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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 18:47

L01.jpgLa vie très privée de Mr Sim

Jonathan Coe

éditions Gallimard

(2010)

 

Maxwell Sim n'a pas franchement beaucoup de chance dans la vie. Enfant non désiré, élevé par une mère affectueuse mais transparente, et un père brillant mais distant, Maxwell collectionne les échecs et les déboires; il est trop peu cultivé pour briller en société et suffisamment intelligent pour en souffrir. Traversant la vie comme une ombre, c'est un homme somme toute relativement ordinaire, mais qui a la particularité de ne pas beaucoup s'aimer et de poser sur lui-même un regard sans complaisance. Opinion qui ne s'arrange pas lorsque sa femme Caroline lui annonce qu'elle le quitte et qu'elle emmène avec elle leur fille Lucy. Tombé en dépression, Maxwell voit cependant quelques mois plus tard une occasion rêvée de reprendre sa vie en main lorsqu'un vieil ami lui propose un travail de commis voyageur, représentant de brosses à dents écologiques. Voici donc notre héros au volant d'une voiture hybrique et parcourant l'Angleterre avec pour seule compagnie son GPS à la voix sensuelle. Il revoit d'anciennes connaissances, tisse de nouveaux liens et, surtout, cherche à redonner un sens à son existence...

ça pourrait être un roman très sombre et, inutile de le nier, ça l'est par endroits, mais au final, La vie très privée de Mr Sim  est l'histoire pleine d'humour d'un loser de 48 ans dont les aventures, souvent désastreuses, font au final plus rire que pleurer. Coe a une plume alerte, un style vif qui jongle avec aisance entre différents modes de narration (lettres, dialogues, narration traditionnelle) et un humour anglais très pince-sans-rire. Certaines scènes sont vraiment très drôles: je pense notamment à ce passage où le héros, à peine sorti de sa dépression, se confie à son voisin d'avion sans s'apercevoir qu'il est mort depuis dix minutes d'une crise cardiaque, ou à celle où il fait une déclaration d'amour passionnée à Emma.... son GPS. Mais le talent de Coe ne se limite pas seulement à un comique de situations; il parvient à partir d'une intrigue principale à créer plusieurs intrigues secondaires; ainsi il n'écrit pas seulement l'histoire de Maxwell mais également celle de son père, de sa femme, de ses amis... Toutes ses intrigues ont un point commun: elles traitent de la difficulté des rapports humains (notamment les rapports parents/enfants) mais surtout de la quête de l'identité: comment au milieu d'un monde qui vous écrase, comment parvenir à découvrir qui l'on est vraiment et surtout, s'accepter? Ce qui pourrait cependant être une leçon pompeuse est traitée avec beaucoup de légèreté et avec un regard ironique mais non dépourvu de tendresse, sur un monde de machines, de téléphones portables, d'ordinateurs dernier cri, de banquiers véreux et d'hommes dépassés. Rien à dire, j'ai beaucoup aimé la vie très privée de Mr Sim. Un bémol: je n'ai pas aimé la fin, que beaucoup apprécieront sans doute mais qui pour ma part m'a parue bâclée et, surtout, en complète rupture avec le reste du récit. En même temps, il s'agit du tout dernier chapitre, alors ne faisons pas trop la fine bouche et saluons un roman qui avec le rire du désespoir nous parle d'un homme comme il y en a sans doute des millions, confronté à un monde qui le dépasse complètement...

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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 13:26

L09.jpgTravail soigné

Pierre Lemaître

Editions Livre de Poche

(2006)

 

Je ne sais pas si vous vous en souvenez, mais j’ai découvert Pierre Lemaître avec son brillant Robe de marié. Plus tard, moins convaincue mais toujours aussi enthousiaste, j’ai évoqué le sombre Cadres noirs, policier atypique mettant en scène un cadre au chômage prêt à tout pour retrouver du travail. Aujourd’hui, nous allons parler du tout premier roman de Pierre Lemaître, Travail soigné, qui confirme tout le bien que je pensais de cet auteur.

