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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 19:47

L02.jpgLa communauté du sud t.1

Quand le danger rôde

Charlaine Harris

éditions J'ai Lu

 

Le titre ne vous dit peut-être rien. Après si je vous dis Trueblood? Bien. La série de La communauté du sud est en effet à la base de l'adaptation de la série télé à succès et met en scène les aventures de Sookie Stackhouse. Sookie est une jeune serveuse qui vit en Louisiane près de la Nouvelle Orléans, dans une petite ville un peu paumée. Télépathe, elle souffre de son don qui l'isole des autres. Un soir au travail, son regard croise celui d'un vampire, Bill, dont elle devient passionnément amoureuse. Mais, à Bon Temps, il ne fait pas bon fréquenter des êtres différents. Une vague de crimes s'abat sur la ville, visant en particulier les jeunes femmes soupçonnées de fréquenter les amateurs de sang. Le coupable est-il humain ou non? Et si oui, quels sont ses mobiles?

Pour faire court, c'est du Twilight version adulte, sauf que la série est antérieure à celle de Meyer, donc s'il faut accuser quelqu'un de plagiat, ce n'est pas Charlaine Harris. La grande originalité de La communauté du Sud réside dans le traitement des vampires qui, dans le roman, sont intégrés à la population comme n'importe quelle minorité et ne différent guère des humains; s'ils vivent la nuit et craignent l'ail et l'argent, ils peuvent se nourrir de sang de synthèse et se nourrissent  aussi auprès de victimes consentantes (les mordus) qu'ils ne tuent pas forcément. Du coup curieusement, ce ne sont pas les vampires les personnages antipathiques de l'histoire: ce sont plutôt les gens un peu simples de la ville, limités et qui considèrent ces derniers comme des êtres à abattre. Bon ceci dit, ne vous leurrez pas les vampires ne sont pas des anges non plus. Sinon, que dire d'autre? A vrai dire pas grand-chose. Quand le danger rôde  ne présente pas non plus un intérêt majeur. L'histoire est sympa avec du sang, des vampires séduisants, un loup-garou sexy, du sexe, de l'amouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuur et des meurtres en série. Des thèmes qui raviront les amateurs du genre. L'écriture n'a aucun intérêt littéraire, le style est sans émotion; les morts et les scènes plus tendres se succèdent sans que le lecteur se sente plus troublé que ça (ou alors je suis psychopathe) à un rythme qui empêche tout ennui. En clair, c'est efficace, ça détend, c'est du bon roman de gare et ça ne semble d'ailleurs pas avoir d'autre objectif, l'auteur montrant clairement par quelques répliques glissées ça et là dans les pages qu'elle ne prend ni son héroïne (au demeurant assez drôle) ni son histoire très au sérieux. Et où est le mal d'ailleurs? Il y a des jours où l'on n'a pas envie de lire Proust...

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 16:53

L02.jpgL'année brouillard

Michelle Richmond

éditions Pocket

 

 

Abby, jeune photographe de trente-deux ans, n'avait jamais réellement songé à fonder une famille. Mais un jour, son chemin croise celui de Jake, un professeur divorcé, et de sa fille, Emma, six ans. Elle tombe aussitôt sous le charme des deux et est bien déterminée à devenir une épouse et une belle-mère idéale. Mais un jour brumeux quelques mois avant le mariage, seule sur une plage avec Emma, son attention est détournée par un bébé phoque mort sur le sable. Lorsqu'elle se retourne à nouveau. La petite fille a disparu. Les événements tournent alors au cauchemar. L'enfant s'est-elle noyée, a t-elle été enlevée? Les secours s'organisent, mais devant l'absence de preuves matérielles, tous renoncent peu à peu, y compris Jake. Emma s'est tout simplement évaporée. Seule Abby persévère, fouillant la ville et sa mémoire, à la recherche du moindre indice qui lui permettrait de retrouver la fillette vivante et de mettre ainsi un terme à son chagrin et à sa culpabilité.

