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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 09:22

L02.jpgReseau(x) t.1

Vincent Villeminot

éditions Nathan

2013

 

Depuis toute petite, Sixie, quinze ans, fait de mauvais rêves qu'elle transcrit sur la page "nocturne" de son réseau social, DKB, un endroit réservé aux cauchemars de tous les internautes. Le problème c'est que la plupart de ses cauchemars se sont révélés prémonitoires et c'est avec horreur que Sixie reçoit un jour sur son site la vidéo d'un meurtre qui ressemble trait pour trait à l'un de ses rêves. En parallèle, sur Internet, Cesar Diaz, qui se fait aussi appeler Nada#1, a créé un mouvement nommé "Play It For Real" qui incite ses admirateurs à reconstituer des jeux vidéos grandeur nature dans les rues de différentes villes européennes. Le jeu est pour l'instant sans conséquence car les armes sont fausses et les rassemblements bon enfant, mais, peu à peu, le mouvement prend de l'ampleur et transgresse les règles de sécurité. La police s'inquiète: Cesar Diaz est-il juste un potache un peu mégalo ou un terroriste en puissance?

Après la série Instinct, Vincent Villeminot revient avec une série encore plus sombre, cette fois centrée sur les nouvelles technologies. Réseau(x) a l'avantage de ne pas condamner Internet en bloc mais de s'interroger davantage sur ses dérives : les snuff-movies et l'étalage de la vie privée de chacun, l'isolement et un anonymat qui permet les pires horreurs. Qui plus est, et c'est bien agréable, l'auteur semble connaître un peu le sujet et ne se contente pas d'assener quelques poncifs moralisateurs sur les dangers des réseaux sociaux. Mais Réseau(x) est surtout un "cyber-polar" pour reprendre la quatrième de couverture, un roman sur une guerre aussi bien virtuelle que réelle. C'est très angoissant à lire, certaines scènes étant particulièrement stressantes car somme toute assez réalistes: meurtres sur Internet, gardes à vue qui finissent mal,brutalités policières, manifestations brisées par la force, cauchemars qui rôdent...  La force de Villeminot c'est sa capacité à solliciter notre imagination par des images saisissantes et des descriptions brèves mais efficaces. Sa faiblesse, car il y en a une, c'est de vouloir mêler trop d'intrigues et de personnages ce qui fait que le lecteur se perd un peu entre les internautes, les policiers, les lycéens et peut facilement décrocher de l'histoire. C'est dommage. A trop vouloir en dire, Réseau(x) perd un peu de sa force et aurait gagné à un peu plus de simplicité. Ceci dit, le roman reste quand même plaisant à lire et annonce ce qui sera sans doute une bonne série...

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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 20:52

L02.jpgIdiopathie

Sam Byers

éditions Seuil

2013

 

"Un roman d'amour, de narcissisme et de vaches en souffrance", tel est le sous-titre de ce roman anglais déjanté qui, dès la couverture, annonce la couleur. Idiopathie, c'est l'histoire de trois trentenaires mal dans leurs peaux. Katherine, cynique et misanthrope n'aime rien ni personne et prend plaisir à être malheureuse et mauvaise. Son ex, Daniel, en couple avec une gentille adepte des énergies intérieures et du développement personnel se sent quant à lui mal à l'aise dans une existence trop confortable pour être honnête. Enfin, il y a Nathan, leur ami commun qui,  un jour, a disparu mystérieusement après une déclaration d'amour ratée à Katherine. Or, Nathan réapparaît et le trio se reforme le temps d'une brève soirée qui va vite virer au désastre...
Amour, vaches maladives, mères insupportables, alcool et cigarettes, joutes verbales, tout cela rythme un ouvrage plutôt drôle et il faut le dire assez féroce. Les personnages sont plus insupportables les uns que les autres, que ce soit Katherine la colérique qui est incapable du moindre geste de tendresse ou Daniel le mou qui n'ose jamais dire ce qu'il pense. Quelques scènes sont très drôles : je pense ainsi au moment où Daniel se croit obligé d'échanger des déclarations d'amour avec sa compagne tout en se passant la boîte de céréales au petit déj' ou encore à ce moment où Nathan, sorti d'un hôpital psychiatrique, se rend compte que sa mère a créé un blog et sorti un livre sur leur relation filiale. On reconnaît bien là l'humour anglais un peu décalé et une bonne dose d'ironie quasi-présente dans tout le récit. Le problème cependant d'Idiopathie réside essentiellement dans les dialogues: c'est un livre extrêmement bavard avec, comme je l'ai déjà souligné, énormément de joutes verbales, notamment entre Katherine et Daniel. Or, si ces joutes sont au départ amusantes, elles deviennent à force un peu barbante et la rhétorique tourne à vide, les bons mots lassant plus qu'ils ne distraient.  Ce défaut ainsi qu'une intrigue un peu légère font d'Idiopathie un ouvrage amusant mais sans plus, le premier livre prometteur d'un jeune auteur mais avec encore trop de défauts pour être une totale réussite.

