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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 18:05

L02.jpgLa quête des livres-monde

t.1 Le livre des âmes

Carina Rozenfeld

éditions l'Atalante Jeunesse

2012

 

Depuis maintenant un certain nombre d'années je participe aux Imaginales à Epinal, un festival de littérature de l'imaginaire. Et depuis un certain nombre d'années je vois passer cette petite dame qui y participe depuis au moins aussi longtemps sinon plus que moi, un auteur pour la jeunesse très gentille qui, contrairement à beaucoup d'autres écrivains sur ce genre de manifestations, se montre toujours très agréable avec les libraires. Cet auteur, c'est Carina Rozenfeld, l'auteur de la série La quête des livres-monde dont nous allons parler aujourd'hui.

Zec (de son vrai prénom Ezéchiel) vit une adolescence des plus normales. Il traîne avec son meilleur ami Louis, il se meurt d'amour pour la belle et inaccessible Léa et il tient un blog dans lequel il raconte ses petits malheurs quotidiens notamment sa peur de ne pas passer en première S et de ne pas pouvoir devenir pilote de ligne, son rêve ultime. Tout va donc plutôt bien pour lui jusqu'au jour où, après une nuit de souffrance, il se retrouve avec des ailes dans le dos. C'est un choc pour lui et encore plus lorsqu'il découvre qu'il vient d'une autre planète, Chébérith. Chébérith a sombré dans le néant à cause de l'Avaleur de Mondes et seul Zec peut la ressusciter. Pour cela il doit remettre la main sur les Livres-Monde, trois livres qui permettront à son monde d'origine de renaître de ses cendres.

J'avais une appréhension en ouvrant ce roman car il m'aurait été difficile de critiquer un livre alors que l'auteur m'est sympathique. Le dilemme m'est évitée, j'ai bien aimé le premier tome de cette trilogie qui revisite le thème de Superman, les collants ridicules en moins. Le personnage de Zec est intéressant : c'est un adolescent assez réaliste qui s'exprime de façon normale et a des réactions adaptées. Il ne bondit pas de joie quand il se découvre des ailes dans le dos puis par la suite il apprend à s'accepter, il commet des imprudences, il fait des erreurs... bref il n'agit pas comme 90% des adolescents de romans qui se découvrent de supers-pouvoirs. De plus, Le livre des âmes démarre rapidement, l'intrigue progresse vite si bien que le lecteur est rapidement happé par une histoire parfois un peu tirée par les cheveux mais plutôt intéressante avec quelques moments très poétiques : les ultimes survivants de Chébérith qui perdent peu à peu la mémoire, Zec volant pour la première fois... Malgré quelques maladresses dans le style, ce premier tome se lit donc rapidement et le second volume est déjà commandé. Affaire à suivre...

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8 avril 2015 3 08 /04 /avril /2015 19:38

L05.jpgLe choix de Bérénice

Fabien Clavel

éditions Rageot

2015

 

Le principe de la collection est simple : il s'agit d'adapter un classique de la littérature d'amour à notre époque. Ma collègue était enthousiaste et j'avoue que j'étais assez séduite également. N'est-ce pas un moyen de redonner goût à des oeuvres classiques aux adolescents en leur proposant une histoire dans l'air du temps qui leur donnera envie peut-être par la suite de découvrir l'histoire d'amour originale ? Et après, j'ai vu le titre de la collection et j'ai déchanté : "In love". Oui je suppose qu'en français, ça faisait pas assez dans le coup. Je ne parle même pas de la couverture du Choix de Bérénice représentant deux mains formant un petit coeur. Il ne manque plus que le "lol" dans un coin tiens.

Mais de quoi parle donc Le choix de Bérénice justement ? Et bien le livre est une adaptation de la célèbre pièce de Racine, revisité à la sauce contemporaine. Et quand on parle de revisite, là il s'agit plus d'un massacre, vous savez comme lors d'un télé-crochet où un candidat braille du Brel avec des effets de voix et que vous n'avez plus qu'une envie c'est de lui arracher la gorge avec des tenailles rougies à blanc. Petit rappel pour ceux qui ne connaissent pas Bérénice. Bérénice raconte l'histoire de Titus, empereur romain amoureux fou de la belle Bérénice qui lui rend cet amour et qui, pour lui, a quitté sa Palestine natale. Mais les conseillers de Titus s'opposent à leur union et somment le héros de choisir entre Rome et Bérénice. Désespéré Titus fait le choix de la "raison" et demande à Bérénice de partir par le biais d'Antiochus, également amoureux de la belle. Tous les trois vivent mais finissent malheureux chacun de leur côté.