Narré à la première personne du singulier l'année brouillard fait partie de ces livres dont l'objectif premier est de tirer des larmes aux ménagères sensibles. Une jolie petite fille qui disparaît, une femme perdue dans la brume et dans ses doutes qui essaie de comprendre comment et pourquoi cette enfant a disparu, un couple dont le quotidien tourne à l'enfer, des questions sans fin.... C'est sans doute le principale reproche que je ferai à ce roman, le côté convenu et un brin larmoyant de l'histoire. L'auteur pouvait se contenter du thème de l'enfant disparu, pourquoi donc a t-elle voulu en rajouter en évoquant l'enfance difficile de l'héroïne ou une réflexion plus ou moins bancale sur la mémoire et la photographie et le temps qui passe et on ne se baigne jamais dans les mêmes eaux pour ça oui ma bonne dame? Pour le coup tout ça fait un peu cliché, de même que la relation idyllique qui unit Abby à Emma et à son père, ou encore le portrait féroce de la mère biologique qui a déserté le domicile conjugal. En fait de subtilités, on a vu mieux. C'est dommage car l'intrigue principale, le quotidien d'une femme qui essaie de retrouver sa presque fille, est en revanche, très réussie. Abby multiplie les recherches, tente désespérement de se souvenir, hante la plage maudite, cherche à comprendre, lance des appels à la télévision, distribue des prospectus, affronte la pitié ou l'indifférence des autres.... Pour le coup, le personnage est très réussi, l'auteur parvenant à pointer toutes les contradictions d'une héroïne dont la force est un profond entêtement: "Je sais que je n'étais pas douée d'un talent indiscutable. Mon art a toujours été d'une autre nature: une détermination indéfectible. Avant, c'est toujours comme ça que j'y suis arrivée. Je pensais que ça marcherait aussi cette fois-ci, que si j'étais assez déterminée, aussi longtemps qu'il le fallait, je la trouverais."  Un véritable acte de foi face à l'horreur de l'absence et du doute. Ainsi si l'année brouillard  n'échappe pas aux longueurs, si le style est souvent maladroit et les personnages secondaires sans intérêt, il est difficile de commencer le livre sans avoir envie de connaître la fin, ne serait-ce que pour savoir si l'entêtement de l'héroïne a payé...

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 19:58

L03.jpgL'amour au-delà de la mort

Care Santos

éditions Seuil


 

C'est un livre curieux: le titre et la quatrième de couverture vous prédisent un roman pour ados plein de bons sentiments, avec de l'amour et du fantastique, le cocktail à la mode. Le seul indice qui pourrait vous faire croire à une autre alternative, ce sont les petites têtes de mort qui ornent la dite couverture. Je vous préviens tout de suite: il y a plus de mort que d'amour dans L'amour au-delà de la mort.

Tout commence comme dans une histoire un peu gnangnan. Bel est une fille formidable, qui a un petit ami fantastique, Ismaël, une super meilleure amie, Amanda, et des parents qui s'adorent. Elle travaille bien en classe et tout lui réussit. Seulement voilà le hic: Bel se retrouve sans trop comprendre comment au chevet d'Ismaël, plongé dans le coma. De retour de l'hôpital, elle se rend compte que sa chambre est trop bien rangée, que son chien ne la reconnaît plus et que ses parents ne la voient même pas. Et pour cause: cela fait un mois que Bel est morte,dans des circonstances qu'elle ne tarde pas à découvrir.

Plus on avance dans cette histoire, plus on est perturbé par ce récit sombre d'un fantôme qui voudrait comprendre  ce qui lui est arrivé. Le style est très brouillon, sautant de l'imparfait au présent et d'un personnage à un autre de façon grossière. Le souci de vraisemblance est quasi-nul, les personnages sont schématisés à l'extrême et je ne parlerai même pas des dialogues parfois grotesques. Et pourtant...  Et bien, ça se lit, et même plutôt bien. Ce qui est appréciable, c'est le tour inattendu que prend le récit dès la seconde partie. L'auteur fait également preuve d'une belle audace en flirtant avec l'horreur, donnant à son oeuvre un petit ton gothique. Ainsi vous avez droit à quelques scènes de sorcellerie tout à fait réussies et à une ou deux descriptions gores, le tout enveloppé dans un suspens angoissant qui ne parvient pas ceci dit à compenser tout à fait la faiblesse stylistique. Pour résumer, c'est très inégal. J'aurais cependant pu définitivement apprécier si la fin n'était pas totalement ratée. Pour le coup, on retombe dans le bon sentiment et dans un convenu qui détonne avec l'ensemble.  Premier de l'année, L'amour au-delà de la mort ne sera définitivement pas le meilleur roman lu en 2011. Ceci dit, je pense qu'il pourra concourir dans la catégorie des plus bizarres.

