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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 18:47

L01.jpgLa nouvelle Héloïse

Jean-Jacques Rousseau

éditions Livre de Poche

 

 

Dans la série des livres que vous ne pourrez pas acheter pour Noël à vos proches et dans la série des livres qui vont sérieusement ralentir le rythme de publication de ce blog, penchons-nous sur Jean-Jacques Rousseau, écrivain du18ème siècle pour le moins prolifique dont tout le monde a entendu parler mais que peu ont lu, sans doute découragés par des pavés pour le moins austères. De Rousseau, je n'avais jusque là lu que Les Confessions, il y a plus de dix ans, et je me souvenais uniquement de sa date en naissance, à cause d'un camarade de classe passionné par cet auteur et qui se targuait d'être né le même jour que lui. Mais les 1001 livres... aiment Rousseau (il est cité pour quatre romans tout de même) et comme je suis psychorigide, je suis les 1001 livres... j'ai donc décidé de m'attaquer de nouveau à un écrivain qui ne m'avait jamais fait rêver.

Julie ou la nouvelle Héloïse (en référence à l'histoire d'amour entre Héloïse et Abélard) est un roman épistolaire racontant la romance de Julie une jeune fille de bonne famille avec son précepteur, Saint-Preux. Cet amour passionné et consommé est très rapidement contrarié par le père de Julie qui impose à sa fille d'épouser M de Wolmar, un vieil ami. Les jeunes gens sont désespérés mais Julie, en fille soumise, se résigne à ce mariage tandis que Saint-Preux, tenté de se suicider, part en voyage pour oublier sa maîtresse. Des années plus tard, Julie, épouse et mère apaisée et comblée (?) avoue tout à M. de Wolmar, qui touché par l'histoire des deux amants, décide de faire revenir Saint-Preux auprès de sa famille pour en faire le précepteur de ses propres enfants. Persuadé que sa femme ne saurait trouver le bonheur séparée de son ancien prétendant, il a pour ambition de les réunir tout en les forçant à transformer cet amour en amitié...

C'est vraiment un livre très curieux et qui m'a laissée sur un certain sentiment de confusion.  Le roman épistolaire n'a rien de particulièrement extraordinaire, surtout au 18ème siècle, mais dans ce cas précis, il donne à la narration une richesse de style, multipliant les points de vue, ceux de Julie et de Saint-Preux mais également celui de Claire, la cousine de Julie, ou encore de Monsieur de Wolmar. Les lettres se suivent, se répondent, se croisent parfois, se contredisent souvent. Saint-Preux se pique de décrire les moeurs des parisiens? Il est remis à sa place par sa bien-aimée. Julie interroge sa cousine pour qu'elle l'aide à faire un choix? La cousine se dérobe. La correspondance n'a rien de structurée et c'est ce qui en fait tout son charme. Quant aux idées avancées dans le roman... et bien, du diable si vous arrivez à saisir la pensée de Rousseau, mouvante, volontiers contradictoire, et quelquefois même irrationnelle. Oh, vous retrouverez quelques thèmes charnières; l'amour de la nature, l'exaltation des sentiments, un goût pour la musique et la solitude... Mais si les sentiments chez Rousseau sont admirablement décrits dans un style baroque et volontiers lyrique (les premières lettres dans lesquelles Julie et Saint-Preux se font mutuellement l'aveu de leur amour sont tout simplement sublimes) ils sont confus, emmêlés... Julie est vertueuse; persuadée après son mariage que Wolmar était le meilleur choix possible et qu'elle n'aurait pu être heureuse avec son ancien amant, elle ne peut cependant l'oublier. Elle clame qu'elle n'a plus de sentiments pour Saint-Preux mais ne supporte pas de vivre loin de lui, persuadée qu'elle a sublimé cet amour tandis que Saint-Preux, non moins énigmatique, se dérobe derrière un langage pour le moins confus. Nous ne parlerons même pas de Claire, la cousine de Julie, qui, ne faisant qu'une avec elle, éprouve des sentiments pour l'ancien précepteur ou encore du mari froid et paisible qui aime sa femme mais pas trop... Tous ses personnages parlent, se justifient, se dérobent, se contredisent, se réfugient derrière une vertu bien commode ou des principes qui ne sont pas sans intriguer le lecteur, car ils sont emmêlés, brouillés... Ici, ce n'est pas la bonne vieille vertu de Richardson que nous retrouvons mais une vertu un peu bâtarde, qui admet l'amour mais un amour platonique que paradoxalement, l'auteur semble considérer comme impossible. En clair: on n'y comprend pas grand-chose dans ce dédale de sentiments au demeurant décrits avec beaucoup de justesse. Julie ou la Nouvelle Héloïse est un livre que j'ai aimé essentiellement pour cette confusion, en dépit de sa longueur (800 pages) . Les passages qui m'ont le moins plu sont en effet ceux où Rousseau expose plus clairement ses idées sur l'éducation, le mariage, les moeurs... Pour le coup, Rousseau moraliste ne m'intéresse guère, je préfère Rousseau l'amoureux ou le rêveur... Et j'arrête cette note là car je vois que je commence à faire comme lui: je m'embrouille et j'en écris des tonnes! La suite au prochain numéro...