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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 10:17

L05.jpgChroniques d'une Magie Annoncée

Nicolas Cluzeau

éditions Midgard/ Lokomodo/ Asgard

2013

 

Il est certains genres de littérature qui vous laisse perplexe. Certains romans que même avec la meilleure volonté du monde vous ne pouvez appréhender car leurs codes vous échappent. Je suis loin d'être une ignare en matière de fantasy, comme vous avez déjà pu le constater. Je peux vous parler de Gaiman et de Pratchett; je peux vous dessiner la carte des Sept couronnes ou celle de la Terre du Milieu; je peux vous parler des théories vampiriques à la mode. Mais, il faut le reconnaître, bien des branches du genre me paraissent encore hermétiques. De même qu'il m'est impossible de m'enflammer pour un jeu de rôle, j'ai bien du mal à m'enthousiasmer pour des histoires écrites dans un langage ampoulé parlant de magie et de créatures étranges...

Chroniques d'une Magie Annoncée est en fait une compilation de plusieurs histoires mettant en scène une thaumaturge, Harmelinde, et sa fille Deirdre, toutes les deux parcourant le continent pour démêler des affaires ayant trait à la magie: meurtres, vol, cuisine trop goûteuse, etc. et qui, après avoir résolu leur enquête partent joyeusement festoyer comme dans Astérix. Le principe est sympa et le début de l'enquête est toujours intéressant à suivre : cadavres déchiquetés, fantômes qui jouent mélancoliquement du clavecin, automates enchantés... Le problème, c'est que l'auteur s'est créé son univers bien à lui qu'il ne se soucie guère de faire partager. Ainsi, Nicolas Cluzeau nous parle de champs ondilignes, de Sarengard, d'hommes-arbres ou de videsèves mais ne se fend pas d'une explication (pas même d'une carte bon sang!) parce que voyez-vous c'est comme ça : les vrais amateurs de fantasy peuvent se passer de ce genre d'explications qui les empêchent d'entrer pleinement dans l'histoire. Le lecteur lambda lui du coup est assez vite largué et, au bout de quelques pages se désintéressent de l'enquête en cours, d'autant plus que les descriptions sont plutôt maladadroites et le style lourdingue. Pourquoi, mais pourquoi bon sang, les auteurs purs et durs de fantasy se croient-ils obligés d'écrire comme au siècle dernier? Ajoutez à cela que Nicolas Cluzeau a voulu faire de Deidre et Harmelinde des personnages brillants et spirituels et qu'elles se révèlent surtout être des têtes à claques. Leurs échanges sont ce qu'il y a incontestablement de plus ennuyeux dans le livre. Enfin voilà tout ce que m'a inspiré un roman pas catastrophique certes mais pas non plus inoubliables et qui m'incite à penser que je ne suis pas encore prête à me costumer en vampire ou en magicienne pour aller faire la queue devant le stand de Nicolas Cluzeau lors de sa prochaine dédicace...

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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 09:53

L05.jpgLa soie et l'épée

Le peuple des nuées t.1

Kai Meyer

éditions l'Atalante Jeunesse

2006

 

Elle s'appelle Nugua. Recueillie par des dragons étant bébé, elle n'a jamais connu le monde des humains et ne s'en soucie guère. Lui s'appelle Niccolo; il vit avec son peuple dans une cité au-dessus des nuages, une cité qui flotte grâce au souffle des dragons, l'éther. Contrairement à Nugua, il rêve d'évasion. Ces deux-là n'auraient jamais dû se rencontrer : mais, du jour au lendemain, les dragons disparaissent brusquemenet laissant l'une sans famille et l'autre menacé ainsi que tout son peuple d'une mort horrible. Niccolo descend sur terre pour retrouver les dragons. Il fait la connaissance de Nugua et, ensemble, ils se lancent dans une quête à travers toute la Chine, quête qui les conduira de découvertes en découvertes plus surprenantes les unes que les autres.