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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 11:44

L01.jpgUn hiver de sang

(Un monde sans dieux, tome 1)

Brian Ruckley

éditions Eclipse

 

A défaut de finir l'année 2010 sur une note positive, finissons la sur un bon roman, qu'en pensez-vous? Même si Un hiver de sang est de la fantasy (ça y est j'ai perdu la moitié de mes lecteurs) et même s'il s'agit d'un récit d'une rare noirceur (ça y est il n'y a plus personne, tant pis je continue j'adore parler dans le vide)

Dans un monde que les dieux ont abandonné, dégoûtés par la méchanceté et la cupidité de leur création, la guerre fait rage, non seulement entre les deux races dominantes, nommés les Réprouvés, huanins (humains) et  kyrinins, mais également à l'intérieur même de ces races. Depuis quelques temps cependant, une paix fragile s'était instaurée. Mais cette paix n'est qu'illusoire: jadis chassés vers les territoires du Nord, un groupe d'huanins nommé la Route noire entend récupérer la place qui lui est dû et soumettre ses anciens ennemis. La célébration du solstice d'hiver sera marquée par le sang et les massacres...

C'est très compliqué à suivre au début. Soyez plus intelligents que moi, allez directement regarder la chronologie à la fin du volume pour vous aider un peu, car ce serait dommage de laisser ce livre pour de simples histoires de noms ou de lignées. Ce qui est très perturbant au début du récit, c'est que les adeptes de la Route Noire sont présentés comme des héros. Or, alors que notre sympathie leur est acquise, ils reviennent des années plus tard, devenus des envahisseurs et des fanatiques. C'est un traitement très intéressant des personnages. L'auteur prouve ainsi son désir d'éviter le manichéisme: les envahisseurs d'aujourd'hui sont les envahis d'hier et la guerre n'est qu'une folie. Ceci dit, malgré tous ses efforts, notamment l'alternance des points de vue qui fait la part belle à tous les personnages, Brian Ruckley ne parvient pas à éviter les préférences des lecteurs: à moins d'être un sadique, personne ne souhaite réellement la victoire de la Route Noire, et Osirian le prince mis en déroute ainsi que sa soeur Anyara, femme-enfant, suscite plus la sympathie que Kanin, l'héritier de Route, ou sa soeur Waïn, la vierge guerrière. Question d'empathie, je suppose: on adhère plus volontiers au clan des victimes. ça n'ôte d'ailleurs rien aux qualité d'une narration tout en finesse, mais, comme je l'ai déjà dit, d'une noirceur absolue, qui enchaîne massacres, meurtres en tout genre, et situations désespérées qui ne s'arrangent pas. Pour donner une idée à ceux qui ont lu Le Seigneur des Anneaux, imaginez le passage de la bataille du gouffre de Helm, sauf que les secours ne viennent jamais et que les héros se font tous massacrer. Voilà le type de situations que vous devrez affronter. Mais très sincèrement, ça vaut le coup...

Et sur ce, je souhaite à tous ceux qui ont eu le courage d'aller au bout de cette note, une très belle année 2011, pleine de belles surprises et avec un minimum de chagrin. Merci pour tout et à l'année prochaine!

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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 18:39

L01.jpgOasis dans le Pacifique

Jaime Alfonso Sandoval

éditions Thierry Magnier

 

Oui, Ok je suis pas très assidue en ce moment sur ce blog. Il faut dire qu'il neige, qu'il fait froid, que c'est la période de Noël et que j'ai des envies d'hiberner qui sont quelque peu incompatibles avec la lecture. Ceci dit, au milieu de cette grisaille blanche, j'ai réussi à finir un livre pour enfants dont nous allons aujourd'hui parler.