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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 18:42

L02.jpgCathy's key

Stewart/ Weisman/ Brigg

éditions Bayard Jeunesse


 

Je sais, je l'avais promis. J'avais promis que pour ce second volet des aventures de Cathy (pour le premier volume allez consulter la note dans les archives en jeunesse, j'ai la flemme de rechercher) je ferais un effort et que je m'appliquerais à lire ce joyeux ouvrage interactif sans tricher, en essayant de décrypter les indices, en allant sur Internet, en téléphonant aux numéros indiqués... Car Cathy's key est, comme Cathy's book un roman qui nécessite une active participation de son lecteur, avec à la clé coupures de journaux, croquis, feuilles de menus, adresses de sites Internet, etc.

Je vous jure que j'ai essayé: j'ai étalé à terre les documents fournis avec le roman, je me suis saisie d'un crayon, installée devant l'ordinateur... et au bout du premier chapitre, j'ai éteint l'ordinateur, j'ai rangé le crayon et j'ai rassemblé les documents. J'aurais sans doute fait une piètre détective, je le crains.

Cathy's key poursuit les mésaventures de Cathy, cette jeune fille qui a découvert avec un peu de hasard et beaucoup de portes forcées que son petit ami, Victor, était en fait immortel. Ce dernier, par amour pour notre héroïne, a accepté de servir de cobaye à l'ancêtre Lu, immortel lui aussi, qui souhaite trouver le gène qui permettra à l'humanité entière de ne plus jamais mourir. Mais les choses se gâtent pour Cathy et les siens quand, à la suite d'une rencontre avec une voyante, la jeune fille se fait voler son portable et son journal par Jewel, une marginale de son âge qui, sans vergogne, décide de tirer parti de l'histoire de sa victime...

Curieusement, ayant décidé une bonne fois pour toutes de ne plus m'ennuyer avec la partie "ludique" du roman, j'ai beaucoup plus apprécié ce second volet que le précédent. Cathy est un personnage attachant, très drôle, dont l'humour et le caractère pas toujours évident provoquent quelques situations cocasses (j'ai beaucoup apprécié le récit de ses expériences professionnelles ainsi que ceux de ses nombreuses effractions) La narration, volontairement décousue et pleine de digressions et de flash-back divers et variés, est efficace et reflète bien le propre état d'esprit d'une héroïne dont la vie et l'humeur s'apparentent aux montagnes russes. Ajoutez à cela une histoire d'amour qui ne tourne pas à la guimauve et une touche de fantastique traitée avec une désinvolture qui ferait hurler au scandale les amateurs du genre. On est loin de Twilight... Et vous savez quoi? Tant mieux.

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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 10:11

L01.jpgComme deux gouttes d'eau

Tana French

éditions Seuil

 