Premier tome de la trilogie Le peuple des Nuées, la soie et l'épée n'est pas dépourvu de qualités : l'histoire est originale et s'appuie sur un imaginaire qui relève presque du merveilleux; demi-dieux chevauchant des grues, dragons, tours de laves, nuages flottants, malédictions et sortilèges... Las, le style est plutôt pataud, pas forcément à la hauteur d'une telle aventure. Les descriptions sont difficiles à appréhender et à visualiser et les personnages n'ont pas tellement de profondeur. Le lecteur, malgré toute sa bonne volonté, peine à entrer dans une intrigue pas forcément bien menée et qui s'interrompt parfois brutalement pour se focaliser sur un des personnages secondaires, Alessia, fille du peuple des Nuées également mais qui, elle, est restée en haut. Son utilité reste encore à prouver ainsi que celle de Pleuring, un autre personnage plus léger, le faire-valoir comique du récit mais qui, pour l'instant, suscite surtout l'irritation. Très sincèrement, si je n'avais pas déjà toute la série, je me serais arrêtée à ce premier volet, trop bancal pour m'avoir convaincue, mais bon, dans la mesure où j'ai déjà les deux autres tomes de la trilogie, autant voir comment ça se finit non? Affaire à suivre donc en espérant que le dragon se décide à déployer ses ailes...

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 10:36

L02.jpgL'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa

Romain Puértolas

éditions Le Dilettante

2013

 

Ajatashatru Lavash Patel est un fakir indien fraîchement débarqué en France pour une seule et unique raison : visiter le magasin Ikéa le plus proche de l'aéroport et repartir avec le dernier modèle de lit à clous, le tout avec un faux billet de cent dollars imprimé sur une seule face. Vaste et ambitieux programme mais Ajatashatru Lavash Patel plus qu'un fakir est surtout un escroc qui maîtrise à merveille l'art de la supercherie et de l'arnaque. Cependant, des événements inattendus viennent mettre à mal son plan ingénieux. Après être tombé amoureux d'une jolie française rencontrée dans la file d'attente du restaurant du magasin, notre héros se retrouve coincé durant la nuit dans une armoire Ikéa en partance pour le Royaume-Uni. Ajoutez à cela un chauffeur de taxi floué qui a juré de le traquer jusqu'au bout du monde, des clandestins africains, une jolie actrice française, des contrebandiers libyens... La vie de Ajatashatru se complique considérablement mais toutes ces péripéties ainsi qu'un voyage qui le mènera jusqu'en Libye va lui faire comprendre à quel point son existence a été futile jusque là...

L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa bénéficie de trois atouts pour être populaire : sa couverture jaune flashy qui attire immédiatement l'oeil, son titre à rallonge absurde qui suscite la curiosité et, enfin, un ton humoristique qui ne peut que plaire à l'heure où les livres drôles ne sont pas légion. Personnellement, il n'est pas sans m'avoir fait penser quelque peu au Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire : l'auteur met en scène un personnage atypique qui, à la suite d'événements aussi délirants qu'inattendus, se retrouve embarqué presque malgré lui dans une aventure dont il ignore tout du dénouement. C'est amusant et j'ai souri plusieurs fois grâce à des personnages comme l'improbable gitan chauffeur de taxi ou le directeur du magasin Ikéa. L'ensemble est léger même si certains running gags finissent par être lassants : les noms indiens imprononçables, les jeux de mots sur les vaches sacrées... Ceci dit, je l'avoue, ce qui m'a le plus gênée, ce sont les bons sentiments. Il y en a à la pelle dans ce récit : le fakir arnaqueur comprend qu'il est plus glorieux de faire plaisir aux gens que de les dépouiller, son amoureuse Marie prend conscience qu'il est plus gratifiant de se lancer dans une longue histoire d'amour que dans des aventures d'un soir. Personne n'est vraiment méchant, les bons finissent presque toujours par s'en sortir et le récit s'achève sur un Happy End dégoulinant de sucre. Dommage, car l'auteur est plus convaincant lorsqu'il fait preuve d'humour ou de cynisme, notamment lorsqu'il évoque le sort de ces immigrés clandestins que les pays européens se balancent mutuellement pour s'en débarrasser. L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa est loin d'être un mauvais livre : c'est facile et agréable tout en étant distrayant. Justifie-t-il pour autant un tel succès comparé par exemple aux livres de Lalumière chez le même éditeur? Voilà pour le coup ce dont je suis loin d'être convaincue.