Vous l'aviez peut-être déjà noté mais les éditions Thierry Magnier sont des spécialistes du roman adolescent plutôt décalé et Oasis dans le Pacifique ne fait pas exception à la règle. La familleTopete est une famille mexicaine pour le moins originale; le mari collectionne les petits boulots et les idées catastrophiques, au grand désespoir de sa femme qui aspire à une vie meilleure pour ses enfants, Flora, une  pessimiste grognon, et Pepe Junior, le narrateur de l'histoire qui voue à son père une admiration sans faille. Pourtant cette admiration va se retrouver mise à rude épreuve lorsque ce père adulé décide de tout plaquer, pays, appartement et travail, pour émigrer avec toute sa famille dans un pays nouvellement créé et que personne ne connaît mais qui serait, paraît-il, un nouvel Eldorado. Vous en vous en doutez bien, l'Eldorado en question se révèle vite un doux enfer, une île créée à partir d'ordures compactées...

C'est assez étrange de lire un roman mexicain, encore plus quand il s'agit d'un roman pour enfants. Disons qu'on n'est guère habitués. Au demeurant Oasis dans le Pacifique est très très drôle, mais d'un cynisme absolu. Narré par un garçon de quatorze ans dont le passe-temps est de collectionner les croûtes et mettant en scène un père totalement déjanté, le récit traite avec humour mais sans langue de bois de la pauvreté, de la politique et d'une utopie qui tourne vite au cauchemar... Les scènes prêtent à rire (l'américain un peu simple d'esprit qui, suite à un stage de confiance en soi, devient un dictateur, le père jamais à court d'idées pour déclencher des catastrophes...) mais la réflexion est tout ce qu'il y a de plus sérieuse. L'auteur n'hésite pas (toujours par le biais de l'humour grinçant) à mettre en scène la mort et la violence. Certes, c'est déroutant mais d'un point de vue littéraire c'est sans reproches et largement au-dessus de certains ouvrages pour la jeunesse beaucoup plus politiquement corrects. Oasis dans le Pacifique offre une lecture à deux niveaux et au-delà du récit d'une famille mexicaine loufoque s'interroge sur les rouages d'une société corrompue jusqu'à la moëlle...

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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 18:47

L01.jpgLa nouvelle Héloïse

Jean-Jacques Rousseau

éditions Livre de Poche

 

 

Dans la série des livres que vous ne pourrez pas acheter pour Noël à vos proches et dans la série des livres qui vont sérieusement ralentir le rythme de publication de ce blog, penchons-nous sur Jean-Jacques Rousseau, écrivain du18ème siècle pour le moins prolifique dont tout le monde a entendu parler mais que peu ont lu, sans doute découragés par des pavés pour le moins austères. De Rousseau, je n'avais jusque là lu que Les Confessions, il y a plus de dix ans, et je me souvenais uniquement de sa date en naissance, à cause d'un camarade de classe passionné par cet auteur et qui se targuait d'être né le même jour que lui. Mais les 1001 livres... aiment Rousseau (il est cité pour quatre romans tout de même) et comme je suis psychorigide, je suis les 1001 livres... j'ai donc décidé de m'attaquer de nouveau à un écrivain qui ne m'avait jamais fait rêver.

Julie ou la nouvelle Héloïse (en référence à l'histoire d'amour entre Héloïse et Abélard) est un roman épistolaire racontant la romance de Julie une jeune fille de bonne famille avec son précepteur, Saint-Preux. Cet amour passionné et consommé est très rapidement contrarié par le père de Julie qui impose à sa fille d'épouser M de Wolmar, un vieil ami. Les jeunes gens sont désespérés mais Julie, en fille soumise, se résigne à ce mariage tandis que Saint-Preux, tenté de se suicider, part en voyage pour oublier sa maîtresse. Des années plus tard, Julie, épouse et mère apaisée et comblée (?) avoue tout à M. de Wolmar, qui touché par l'histoire des deux amants, décide de faire revenir Saint-Preux auprès de sa famille pour en faire le précepteur de ses propres enfants. Persuadé que sa femme ne saurait trouver le bonheur séparée de son ancien prétendant, il a pour ambition de les réunir tout en les forçant à transformer cet amour en amitié...

