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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 18:36

L01.jpgLe mec de la tombe d'à côté

Katarina Mazetti

éditions Actes Sud

 

 

Et trois notes en trois jours! J'espère que vous êtes contents. L'avantage du train, c'est de pouvoir avaler les livres en même temps que les kilomètres. Et de lire aussi des romans dont on a entendu parler depuis des mois, sans avoir eu le temps de se pencher dessus...

Le mec de la tombe d'à côté est un roman d'amour. Mais pas n'importe quel roman d'amour. Rien à voir avec le schéma classique; ils se rencontrent, se détestent ou se tournent autour et finissent par tomber dans les bras l'un de l'autre. Cette histoire là est plus sombre. Désirée est une jeune veuve qui se rend régulièrement sur la tombe de son mari. Citadine et bibliothécaire, elle n'éprouve qu'un médiocre chagrin pour la disparition de cet homme qui lui correspondait pourtant parfaitement. Au cimetière, elle fait la connaissance de Benny, éleveur de vaches laitières qui lui, fleurit la stèle de sa mère, récemment disparue. Tous deux s'ignorent d'abord, agacés mutuellement par leurs apparences respectives, mais, un jour, au détour d'un regard, le dédain cède bientôt la place à une passion dévorante, et une idylle brûlante naît entre ces deux coeurs solitaires. A partir de là, tout devrait être simple non? Même âge, libres tous les deux... Pourtant l'histoire ne colle pas. Et pourquoi? La réponse est bête et tient à peu de choses: des points de croix sur les murs et des vaches d'un côté, des livres et un appartement tendance de l'autre. En clair, deux mondes qui ne sont absolument pas faits pour se cotoyer et un choc des cultures qui pourrait être fatal au couple d'amants.

L'histoire du mec de la tombe d'à côté est la suite logique d'un conte de fées, lorsque le prince après avoir ramené la bergère au château se rend compte que sa femme est un peu plouc et ne sait pas se servir de ses douze couverts ni tenir ses servantes et que la femme réalise qu'un prince se doit d'avoir plusieurs maîtresses et qu'une princesse ne peut plus aller courir les bois en embrassant les crapauds, mais se doit de broder des napperons en pondant de temps à autre des enfants qu'elle n'élevera même pas. En clair, l'amour peut-il abolir les différences? Benny est un homme assez simple, pas bête mais qui rêve mariage et enfants, ainsi que d'une femme qui lui préparera de bons petits plats. De son côté, Désirée aime l'opéra et les livres, s'investit dans son travail et rêve d'une vie consacrée à la culture et à la découverte.... Avec un humour un brin désenchanté, l'auteur fait ainsi se rencontrer deux solitaires que tout oppose et qui pourtant tombent amoureux l'un de l'autre. Le plus triste c'est que ces deux-là ne différent pas tellement d'un point de vue caractère, partageant la même autodérision et les mêmes désirs de famille, mais n'ont absolument pas la même culture et le même mode de vie. Sont-ils incompatibles? Je ne vous dévoilerais pas la fin d'un récit fluide, qui tient avant tout à la dynamique de ce duo improbable qui, loin de composer, s'enferme chacun dans sa propre caricature. Lui se plaît à jouer les paysans simples d'esprit, elle se renferme dans son rôle d'intellectuelle bobo. C'est drôle et tragique à fois. Les dialogues et les situations sont amusants (elle découvrant pour la première fois la décoration de la ferme, lui s'endormant à l'opéra) mais paradoxalement pointent le malaise de deux personnages qui ne peuvent vivre ni avec ni sans l'autre. L'alternance des narrations (Désirée et Benny s'exprime chacun à leur tour) donne au roman l'allure d'un dialogue de sourds qui paraît sans issue. Alors, vaut-il mieux vivre avec quelqu'un qu'on n'aime pas mais qui partage le même mode de vie, ou se lancer à l'inconnu avec un être qui vous est opposé? On le sait, l'amour est avant tout affaire de compromis... encore faut-il que cela en vaille la peine.