Vous n'avez jamais rêvé l'espace de quelques jours de vous glisser dans la peau d'un ou d'une autre? De vivre à sa place histoire de vérifier que vous n'avez pas raté votre propre vie? C'est l'occasion qui se présente un jour pour Cassie Madox, inspecteur employée aux violences domestiques. A ses débuts dans la police, Cassie était une jeune infiltrée dans le milieu de la drogue à qui son patron avait créé un personnage fictif, Lexie Madison, pour les besoins de l'enquête. Le dossier bouclé, Lexie avait disparu et Cassie l'avait presque oubliée... jusqu'au jour où son ancien patron, Frank, la convoque sur le lieu d'un crime. Dans une masure au fond de la campagne irlandaise, son sosie gît à terre, poignardée. Un sosie qui se faisait appeler Lexie Madison. L'occasion est trop belle pour Cassie qui, tant pour découvrir l'identité de la mystérieuse jeune femme que pour découvrir qui l'a tuée, décide avec Frank de reprendre le rôle de la victime afin de démasquer ses assassins. La voici donc infiltrée de nouveau, cette fois dans le rôle d'une sage étudiante vivant au coeur d'une communauté pour le moins particulière, dans une vieille demeure perdue. Mais, curieusement, Cassie va découvrir que ce mode de vie lui plaît et, bien malgré elle, va tisser des liens avec des gens qui, potentiellement, sont tous des tueurs...

Je suis tombée sur ce policier totalement par hasard, en piochant sur une table, et pour une fois, la pioche a été très bonne. Jeune auteur irlandaise, Tana French a un style très agréable et crée une héroïne attachante et pleine de fraîcheur. Je n'avais encore jamais lu d'histoires d'infiltrés, et j'ai été immédiatement séduite par ce qui est quasiment un huis-clos, l'action se déroulant presque exclusivement à Whitehorn House. Pas de considérations médico-légales, de réunions interminables et de scènes d'action à la poursuite d'un tueur fantôme, uniquement des descriptions de la campagne et d'une maison qui a tout de la maison-fantôme. Le tour de force de l'auteur est de jouer sur ce que cette situation a de rassurant (l'ambiance familiale, le côte "cocooning" avec le feu dans la cheminée et la camaraderie des cinq étudiants) et d'angoissant (les bruits de la campagne et la nuit faussement silencieuse, l'isolement et les craquements du plancher...) Dans ce huis-clos évoluent des personnages que nous ne pouvons, à l'instar de Cassie, nous empêcher de trouver sympathique au fil du récit. A l'inverse, la victime, Lexie, apparaît de plus en plus trouble...Comme deux gouttes d'eau est un roman policier atypique qui joue beaucoup sur la psychologie des personnages et sur un décor qui a tout du décor d'un film d'horreur. Il ne fait pas vraiment peur (amateurs de descriptions gores et d'autopsies, passez votre chemin) mais distille une sensation de malaise et de tristesse qui ne s'efface pas facilement. Un seul petit défaut: j'ai trouvé la fin un peu trop prévisible... A part ça, je vais me hâter d'aller découvrir les autres romans de Tana French.

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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 18:36

L01.jpgLe mec de la tombe d'à côté

Katarina Mazetti

éditions Actes Sud

 

 

Et trois notes en trois jours! J'espère que vous êtes contents. L'avantage du train, c'est de pouvoir avaler les livres en même temps que les kilomètres. Et de lire aussi des romans dont on a entendu parler depuis des mois, sans avoir eu le temps de se pencher dessus...

Le mec de la tombe d'à côté est un roman d'amour. Mais pas n'importe quel roman d'amour. Rien à voir avec le schéma classique; ils se rencontrent, se détestent ou se tournent autour et finissent par tomber dans les bras l'un de l'autre. Cette histoire là est plus sombre. Désirée est une jeune veuve qui se rend régulièrement sur la tombe de son mari. Citadine et bibliothécaire, elle n'éprouve qu'un médiocre chagrin pour la disparition de cet homme qui lui correspondait pourtant parfaitement. Au cimetière, elle fait la connaissance de Benny, éleveur de vaches laitières qui lui, fleurit la stèle de sa mère, récemment disparue. Tous deux s'ignorent d'abord, agacés mutuellement par leurs apparences respectives, mais, un jour, au détour d'un regard, le dédain cède bientôt la place à une passion dévorante, et une idylle brûlante naît entre ces deux coeurs solitaires. A partir de là, tout devrait être simple non? Même âge, libres tous les deux... Pourtant l'histoire ne colle pas. Et pourquoi? La réponse est bête et tient à peu de choses: des points de croix sur les murs et des vaches d'un côté, des livres et un appartement tendance de l'autre. En clair, deux mondes qui ne sont absolument pas faits pour se cotoyer et un choc des cultures qui pourrait être fatal au couple d'amants.