Camille Verhoeven, commandant de police respecté malgré sa petite taille (1m45) est également un époux comblé qui, dans un mois, sera père. Mais le meurtre particulièrement atroce de deux prostituées dans un appartement de la région parisienne le met bientôt face à un criminel d’un genre bien particulier qui tue en s’inspirant… de romans. Camille décide alors d’entrer dans le jeu du mystérieux assassin, conscient cependant que ce dernier a tout prévu alors que lui-même ignore encore ce qui va se passer.

Une fois encore, je ne peux pas trop en dire sur ce roman, au risque de trop vous en dévoiler et de gâcher l’effet de surprise. Travail soigné présente un double intérêt : une histoire macabre, très sanglante par endroits et de fait déconseillée aux âmes sensibles, mais, surtout, une narration construite de façon redoutable. J’avais déjà évoqué avec Robe de marié la façon de Pierre Lemaître d’amener son intrigue là où on ne l’attendait pas forcément, et son premier roman ne fait que me conforter dans cette opinion. Asymétrique (la première partie de l’ouvrage fait plus de trois cent cinquante pages, la seconde seulement quarante), la narration faussement  simple, se révèle pleine de chausse-trappes et de pièges dont on ne prend pleinement conscience qu’à la fin d’une lecture éprouvante pour les nerfs. Rien à dire, le titre n’est pas trompeur, c’est du joli travail…

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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 23:16

L04.jpgBlanco

t.2 L'instinct du retour

Jirô Taniguchi

éditions Casterman

(1996)

 

Presque cinq jours pour lire un manga, c'est pas super comme rythme. Ok, c'est un manga épais, un manga de Taniguchi, l'auteur du très beau Quartier lointain, mais ça reste du manga. La lecture n'aurait pas dû prendre autant de temps...

Et pourquoi? Et bien, je l'avoue, une certaine lassitude. Retour aux aventures de Blanco, le chien mutant que des expériences ont transformé en véritable machine de guerre. Blanco est traqué par les services secrets qui veulent à tout prix l'abattre avant que son existence ne soit découverte. Mais le beau chien blanc n'en a cure. Traversant les territoires, il se dirige droit vers un seul objectif: sa maîtresse Patricia. Et voilà en gros toute l'histoire. Blanco court, court, des méchants essaient de le tuer, mais Blanco les tue avant, Blanco re-court (oui le verbe n'existe pas mais c'est mon blog je fais ce que je veux d'abord) autres méchants, autres scènes de boucherie, sang, scientifiques qui s'exclament "oh mon Dieu, Blanco n'a plus rien d'un chien", Blanco court, Patricia pleure, quelques lignes du narrateur expliquent les sensations de Blanco qui, oh devinez quoi? court toujours... Bref, c'est un peu lassant. J'étais un peu de méchante humeur en lisant ce manga, prête à mettre un petit lapin grognon au tout début de la note et prête à râler contre un récit qui s'essouffle (sans mauvais jeux de mots) et contre des personnages secondaires  inintéressants au possible... Seulement, comme pour le premier volet, je suis sortie de ma lecture finalement touchée, à défaut d'être totalement emballée. En effet, encore une fois, Taniguchi a rendu de façon totalement magistrale le personnage de Blanco (le seul protagoniste dont, au fond, on se soucie) grâce à son dessin et à l'histoire de ce chien seul contre tous. De plus, Blanco court certes, mais il court avec beaucoup de grâce au milieu de paysages superbes et sa souffrance et sa fatigue prennent peu à peu à la gorge, surtout lorsqu'on comprend que l'issue de tout ceci ne peut être que funeste... Au final je n'étais pas grognon en finissant ma lecture; j'étais en larmes. Sacré Taniguchi, tu m'as encore eue...