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 20:27

L01.jpgGone t.3 Mensonges

Michael Grant

éditions Pocket Jeunesse


 

Retour à nos enfants de Perdido Beach qui, depuis maintenant deux romans vivent seuls, prisonniers de la mystérieuse coque qui encercle la ville. Six mois se sont écoulés depuis la disparition des adultes et le moins que l'on puisse dire, c'est que la situation est loin d'être brillante. Dans le pensionnat à l'écart de Perdido Beach, Caine et quelques poignées de fidèles meurent de faim, condamnés à se dévorer entre eux. En ville même, une guerre civile oppose les humains (les enfants sans pouvoirs) aux mutants (les enfants qui ont développé des pouvoirs après la disparition). La faim se fait tenace malgré les efforts de chacun et la violence est partout.  C'est dans ce contexte difficile que Orsay, l'une des mutantes, affirme que la mort est le seul moyen de quitter la Zone. Divagation, escroquerie, vérité? En tous cas, le conseil de la Zone, composé entre autres d'Astrid le petit génie et de Sam, chef malgré lui, est loin d'apprécier ce type de prophéties qui pourraient mener à une vague de suicides...

Décidément, Gone est une série qui ne nous épargne rien. Après la description de la famine et de ses conséquences, Michael Grant s'attaque à la violence. Qui a dit que seul les adultes pouvaient faire la guerre? Dans la zone, on s'entre-tue gaiement, on vole, on brime et on va même jusqu'à dévorer son semblable. Encore une fois, ce qui est intéressant dans ce récit, ce n'est pas le style, efficace mais rudimentaire (beaucoup de dialogues, des descriptions brèves mais brutales de scènes fortes) mais l'action, qui va crescendo, rythmée par un compte à rebours au début de chaque chapitre et qui de ce fait donne à l'intrigue entière une allure de course contre la montre. Entre-temps, l'auteur s'en donne à coeur joie, éreintant sans pitié tous ses personnages, les décortiquant avec une minutie qui les rend presque réels. La sage Astrid apparaît comme une manipulatrice, le débrouillard Albert comme un calculateur, Sam comme un faux héros terrorisé par les fantômes de son passé et la maternelle Mary comme une folle anorexique. A l'inverse, les méchants font pâle figure: la froide Diane se laisse attendrir, Caine n'est qu'un gosse affamé qui, loin des idées de vengeance, cherche seulement à se nourrir et le chef des humains, Zill, n'est qu'un enfant dépassé par une idée. En bref, tous, les bons comme les mauvais, sont largués et n'aspirent qu'à une chose: retrouver leur ancienne vie... à supposer que cela soit possible. En tous cas, pas dans ce roman-là je préfère vous prévenir tout de suite si comme moi vous étiez persuadés que la série était une trilogie. C'est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. Mauvaise nouvelle car personnellement, j'aurais bien aimé résoudre le mystère de la Zone et une bonne nouvelle car j'ai de nouveau rendez-vous avec les enfants de Perdido Beach prochainement... enfin ceux qui resteront!

 

Et sur le même thème en attendant:

- Seuls, t. 1 à 5, de Gazzoti et Vehlmann, éditions Dupuis.

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16 novembre 2010 2 16 /11 /novembre /2010 20:39

L03.jpgHistoire de Rasselas prince d'Abyssinie

Samuel Johnson

éditions Desjonquères

 

Si vous êtes d'accord (mais même si vous ne l'êtes pas, ça ne change rien) nous allons poursuivre notre petite exploration du 18ème siècle en retournant cette fois en Angleterre avec l'oeuvre de Samuel Johnson, Histoire de Rasselas prince d'Abyssinie, oeuvre très proche de Candide de Voltaire et pratiquement sortie en même temps. Là encore il s'agit d'une critique de l'optimisme illustrée sous la forme d'un récit court, le conte.

Le prince Rasselas vit avec ses frères et soeurs dans une vallée protégée, à l'écart du monde et de ses malheurs, et a tout ce qu'il désire: nourriture, plaisir... Mais le prince n'est pas heureux; il se languit, incapable de savoir pourquoi et décide de découvrir le monde avec sa soeur et ses compagnons. Son objectif n'est plus ni moins que de trouver le bonheur.  Le voilà donc lancé dans une quête qui lui réserve bien des désillusions.