Voilà pour la version "originale". Passons maintenant à l'adaptation de Clavel voulez-vous ? Ce dernier fait le choix de raconter l'histoire par le biais d'Arslan (alias Antiochus) J'avoue que j'ai un peu tiqué mais en y réfléchissant, pourquoi pas ? Même si Bérénice et Titus sont les personnages principaux de la pièce de Racine, le triangle amoureux qu'ils forment avec Antiochus existe bel et bien et ça peut être un parti pris. Là où je suis moins d'accord, c'est quand Clavel crée un nouveau triangle en faisant du confident d'Arslan, Aydin, son amoureux secret ! Oui mais là excusez-moi, ça sent bon le "je veux caser une histoire d'amour homosexuel pour faire plus moderne et du coup j'en invente une comme ça pif pouf". Et comme Clavel n'en a jamais assez de l'amour, il y a encore une amoureuse malheureuse, Beverley, amoureuse de Arslan. Tout le monde aime Arslan en fait. Mais lui Arslan il aime Bérénice, israélienne (à mon avis faire d'elle une palestinienne musulmane était beaucoup plus intéressant mais bon) qui elle aime Titus, un séduisant américain aux cheveux blonds. Le Titus de Racine était un homme de guerre, Clavel fait du sien un sportif (oui je sais) appelé à reprendre la multinationale de son père à sa mort. Titus est aussi amoureux de Bérénice, mais son père, trahie par son épouse égyptienne (un peuple fourbe je le savais) se refuse à ce que son fils convole avec une étrangère. Du coup, Titus se voit sommer de choisir entre l'entreprise de son père et un mariage avec Bérénice. Et comme dans la pièce de Racine il ne choisit pas la belle.

J'avoue, c'était difficile d'adapter la pièce : déjà parce que dans la pièce il ne se passe rien, donc en faire un roman pour ados c'était déjà délicat. D'autre part, parce que nous vivons à l'époque où renoncer à l'amour au nom de la raison d'Etat paraît un peu démodé. Le Titus de Clavel a beau hériter d'un empire financier, on ne voit pas bien pourquoi il se laisse aussi facilement influencer dans ses choix. ça paraît même un peu ridicule : "Tiens Titus renonce à l'amour de ta vie au lieu de nous envoyer paître et de nous intenter un procès qui te rapportera sans doute beaucoup." L'intrigue était donc casse-gueule à la base mais l'auteur prend un malin plaisir à s'enfoncer davantage dans la médiocrité en réduisant les sublimes élans des personnages de Racine à des geignements d'ados en proie aux hormones. Quatre formes d'amour et pas une de crédible : Bérénice flashe sur Titus dès qu'elle le voit sortir de l'eau en mode surfeur, Arslan se morfond pour Bérénice alors qu'il la connaît à peine (oh mais oui Bérénice, je t'ai vue deux fois en un an, bien entendu que je vais tout quitter pour t'accompagner aux Etats-Unis histoire de te tenir la chandelle pendant que tu roucoules avec Titus) et Aydin lance des sous-entendus mystérieux à Arslan "Ne t'inquiète pas, je comprends PARFAITEMENT (clin d'oeil) ce que tu ressens pour Bérénice." Chez Clavel l'amour c'est magique, ça survient comme ça pif pouf et ça repart aussi sec d'ailleurs : rassurez-vous bonnes gens, Arslan finit heureux avec Bérénice, l'auteurw ayant manifestement oublié que le principe d'une tragédie c'est de finir mal. Ce n'était peut-être pas assez moderne, l'amour malheureux et tout le reste, Bérénice a dû lire beaucoup de bouquins de développement personnel et comprendre que sa relation avec Titus était destructrice. C'est beau tiens.

Vous voulez pour finir qu'on parle vraiment du style ? Des dialogues artificiels au possible coupées de descriptions aussi inutiles que mièvres ? De l'action qui peut s'étaler sur une journée puis ensuite passe gaiement trois ans ? Des répétitions et du vocabulaire faussement branché ? Je crois qu'il vaut mieux ne pas en rajouter. Ceci dit le but du livre est atteint : après la lecture du Choix de Bérénice, je n'ai plus qu'une envie, c'est de relire la pièce de Racine histoire d'oublier cette adaptation.