C'est vraiment un livre très curieux et qui m'a laissée sur un certain sentiment de confusion.  Le roman épistolaire n'a rien de particulièrement extraordinaire, surtout au 18ème siècle, mais dans ce cas précis, il donne à la narration une richesse de style, multipliant les points de vue, ceux de Julie et de Saint-Preux mais également celui de Claire, la cousine de Julie, ou encore de Monsieur de Wolmar. Les lettres se suivent, se répondent, se croisent parfois, se contredisent souvent. Saint-Preux se pique de décrire les moeurs des parisiens? Il est remis à sa place par sa bien-aimée. Julie interroge sa cousine pour qu'elle l'aide à faire un choix? La cousine se dérobe. La correspondance n'a rien de structurée et c'est ce qui en fait tout son charme. Quant aux idées avancées dans le roman... et bien, du diable si vous arrivez à saisir la pensée de Rousseau, mouvante, volontiers contradictoire, et quelquefois même irrationnelle. Oh, vous retrouverez quelques thèmes charnières; l'amour de la nature, l'exaltation des sentiments, un goût pour la musique et la solitude... Mais si les sentiments chez Rousseau sont admirablement décrits dans un style baroque et volontiers lyrique (les premières lettres dans lesquelles Julie et Saint-Preux se font mutuellement l'aveu de leur amour sont tout simplement sublimes) ils sont confus, emmêlés... Julie est vertueuse; persuadée après son mariage que Wolmar était le meilleur choix possible et qu'elle n'aurait pu être heureuse avec son ancien amant, elle ne peut cependant l'oublier. Elle clame qu'elle n'a plus de sentiments pour Saint-Preux mais ne supporte pas de vivre loin de lui, persuadée qu'elle a sublimé cet amour tandis que Saint-Preux, non moins énigmatique, se dérobe derrière un langage pour le moins confus. Nous ne parlerons même pas de Claire, la cousine de Julie, qui, ne faisant qu'une avec elle, éprouve des sentiments pour l'ancien précepteur ou encore du mari froid et paisible qui aime sa femme mais pas trop... Tous ses personnages parlent, se justifient, se dérobent, se contredisent, se réfugient derrière une vertu bien commode ou des principes qui ne sont pas sans intriguer le lecteur, car ils sont emmêlés, brouillés... Ici, ce n'est pas la bonne vieille vertu de Richardson que nous retrouvons mais une vertu un peu bâtarde, qui admet l'amour mais un amour platonique que paradoxalement, l'auteur semble considérer comme impossible. En clair: on n'y comprend pas grand-chose dans ce dédale de sentiments au demeurant décrits avec beaucoup de justesse. Julie ou la Nouvelle Héloïse est un livre que j'ai aimé essentiellement pour cette confusion, en dépit de sa longueur (800 pages) . Les passages qui m'ont le moins plu sont en effet ceux où Rousseau expose plus clairement ses idées sur l'éducation, le mariage, les moeurs... Pour le coup, Rousseau moraliste ne m'intéresse guère, je préfère Rousseau l'amoureux ou le rêveur... Et j'arrête cette note là car je vois que je commence à faire comme lui: je m'embrouille et j'en écris des tonnes! La suite au prochain numéro...

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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 18:42

L02.jpgCathy's key

Stewart/ Weisman/ Brigg

éditions Bayard Jeunesse


 

Je sais, je l'avais promis. J'avais promis que pour ce second volet des aventures de Cathy (pour le premier volume allez consulter la note dans les archives en jeunesse, j'ai la flemme de rechercher) je ferais un effort et que je m'appliquerais à lire ce joyeux ouvrage interactif sans tricher, en essayant de décrypter les indices, en allant sur Internet, en téléphonant aux numéros indiqués... Car Cathy's key est, comme Cathy's book un roman qui nécessite une active participation de son lecteur, avec à la clé coupures de journaux, croquis, feuilles de menus, adresses de sites Internet, etc.