Nous le savons tous au fond de nous-mêmes: le bonheur parfait n'existe pas. Néanmoins, il y a quelque chose de profondément déprimant à se le voir rappeler, ce que n'hésite pas à faire Samuel Johnson avec un humour moins évident que celui de Voltaire mais tout aussi cynique. Rasselas s'essaie à tous les métiers, recherche toutes les compagnie, fait tour à tour l'expérience de la pauvreté et de la richesse, de la culture et de l'ignorance et ne rencontre aucune personne fondamentalement heureuse, pas plus qu'il ne trouve le bonheur lui-même. Dans un sens, c'est beaucoup plus noir que dans Candide. Dans le conte de Voltaire, il existait un endroit idéal, l'Eldorado, alors qu'il n'y a aucun endroit de ce genre dans le conte de Johnson. De même, dans Candide, les malheurs du héros éponyme tenaient plus à la bêtise et à la cupidité des hommes. Dans Rasselas, l'insatisfaction permanente du prince tient à sa nature même: même choyé, il ne parvient pas à combler le vide de son existence. Johnson souligne ainsi que l'homme n'est pas fait pour être heureux, éternel insatisfait, à la recherche d'un bonheur qui est condamné à lui échapper pour l'éternité.

J'ai préféré Johnson à Voltaire, plus poétique, plus subtil. Pas de comique de répétition ni d'effets inutiles, juste une réflexion désabusée et quelques situations cocasses (le prince qui pour échapper à sa prison dorée se fait fabriquer des ailes, l'ermite qui décide sur un coup de tête de quitter sa retraite pour retrouver le monde...) Reste que ça demeure un conte philosophique (je vous ai déjà dit n'est-ce pas que je DETESTAIS les contes philosophiques?) qui de ce fait est très didactique et devient vite lassant. Si vous êtes un peu fatigué et que vous avez la tête ailleurs, vous aurez bien du mal à rentrer dans un récit qui se soucie plus de faire une démonstration que de s'attacher son lecteur. C'est de bonne guerre je suppose. C'est le genre et l'époque qui veut ça. Reste que j'en commence à en avoir un peu assez du 18ème siècle, pas vous? Souriez, on attaque Roussau la prochaine fois. Là c'est sûr, nous allons souffrir...

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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 21:51

L03.jpgLe syndrôme [E]

Franck Thilliez

éditions Fleuve Noir

 

Vous entendez le vent qui souffle à travers vos volets? Vous entendez la pluie? C'est un temps à se replier sous la couette avec un bon livre. Il y a des livres pour toutes les saisons. L'automne, rien ne vaut un bon polar.

Ludovic, un quadragénaire vieux garçon, passionné de films anciens, trouve à la suite d'une annonce dans le journal, toute une collection de vieilles bobines qu'un fils revend suite au décès de son père. Parmi celles-ci se trouve un film sans étiquette, dont la simple projection suffit à le rendre aveugle! L'une de ses ex, Lucie Henebelle, lieutenant de police à Lille, intriguée, décide de mener l'enquête. Pendant ce temps, près de Rouen, cinq cadavres non identifiés sont retrouvés, atrocement mutilés. Franck Sharko, commissaire brillant mais souffrant de schizophrénie suite au décès de sa femme et de sa fille, enquête sur ces cadavres qui ne semblent avoir aucun point commun si ce n'est la cruauté de leur exécution. Malgré les apparences, les enquêtes de Henebelle et de Sharko sont liés et, bientôt ces deux-là vont se retrouver pour enquêter sur une affaire mêlant complots, savants fous, neurologie, psychanalyse et cinéma...

Argh, je vais encore me faire des ennemis. On m'avait dit beaucoup de bien de Franck Thilliez et présenté Le syndrôme [E] comme un chef-d'oeuvre. Cependant la lecture de ce dernier m'a laissée sur un sentiment mitigé. Je n'ai pas détesté. Je n'ai pas non plus franchement adoré.

La première critique que je ferais est purement personnelle et concerne le style de l'auteur. Il me semble avoir déjà lu La chambre des morts (ça m'a tellement marquée que je ne m'en souviens plus) et avoir eu les mêmes ressentis. Je n'aime pas. Je trouve les dialogues artificiels, manquant de spontanéité et ne se démarquant pas suffisamment d'une narration au demeurant tout à fait sympathique. De plus, c'est lent. Normalement, les romans ont plutôt tendance à mettre du temps à démarrer avant de réellement  entrer dans le vif du sujet mais là c'est l'inverse: l'intrigue démarre fort (le film qui rend aveugle le personnage, les cinq corps découverts...) et soudain ralentit, ralentit, jusqu'à ce que le lecteur se demande un peu perdu où il en était. Certes, il s'agit du premier tome d'un dyptique, mais bon tout de même, un minimum syndical de rebondissements est exigé non? Allez fini pour les mauvaises critiques, passons aux bonnes: le thème du récit est sympathique. Il faut une bonne dose de culot pour mêler sans complexe fiction et réalité historique (les orphelins de Duplessis) et Franck Thilliez s'en tire avec les honneurs. Il aborde avec beaucoup de finesse des sujets passionnants et un peu effrayants, tout particulièrement celui de la neurologie. Sommes-nous tous des machines soumises aux influx électriques de notre cerveau? La science pourra-t-elle un jour tout contrôler, émotions, sentiments, folie? L'auteur s'interroge là-dessus, parfois un peu longuement (d'où aussi les ruptures de rythme du récit) et invite son lecteur à enquêter à son tour sur les mystères du cerveau humain. Les personnages ne sont pas à l'abri de cette inspection, étant eux-même des êtres complexes (l'un est schizophrène, l'autre obsédée par son travail). En bref; du bon et du moins bon dans ce récit dont la suite sortira en avril 2011 mais quelques scènes très réussies notamment celui du film que visionne d'abord Ludovic puis Lucie et qui, de façon condensée résume le sentiment de malaise qui caractérise le roman, l'idée sous-jacente que nous sommes tous des voyeurs à notre insu...