L'histoire du mec de la tombe d'à côté est la suite logique d'un conte de fées, lorsque le prince après avoir ramené la bergère au château se rend compte que sa femme est un peu plouc et ne sait pas se servir de ses douze couverts ni tenir ses servantes et que la femme réalise qu'un prince se doit d'avoir plusieurs maîtresses et qu'une princesse ne peut plus aller courir les bois en embrassant les crapauds, mais se doit de broder des napperons en pondant de temps à autre des enfants qu'elle n'élevera même pas. En clair, l'amour peut-il abolir les différences? Benny est un homme assez simple, pas bête mais qui rêve mariage et enfants, ainsi que d'une femme qui lui préparera de bons petits plats. De son côté, Désirée aime l'opéra et les livres, s'investit dans son travail et rêve d'une vie consacrée à la culture et à la découverte.... Avec un humour un brin désenchanté, l'auteur fait ainsi se rencontrer deux solitaires que tout oppose et qui pourtant tombent amoureux l'un de l'autre. Le plus triste c'est que ces deux-là ne différent pas tellement d'un point de vue caractère, partageant la même autodérision et les mêmes désirs de famille, mais n'ont absolument pas la même culture et le même mode de vie. Sont-ils incompatibles? Je ne vous dévoilerais pas la fin d'un récit fluide, qui tient avant tout à la dynamique de ce duo improbable qui, loin de composer, s'enferme chacun dans sa propre caricature. Lui se plaît à jouer les paysans simples d'esprit, elle se renferme dans son rôle d'intellectuelle bobo. C'est drôle et tragique à fois. Les dialogues et les situations sont amusants (elle découvrant pour la première fois la décoration de la ferme, lui s'endormant à l'opéra) mais paradoxalement pointent le malaise de deux personnages qui ne peuvent vivre ni avec ni sans l'autre. L'alternance des narrations (Désirée et Benny s'exprime chacun à leur tour) donne au roman l'allure d'un dialogue de sourds qui paraît sans issue. Alors, vaut-il mieux vivre avec quelqu'un qu'on n'aime pas mais qui partage le même mode de vie, ou se lancer à l'inconnu avec un être qui vous est opposé? On le sait, l'amour est avant tout affaire de compromis... encore faut-il que cela en vaille la peine.

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 20:27

L01.jpgGone t.3 Mensonges

Michael Grant

éditions Pocket Jeunesse


 

Retour à nos enfants de Perdido Beach qui, depuis maintenant deux romans vivent seuls, prisonniers de la mystérieuse coque qui encercle la ville. Six mois se sont écoulés depuis la disparition des adultes et le moins que l'on puisse dire, c'est que la situation est loin d'être brillante. Dans le pensionnat à l'écart de Perdido Beach, Caine et quelques poignées de fidèles meurent de faim, condamnés à se dévorer entre eux. En ville même, une guerre civile oppose les humains (les enfants sans pouvoirs) aux mutants (les enfants qui ont développé des pouvoirs après la disparition). La faim se fait tenace malgré les efforts de chacun et la violence est partout.  C'est dans ce contexte difficile que Orsay, l'une des mutantes, affirme que la mort est le seul moyen de quitter la Zone. Divagation, escroquerie, vérité? En tous cas, le conseil de la Zone, composé entre autres d'Astrid le petit génie et de Sam, chef malgré lui, est loin d'apprécier ce type de prophéties qui pourraient mener à une vague de suicides...

Décidément, Gone est une série qui ne nous épargne rien. Après la description de la famine et de ses conséquences, Michael Grant s'attaque à la violence. Qui a dit que seul les adultes pouvaient faire la guerre? Dans la zone, on s'entre-tue gaiement, on vole, on brime et on va même jusqu'à dévorer son semblable. Encore une fois, ce qui est intéressant dans ce récit, ce n'est pas le style, efficace mais rudimentaire (beaucoup de dialogues, des descriptions brèves mais brutales de scènes fortes) mais l'action, qui va crescendo, rythmée par un compte à rebours au début de chaque chapitre et qui de ce fait donne à l'intrigue entière une allure de course contre la montre. Entre-temps, l'auteur s'en donne à coeur joie, éreintant sans pitié tous ses personnages, les décortiquant avec une minutie qui les rend presque réels. La sage Astrid apparaît comme une manipulatrice, le débrouillard Albert comme un calculateur, Sam comme un faux héros terrorisé par les fantômes de son passé et la maternelle Mary comme une folle anorexique. A l'inverse, les méchants font pâle figure: la froide Diane se laisse attendrir, Caine n'est qu'un gosse affamé qui, loin des idées de vengeance, cherche seulement à se nourrir et le chef des humains, Zill, n'est qu'un enfant dépassé par une idée. En bref, tous, les bons comme les mauvais, sont largués et n'aspirent qu'à une chose: retrouver leur ancienne vie... à supposer que cela soit possible. En tous cas, pas dans ce roman-là je préfère vous prévenir tout de suite si comme moi vous étiez persuadés que la série était une trilogie. C'est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. Mauvaise nouvelle car personnellement, j'aurais bien aimé résoudre le mystère de la Zone et une bonne nouvelle car j'ai de nouveau rendez-vous avec les enfants de Perdido Beach prochainement... enfin ceux qui resteront!