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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 13:53

L03.jpgLa mort dans l'âme

Le prince des ténèbres t.1

Jeaniene Frost

éditions Milady

2012

 

C'est un vampire solitaire et ténébreux, c'est une humaine que d'étranges pouvoirs ont également condamné à la solitude... Ils se rencontrent, ils s'aiment mais se déchirent... Non, nous ne sommes pas dans Twilight ni dans True Blood mais La mort dans l'âme est également de la bit-lit et, comme vous allez vite vous en rendre compte, tous les ouvrages de bit-lit se ressemblent...

Notre héroïne s'appelle Bella, pardon Leïla. Comme son illustre consoeur c'est une jeune fille renfermée et solitaire et pour cause... Depuis un tragique accident qui a aussi coûté la vie à sa mère, elle a la capacité de percer les secrets les plus sombres des gens et, accessoirement, de leur envoyer des décharges électriques dans la tronche. C'est donc une âme tourmentée, ce qui serait davantage crédible si elle ne travaillait pas dans un cirque et ne se promenait pas toute la journée dans un justaucorps fluo. C'est d'ailleurs en pleine répétition qu'elle se fait enlever par des créatures de la nuit qui la forcent à entrer en contact avec Vlad (on ne rit pas s'il vous plaît), un célèbre vampire à tendance pyromane. Vlad, intrigué par Leïla, tue ses ravisseurs et l'enlève à son tour. Il l'emmène dans son immense château et lui donne de nouveaux habits parce que le justaucorps ça va cinq minutes. Paf, ils tombent amoureux évidemment et vous savez quoi? ça tombe bien, Vlad est ignifugé et ne craint donc pas les décharges de la jeune fille, ce qui leur permet de faire moult galipettes sous la douche et dans le lit, une chance pour Leïla qui se voyait déjà condamnée à finir vieille fille. Bon, elle s'interroge bien un peu sur les tendances ultra-possessives de Vlad et son goût prononcé pour la torture mais oh hein il ressemble à Aragorn dans le film du Seigneur des Anneaux et il a une super baraque donc faisons comme si de rien n'était. Qui plus est, les ennuis se profilent car c'est pas tout ça mais il faut quand même retrouver celui qui en veut à Vlad et qui a juré de le détruire...

A la suite de ce résumé qui, je n'en doute pas, vous a mis l'eau à la bouche, il est possible je pense de tirer quelques enseignements généraux que nous retrouverons dans beaucoup d'ouvrages de bit-lit et, accessoirement de mauvais romans comme 50 nuances de Grey.

La bit-lit est un genre pour filles. C'est la descendante inavouée des romans à l'eau de rose de l'ancien temps, Barbara Cartland et Harlequin, sauf qu'on remplace princes et industriels richissimes par des vampires ou des loups-garous. L'action se déroule de ce fait du point de vue de l'héroïne qui est d'ailleurs même le plus souvent la narratrice. C'est un genre du fantasme : l'héroïne est en apparence une femme comme les autres, telle cette malheureuse lectrice incomprise, mais, en réalité c'est un être exceptionnel et unique qui se fait immédiatement remarquer par un beau vampire (à remplacer selon les romans par la créature surnaturelle de votre choix), vampire qui est lui-même doté de qualités non négligeables : il est riche et peut apporter à l'héroïne tout ce qu'elle souhaite; il lui assure sa protection ("Rien de mal ne t'arrivera avec moi bébé"); il est remarquablement membré et c'est un amant extraordinaire qui fait découvrir à sa maîtresse tous les plaisirs sensuels au lieu de se jeter sur elle bestialement après quelques dizaines d'années d'abstinence sexuelle (oui, le vampire est sélectif). Enfin, qualité non négligeable, il n'a aucun besoin naturel à part celui de l'accouplement: il ne se nourrit pas et ne met donc pas sa dulcinée derrière les fourneaux le coït achevé, il ne boit rien d'autre que du sang, ce qui lui évite de roter sa bière devant la télé, et il ne pète pas au lit. En contrepartie, il se montre violent dans la passion et très possessif, ce qui séduira d'autant plus une lectrice en mal d'affection et/ou délaissée.