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5 novembre 2010 5 05 /11 /novembre /2010 19:23

L02.jpgLa fille qui voulait être Jane Austen

Polly Shulman

éditions Albin Michel

 

 

Non, franchement, personne ne devrait avoir envie dans l'absolu de ressembler à la pauvre Jane Austen. A l'une de ses héroïnes à la rigueur, mais qui pourrait avoir envie de vivre la vie d'une malheureuse trop pauvre pour faire un mariage à sa convenance, une vieille fille qui a vécu dans l'anonymat, si discrète sur sa vie privée qu'elle a fait brûler par sa soeur après sa mort quasiment tous ses documents personnels? Je doute que Jane Austen ait été très heureuse. Elle parle trop d'amour dans ses romans pour ne pas l'avoir vécue et pourtant elle a fini seule. Est-ce que le fait d'être un auteur reconnu aujourd'hui la dédommage vraiment d'avoir été malheureuse de son vivant?

En tous cas, c'est ce que pense les deux héroïnes du roman dont nous allons parler aujourd'hui. Julia, grande adolescente blonde et timide, est fan de Jane Austen. Elle fait partager sa passion à sa meilleure amie, Ashleigh, qui fond elle aussi à la lecture de Orgueil et Préjugés. Seulement, le problème avec Ashleigh, c'est que, lorsqu'elle est passionnée... et bien elle l'est jusqu'au bout. La voici donc qui enfile jupes longues, parle en langage démodé, et se met en tête de participer au bal organisé par un lycée privé. ça tombe bien, monsieur Darcy version adolescent s'y trouve et fait flancher le coeur de Julia... mais malheureusement aussi celui de Ashleigh.

Avec un titre pareil (qui d'ailleurs n'a rien à voir avec le titre en version original) on aurait pu s'attendre à quelque chose de plus détonnant. L'histoire commence pourtant bien avec le personnage de Ashleigh, haut en couleurs, qui est déterminée à vivre sa passion pour Jane Austen jusqu'au bout. Adieu pantalons, bonjour quadrille! Le style de ce roman adolescent, plein d'humour, nous laissait également entrevoir un bon moment, loin des jérémiades sur le premier amour et les premiers drames existentiels. Hélas, dès le moment où les héroïnes rencontrent les héros, le récit, jusque là joyeusement décalé, devient beaucoup plus conventionnel et retombe au niveau d'une bonne bluette adolescente. C'est drôle, c'est léger, ça parle d'amour, les belles-mères y sont toujours des garces, les mères toujours courageuses, les pères toujours absents, mais tout finit plutôt bien. Les adolescentes effacées se feront forcément remarquer par l'élu de leur coeur, et la meilleure amie se découvrira une passion pour un autre... En bref, un bon roman de gare pour jeunes filles qui ont un peu envie de rêver.. mais absolument rien à voir avec du Jane Austen.

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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 19:59

L08.jpgLa chute

Guillermo del Toro/ Chuck Hogan

éditions Presses de la Cité


 

Je ne sais pas pourquoi mais, en ce moment, je n'ai pas tellement de chance avec les suites. Après la déception d'Eté, suite du plutôt bon Hiver, me voici peu emballée par La chute, second tome de la trilogie sur les vampires de Guillermo Del Toro et de Chuck Hogan. Avis à la population: ceux qui n'ont pas encore lu le premier tome La lignée mais qui comptent le lire, passez cet article. Vous risquez d'en apprendre trop. Voilà, comme ça on ne peut pas dire que je ne vous ai pas prévenu...