Je vous jure que j'ai essayé: j'ai étalé à terre les documents fournis avec le roman, je me suis saisie d'un crayon, installée devant l'ordinateur... et au bout du premier chapitre, j'ai éteint l'ordinateur, j'ai rangé le crayon et j'ai rassemblé les documents. J'aurais sans doute fait une piètre détective, je le crains.

Cathy's key poursuit les mésaventures de Cathy, cette jeune fille qui a découvert avec un peu de hasard et beaucoup de portes forcées que son petit ami, Victor, était en fait immortel. Ce dernier, par amour pour notre héroïne, a accepté de servir de cobaye à l'ancêtre Lu, immortel lui aussi, qui souhaite trouver le gène qui permettra à l'humanité entière de ne plus jamais mourir. Mais les choses se gâtent pour Cathy et les siens quand, à la suite d'une rencontre avec une voyante, la jeune fille se fait voler son portable et son journal par Jewel, une marginale de son âge qui, sans vergogne, décide de tirer parti de l'histoire de sa victime...

Curieusement, ayant décidé une bonne fois pour toutes de ne plus m'ennuyer avec la partie "ludique" du roman, j'ai beaucoup plus apprécié ce second volet que le précédent. Cathy est un personnage attachant, très drôle, dont l'humour et le caractère pas toujours évident provoquent quelques situations cocasses (j'ai beaucoup apprécié le récit de ses expériences professionnelles ainsi que ceux de ses nombreuses effractions) La narration, volontairement décousue et pleine de digressions et de flash-back divers et variés, est efficace et reflète bien le propre état d'esprit d'une héroïne dont la vie et l'humeur s'apparentent aux montagnes russes. Ajoutez à cela une histoire d'amour qui ne tourne pas à la guimauve et une touche de fantastique traitée avec une désinvolture qui ferait hurler au scandale les amateurs du genre. On est loin de Twilight... Et vous savez quoi? Tant mieux.

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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 10:11

L01.jpgComme deux gouttes d'eau

Tana French

éditions Seuil

 

Vous n'avez jamais rêvé l'espace de quelques jours de vous glisser dans la peau d'un ou d'une autre? De vivre à sa place histoire de vérifier que vous n'avez pas raté votre propre vie? C'est l'occasion qui se présente un jour pour Cassie Madox, inspecteur employée aux violences domestiques. A ses débuts dans la police, Cassie était une jeune infiltrée dans le milieu de la drogue à qui son patron avait créé un personnage fictif, Lexie Madison, pour les besoins de l'enquête. Le dossier bouclé, Lexie avait disparu et Cassie l'avait presque oubliée... jusqu'au jour où son ancien patron, Frank, la convoque sur le lieu d'un crime. Dans une masure au fond de la campagne irlandaise, son sosie gît à terre, poignardée. Un sosie qui se faisait appeler Lexie Madison. L'occasion est trop belle pour Cassie qui, tant pour découvrir l'identité de la mystérieuse jeune femme que pour découvrir qui l'a tuée, décide avec Frank de reprendre le rôle de la victime afin de démasquer ses assassins. La voici donc infiltrée de nouveau, cette fois dans le rôle d'une sage étudiante vivant au coeur d'une communauté pour le moins particulière, dans une vieille demeure perdue. Mais, curieusement, Cassie va découvrir que ce mode de vie lui plaît et, bien malgré elle, va tisser des liens avec des gens qui, potentiellement, sont tous des tueurs...

