qui est l'occasion pour elle de glisser également quelques notions d'histoire et de géographie assez intéressantes et plutôt bien traitées. Les personnages sont amusants. Un bémol toutefois : l'intrigue est assez pauvre et on attend en vain des rebondissements qui n'arrive que sur le tard. La mort préfère Ava est de toute évidence plus un livre "bouche-trou" dans la série, un roman de transition avant d'aborder un nouveau grand tournant dans l'histoire. De fait, le récit se termine un peu en queue de poissson, laissant le lecteur légèrement sur le carreau et plutôt frustré. Après me direz-vous c'est une technique comme une autre pour se précipiter sur la suite... Le livre de Maïté Bernard de façon générale m'a fait penser à la série de Brussolo, Peggy Sue et, à défaut d'être inoubliable, il m'a en tous cas donnée l'envie de découvrir le cycle depuis le début.

Repost 0
Published by beux - dans Jeunesse
commenter cet article
30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 10:00

L01.jpgBig-Easy

Ruta Sepetys

éditions Gallimard Jeunesse

2013

 

Nouvelle-Orléans, 31 décembre 1949. Josie Moraine, dix-sept ans, travaille dans la librairie d'un ami tout en faisant le ménage dans la maison close du Quartier Français où travaille sa mère. Fille d'une prostituée, fréquentant des prostituées, tout le monde s'attend à ce que la jeune fille en devienne une à son tour. Mais Josie a un rêve : celui de quitter la Nouvelle-Orléans, une ville où elle est stigmatisée et reconnue, pour entrer à l'université de Smith, un prestigieux établisssement situé dans le Massachusetts. Difficile quand on n'a ni recommandations ni argent... A la veille du Nouvel-An, un homme entre dans la boutique pour acheter des livres : il est beau, gentil, cultivé et ressemble au père que Josie rêverait d'avoir. Mais le rêve tourne au cauchemar lorsque Josie apprend le lendemain que l'homme a été assassiné.

Nous avions déjà parlé de Ruta Sepetys avec le très beau livre Ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre qui racontait l'histoire d'une jeune lituannienne déportée en Sibérie avec toute sa famille par le régime soviétique durant la seconde guerre mondiale. Changement de décor avec ce livre flamboyant qui nous plonge au coeur d'une Nouvelle-Orléans tout en ombres et en lumières, une ville grouillante de vie et de mort qui mêle indifféremment bordels et librairies, bourgeois et gueux, blancs et noirs. Le décor est magnifiquement planté par un auteur qui rend à la perfection cette ambiance d'après-guerre tout en musique et en violence contenue. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, Big Easy n'est pas un roman manichéen : si la mère de l'héroïne est effectivement affreuse, Ruta Sepetys présente la tenancière de la maison close, Willie, comme une femme acariâtre mais généreuse. A l'inverse les gens bien comme il faut ne sont pas non plus épargnés et Josie elle-même est une figure trouble : rêvant d'une autre vie, elle est prête à tout pour ça, y compris à mentir. Elle hésite, elle tâtonne et se montre parfois méprisante vis-à-vis de ce monde qu'elle rêve de quitter. De ce fait c'est un personnage attachant car justement elle n'est pas parfaite, pleine de doutes et de terreurs. L'avantage du récit, c'est qu'il ne tombe pas non plus dans la facilité, le "tout s'arrange finalement pour tout le monde" et le happy end révoltant. Big-Easy est une narration en demi-teinte ;  les bons ne sont pas toujours récompensés ou leurs histoires restent en suspens. Il y a beaucoup de non-dits. Le roman est aussi un peu un roman d'apprentissage : pour grandir Josie va devoir faire le deuil de certains rêves ; admettre que sa mère ne l'aimera jamais, admettre que son père n'était peut-être pas un homme bien également, admettre que certaines histoires d'amour finissent mal et qu'il faut beaucoup essuyer beaucoup d'échecs et de désillusions avant d'avancer... Que dire de plus ? Big Easy est un très joli livre, très émouvant et qui fait de Ruta Sepetys l'un de mes auteurs jeunesse préférés du moment.