La situation est devenue critique à New York et dans le monde entier. Les vampires se sont multipliés à une vitesse affolante. Ephraïm, notre héros, essaie de survivre tant bien que mal et de protéger son fils Zac que sa mère, devenue vampire, essaie de récupérer. Rien ne semble pouvoir arrêter le Maître, le créateur de ce chaos, si ce n'est Abrahahm Setrakian, un vieux professeur juif rescapé des nazis qui traque les vampires depuis sa jeunesse et qui connaîtrait (peut-être?) un moyen de s'en débarrasser...

Mouais. Autant le premier volume était intéressant avec la mise en place progressive de l'action et l'angoisse qui montait, autant ce second tome est tout simplement ennuyeux. Car, au final il ne se passe pas grand-chose. Vampires, personnages qui apparaissent juste le temps de se faire mordre, héros terrés dans des caves ou des maisons et parlant beaucoup, vampires, héros qui arrivent et tuent vampires, héros qui fuient... C'est lassant d'autant plus que les auteurs, loin de privilégier l'action, laissent la part belle aux dialogues et aux réflexions métaphysiques. Seulement voilà, le style n'est pas exceptionnel et ses limites apparaissent vite. N'est pas Proust qui veut. Je pense de plus que les auteurs auraient dû se cantonner à quelques personnages et les suivre de bout en bout, au lieu de sauter d'un protagoniste à un autre et de détruire de la sorte l'atmosphère étouffante propre au fantastique. Ceci dit, tout n'est pas à jeter dans La chute: il y a une scène dans un train qui est particulièrement réussie, angoissante à souhait, et les cinquante dernières pages, plus rythmées, sont également plus intéressantes. Mais bon tout de même... Au final, il me faudra lire la fin de la trilogie quand elle sortira, ne serait-ce que pour connaître la chute. Espérons qu'elle me laisse sur de meilleurs sentiments. Ceci dit, j'en arrive presque à penser que ce cycle trouvera son intérêt majeur dans une adaptation cinématographique.... Et pour le coup, je pense que j'irai voir le film avec plaisir.

 


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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 11:44

L03.jpgAutremonde

Tad Williams

éditions Pocket

 

 

Sans transition, on passe de la fantasy à la science-fiction. Oui je sais, mes lectures du moment ne sont pas forcément des plus difficiles, mais il fait froid, le cerveau est un peu engourdi et je n'ai pas encore acheté mon prochain livre dans la sélection des 1001 livres...

L'Afrique dans le futur est devenu comme les autres un continent presque totalement industrialisé à l'exception de quelques tribus de bushmen, qui vivent encore selon leurs traditions, chasse et cueillette. Rennie, jeune professeur, enseigne l'informatique à l'université. Elle a pour tâche notamment d'enseigner les méandres du Réseau, le vaste monde virtuel que les hommes ont créé et qui désormais est tout aussi fréquenté que la VTJ (la Vie de Tous les Jours) C'est ainsi qu'elle fait la connaissance de !Xabbu, un élève presque de son âge, bushman qui ne connaît rien au Réseau mais qui souhaite maîtriser ce monde. Mais la vie virtuelle n'est pas sans danger: le petit frère de Rennie, Steven, tombe dans le coma à la suite d'une expérience informatique malheureuse et sa soeur et !Xabbu, devenus amis, découvrent vite qu'une vaste conspiration se cache derrière ce rêve vivant...