Je suis tombée sur ce policier totalement par hasard, en piochant sur une table, et pour une fois, la pioche a été très bonne. Jeune auteur irlandaise, Tana French a un style très agréable et crée une héroïne attachante et pleine de fraîcheur. Je n'avais encore jamais lu d'histoires d'infiltrés, et j'ai été immédiatement séduite par ce qui est quasiment un huis-clos, l'action se déroulant presque exclusivement à Whitehorn House. Pas de considérations médico-légales, de réunions interminables et de scènes d'action à la poursuite d'un tueur fantôme, uniquement des descriptions de la campagne et d'une maison qui a tout de la maison-fantôme. Le tour de force de l'auteur est de jouer sur ce que cette situation a de rassurant (l'ambiance familiale, le côte "cocooning" avec le feu dans la cheminée et la camaraderie des cinq étudiants) et d'angoissant (les bruits de la campagne et la nuit faussement silencieuse, l'isolement et les craquements du plancher...) Dans ce huis-clos évoluent des personnages que nous ne pouvons, à l'instar de Cassie, nous empêcher de trouver sympathique au fil du récit. A l'inverse, la victime, Lexie, apparaît de plus en plus trouble...Comme deux gouttes d'eau est un roman policier atypique qui joue beaucoup sur la psychologie des personnages et sur un décor qui a tout du décor d'un film d'horreur. Il ne fait pas vraiment peur (amateurs de descriptions gores et d'autopsies, passez votre chemin) mais distille une sensation de malaise et de tristesse qui ne s'efface pas facilement. Un seul petit défaut: j'ai trouvé la fin un peu trop prévisible... A part ça, je vais me hâter d'aller découvrir les autres romans de Tana French.

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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 18:36

L01.jpgLe mec de la tombe d'à côté

Katarina Mazetti

éditions Actes Sud

 

 

Et trois notes en trois jours! J'espère que vous êtes contents. L'avantage du train, c'est de pouvoir avaler les livres en même temps que les kilomètres. Et de lire aussi des romans dont on a entendu parler depuis des mois, sans avoir eu le temps de se pencher dessus...

Le mec de la tombe d'à côté est un roman d'amour. Mais pas n'importe quel roman d'amour. Rien à voir avec le schéma classique; ils se rencontrent, se détestent ou se tournent autour et finissent par tomber dans les bras l'un de l'autre. Cette histoire là est plus sombre. Désirée est une jeune veuve qui se rend régulièrement sur la tombe de son mari. Citadine et bibliothécaire, elle n'éprouve qu'un médiocre chagrin pour la disparition de cet homme qui lui correspondait pourtant parfaitement. Au cimetière, elle fait la connaissance de Benny, éleveur de vaches laitières qui lui, fleurit la stèle de sa mère, récemment disparue. Tous deux s'ignorent d'abord, agacés mutuellement par leurs apparences respectives, mais, un jour, au détour d'un regard, le dédain cède bientôt la place à une passion dévorante, et une idylle brûlante naît entre ces deux coeurs solitaires. A partir de là, tout devrait être simple non? Même âge, libres tous les deux... Pourtant l'histoire ne colle pas. Et pourquoi? La réponse est bête et tient à peu de choses: des points de croix sur les murs et des vaches d'un côté, des livres et un appartement tendance de l'autre. En clair, deux mondes qui ne sont absolument pas faits pour se cotoyer et un choc des cultures qui pourrait être fatal au couple d'amants.

L'histoire du mec de la tombe d'à côté est la suite logique d'un conte de fées, lorsque le prince après avoir ramené la bergère au château se rend compte que sa femme est un peu plouc et ne sait pas se servir de ses douze couverts ni tenir ses servantes et que la femme réalise qu'un prince se doit d'avoir plusieurs maîtresses et qu'une princesse ne peut plus aller courir les bois en embrassant les crapauds, mais se doit de broder des napperons en pondant de temps à autre des enfants qu'elle n'élevera même pas. En clair, l'amour peut-il abolir les différences? Benny est un homme assez simple, pas bête mais qui rêve mariage et enfants, ainsi que d'une femme qui lui préparera de bons petits plats. De son côté, Désirée aime l'opéra et les livres, s'investit dans son travail et rêve d'une vie consacrée à la culture et à la découverte.... Avec un humour un brin désenchanté, l'auteur fait ainsi se rencontrer deux solitaires que tout oppose et qui pourtant tombent amoureux l'un de l'autre. Le plus triste c'est que ces deux-là ne différent pas tellement d'un point de vue caractère, partageant la même autodérision et les mêmes désirs de famille, mais n'ont absolument pas la même culture et le même mode de vie. Sont-ils incompatibles? Je ne vous dévoilerais pas la fin d'un récit fluide, qui tient avant tout à la dynamique de ce duo improbable qui, loin de composer, s'enferme chacun dans sa propre caricature. Lui se plaît à jouer les paysans simples d'esprit, elle se renferme dans son rôle d'intellectuelle bobo. C'est drôle et tragique à fois. Les dialogues et les situations sont amusants (elle découvrant pour la première fois la décoration de la ferme, lui s'endormant à l'opéra) mais paradoxalement pointent le malaise de deux personnages qui ne peuvent vivre ni avec ni sans l'autre. L'alternance des narrations (Désirée et Benny s'exprime chacun à leur tour) donne au roman l'allure d'un dialogue de sourds qui paraît sans issue. Alors, vaut-il mieux vivre avec quelqu'un qu'on n'aime pas mais qui partage le même mode de vie, ou se lancer à l'inconnu avec un être qui vous est opposé? On le sait, l'amour est avant tout affaire de compromis... encore faut-il que cela en vaille la peine.