 

Et sur le même thème en attendant:

- Seuls, t. 1 à 5, de Gazzoti et Vehlmann, éditions Dupuis.

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16 novembre 2010 2 16 /11 /novembre /2010 20:39

L03.jpgHistoire de Rasselas prince d'Abyssinie

Samuel Johnson

éditions Desjonquères

 

Si vous êtes d'accord (mais même si vous ne l'êtes pas, ça ne change rien) nous allons poursuivre notre petite exploration du 18ème siècle en retournant cette fois en Angleterre avec l'oeuvre de Samuel Johnson, Histoire de Rasselas prince d'Abyssinie, oeuvre très proche de Candide de Voltaire et pratiquement sortie en même temps. Là encore il s'agit d'une critique de l'optimisme illustrée sous la forme d'un récit court, le conte.

Le prince Rasselas vit avec ses frères et soeurs dans une vallée protégée, à l'écart du monde et de ses malheurs, et a tout ce qu'il désire: nourriture, plaisir... Mais le prince n'est pas heureux; il se languit, incapable de savoir pourquoi et décide de découvrir le monde avec sa soeur et ses compagnons. Son objectif n'est plus ni moins que de trouver le bonheur.  Le voilà donc lancé dans une quête qui lui réserve bien des désillusions.

Nous le savons tous au fond de nous-mêmes: le bonheur parfait n'existe pas. Néanmoins, il y a quelque chose de profondément déprimant à se le voir rappeler, ce que n'hésite pas à faire Samuel Johnson avec un humour moins évident que celui de Voltaire mais tout aussi cynique. Rasselas s'essaie à tous les métiers, recherche toutes les compagnie, fait tour à tour l'expérience de la pauvreté et de la richesse, de la culture et de l'ignorance et ne rencontre aucune personne fondamentalement heureuse, pas plus qu'il ne trouve le bonheur lui-même. Dans un sens, c'est beaucoup plus noir que dans Candide. Dans le conte de Voltaire, il existait un endroit idéal, l'Eldorado, alors qu'il n'y a aucun endroit de ce genre dans le conte de Johnson. De même, dans Candide, les malheurs du héros éponyme tenaient plus à la bêtise et à la cupidité des hommes. Dans Rasselas, l'insatisfaction permanente du prince tient à sa nature même: même choyé, il ne parvient pas à combler le vide de son existence. Johnson souligne ainsi que l'homme n'est pas fait pour être heureux, éternel insatisfait, à la recherche d'un bonheur qui est condamné à lui échapper pour l'éternité.

J'ai préféré Johnson à Voltaire, plus poétique, plus subtil. Pas de comique de répétition ni d'effets inutiles, juste une réflexion désabusée et quelques situations cocasses (le prince qui pour échapper à sa prison dorée se fait fabriquer des ailes, l'ermite qui décide sur un coup de tête de quitter sa retraite pour retrouver le monde...) Reste que ça demeure un conte philosophique (je vous ai déjà dit n'est-ce pas que je DETESTAIS les contes philosophiques?) qui de ce fait est très didactique et devient vite lassant. Si vous êtes un peu fatigué et que vous avez la tête ailleurs, vous aurez bien du mal à rentrer dans un récit qui se soucie plus de faire une démonstration que de s'attacher son lecteur. C'est de bonne guerre je suppose. C'est le genre et l'époque qui veut ça. Reste que j'en commence à en avoir un peu assez du 18ème siècle, pas vous? Souriez, on attaque Roussau la prochaine fois. Là c'est sûr, nous allons souffrir...