Le roman Autremonde date de 1996 mais, à la différence de certains romans de science-fiction, il ne paraît pas "vieilli". Disons pour être plus clair que le monde de Williams me paraît plus crédible que ceux de bien des ouvrages d'anticipation. Combien de personnes passent déjà la plupart de leur temps sur Internet et les jeux en réseaux? Imaginer un univers virtuel dans lequel chacun de nous pourrait vivre la vie dont il rêverait n'a absolument rien d'absurde. C'est le point fort de ce premier volume du cycle qui décrit un monde, dixit la quatrième de couverture qui '"n'a d'autres frontières que les limites de l'imagination de chacun". J'ai aimé cet univers grouillant de gamins qui se créent des personnages de gros méchants d'héroïc fantasy, de riches qui s'achètent du matériel dernier cri pour impressionner leurs pairs, d'informaticiens indifférents et d'adolescents geeks. J'ai aimé aussi l'écriture de Williams, toujours soignée, et qui a un style intéressant. Après, je ne suis pas convaincue par le personnage de !Xabbu, le "bon sauvage" qui balance proverbes et sentences de son peuple à toutes les sauces. Ce serait un peu trop si, heureusement, l'auteur ne compensait pas par le scepticisme de l'héroïne qui, à l'instar du lecteur, ne semble pas prête à aller vagabonder dans le désert à la recherche d'une vision. Mais surtout, ce qui m'a gênée dans l'histoire, c'est le côté "fouillis".  A l'image du Réseau sur lequel il promène ses héros, Tad Williams entraîne ses lecteurs dans des mondes divers et variés, multiplie les protagonistes et finit par nous perdre en cours de route. Ainsi, à la fin des 600 pages de ce premier volume, l'histoire paraît encore confuse et bien des personnages n'ont été qu'esquissés. Alors, déçue ou pas? Oui et non. J'ai déjà lu une saga de l'auteur et je me souviens n'avoir pas été emballée par le premier tome avant d'avoir dévoré la suite. Je préfère de ce fait voir Autremonde comme une mise en bouche prometteuse...

 

Et en bonus!

A lire la saga de Tad Williams L'arcane des épées, cycle de fantasy en huit volumes.

Et à voir, pourquoi pas? Les dieux sont tombés sur la tête.

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 18:08

L01.jpgLa lignée

Guillermo del Toro/ Chuck Hogan

Editions Pocket

 

Enfin de VRAIS vampires ! Pas de ces gentilles petites choses en proie à des luttes existentielles (personne ne leur a dit que ça servait à rien puisqu’ils étaient morts ?) mais de bonnes vieilles créatures bien malfaisantes dans un roman fantastique à faire froid dans le dos.

Un jour de septembre 2010, un Boeing 777 en provenance de Berlin atterrit normalement à New York. C’est après l’atterrissage que les choses se gâtent : l’appareil tombe en panne et le pilote ne répond plus à la tour de contrôle. Une équipe de secours retrouve tous les passagers de l’appareil morts à bord, à l’exception de quatre rescapés qui n’ont aucun souvenir de ce qui leur est arrivé. Quant à la cause des décès, elle reste totalement incompréhensible. Mais c’est à la nuit tombée que les choses se gâtent, quand les quelques deux cent corps des victimes disparaissent des morgues de la ville. Bientôt, Ephraïm Goodweather, l’épidémiologiste en charge de l’affaire, se rend à l’évidence ; il doit faire face à une pandémie d’un genre inhabituel : les vampires ont commencé à coloniser New York et, si on ne les arrête pas, ils auront bientôt décimé la ville entière…

Amateurs d’Anne Rice ou groupies d’Edward, passez votre chemin. Ces vampires-là ne sont pas pour vous. Ils sont malfaisants certes, mais, de plus, ils n’ont absolument rien de sensuel. Êtres très proches des zombies, ils sont plutôt laids, incapables de s’exprimer autrement que par des borborygmes, asexués (ils perdent leurs organes génitaux au moment de la transformation) et défèquent quand ils se nourrissent. Rien de très glamour donc. Grouillant de vers, ces vampires sont d’ailleurs comparés par les auteurs à des rats ou encore à des cancers parasitant leurs hôtes. De quoi refroidir les ardeurs vampiriques des plus tordu(e)s d’entre nous.

Ceci dit, en toute sincérité, cela faisait bien longtemps que je n’avais pas lu de romans fantastiques et celui-ci m’a bien angoissée. Dans une ambiance quasi-apocalyptique, nous assistons impuissants à un désastre annoncé. Les auteurs dosent avec habileté le côté scientifique (analyses médicales, mise en place de quarantaines, descriptions cliniques des vampires) et le côté surnaturel (l’être maléfique présent depuis des millénaires, pieux en argent et légendes oubliées) et créent de ce fait un univers qui nous est familier pour mieux le faire voler en éclats. Le seul bémol de cette histoire, c’est encore une fois la touche « sentimentale » avec le personnage de Ephraïm qui, au milieu de difficultés plus urgentes, parvient tout de même à se lamenter sur son statut de père divorcé. Réaction du lecteur ? On s’en fout, va donc décapiter du vampire au lieu de te demander pourquoi ton mariage a échoué ! Pour le reste, c’est une réussite : une intrigue efficace menée à la façon d’un compte à rebours et un bon suspens. De quoi provoquer quelques cauchemars en attendant de pouvoir lire la suite, sortie il y a à peine un mois…