Repost 0
Published by beux - dans Jeunesse
commenter cet article
27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 09:15

L04.jpgFrankenstein

Mary Shelley

éditions Flammarion

1818 (seconde édition en 1831)

 

L'histoire commence lors d'une soirée en Suisse. Dans la résidence de lord Byron, quatre invités se sont réfugiés pour échapper à la pluie. Il y a le docteur Polidori, le poète Shelley, sa maîtresse Mary Godwin une jeune femme d'à peine dix-huit ans et la demi-soeur de cette dernière Claire Clairmont qui est la maîtresse de Byron et qui deviendra plus tard celle de Shelley. Comme il n'y a pas grand-chose à faire à part s'entretenir au coin du feu, ça bavasse sec et la conversation s'oriente sur les histoires de fantômes. Tous s'échauffent et l'idée d'un jeu est lancée : pourquoi ne pas écrire chacun une histoire du style ? Nos convives s'enthousiasment. Au matin ceci dit, comme toute idée lancée au cours d'une beuverie, presque tout le monde a plus ou moins oublié d'autant plus que le beau temps est revenu. Tout le monde sauf Mary Godwin qui, un an plus tard, met la touche finale à son roman. Son titre ? Frankenstein.

Victor Frankenstein est un jeune homme enthousiaste et passionné, entouré d'une famille aimante, d'un ami fidèle et promis à la jolie et douce Elizabeth, une enfant trouvée que ses parents ont élevé et qu'il aime à la folie. Mais Victor est aussi un être curieux qui rêve de percer les mystères de la vie. Il découvre le moyen d'animer un être de chair morte et récupère alors des morceaux de cadavres pour créer la vie. Mais l'être qu'il crée est monstrueux d'aspect et suscite en lui horreur et répulsion. Frankenstein rejette son oeuvre et essaie de l'oublier. Pas longtemps hélas car le monstre hideux est fui par tous. Chassé, haï par les hommes, son désir d'être aimé se transforme en désir de vengeance  : et le premier à en souffrir va être son créateur. Méthodiquement, le monstre décide de s'attaquer à tous ceux que Victor aime...

Vous avez tous entendu parler de Frankenstein  qui a fait l'objet de nombreuses adaptations cinématographiques et dont le mythe est devenu presque aussi célèbre que celui de Dracula. Difficile de croire que tout part d'un roman de jeunesse bourré d'incohérences (le monstre apprend à parler, lire et philosopher en moins de deux ans, Frankenstein peut créer la vie mais est incapable de ressusciter les êtres qui lui sont proches) et qui n'est pas sans longueurs, l'action étant souvent coupée par les lamentations des divers personnages. Ceux qui lisent aujourd'hui l'oeuvre de Mary Shelley en s'attendant à un roman d'épouvante en sont pour leurs frais : Frankenstein ne fait ni sursauter ni courir se réfugier sous ses draps et les scènes effrayantes sont minimes. Il y a la scène de la création du monstre, les scènes où la créature épie son maître à travers la fenêtre, un rictus hideux sur les lèvres, mais à part  ça... Le récit est avant tout d'inspiration romantique et la narration s'étend sur les merveilles de la nature, les montagnes de Suisse, les majesteuses glaces du Nord, la profondeur du Rhin, l'immensité d'une création qui fait écho à la douleur sans fond des différents personnages. Le paysage est exalté et les personnages expriment leurs souffrances dans des plaintes qui n'en finissent pas. Pleurs d'Elizabeth, regrets de Victor, isolement du monstre... Frankenstein n'est pas un récit d'horreur, c'est un récit de la solitude : difficile de définir qui est le plus à plaindre, du créateur qui voit les êtres aimés lui être arrachés un par un  ou du monstre qui se voit rejeté, privé d'amour à cause de son aspect. Le livre ne fait pas frémir mais il est angoissant. Ecrit par un auteur qui a côtoyé la mort de façon étroite toute sa vie (mort en couches de sa mère, trois enfants morts en bas-âge, suicide d'une demi-soeur et de la première femme de son mari, noyade enfin de Shelley lors d'un naufrage) Frankenstein nous renvoie à une peur profonde et contre laquelle on ne peut pas grand-chose : perdre un à un les êtres qu'on aime pour finir seul.