Que penser de la bit-lit et de La mort dans l'âme en particulier? Honnêtement, pas grand-chose. L'écriture est navrante et les ficelles de l'intrigue si grosses qu'il faut être vraiment naïve pour se laisser happer par une action quasi-inexistante. La lectrice lit l'ouvrage uniquement pour deux choses: l'histoire d'amour et les scènes érotiques. Ce premier tome de Janiene Frost, comme dans 50 nuances de Grey d'ailleurs, a certes une conception assez malsaine du couple puisqu'il met en scène un homme macho et violent et une femme somme toute assez soumise malgré quelques éclairs de lucidité qui fondent devant son propre désir... Personnellement, je ne suis pas fan de ce genre de romances (je suis toujours indignée qu'aucune héroïne ne craque jamais pour Jérémy, le comptable au lunettes d'écaille qui rougit et parle trop fort quand il est perturbé) mais bon... je suis aujourd'hui d'humeur conciliante et je veux bien admettre que le roman de Frost n'a aucune valeur littéraire mais remplit juste une fonction précise, celui de faire croire à une lectrice de plus en plus désabusée que les belles histoires d'amour existent encore...

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19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 10:07

L02.jpgAvant d'aller dormir

S.J Watson

éditions Pocket

2011

 

Ce matin, Christine s'est réveillée vingt ans plus tard dans une chambre inconnue avec, à ses côtés, un total étranger. Mais, comme le lui a expliqué celui qui se dit son mari, un dénommé Ben, il n'y a rien là que de très normal. En effet, depuis un terrible accident survenu bien des années auparavant, Christine est incapable de stocker le moindre souvenir plus d'une journée: dès lors qu'elle s'endort, elle a tout oublié le matin à son réveil et, chaque jour, il faut de nouveau tout lui redire : son mariage, son accident, son amnésie... Mais, presque à son insu, Christine a un secret, un journal intime qu'elle tient et dans lequel elle consigne tout ce qui lui arrive sur les conseils du docteur Nash, un médecin qu'elle voit en cachette de son mari. Dès lors, chaque jour, Christine peut mieux se familiariser avec l'étrangère qu'elle est devenue et découvrir ce que Ben lui dit tous les jours mais, aussi ce qu'il lui cache. Bientôt, mis bout à bout, le journal fait apparaître des zones d'ombres et des incohérences dans le récit...

Avant d'aller dormir est un ouvrage assez paradoxal. J'ai vraiment accroché au débult, me laissant porter par une narration très bien menée et construite à la manière d'une scène qui se répéterait encore et encore, d'une héroïne prise au piège d'une journée sans fin, condamnée à réapprendre sa vie chaque matin. Mais la fin du roman est plutôt décevante, tombant dans le cliché moralisateur et la guimauve. C'est un peu dommage de gâcher une bonne intrigue policière et des rebondissements assez inattendus par une morale américaine bien puritaine...  L'un de mes collègues a qualifié ce polar de "très féminin" et, après avoir fini, je suis assez d'accord. L'auteur fait la part belle à la psychologie de son héroïne, s'interroge sur des thèmes comme l'amour et la maternité, et mâtine son huis-clos de considérations sentimentales : Christine peut-elle aimer son mari alors que c'est toujours pour elle un inconnu? Watson semble sans cesse hésiter entre le bon policier de base avec ses effets inratables (une héroïne qui ne peut faire confiance à personne, les mensonges, les scènes violentes) et la bluette à la Musso. Fort heureusement, à part sur la fin je le répète complètement ratée, c'est l'intrigue policière qui gagne et fait de Avant d'aller dormir un roman tout à fait passable, très visuel et qui, je pense  pour le coup serait très intéressant adapté cinématographiquement...