 

Et en bonus, quelques titres qui m’ont fait penser à ce roman (à voir, ce bonus deviendra peut-être récurrent dans le blog)

Salem de Stephen King

Le Fléau de Stephen King

Je suis une légende de Richard Matheson

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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 11:41

L02.jpgElle s’appelait Sarah

Tatiana de Rosnay

Editions Livre de Poche

 

Je n’aime pas trop lire des romans sur la seconde guerre mondiale et la déportation. Emotionnellement, je trouve ça rude et généralement, ça tombe le plus souvent dans le larmoyant le plus primaire. Pour une fois, j’ai fait une exception, intriguée par le film qui est en ce moment dans les salles : Elle s’appelait Sarah. Je ne sais pas si j’aurais le courage de me traîner au cinéma mais l’histoire m’intriguait trop pour que je ne lance pas dans le livre de Tatiana de Rosnay qui a donné lieu à l’adaptation cinématographique.

16 juillet 1942 : des policiers français organisent une immense rafle de juifs. Parmi eux, Sarah, dix ans. Cette dernière, avant de quitter l’appartement, enferme son petit frère de quatre ans dans un placard secret en lui promettant de venir le rechercher. La clé dans la poche, la voilà embarquée par la Gestapo avec ses parents, ignorant tout du sort qu’on va lui réserver… En 2002, Julia Darmond, journaliste américaine marié à un français, est chargée de faire des recherches sur la rafle du Vél’d’Hiv à l’occasion de la commémoration de cette dernière, soixante ans auparavant. A priori, rien ne lie Sarah à cette femme d’une quarantaine d’années, mère d’une petite fille et souffrant de problèmes conjugaux relativement graves. Pourtant, de façon inattendue, le destin de ces deux personnes se retrouve lié et Julia, soixante ans plus tard, se lance sur les traces de cette enfant disparue de chez elle par une nuit de juillet...

Ce roman m’a laissée un curieux sentiment. J’ai été à la fois touchée et agacée. L’écriture est simple et Tatiana de Rosnay a un style qui n’a rien d’exceptionnel. Je vais peut-être me faire lyncher mais pour moi c’est un auteur à rapprocher de Barbery ou Gavalda (oh ça va, tout le monde ne peut pas être fan de Barbery et Gavalda) en gros un auteur qui dit entre ses lignes : « je suis un auteur sérieux moi madame mais si je peux jouer sur votre corde sensible, et bien je ne vais pas me gêner ».  Et c’est vrai qu’à plusieurs reprises le récit tombe dans le larmoyant. Curieusement, ce n’est pas lorsque de Rosnay s’attaque à la partie de la déportation et à l’histoire de Sarah, d’une étonnante sobriété, mais plutôt lorsqu’elle narre le récit de Julia, un personnage qui pleure beaucoup, seule ou avec les siens, qu’elle tombe dans un sentimentalisme outré. J’ai été aussi particulièrement agacée par les bons vieux clichés sur les français et notamment sur les parisiens qui fleurissent au gré de la narration. Ceci dit, le roman a des qualités qu’il ne faudrait pas nier : une construction efficace qui alterne l’histoire des deux personnages sans jamais léser l’une au profit de l’autre et une façon de parler de la déportation qui n’a pour le coup rien de mièvre. Avec une certaine subtilité, l’auteur rappelle à quel point malgré les commémorations diverses et variées, nous ignorons tout de cette période sombre de l’histoire qu’est l’Occupation. Ainsi personnellement, j’ignorais que la rafle du Vél’d’Hiv’ avait eu lieu à Paris même de même que j’ignorais à quel point la police française avait joué un rôle actif dans tout ça. Tatiana de Rosnay tout au long de l’histoire s’interroge : vaut-il mieux oublier ? Y a-t-il certains événements qui sont trop horribles et qui doivent être enterrés au fin fond de notre mémoire pour éviter de souffrir et de faire souffrir les autres? Dans Elle s’appelait Sarah nous avons des personnages qui pour une raison ou une autre choisissent de taire trahisons ou événements douloureux et de faire comme si de rien n’était ; Julia en revanche choisira de briser le silence et préférera révéler la vérité, au risque de détruire sa vie et celles d’autres personnes. L’auteur prend ainsi un parti et démontre que tout est préférable au silence, semblable au silence de cette petite fille qui a enfermé un jour son petit frère dans le placard. C’est un peu triste quand même d’autant plus que certains secrets ne sont pas faciles à exhumer… Bon Ok, j’admets j’ai eu les yeux larmoyants en lisant Elle s’appelait Sarah mais je suis presque sûre que c’était dû à mon rhume. Presque.