Repost 0
Published by beux - dans Classiques
commenter cet article
24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 10:07

L02.jpgNiak

Carl Hiaasen

éditions Gallimard Jeunesse

2012

 

On reste dans les livres pour la jeunesse si vous voulez bien, mais on abaisse la tranche d'âge avec un livre plus pour les 10-12 ans, Niak, un roman écrit par le joyeux Carl Hiaasen, auteur entre autres du célèbre Chouette.

Depuis que le père de Whaoo, Mickey Cray, dresseur dans les Everglades s'est pris un iguane gelé sur la tête, il souffre de terribles maux de tête et ne peut accepter aucun contrat. La situation financière devient vite intolérable d'autant plus que la famille a toute une ménagerie à nourrir : des tortues paresseuses, des serpents affamés et le gentil alligator Alice, capable quand même de vous arracher la tête lorsqu'il a faim. Mais une chance unique se présente, un contrat que Mickey ne peut refuser : Derek Blair, le héros de la télé-réalité Expédition survie, l'engage lui et ses animaux pour une émission située dans la région. Théoriquement, il s'agit juste de prêter quelques bêtes pour simuler des situations de survie. Le problème c'est que Derek Blair, qui n'a d'aventurier que de nom, est à la fois irrespectueux et totalement inconscient, un mélange qui risque de lui attirer des problèmes et qui va donner à Whaoo et à son père bien des sueurs froides...

Gentille fable écologique, Niak est assez drôle car il démonte joyeusement une télé-réalité aseptisée et caricature aussi bien les producteurs obnubilés par l'audimat et le financement que l'animateur vedette, Derek Blair, sans conteste le personnage le plus amusant du livre. Il y a également une volonté de sensibiliser à l'environnement mais sans jamais tomber dans la leçon de morale et sans jamais verser dans une conception primaire d'une nature bienveillante et d'un homme hostile : dans Niak, les animaux ne sont pas de gentilles boules de poils ou d'écailles inoffensives mais sont des êtres qu'il s'agit avant tout de comprendre sous peine de se retrouver avec un pouce arraché ou dévoré tout cru. Enfin, les aventures se multiplient sans temps mort, de façon réjouissante, l'aspect didactique de l'histoire ne prenant jamais le pas sur l'intrigue principale. Au final, la seule chose que je trouve presque de trop dans la récit, c'est le personnage féminin, Anguille, l'amie de Whaoo, et son père alcoolique. Ces deux protagonistes apparaissent comme des cheveux sur la soupe en cours d'histoire et ne présentent guère d'intérêt si ce n'est de permettre une histoire sentimentale enfantine et de pimenter un peu le final de Niak. A mettre quand même entre les mains de jeunes lecteurs qui ne risquent guère de s'ennuyer avec toute cette ménagerie.

Repost 0
Published by beux - dans Jeunesse
commenter cet article
22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 16:05

L02.jpgPartials

Dan Wells

éditions Albin Michel

2012

 

"La dystopie la plus passionnante depuis Hunger Games !" Il faut toujours se méfier de ce genre d'accroches, surtout quand c'est l'éditeur de la dystopie en question qui l'affirme. Mais, une fois n'est pas coutume, Partials, roman ado traduit depuis peu en français, est sans conteste une bonne surprise.