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 20:27

L01.jpgGone t.3 Mensonges

Michael Grant

éditions Pocket Jeunesse


 

Retour à nos enfants de Perdido Beach qui, depuis maintenant deux romans vivent seuls, prisonniers de la mystérieuse coque qui encercle la ville. Six mois se sont écoulés depuis la disparition des adultes et le moins que l'on puisse dire, c'est que la situation est loin d'être brillante. Dans le pensionnat à l'écart de Perdido Beach, Caine et quelques poignées de fidèles meurent de faim, condamnés à se dévorer entre eux. En ville même, une guerre civile oppose les humains (les enfants sans pouvoirs) aux mutants (les enfants qui ont développé des pouvoirs après la disparition). La faim se fait tenace malgré les efforts de chacun et la violence est partout.  C'est dans ce contexte difficile que Orsay, l'une des mutantes, affirme que la mort est le seul moyen de quitter la Zone. Divagation, escroquerie, vérité? En tous cas, le conseil de la Zone, composé entre autres d'Astrid le petit génie et de Sam, chef malgré lui, est loin d'apprécier ce type de prophéties qui pourraient mener à une vague de suicides...

Décidément, Gone est une série qui ne nous épargne rien. Après la description de la famine et de ses conséquences, Michael Grant s'attaque à la violence. Qui a dit que seul les adultes pouvaient faire la guerre? Dans la zone, on s'entre-tue gaiement, on vole, on brime et on va même jusqu'à dévorer son semblable. Encore une fois, ce qui est intéressant dans ce récit, ce n'est pas le style, efficace mais rudimentaire (beaucoup de dialogues, des descriptions brèves mais brutales de scènes fortes) mais l'action, qui va crescendo, rythmée par un compte à rebours au début de chaque chapitre et qui de ce fait donne à l'intrigue entière une allure de course contre la montre. Entre-temps, l'auteur s'en donne à coeur joie, éreintant sans pitié tous ses personnages, les décortiquant avec une minutie qui les rend presque réels. La sage Astrid apparaît comme une manipulatrice, le débrouillard Albert comme un calculateur, Sam comme un faux héros terrorisé par les fantômes de son passé et la maternelle Mary comme une folle anorexique. A l'inverse, les méchants font pâle figure: la froide Diane se laisse attendrir, Caine n'est qu'un gosse affamé qui, loin des idées de vengeance, cherche seulement à se nourrir et le chef des humains, Zill, n'est qu'un enfant dépassé par une idée. En bref, tous, les bons comme les mauvais, sont largués et n'aspirent qu'à une chose: retrouver leur ancienne vie... à supposer que cela soit possible. En tous cas, pas dans ce roman-là je préfère vous prévenir tout de suite si comme moi vous étiez persuadés que la série était une trilogie. C'est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. Mauvaise nouvelle car personnellement, j'aurais bien aimé résoudre le mystère de la Zone et une bonne nouvelle car j'ai de nouveau rendez-vous avec les enfants de Perdido Beach prochainement... enfin ceux qui resteront!

 

Et sur le même thème en attendant:

- Seuls, t. 1 à 5, de Gazzoti et Vehlmann, éditions Dupuis.

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Published by beux - dans Jeunesse
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