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 11:49

L05.jpgEté

Mons Kallentoft

Editions le Serpent à plumes

 

Bon, ne vous attendez pas à des merveilles aujourd’hui. Je suis malade et pas très apte à vous faire découvrir de merveilleuses lectures, d’autant plus que le livre dont je vais vous parler à présent n’a rien d’un chef-d’œuvre.

On le sait très bien ; rien ne vaut durant ces tristes périodes où le ciel semble vouloir vous engloutir un bon roman policier à lire sous sa couette ou au coin du feu.  J’étais d’autant plus impatiente d’attaquer Eté, le second volume de la trilogie de Mons Kallentoft, que le premier, Hiver m’avait vraiment beaucoup plue. Mais, pour le coup, ça a été une petite déception.

Malin Fors, notre héroïne du premier tome, revient dans ce second volet. Cette fois, plus d’hiver glacial, mais un été extrêmement chaud durant lequel le temps semble fonctionner au ralenti (et oui, pour le coup il vous faudra plus d’imagination)  Une série de viols et de meurtres est perpétuée sur des jeunes filles d’une quinzaine d’années. Malin, très concernée par ces crimes (sa fille a l’âge des victimes) enquête sur ce dossier épineux avec son collègue Zeke, enquête qui la mènera tour à tour dans les milieux lesbiens puis dans ceux des délinquants sexuels et qui lui fera rencontrer des personnes liées de près ou de loin à l’affaire mais qui, au final n’auront pas grand-chose à voir là-dedans…

Parlons déjà des qualités du livre, car il y en a pas mal. Ce qui est intéressant dans Eté, c’est  le portrait sans complaisance qui est dressé de la police : pleine de préjugés (les meurtres ont peut-être à voir avec le milieu lesbien, donc il s’agit forcément de l’équipe de football féminine. De même les soupçons se portent immédiatement sur des immigrés) cette dernière fait également preuve de méthodes peu orthodoxes pour obtenir des aveux (l’un des enquêteurs aura de nombreuses fois recours à la violence) avec au final des résultats peu probants. Ceci dit, l’auteur ne semble pas pour autant condamner la police ; il se contente de souligner que préjugés et violence font partie de l’être humain… C’est d’ailleurs ce qui fait l’intérêt de son héroïne, Malin, ses faiblesses : son penchant pour l’alcool, sa peur de la solitude et son refus d’admettre qu’elle va mal.  L’autre intérêt du livre porte sur son atmosphère, cet été caniculaire sur fond d’incendies qui transforme la paisible petite ville suédoise en enfer sur terre et où personne de ce fait n’est à l’abri.

Mais malheureusement, le livre pèche à de nombreux endroits. D’une part, la trame est quasi-similaire au premier volet Hiver. Des conditions climatiques extrêmes, le meurtrier qui prend la parole au début du récit, des morts qui interviennent au fil des pages, une enquête qui aboutit la plupart du temps à des impasses… Le sentiment de déjà-vu ne tarde pas à affecter le plaisir de la lecture, d’autant plus que cette fois, Mons Kallentoft n’y va pas avec le dos de la cuillère, multipliant les voix et les intrigues parallèles et provoquant au final une certaine lassitude chez le lecteur. Plus grave, l’intrigue principale est tirée par les cheveux et sa conclusion hâtive, nous laissant sur notre faim. L’auteur semble plus désireux de dénouer les écheveaux de la vie sentimentale et familiale de Malin que de donner une fin satisfaisante à l’enquête et, pour un roman policier, je trouve ça assez scandaleux ! Enfin, je n’ai que moyennement apprécié le ton pompeux du récit et sa façon d’insister sur la notion de « Mal », comme si le Mal était une entité vivante que l’on pouvait reconnaître dans les yeux de tous les violeurs d’enfants et de tous les psychopathes avides de sang. En bref, Eté reprend les mêmes ingrédients qu’Hiver mais avec la subtilité en moins et de la guimauve en plus (tous les enquêteurs de romans devraient être célibataires, sans enfants, et uniquement préoccupés de résoudre leurs enquêtes au lieu de se pencher sur les méandres de leur tumultueuse vie sentimentale) Reste à savoir ce que donnera le dernier volet de la trilogie….

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Published by beux - dans Polar
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