Nous sommes en 2076. Onze ans auparavant, les Partials, des êtres génétiquement modifiés et véritables machines de guerre ont décimé la quasi-totalité de l'espèce humaine grâce à un virus mortel, le RM. Les survivants se sont réfugiés sur l'île de Long Island  sous la tutelle d'un gouvernement  autoritaire et  ce pour se protéger de leurs ennemis bien qu'ils soient demeurés sans nouvelles depuis. Néanmoins, les rescapés ont un autre souci  car  le virus RM demeure sans antidote et continue de faire des ravages : depuis son apparition, aucun nouveau-né n'a survécu plus de trois jours et l'humanité déjà durement éprouvée risque de s'éteindre définitivement. Pour contrer ce péril, le Sénat a mis en place la loi Espoir, contraignant toute jeune fille de dix-huit ans et plus à tomber enceinte régulièrement. Cette loi n'est pas du goût de la Voix, une organisation rebelle qui lutte pour les libertés individuelles. La guerre civile n'est pas loin... Kira, jeune chercheuse en médecine de seize ans n'a qu'un objectif en tête : trouver un remède pour mettre fin à Espoir et, surtout, permettre à sa soeur adoptive Madison, enceinte, de mettre au monde un bébé viable.

Partials a un certain nombre d'atouts indéniables et le premier est sans conteste son héroïne. Hourra ! Kira a beau être une ado de seize ans, oh merveille, elle ne glousse pas ni ne s'interroge sur les méandres de sa vie sentimentale : faut-il rester avec le gentil et rigolo Marcus ou succomber au charme du ténébreux Samm ? Non, Kira se comporte comme toute personne ayant vu ses proches mourir à cinq ans et qui a ensuite grandi dans la terreur et l'insécurité. C'est une jeune fille de seize ans ayant vieilli trop vite et qui passe son temps dans les labos à essayer de trouver un remède au RM, un personnage sympathique, sérieux, pas forcément rebelle mais qui s'interroge sur le bien-fondé du gouvernement et sur ses méthodes. L'autre intérêt de Partials c'est son intrigue et les questions que le roman soulève : faut-il sacrifier l'intérêt individuel pour le bien commun ? La sécurité justifie-t-elle l''absence de libertés? Ce sont des thématiques intéressantes qui sont d'ailleurs traités avec finesse par un auteur plus subtil qu'il n'y paraît. Le seul reproche au fond que je ferai à ce roman pour ados de bonne facture, c'est sa construction un peu brouillonne. Dan Wells, craignant peut-être d'ennuyer son lecteur, multiplie les rebondissements et les situations critiques dès le début du récit, ne s'accordant à mon sens pas assez de temps pour planter le décor de son monde post-apocalyptique. C'est plutôt dommage car les quelques descriptions qu'il fait d'un New-York envahi par les animaux et la végétation sont assez réussis. Au final, j'ai tout de même passé un agréable moment de lecture et j'attends avec impatience la suite de l'histoire.

Repost 0
Published by beux - dans Jeunesse
commenter cet article
15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 13:23

L06.jpgEt soudain tout change

Gilles Legardinier

éditions Fleuve Noir

2013

 

Que s'est-il passé chez les auteurs français? Avant,la littérature française était certes nombriliste, prétentieuse et souvent ennuyeuse, mais restait cynique et joyeusement amorale. Et puis il y a eu Barbery et son Elegance du hérisson, il y a eu Gavalda et le fakir chez Ikéa, il y a eu Deghelt et Legardinier... A croire que la génération qui pleurait devant La petite maison dans la prairie et qui s'est émue devant Amélie Poulain a décidé de nous bombarder de bons sentiments jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Je savais certes en lisant Et soudain tout change que j'allais avoir droit à une bonne dose de guimauve. Après tout, j'ai lu Demain j'arrête du même auteur et je connais le potentiel lacrymal de Legardinier. Mais j'avais plutôt apprécié Demain j'arrête et l'humour gentil qui s'en dégageait. Rien de tel pour Et soudain tout change qui n'est plus de la guimauve mais carrément du sucre en intraveineuse.