Allez je vous laisse, je prépare le prochain roman pour la collection "In love" :

" Ashley timide terminale adepte d'échecs aime en silence Scarlett, la pom-pom girl du lycée. Mais leur amour est impossible car tous les deux sont en couple : Ashley sort avec Mélanie, une fille dévote qui refuse de coucher avec lui avant le mariage tandis que Scarlett fréquente Rhett, le capitaine de l'équipe, un jeune homme violent qui boit des bières avec ses copains et qui la bat. De guerre lasse, Scarlett demande conseil à Mama, leur prof de maths transsexuelle et secrètement amoureuse d'Ashley également."

Je pense que Rageot va adorer.

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7 avril 2015 2 07 /04 /avril /2015 10:28

L02.jpgMa vie de pingouin

Katarina Mazetti

éditions Gaïa

2008

 

En route pour l'Antarctique ! Un groupe de Suédois part en voyage organisé pour une croisière de l'extrême au fin fond du pôle. Parmi eux, il y a la sémillante Alba, une septuagénaire qui s'amuse à relever les similitudes de ses compagnons de route avec les animaux qu'ils croisent, l'optimiste Wilma rongée par une maladie qu'elle tait et Tomas, un journaliste devenu dépressif depuis son divorce. Il y a aussi les vieux passionnés d'ornithologie, la quadragénaire nymphomane et son mari résigné, deux meilleures amies en chasse de deux séduisants veufs, une grande soeur qui tyrannise la petite, un homme imbu de lui-même et sa discrète épouse...

Une fois de plus, Mazetti, l'auteur du mec de la tombe d'à côté, se lance dans son exercice de style favori, confronter différents personnages et leurs points de vue en leur laissant la parole à tour de rôle. Il y a trois personnages, Alba, Wilma et Tomas, les narrateurs principaux, mais également quelques personnages secondaires qui interviennent de temps en temps pour s'exprimer. Pour ceux qui ont déjà lu du Mazetti, cet effet narratif n'est plus vraiment une surprise, d'autant plus qu'il est devenu très à la mode ces derniers temps et le procédé n'a absolument rien d'original. C'est cependant efficace, d'autant plus qu'il est assez intéressant de noter le décalage entre ce que les personnages croient penser et ce qu'ils pensent réellement. Wilma ne s'avoue que tard qu'elle aime Tomas, l'époux qui projette de tuer sa femme infidèle panique lorsque celle-ci disparaît, et même la blasée Alba ne se rend pas compte de l'attachement qu'elle éprouve pour Peter, son ancien amant. A travers toutes ces voix, la vie de la croisière se dessine, une vie marquée par les excursions, l'observation des oiseaux, les discussions le soir au bar du navire sur le réchauffement climatique et l'avenir de la planète. Ma vie de pingouin n'a certes pas le mordant du Caveau de famille et met à jour quelques faiblesses de son auteur : son propos un peu sucré, un certain manichéisme (Mazetti ne donne jamais la parole aux "méchants" : le mari tyrannique, la soeur acariâtre, l'épouse nymphomane) et une fin tirée par les cheveux. En revanche, le livre excelle dans les descriptions de la nature (la scène notamment avec le phoque attaqué par les orques est une merveille de cruauté) et dans des portraits optimistes de protagonistes qui, lors de ce voyage, se découvrent un peu eux-mêmes.

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3 avril 2015 5 03 /04 /avril /2015 19:49

L02.jpgBroadway Limited

t.1 Un dîner avec Cary Grant

Malika Ferdjoukh

éditions Ecole des Loisirs

2015

 

1946 : Jocelyn Brouillard, jeune parisien, débarque à New York dans la pension Giboulée, fort de sa bourse d'études et de la recommandation de son oncle. Le problème c'est que la pension Giboulée n'accepte que les filles : un bocal de soupe d'asperges et de solides talents de musicien persuadent cependant l'acariâtre propriétaire du lieu d'accepter notre petit français. Jocelyn emménage donc au sous-sol et fait la connaissance de ses petites camarades : il y a la pétillante Page, la frivole Chic, la réservée Manhattan, la solitaire Hadley... Toutes sont danseuses ou apprenties comédiennes et rêvent de gloire... ou d'autre chose. Peu à peu le lecteur en apprend davantage sur chacune d'elles et découvre leurs secrets et leurs espoirs.