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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 21:51

L03.jpgLe syndrôme [E]

Franck Thilliez

éditions Fleuve Noir

 

Vous entendez le vent qui souffle à travers vos volets? Vous entendez la pluie? C'est un temps à se replier sous la couette avec un bon livre. Il y a des livres pour toutes les saisons. L'automne, rien ne vaut un bon polar.

Ludovic, un quadragénaire vieux garçon, passionné de films anciens, trouve à la suite d'une annonce dans le journal, toute une collection de vieilles bobines qu'un fils revend suite au décès de son père. Parmi celles-ci se trouve un film sans étiquette, dont la simple projection suffit à le rendre aveugle! L'une de ses ex, Lucie Henebelle, lieutenant de police à Lille, intriguée, décide de mener l'enquête. Pendant ce temps, près de Rouen, cinq cadavres non identifiés sont retrouvés, atrocement mutilés. Franck Sharko, commissaire brillant mais souffrant de schizophrénie suite au décès de sa femme et de sa fille, enquête sur ces cadavres qui ne semblent avoir aucun point commun si ce n'est la cruauté de leur exécution. Malgré les apparences, les enquêtes de Henebelle et de Sharko sont liés et, bientôt ces deux-là vont se retrouver pour enquêter sur une affaire mêlant complots, savants fous, neurologie, psychanalyse et cinéma...

Argh, je vais encore me faire des ennemis. On m'avait dit beaucoup de bien de Franck Thilliez et présenté Le syndrôme [E] comme un chef-d'oeuvre. Cependant la lecture de ce dernier m'a laissée sur un sentiment mitigé. Je n'ai pas détesté. Je n'ai pas non plus franchement adoré.

La première critique que je ferais est purement personnelle et concerne le style de l'auteur. Il me semble avoir déjà lu La chambre des morts (ça m'a tellement marquée que je ne m'en souviens plus) et avoir eu les mêmes ressentis. Je n'aime pas. Je trouve les dialogues artificiels, manquant de spontanéité et ne se démarquant pas suffisamment d'une narration au demeurant tout à fait sympathique. De plus, c'est lent. Normalement, les romans ont plutôt tendance à mettre du temps à démarrer avant de réellement  entrer dans le vif du sujet mais là c'est l'inverse: l'intrigue démarre fort (le film qui rend aveugle le personnage, les cinq corps découverts...) et soudain ralentit, ralentit, jusqu'à ce que le lecteur se demande un peu perdu où il en était. Certes, il s'agit du premier tome d'un dyptique, mais bon tout de même, un minimum syndical de rebondissements est exigé non? Allez fini pour les mauvaises critiques, passons aux bonnes: le thème du récit est sympathique. Il faut une bonne dose de culot pour mêler sans complexe fiction et réalité historique (les orphelins de Duplessis) et Franck Thilliez s'en tire avec les honneurs. Il aborde avec beaucoup de finesse des sujets passionnants et un peu effrayants, tout particulièrement celui de la neurologie. Sommes-nous tous des machines soumises aux influx électriques de notre cerveau? La science pourra-t-elle un jour tout contrôler, émotions, sentiments, folie? L'auteur s'interroge là-dessus, parfois un peu longuement (d'où aussi les ruptures de rythme du récit) et invite son lecteur à enquêter à son tour sur les mystères du cerveau humain. Les personnages ne sont pas à l'abri de cette inspection, étant eux-même des êtres complexes (l'un est schizophrène, l'autre obsédée par son travail). En bref; du bon et du moins bon dans ce récit dont la suite sortira en avril 2011 mais quelques scènes très réussies notamment celui du film que visionne d'abord Ludovic puis Lucie et qui, de façon condensée résume le sentiment de malaise qui caractérise le roman, l'idée sous-jacente que nous sommes tous des voyeurs à notre insu...

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5 novembre 2010 5 05 /11 /novembre /2010 19:23

L02.jpgLa fille qui voulait être Jane Austen

Polly Shulman

éditions Albin Michel

 

 

Non, franchement, personne ne devrait avoir envie dans l'absolu de ressembler à la pauvre Jane Austen. A l'une de ses héroïnes à la rigueur, mais qui pourrait avoir envie de vivre la vie d'une malheureuse trop pauvre pour faire un mariage à sa convenance, une vieille fille qui a vécu dans l'anonymat, si discrète sur sa vie privée qu'elle a fait brûler par sa soeur après sa mort quasiment tous ses documents personnels? Je doute que Jane Austen ait été très heureuse. Elle parle trop d'amour dans ses romans pour ne pas l'avoir vécue et pourtant elle a fini seule. Est-ce que le fait d'être un auteur reconnu aujourd'hui la dédommage vraiment d'avoir été malheureuse de son vivant?