L'histoire c'est celle de la narratrice, Camille, qui est trop contente de retrouver toute sa bande dans la même classe de terminale. Il y a Léo, Manon, Pauline, Inès, etc. et, surtout, Axel, sur qui elle craque grave. L'ennui c'est que sa besta Léa craque aussi sur Axel, du coup elles ont décidé de ne rien tenter avec lui. C'est beau (et, au demeurant, totalement irréaliste). Mais, comme le titre l'indique, tout change brutalement. Léa découvre qu'elle est atteinte d'une maladie rare du coeur et qu'elle n'a plus que quelques mois à vivre. Aussitôt, tous ses amis l'entourent pour l'aider à vivre au mieux ses derniers instants.

N'en jetez plus. En un seul livre, par un admirable tour de force, Gilles Legardinier a réussi à réunir tous les clichés possibles et inimaginables. Il y a les gentils ados un peu tapageurs mais avec un bon fond quand même ; le méchant ado qui ne se soucie que de lui-même et qui n'a aucune pitié pour sa petite camarade en train de crever, mais qui sera puni en étant mis à poil au milieu du lycée (hi hi) ; le méchant vieux nazi voleur et grossier qui sera lui aussi puni (des croix gammés sur sa voiture, hi hi) ; la gentille tante compréhensive, le prof à la Robin Williams dans Le cercle des poètes disparus qui aime et comprend tous ses élèves... Ajoutons à cela l'histoire de l'ado qui ne veut pas que ses parents divorcent et qui est prête à tout pour qu'ils ne vendent pas leur maison parce que merde vous êtes trop égoïstes d'abord. Et les parents qui au lieu de lui foutre une baffe décident que, oh oui alors, cette grue a raison, continuons à être malheureux ensemble. Il y a aussi la mourante qui découvre le sens de la vie en lisant les philosophes, ce qui donne lieu à des maximes tirées tout droit des biscuits chinois, et la meilleure amie qui se dévoue pour sacrifier son bonheur avant de découvrir que, oh mais non, tout s'arrange finalement. Je continue ou ça vous va ?

Je n'ai rien contre Gilles Legardinier hein. Ce n'est pas un mauvais auteur en soi et, quand il veut être drôle, il y parvient admirablement (le portrait du petit frère de la narratrice est par exemple une grande réussite) Mais on peut, sans être une méchante sorcière cynique qui découpe des chatons dans une cave, aspirer à un récit qui ne soit pas dégoulinant, manichéen et ne verse pas dans la comédie dramatique hollywoodienne au rabais (le premier chapitre fait clairement penser à l'intro d'un film, j'ai même guetté le moment du générique). Contrairement à Demain j'arrête, tout est factice dans Et soudain tout change depuis les personnages jusqu'aux situations et, de fait, ne suscite aucune émotion si ce n'est de temps en temps un vague sourire. Rien à tirer donc de ce naufrage si ce n'est ma conviction personnelle, n'en déplaise à l'auteur, que de temps en temps un peu de cynisme ne fait pas de mal et que les bons sentiments à la louche sont une plaie pour l'humanité et, accessoirement, pour la littérature.

Repost 0
Published by beux - dans Roman
commenter cet article
14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 13:26

L08.jpgRob Roy

Walter Scott

éditions Robert Laffont

1817

 

J'avais déjà entendu parler de Rob Roy par le passé en lisant des romans sans doute déjà datés et qui évoquait le livre de Walter Scott en le présentant comme le récit d'aventure par excellence. Aussi n'ai-je pas été surprise de le retrouver dans les 1001 livres... En revanche, c'est en voulant me le procurer que j'ai découvert avec étonnement que :

a) Rob Roy n'est plus édité et ne se trouve que dans des oeuvres complètes.

b) et ben en fait, le livre n'est pas connu que ça.

 

Ajoutons à cela que, après lecture, je comprends un peu pourquoi l'ouvrage a mal vieilli.