De Ferdjoukh, je ne connaissais que la série Quatre soeurs qui m'avait laissée un souvenir assez agréable. Broadway Limited me laisse le même genre d'impressions. Il s'agit d'un roman ado plutôt bien écrit et courageux car traiter d'un sujet pareil (New York d'après-guerre) est loin d'être évident. De fait, j'ai bien peur que le livre attire plus les parents que les enfants : on y parle de Marlon Brando et de Clark Gable, des comédies musicales de Fred Astaire et de la guerre froide. Le contenu peut paraître un tantinet austère mais est contrebalancé par des personnages dynamiques et attachants et des descriptions souvent drôles de la vie artistique new-yorkaise. On y croise des jeunes premiers en mal de reconnaissance, des divas capricieuses, des héroïnes rêvant d'être des stars mais auditionnant pour des publicités de soupes, des étudiants désargentés qui sortent écouter du jazz... Le seul point faible du livre, c'est probablement sa multitude de personnages... Entre toutes les filles de la pension et leurs connaissances, Jocelyn et ses amis, les collègues et les rencontres des uns et des autres, le lecteur se retrouve parfois un peu perdu, d'autant plus que le récit oscille sans cesse entre les différents héros, exception faite de ce joli passage sous forme de souvenir, le chapitre consacré à la rencontre que fit Hadley un jour dans un train nommé Broadway Limited et qui s'attache exclusivement à la jeune fille. Néanmoins le livre malgré son épaisseur se lit très rapidement même s'il s'adresse sans aucun doute à de bonnes lectrices désireuses de faire un petit saut dans le temps.

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31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 17:51

L02.jpgAfterworlds

Scott Westerfeld

Pocket Jeunesse

2014

 

Darcy est une jeune fille qui renonce à l'université pour monter à New York et devenir écrivain, Lizzie est une jeune fille qui, survivant à un attentat terroriste, fait une expérience de mort imminente et se retrouve plongée dans un état entre la vie et la mort. Elle y fait la connaissance de Yamaraj, un dieu de la Mort et devient comme ce dernier capable de passer d'un monde à un autre et de voir les fantômes. Darcy fait ses premiers pas d'auteur, travaille sur son livre, mange des nouilles et tombe amoureuse d'une autre écrivain, Imogène tout en essayant de respecter le budget fixé par sa petite soeur. Lizzie, elle, essaie de surmonter le choc de l'attentat, fait la connaissance de Mindy, l'amie fantôme de sa mère et s'éprend de Yamaraj... A priori rien en commun avec ces deux héroïnes si ce n'est tout : Lizzie est la création de Darcy.

Afterworlds, oeuvre de l'auteur entre autres de la série Uglies, est un ouvrage assez déconcertant à plus d'un titre. Niveau écriture, rien à dire : Westerfeld a un style des plus agréables : son point fort ce sont ses descriptions toujours justes et sa capacité à construire en quelques mots tout une ambiance. Le premier chapitre  sur Lizzie retraçant l'attaque de l'aéroport est une réussite totale dans ce domaine, à la fois glaçant et plein de suspens. Là où je suis moins convaincue, c'est par ce parti pris d'avoir voulu faire cohabiter deux histoires, celles de l'auteur et de son héroïne dans un seul roman. La mise en abyme n'est pas inintéressante mais échoue : rien ne lie vraiment Lizzie et Darcy si ce n'est leurs prénoms austeniens. L'auteur a la mauvaise idée de commencer par parler de Darcy, ruinant d'entrée de jeu tout suspens : on sait immédiatement que Lizzie n'est qu'un personnage fictif et son aventure perd beaucoup de sa force. De plus, les deux récits ne sont jamais liés l'un à l'autre : quand Darcy emménage à New-York, elle a déjà écrit Afterworlds, l'histoire de Lizzie, et ne fait que de la réécriture. Nous ne la voyons jamais sérieusement s'investir dans son roman, et n'est jamais "connectée" avec son héroïne qui de son côté n'agit jamais comme un personnage de fiction (il aurait pu être amusant par exemple d'intégrer les scènes écrites mais jugées trop kitsch par l'éditeur, de faire adopter des comportements différents à Lizzie en fonction de l'humeur de son auteur) Une seule scène permet de saisir leur lien c'est lorsque Darcy réalise qu'elle a écrit son roman suite à un malentendu. Mais au final, nous nous retrouvons avec deux intrigues bien distinctes. D'un côté nous avons une histoire fantastique pour ados dans la veine du moment : surnaturel, amour entre une humaine et un immortel, fantômes et vengeance, de l'autre un roman d'apprentissage et une réflexion sur l'écriture. Certains plébisciteront l'histoire de Darcy, d'autres celles de Lizzie. Pour ma part je trouve que les deux ont leurs mérites : les descriptions sont plus précises dans celle de Lizzie, le personnage plus intéressant mais l'intrigue est peu originale. A l'inverse, le récit mettant en scène Darcy s'articule autour d'une réflexion plus sérieuse sur l'écriture, souvent sur le ton de l'humour, et sur un apprentissage de la vie d'adulte pas toujours évident. C'est moins couru, plus poussé mais là encore Westerfeld n'évite pas les clichés : l'histoire d'amour est sirupeuse et le monde éditorial new-yorkais est présenté comme une gentille famille bisounours toujours prêt à soutenir l'écrivain en herbe et à converser littérature. Les deux pour moi méritaient donc un roman mais je regrette le manque de lien entre les histoires et si suite il y a, j'espère que Westerfeld parviendra à redonner une unité à deux protagonistes pour l'instant à mille kilomètres l'une de l'autre.