En tous cas, c'est ce que pense les deux héroïnes du roman dont nous allons parler aujourd'hui. Julia, grande adolescente blonde et timide, est fan de Jane Austen. Elle fait partager sa passion à sa meilleure amie, Ashleigh, qui fond elle aussi à la lecture de Orgueil et Préjugés. Seulement, le problème avec Ashleigh, c'est que, lorsqu'elle est passionnée... et bien elle l'est jusqu'au bout. La voici donc qui enfile jupes longues, parle en langage démodé, et se met en tête de participer au bal organisé par un lycée privé. ça tombe bien, monsieur Darcy version adolescent s'y trouve et fait flancher le coeur de Julia... mais malheureusement aussi celui de Ashleigh.

Avec un titre pareil (qui d'ailleurs n'a rien à voir avec le titre en version original) on aurait pu s'attendre à quelque chose de plus détonnant. L'histoire commence pourtant bien avec le personnage de Ashleigh, haut en couleurs, qui est déterminée à vivre sa passion pour Jane Austen jusqu'au bout. Adieu pantalons, bonjour quadrille! Le style de ce roman adolescent, plein d'humour, nous laissait également entrevoir un bon moment, loin des jérémiades sur le premier amour et les premiers drames existentiels. Hélas, dès le moment où les héroïnes rencontrent les héros, le récit, jusque là joyeusement décalé, devient beaucoup plus conventionnel et retombe au niveau d'une bonne bluette adolescente. C'est drôle, c'est léger, ça parle d'amour, les belles-mères y sont toujours des garces, les mères toujours courageuses, les pères toujours absents, mais tout finit plutôt bien. Les adolescentes effacées se feront forcément remarquer par l'élu de leur coeur, et la meilleure amie se découvrira une passion pour un autre... En bref, un bon roman de gare pour jeunes filles qui ont un peu envie de rêver.. mais absolument rien à voir avec du Jane Austen.

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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 19:59

L08.jpgLa chute

Guillermo del Toro/ Chuck Hogan

éditions Presses de la Cité


 

Je ne sais pas pourquoi mais, en ce moment, je n'ai pas tellement de chance avec les suites. Après la déception d'Eté, suite du plutôt bon Hiver, me voici peu emballée par La chute, second tome de la trilogie sur les vampires de Guillermo Del Toro et de Chuck Hogan. Avis à la population: ceux qui n'ont pas encore lu le premier tome La lignée mais qui comptent le lire, passez cet article. Vous risquez d'en apprendre trop. Voilà, comme ça on ne peut pas dire que je ne vous ai pas prévenu...

La situation est devenue critique à New York et dans le monde entier. Les vampires se sont multipliés à une vitesse affolante. Ephraïm, notre héros, essaie de survivre tant bien que mal et de protéger son fils Zac que sa mère, devenue vampire, essaie de récupérer. Rien ne semble pouvoir arrêter le Maître, le créateur de ce chaos, si ce n'est Abrahahm Setrakian, un vieux professeur juif rescapé des nazis qui traque les vampires depuis sa jeunesse et qui connaîtrait (peut-être?) un moyen de s'en débarrasser...

Mouais. Autant le premier volume était intéressant avec la mise en place progressive de l'action et l'angoisse qui montait, autant ce second tome est tout simplement ennuyeux. Car, au final il ne se passe pas grand-chose. Vampires, personnages qui apparaissent juste le temps de se faire mordre, héros terrés dans des caves ou des maisons et parlant beaucoup, vampires, héros qui arrivent et tuent vampires, héros qui fuient... C'est lassant d'autant plus que les auteurs, loin de privilégier l'action, laissent la part belle aux dialogues et aux réflexions métaphysiques. Seulement voilà, le style n'est pas exceptionnel et ses limites apparaissent vite. N'est pas Proust qui veut. Je pense de plus que les auteurs auraient dû se cantonner à quelques personnages et les suivre de bout en bout, au lieu de sauter d'un protagoniste à un autre et de détruire de la sorte l'atmosphère étouffante propre au fantastique. Ceci dit, tout n'est pas à jeter dans La chute: il y a une scène dans un train qui est particulièrement réussie, angoissante à souhait, et les cinquante dernières pages, plus rythmées, sont également plus intéressantes. Mais bon tout de même... Au final, il me faudra lire la fin de la trilogie quand elle sortira, ne serait-ce que pour connaître la chute. Espérons qu'elle me laisse sur de meilleurs sentiments. Ceci dit, j'en arrive presque à penser que ce cycle trouvera son intérêt majeur dans une adaptation cinématographique.... Et pour le coup, je pense que j'irai voir le film avec plaisir.