 

Si Rob Roy est bien le nom d'un personnage, celui d'un brigand écossais ayant réellement existé, le narrateur est Franck Osbaldistone, un jeune homme rêveur qui aime écrire des vers et ne peut se résigner à reprendre le métier de son père, commerçant de son état. Ce dernier, mécontent, menace de le déshériter et l'envoie chez son oncle tandis que son cousin Rasleigh prend sa place dans la succession. Franck fait de la sorte connaissance avec son oncle, ses cousins et, surtout, une ravissante et lointaine cousine, Diana Vernon, dont il tombe immédiatement amoureux. Mais, entre les malversations de Rasleigh, des démêlés judiciaires et les tensions politiques entre catholiques et protestants à la veille de la révolte de 1715, Franck se retrouve bientôt embarqué dans d'incroyables péripéties qui le mèneront au coeur de l'Ecosse et lui feront faire la connaissance de Robert Campbell, alias Rob Roy, bandit écossais au grand coeur (l'équivalent de Robin Hood) qui, à la tête d'un clan pille les villages et tient tête aux forces de l'ordre...

Dans ce roman, Walter Scott se penche sur le parcours d'un jeune homme tiraillé entre son devoir et ses aspirations, son amour pour une femme et son respect pour un père. Encore faut-il relativiser car à dire vrai, Franck n'hésite guère. Il sacrifie son amour de la poésie pour suivre une carrière dans les affaires, quitte Diana pour voler au secours d'un père et, en dépit de sa sympathie pour Rob Roy lutte contre lui et ses sympathisants, ardent défenseur du gouvernement protestant et d'un monde où les horloges tournent à l'heure. Est-il besoin de le dire? Franck n'est guère un personnage intéressant : il est lisse, ne remet rien en question, et regrette immédiatement son seul acte de rébellion, avoir tenu tête à son père. Rien d'étonnant à ce que beaucoup considèrent Rob Roy comme le véritable héros de l'histoire, le narrateur ne jouant alors qu'un simple rôle de spectacteur. Rob Roy est un homme haut en couleurs, brigand sans cruauté et qui se bat pour ses idées quitte à braver le pays tout entier. Il ruse, il s'échappe, il a une bonne dose d'humour et un certain sens de l'honneur. Ainsi, alors que Franck semble être le jouet de sa destinée, Rob Roy la domine. Inutile de dire lequel des deux est le plus intéressant. Dommage que Walter Scott n'aille pas au bout de son idée : de ce roman il aurait pu faire quelque chose d'assez subversif mais, à la place il en fait un récit historique sans revendications et présente Rob Roy comme un personnage atypique qui n'a guère de place dans le monde réel et bien rangé de Franck et n'éveille aucun écho en lui. Ce parti pris ainsi qu'un style assez poussiéreux a fait que Rob Roy n'a pas éveillé en moi un intérêt majeur si ce n'est pour l'histoire de l'Ecosse, un pays que notre auteur décrit avec beaucoup de réalisme et un sincère enthousiasme. Espérons que Ivanhoé, prochain roman de Walter Scott sur ma liste, m'apporte plus de satisfaction...

Repost 0
Published by beux - dans Classiques
commenter cet article
4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 09:22

L02.jpgReseau(x) t.1

Vincent Villeminot

éditions Nathan

2013

 

Depuis toute petite, Sixie, quinze ans, fait de mauvais rêves qu'elle transcrit sur la page "nocturne" de son réseau social, DKB, un endroit réservé aux cauchemars de tous les internautes. Le problème c'est que la plupart de ses cauchemars se sont révélés prémonitoires et c'est avec horreur que Sixie reçoit un jour sur son site la vidéo d'un meurtre qui ressemble trait pour trait à l'un de ses rêves. En parallèle, sur Internet, Cesar Diaz, qui se fait aussi appeler Nada#1, a créé un mouvement nommé "Play It For Real" qui incite ses admirateurs à reconstituer des jeux vidéos grandeur nature dans les rues de différentes villes européennes. Le jeu est pour l'instant sans conséquence car les armes sont fausses et les rassemblements bon enfant, mais, peu à peu, le mouvement prend de l'ampleur et transgresse les règles de sécurité. La police s'inquiète: Cesar Diaz est-il juste un potache un peu mégalo ou un terroriste en puissance?