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29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 12:12

L02.jpgLe Père Goriot

Honoré de Balzac

éditions Gallimard

1835

 

Eugène de Rastignac venu tout droit de sa province pour étudier le droit à Paris rêve de gloire et de fortune, d'être admis dans les plus hautes sphères de la société et de se faire un nom dans la capitale. Mais comment faire quand on est sans le sou, étudiant désargenté sans voiture et sans vêtements, condamné à loger dans une pension de famille misérable ? C'est dans cet établissement que Eugène fait la connaissance du père Goriot, vieil homme triste dont il ne tarde pas à percer le secret lorsqu'il commence à fréquenter les cercles mondains : autrefois marchand prospère, Goriot a sacrifié ses rentes et une retraite confortable pour assurer la dot de deux filles frivoles et égoïstes qui ne se souviennent aujourd'hui de lui que pour lui réclamer de l'argent.

Le Père Goriot est sans doute l'oeuvre la plus connue de Balzac et la plus étudiée. Ce n'est quant à moi pas ma préférée. Bien sûr, on retrouve tout ce qui fait la spécificité de La Comédie Humaine : des personnages qui sont appelés à devenir récurrents, des histoires qui se croisent... Le livre s'oppose ainsi à l'espace clos qu'est Eugénie Grandet. Si Rastignac est le héros du livre, le jeune homme en pleine phase d'apprentissage, il lui est proposé durant tout le récit deux modèles : le Père Goriot, homme probe et entier, et Vautrin, l'ancien forçat machiavélique et opportuniste. Chacun lui offre une voie à suivre, celle des sentiments ou celle des calculs. Inutile de dire que le cynisme gagne : Goriot se retrouve pauvre, mal-aimé et condamné à mourir seul et dans le dénuement le plus complet alors que Vautrin, même arrêté par la police, continue à susciter la sympathie de son entourage. Le Père Goriot est également un roman de la passion, mais cette fois celui de l'amour paternel porté à son paroxysme. Peut-être est-ce pour cela que je l'apprécie moins : c'est sans doute mon côté romantique mais il y avait dans la passion amoureuse d'Eugénie une dignité et une pudeur qu'on ne retrouve guère dans l'amour de Goriot pour ses deux filles : l'ancien marchand se couvre de ridicule pour Delphine et Anastasie, leur baise les pieds, se cache pour les voir passer en voiture, s'avilit pour les rendre heureuse... Sa passion a quelque chose d'assez malsain (les autres pensionnaires croient d'ailleurs qu'il entretient de jeunes maîtresses) et si le personnage de Goriot a quelque chose d'émouvant et de tragique, il apparaît clairement que Balzac n'en fait pas une référence, lui confisquant même son statut de héros éponyme au profit du moins naïf Rastignac. Lui reste alors le statut de victime, victime d'une société fondée avant tout sur le paraître mais aussi victime de ses propres erreurs qui lui ont fait gâter jusqu'à en pourrir ses deux filles.