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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 11:23

L04.jpgAdolphe

Benjamin Constant

Editions Flammarion

 

"Par quelle pitié bizarre n'osez-vous rompre un lien qui vous pèse et déchirez-vous l'être malheureux près de qui votre pitié vous retient? Pourquoi me refusez-vous le triste plaisir de vous croire au moins généreux? Pourquoi vous montrez-vous furieux et faible? L'idée de ma douleur vous poursuit, et le spectacle de cette douleur ne peut vous arrêter! Qu'exigez-vous? Que je vous quitte? Ne voyez-vous pas que je n'en ai pas la force? Ah! C'est à vous, qui n'aimez pas, c'est à vous de la trouver, cette force, dans ce coeur lassé de moi, que tant d'amour ne saurait désarmer. Vous ne me la donnerez pas, vous me ferez languir dans les larmes, vous me ferez mourir à vos pieds."

 

Adolphe, c'est une histoire d'amour à l'envers; c'est le récit d'un narrateur, Adolphe qui, persuadé qu'il est tombé amoureux d'une femme de dix ans son aînée, Ellénore, parvient à la séduire et à lui faire quitter amant et enfants avant de réaliser qu'en fait il ne l'aime pas tant que ça. Mais comment briser une liaison amoureuse quand on est un être faible, indécis et, il faut bien le dire, pas très clair dans ses propres sentiments? Adolphe est-il retenu auprès de sa maîtresse par la pitié, la tendresse ou la culpabilité? Pétri de contradictions, le narrateur reste auprès d'Ellénore alors que tout son être aspire à rompre une relation qui lui pèse. Sans doute largement inspiré de la vie de son auteur Benjamin Constant et notamment de sa liaison amoureuse avec Madame de Staël, Adolphe est une oeuvre sans pitié qui pose sur ses deux protagonistes un regard sans concessions : en effet, si le héros éponyme est décrit comme un être lâche, incapable de la moindre décision, prompt à se plaindre et à s'apitoyer sur lui-même, l'héroïne elle-même n'est guère épargnée. Ellénore est un être passionné et étouffant, une femme que l'amour rend jalouse, coquette, parfois ridicule, et qui est vue comme un obstacle aux aspirations d'Adolphe. Le narrateur la décrit sans complaisance, non pas avec le regard subjectif d'un amoureux, mais avec l'objectivité cruelle d'un homme qui n'aime plus. Scènes de ménage d'Ellénore, atermoiements d'Adolphe, tout cela fait du roman un huis-clos étouffant dans lequel chacun des amants se renvoie au visage sans l'exprimer clairement leurs torts respectifs: Ellénore en veut à Adolphe de ne pas l'aimer comme elle l'aime, Adolphe en veut à Ellénore de ne pas lui rendre sa liberté. Style classique qui s'inspire tout autant du roman épistolaire que des Confessions de Rousseau, l'oeuvre de Constant de par son héros tourmenté est également teinté d'une touche de romantisme. C'est un récit brillant et une description glaciale de la psychologie amoureuse. Les mots sont ici destructeurs et et les lettres jouent un rôle-clé dans l'intrigue; c'est un courrier d'Adolphe qui séduit Ellénore, c'est une autre de ses lettres qui la fait mourir de chagrin. Ambivalence du sentiment, poids de la société, Adolphe décrit tout cela mais, surtout, décrit admirablement la tragédie d'un homme qui devient bien malgré lui le bourreau de celle qui l'aime....

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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 13:37

L05.jpgL'origine des Victoires

Ugo Bellagamba

éditions Mémoires Millénaires

 

Vous êtes perdus? Vous vous sentez succomber au Mal avec un grand M? Pas de panique, les Victoires sont là. Les Victoires ce sont des jeunes ou vieilles femmes, vives et entraînées, destinées tout au long des siècles à lutter contre l'orvet, une entité maléfique qui aime à contrôler les hommes et à leur faire commettre les pires atrocités comme ça, juste pour le fun. Heureusement, les Victoires veillent...