Après la série Instinct, Vincent Villeminot revient avec une série encore plus sombre, cette fois centrée sur les nouvelles technologies. Réseau(x) a l'avantage de ne pas condamner Internet en bloc mais de s'interroger davantage sur ses dérives : les snuff-movies et l'étalage de la vie privée de chacun, l'isolement et un anonymat qui permet les pires horreurs. Qui plus est, et c'est bien agréable, l'auteur semble connaître un peu le sujet et ne se contente pas d'assener quelques poncifs moralisateurs sur les dangers des réseaux sociaux. Mais Réseau(x) est surtout un "cyber-polar" pour reprendre la quatrième de couverture, un roman sur une guerre aussi bien virtuelle que réelle. C'est très angoissant à lire, certaines scènes étant particulièrement stressantes car somme toute assez réalistes: meurtres sur Internet, gardes à vue qui finissent mal,brutalités policières, manifestations brisées par la force, cauchemars qui rôdent...  La force de Villeminot c'est sa capacité à solliciter notre imagination par des images saisissantes et des descriptions brèves mais efficaces. Sa faiblesse, car il y en a une, c'est de vouloir mêler trop d'intrigues et de personnages ce qui fait que le lecteur se perd un peu entre les internautes, les policiers, les lycéens et peut facilement décrocher de l'histoire. C'est dommage. A trop vouloir en dire, Réseau(x) perd un peu de sa force et aurait gagné à un peu plus de simplicité. Ceci dit, le roman reste quand même plaisant à lire et annonce ce qui sera sans doute une bonne série...

Repost 0
Published by beux - dans Jeunesse
commenter cet article
2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 20:52

L02.jpgIdiopathie

Sam Byers

éditions Seuil

2013

 

"Un roman d'amour, de narcissisme et de vaches en souffrance", tel est le sous-titre de ce roman anglais déjanté qui, dès la couverture, annonce la couleur. Idiopathie, c'est l'histoire de trois trentenaires mal dans leurs peaux. Katherine, cynique et misanthrope n'aime rien ni personne et prend plaisir à être malheureuse et mauvaise. Son ex, Daniel, en couple avec une gentille adepte des énergies intérieures et du développement personnel se sent quant à lui mal à l'aise dans une existence trop confortable pour être honnête. Enfin, il y a Nathan, leur ami commun qui,  un jour, a disparu mystérieusement après une déclaration d'amour ratée à Katherine. Or, Nathan réapparaît et le trio se reforme le temps d'une brève soirée qui va vite virer au désastre...
Amour, vaches maladives, mères insupportables, alcool et cigarettes, joutes verbales, tout cela rythme un ouvrage plutôt drôle et il faut le dire assez féroce. Les personnages sont plus insupportables les uns que les autres, que ce soit Katherine la colérique qui est incapable du moindre geste de tendresse ou Daniel le mou qui n'ose jamais dire ce qu'il pense. Quelques scènes sont très drôles : je pense ainsi au moment où Daniel se croit obligé d'échanger des déclarations d'amour avec sa compagne tout en se passant la boîte de céréales au petit déj' ou encore à ce moment où Nathan, sorti d'un hôpital psychiatrique, se rend compte que sa mère a créé un blog et sorti un livre sur leur relation filiale. On reconnaît bien là l'humour anglais un peu décalé et une bonne dose d'ironie quasi-présente dans tout le récit. Le problème cependant d'Idiopathie réside essentiellement dans les dialogues: c'est un livre extrêmement bavard avec, comme je l'ai déjà souligné, énormément de joutes verbales, notamment entre Katherine et Daniel. Or, si ces joutes sont au départ amusantes, elles deviennent à force un peu barbante et la rhétorique tourne à vide, les bons mots lassant plus qu'ils ne distraient.  Ce défaut ainsi qu'une intrigue un peu légère font d'Idiopathie un ouvrage amusant mais sans plus, le premier livre prometteur d'un jeune auteur mais avec encore trop de défauts pour être une totale réussite.

Repost 0
Published by beux - dans Roman
commenter cet article