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26 mars 2015 4 26 /03 /mars /2015 18:02

L03.jpgFatima

Marek Halter

éditions Robert Laffont

2015

 

Nous avions parlé il y a peu du premier ouvrage de la série Les femmes de l'islam, Khadija, roman consacré à l'épouse du prophète. Dans ce deuxième volume, Fatima, c'est de sa fille qu'il est question. Fatima, fille de Khadija, est une jeune femme guerrière qui voue à son père une admiration et un amour sans bornes et est prête à tout pour le défendre face aux ennemis qui refusent de le reconnaître comme un envoyé de Dieu. Mais Fatima qui voudrait tenir le rôle du fils que son père a perdu ne tarde pas à se rendre compte que cela lui est impossible. Son entourage s'y oppose et lui impose le mariage afin d'assurer la descendance du Prophète.

Autant j'avais aimé Khadija autant j'ai eu plus de mal avec ce second tome. La faute à un style ampoulé, qui parfois reprend des passages entiers du Coran.Durant la majeure partie du livre, il est question des révélations de Mahomet et de ses agissements : ses doutes, ses combats contre les polythéistes, ses persécutions... Mais tout reste très linéaire et très plat, écrit avec un ton emphatique et un peu vieillot qui ennuie bien vite. Fatima elle-même n'est pas un personnage aussi intéressant que sa mère : cependant, il y a quelques passages touchants : la jalousie de Fatima face à la promise de son père, Aïcha, la souffrance de la jeune fille qui doit parfois faire face à l'indifférence de son père ou admettre qu'elle ne pourra jamais être à ses côtés dans la bataille.. Possessive, Fatima doit gérer son amour pour son père et son Dieu et apprendre l'obéissance. Si le propos reste plus que discutable, on ne peut qu'être un peu émue par ce portrait d'une femme tiraillée entre ses aspirations réelles et son devoir. Un roman léger mais agréable dont la suite devrait bientôt sortir.

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24 mars 2015 2 24 /03 /mars /2015 10:14

L02.jpgWinter People

Jennifer McMahon

éditions Robert Laffont

2014

 

En 1908, dans une petite ferme du Vermont, Sara Harrison Shea est folle de douleur : sa fille bien-aimée Gertie est morte, tombée dans un puits. La jeune femme ne peut se résigner à cette perte. Après tout, n'habite-t-elle pas près de la Main du Diable, dans cette forêt sombre qu'on dit hanté par les Dormeurs, des êtres revenus de l'au-delà grâce à leurs proches? Or, Sara est bien déterminée à récupérer sa fille... Un siècle plus tard, dans cette même ferme, Ruthie, dix-neuf ans, rentre chez elle pour découvrir que sa mère Alice a mystérieusement disparu sans laisser de traces.

C'est du fantastique de gare, du fantastique écrit pour des mères de famille qui se reconnaîtront dans les différents personnages. Les héros masculins sont quasiment absents du livre et quand ils y sont n'occupent qu'une place mineure. Mais il faut reconnaître que c'est du fantastique efficace. En lisant Winter People, j'ai eu l'impression d'être en vacances : pas de réflexion, pas d'ennui non plus, une histoire qui se lit comme un policier avec quelques passages cependant assez saisissants : la mort du renard, le bruit de pas dans la grotte, la description des bois... J'ai eu une ou deux fois un sentiment de malaise, ce qui est plutôt bon signe. Alors oui, c'est une intrigue assez convenue, oui ça joue pas mal sur la sensibilité féminine et sur quelques clichés de la littérature fantastique (la petite fille mystérieuse, les revenants, la sorcière rejetée...) oui le style est sans éclats (encore que je trouve que l'intrigue mettant en scène Sara est plutôt réussie) mais Winter People n'en reste pas moins un agréable divertissement pour les amateurs du genre, même si je ne suis pas sûre que pour le coup les hommes accrochent autant que les femmes.

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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 12:07

L03.jpg

Barrière mentale

Poul Anderson

éditions Livre de Poche

1954

 

Ecrit en 1954 et réédité en poche il y a peu, Barrière mentale est un ouvrage de science-fiction qui s'inscrit dans l'âge d'or du genre. Un matin, suite à un phénomène cosmique, les gens se réveillent plus intelligents. Les attardés mentaux se mettent à réfléchir, les scientifiques font des découvertes sur lesquelles ils planchaient depuis des années et même les animaux s'y mettent : les cochons se rebellent, les singes s'évadent... Peter Corinth, physicien, emploie aussitôt cette nouvelle intelligence pour tenter de comprendre le phénomène mais, comme tous ses contemporains en mesure bientôt les conséquences : les gens ne veulent plus s'abrutir à des emplois ingrats ni dépenser des fortunes dans des vêtements coûteux. En Russie, le peuple se rebelle contre le système communiste tandis qu'aux Etats-Unis les villes sont désertées. Peter lui-même doit faire face au malaise profond de sa femme Sheila qui, paisible femme au foyer, se retrouve en proie à une intelligence qui lui fait prendre conscience de l'inanité de sa vie et la dévore de l'intérieur. Pendant ce temps, dans la campagne environnante de New-York, Archie Brock, ancien simple d'esprit resté seul à gérer une ferme, monte rapidement une communauté grâce à deux chimpanzés et à un éléphant.