Je vais essayer d'être pas trop méchante mais c'est difficile. Bon, le style ça va. C'est basique, pas extraordinaire, les mots ne vous transportent pas au septième ciel, mais le roman se lit facilement. Ce qu'il y a c'est que l'histoire (quelle histoire?) est tout simplement... ridicule. L'intrigue, soyons clair, il n'y en a pas :  l'auteur se contente d'aligner et de mettre en scènes ses héroïnes à différentes époques de l'Histoire, ne cherchant ni unité, ni rebondissements entre les différents chapitres qui se déroulent à travers les âges. Et le contenu est parfois gratiné : vous apprendrez ainsi entre autres que Thomas d'Aquin était une femme, Alexandra David-Neel une Victoire et que Gustave Eiffel a redonné sens à l'humanité en construisant sa fameuse tour. N'est-ce pas merveilleux? Mais, ce qui m'a le plus agacée dans L'origine des Victoires, c'est la "morale" de l'histoire: toutes les femmes sont des déesses. En effet, seules les femmes peuvent être des Victoires et l'orvet ne peut s'emparer que de l'esprit des hommes, les femmes y étant en gros hermétiques, même si elles peuvent plus ou moins se laisser influencer par le Mal. Personnellement, je ne me sens pas une déesse et, à moins de s'appeler Khaleesi et d'avoir trois dragons qui l'accompagnent, je pense qu'aucune femme ne peut prétendre à ce titre. Je lutterai toujours contre cette idée absurde qui veut que la femme soit presque parfaite et l'homme un monstre lubrique et sanguinaire. Non mais, c'est quoi ce délire? Je trouve ce raisonnement faux et dangereux. Voilà essentiellement la raison de ma colère contre un ouvrage au demeurant assez plat, sans rythme et qui n'a qu'un mérite, celui d'être court. A bon entendeur...

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8 septembre 2013 7 08 /09 /septembre /2013 13:58

L05.jpgLe mort aux quatre tombeaux

Peter May

éditions du Rouerge

 

A la suite d'une soirée alcoolisée, Enzo Mc Leod, ancien légiste écossais établi en France et devenu simple professeur de biologie, fait le pari de résoudre les meurtres inexpliqués décrit dans le livre de Raffin, journaliste. L'idée de Mc Leod est de prouver que désormais, grâce aux nouvelles technologies, il est désormais possible de résoudre les mystères les plus complexes. Le voilà donc lancé sur la disparition de Jacques Gaillard, ancien conseiller du premier ministre charismatique et influent qui s'est évaporé en 1996 et que la police n'a jamais retrouvé, vivant ou mort. Mc Leod décide de tout reprendre à la base et, à la surprise générale, sa propre enquête ne tarde pas à porter ses fruits...

Il n'est pas méchant le héros, plutôt sympathique même, et l'on suit avec beaucoup d'intérêt ses déboires, sa fille aînée qui ne lui parle plus, sa cadette qui sort avec un prof de fitness peroxydé, son alcoolisme avéré, ses gaffes amoureuses... Le style du roman n'est pas mauvais non plus. Mais... Comment vous dire? Ce qui ne va pas dans ce roman policier, et bien c'est l'intrigue policière. Admettez que c'est un peu gênant. En bref, un pauvre prof, intelligent certes mais pas à ce point, épaulé par une de ses étudiantes, parvient uniquement à résoudre une enquête non résolue depuis des années uniquement en tapant trois mots clés sur Google. Oui oui, vous avez bien compris, sur Google: "Coquille saint Jacques + salamandre + chandelier". Donc de deux choses, ou la police française est complètement demeurée ou ils ne sont pas équipés d'Internet dans le commissariat; ceci dit, j'avoue que ça m'inquièterait un peu si, pour résoudre mon meurtre, l'enquêteur allait chercher des indices sur Wikipédia ou lancer un appel à témoins sur Twitter. Voilà, voilà... Du coup, inutile de vous dire que le livre n'a absolument aucune crédibilité et et que l'intrigue fait plus rire qu'autre chose. D'ailleurs, l'auteur lui-même ne semble pas sûr de son registre, oscillant entre le franc comique (le héros qui se fait tabasser par le père mal dégrossi de son étudiante ou qui se retrouve avec des canetons dans sa baignoire) et le tragique (la fille qui se fait enlever). Mais n'est pas Fred Vargas qui veut et Le mort aux quatre tombeaux, trop grotesque pour se laisser prendre au sérieux mais trop sérieux pour tomber dans la parodie n'a d'autre effet que de décevoir le lecteur et de lui faire se demander pourquoi diable Peter May s'est fourvoyé dans une histoire pareille...

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Published by beux - dans Polar
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