 


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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 11:44

L03.jpgAutremonde

Tad Williams

éditions Pocket

 

 

Sans transition, on passe de la fantasy à la science-fiction. Oui je sais, mes lectures du moment ne sont pas forcément des plus difficiles, mais il fait froid, le cerveau est un peu engourdi et je n'ai pas encore acheté mon prochain livre dans la sélection des 1001 livres...

L'Afrique dans le futur est devenu comme les autres un continent presque totalement industrialisé à l'exception de quelques tribus de bushmen, qui vivent encore selon leurs traditions, chasse et cueillette. Rennie, jeune professeur, enseigne l'informatique à l'université. Elle a pour tâche notamment d'enseigner les méandres du Réseau, le vaste monde virtuel que les hommes ont créé et qui désormais est tout aussi fréquenté que la VTJ (la Vie de Tous les Jours) C'est ainsi qu'elle fait la connaissance de !Xabbu, un élève presque de son âge, bushman qui ne connaît rien au Réseau mais qui souhaite maîtriser ce monde. Mais la vie virtuelle n'est pas sans danger: le petit frère de Rennie, Steven, tombe dans le coma à la suite d'une expérience informatique malheureuse et sa soeur et !Xabbu, devenus amis, découvrent vite qu'une vaste conspiration se cache derrière ce rêve vivant...

Le roman Autremonde date de 1996 mais, à la différence de certains romans de science-fiction, il ne paraît pas "vieilli". Disons pour être plus clair que le monde de Williams me paraît plus crédible que ceux de bien des ouvrages d'anticipation. Combien de personnes passent déjà la plupart de leur temps sur Internet et les jeux en réseaux? Imaginer un univers virtuel dans lequel chacun de nous pourrait vivre la vie dont il rêverait n'a absolument rien d'absurde. C'est le point fort de ce premier volume du cycle qui décrit un monde, dixit la quatrième de couverture qui '"n'a d'autres frontières que les limites de l'imagination de chacun". J'ai aimé cet univers grouillant de gamins qui se créent des personnages de gros méchants d'héroïc fantasy, de riches qui s'achètent du matériel dernier cri pour impressionner leurs pairs, d'informaticiens indifférents et d'adolescents geeks. J'ai aimé aussi l'écriture de Williams, toujours soignée, et qui a un style intéressant. Après, je ne suis pas convaincue par le personnage de !Xabbu, le "bon sauvage" qui balance proverbes et sentences de son peuple à toutes les sauces. Ce serait un peu trop si, heureusement, l'auteur ne compensait pas par le scepticisme de l'héroïne qui, à l'instar du lecteur, ne semble pas prête à aller vagabonder dans le désert à la recherche d'une vision. Mais surtout, ce qui m'a gênée dans l'histoire, c'est le côté "fouillis".  A l'image du Réseau sur lequel il promène ses héros, Tad Williams entraîne ses lecteurs dans des mondes divers et variés, multiplie les protagonistes et finit par nous perdre en cours de route. Ainsi, à la fin des 600 pages de ce premier volume, l'histoire paraît encore confuse et bien des personnages n'ont été qu'esquissés. Alors, déçue ou pas? Oui et non. J'ai déjà lu une saga de l'auteur et je me souviens n'avoir pas été emballée par le premier tome avant d'avoir dévoré la suite. Je préfère de ce fait voir Autremonde comme une mise en bouche prometteuse...

 

Et en bonus!

A lire la saga de Tad Williams L'arcane des épées, cycle de fantasy en huit volumes.

Et à voir, pourquoi pas? Les dieux sont tombés sur la tête.

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