L'idée de départ est plutôt intéressante d'autant plus que Anderson, contrairement à ce que beaucoup d'autres auraient pu faire, ne fait pas de cette société soudainement plus intelligente une utopie. Comme le souligne l'auteur : "Le fond de la personnalité ne change pas. Et les gens intelligents ont toujours pratiqué, de temps à autre, la stupidité ou la méchanceté, comme tout un chacun. Un homme peut être un brillant savant, mais ça ne l'empêchera pas, entre autres, de négliger sa santé, de conduire avec imprudence ou de fréquenter les voyantes." L'intelligence rend-elle alors malheureux ? L'auteur ne dit pas ça non plus : si Sheila sombre dans la folie, c'est qu'elle n'arrive pas à employer cette soudaine connaissance qui du coup, se retourne contre elle. A l'inverse, Archie voit son horizon s'ouvrir et s'épanouit pleinement. L'écueil cependant de Barrière mentale, c'est que justement rien n'est suffisamment développé. Ecrit à l'époque où la science-fiction était considérée comme un genre mineur et gaiement sabrée, le roman de Anderson est trop court pour développer un sujet aussi vaste. Comment appréhender le changement qui se joue même au sein des sociétés et des hommes en moins de deux cent pages? Les héros sont tout juste esquissés, les relations entre les personnages à peine abordées... Le lecteur n'a pas le temps d'entrer dans l'histoire ou de s'attacher aux protagonistes qu'il est déjà à la fin de l'ouvrage. Ainsi, si Barrière mentale reste un brillant exercice de style, il lui manque une touche de profondeur pour en faire un grand roman.

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16 mars 2015 1 16 /03 /mars /2015 11:23

L'effet papillon

Jussi Adler Olsen

éditions Albin Michel

2012

 

Tout commence en Afrique avec Louis Fons, le dirigeant d'un programme danois pour l'aide au développement auprès des Bakas, les Pygmées de la jungle Dja, qui flaire un détournement de fonds au profit de gros bonnets. Il a tout juste le temps d'envoyer un texto avant d'être tué. L'un des chargés du bureau, William Stark, reçoit le message et, intrigué décide d'enquêter à son tour, mettant dans une position délicate son supérieur René Eriksen qui est obligé de se débarrasser de lui à son tour. Affaire classée ? Non, car, trois ans plus tard, c'est au tour du jeune Marco, gitan et voleur pour le compte de son oncle, de tomber sur le cadavre de Stark. Une découverte qui le met immédiatement en danger... Pendant ce temps, Rose, acolyte de Carl Morck, tombe sur l'avis de recherche de William Stark et décide de remettre l'équipe du département V sur cette disparition.

Retour à notre sympathique inspecteur Carl Morck et à sa fine équipe de bras cassés. A dire vrai j'ai été un peu déçue par ce cinquième opus du département V qui est de loin le moins bon de la série. ça commence sur des chapeaux de roues avec l'avalanche de morts, et avec la macabre découverte de Marco qui déclenche une chasse à l'homme haletante. On tremble pour le jeune garçon et on se demande s'il va se sortir de cette situation délicate. De même retrouver notre équipe d'enquêteurs est toujours un plaisir, Assad et ses comparaisons étranges, Carl et sa désinvolture, Rose et sa schizophrénie...Mais le récit s'essouffle environ à la moitié : en effet, l'intrigue de base est, il faut le reconnaître un peu mince (une affaire d'escroquerie qui tourne mal) et le lecteur, mis au fait, n'a à se mettre sous la dent que d'interminables courses poursuites et des personnages de méchants trop peu creusés pour être vraiment intéressants. Je me suis donc plutôt ennuyée sur la fin et, sans être dégoûtée par la série, j'attends beaucoup mieux de la prochaine enquête du département.

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