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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 12:17

L02.jpg13 balles dans la peau

Vampire story 1

David Wellington

éditions Milady

(2007)

 

Oui, je vous vois grimacer. Et oui, c'est encore une histoire de vampires, je suis désolée. Je n'y peux rien si la littérature fantastique aime le sujet en ce moment. Vous inquiétez pas, bientôt la mode sera passée et on ne parlera plus que de zombies ou de sorcières j'en suis persuadée. Mais, en attendant, faites un effort et lisez cette note. Y a du sang et de la violence vous allez voir c'est super....

Arkeley, agent fédéral, a voué sa vie entière à la destruction des vampires et, officiellement, il a tué le dernier dans les années 80. Mais, en réalité, Arkeley sait qu'il en reste un, Justinia Malvern. Quasiment morte, isolée dans un hôpital désaffecté, cette dernière ne semble plus une menace pour l'humanité. Pourtant, lorsque vingt ans plus tard, Laura Caxton, jeune femme travaillant dans la police routière se retrouve avec des meurtres sanglants sur les bras à la suite d'un contrôle qui a mal tourné, le FBI doit se faire une raison: d'une façon ou d'une autre, Malvern du fond de sa retraite a réussi à se reconstituer un clan... Arkeley et Caxton dès lors reprennent l'enquête avec un seul objectif: anéantir définitivement les vampires.

L'intérêt majeur de ce livre repose essentiellement sur la dynamique du couple improbable Caxton/ Arkeley. D'entrée de jeu, l'auteur ne tombe pas dans la facilité du couple de partenaires qui ne peuvent pas se supporter au début mais qui à la fin du roman s'embrassent goûlument après avoir tué une brouette de vampires. En effet, Arkeley est présenté comme un homme de près de soixante-dix, usé, marié et obsédé par sa chasse aux vampires. Et pour bien ôter la moindre idée de romance entre les personnages de la tête du lecteur (genre: no way n'y songez même pas) l'auteur fait de son personnage féminin... une lesbienne. Problème réglé, pas d'histoire d'amour et à vrai dire cela permet à Wellington de s'engager dans une toute autre approche, faisant de Arkeley un patriarche grognon et déterminé, prêt à sacrifier sans vergogne la vie de nombreuses personnes pour parvenir  à ses fins et de Caxton une débutante pas très à son aise malgré tout, un peu douillette, et qui parfois ratera même des moments clés de l'histoire. Le récit étant de son point de vue, c'est une approche plutôt originale puisque du coup, par exemple, un moment-clé de l'action va être uniquement découvert après coup par le lecteur, narré par Arkeley. L'autre intérêt de 13 balles dans la peau, c'est incontestablement sa violence, sa vision du vampire qui, sans en nier la dimension fascinante (dans l'histoire, les vampires sont capables d'hypnotiser leurs victimes) en fait un être hideux et maudit, un être qui a choisi son état en se suicidant pour achever la transformation. Après, je crois qu'on a fait le tour d'un roman qui enchaîne scènes d'action sanglantes (âmes sensibles s'abstenir) et états d'âme d'une héroïne assez énervante mais somme toute plutôt sympathique. L'écriture n'est pas une franche réussite, les chapitres sont trop courts et de fait donnent au roman un aspect décousu, mais le suspense est bon et la fin inattendu. En bref, rien à reprocher à un honnête roman fantastique qui n'est que le premier volet d'une trilogie. Mais que les allergiques aux vampires se rassurent: on n'en parlera pas tout de suite...

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 18:10

L03.jpgLe château d'Otrante

Horace Walpole

éditions José Corti

(1764)

 

On ne peut pas accuser les éditions Corti de malhonnêteté puisque dès la préface du Château d'Otrante, le traducteur s'emploie consciencieusement  à détruire le roman, le décrivant comme "une oeuvre toute baignée d'un sentimentalisme fade et sans chaleur" qui, s'il était publié aujourd'hui, ne passionnerait sans doute pas les foules.

L'histoire se déroule au Moyen-Age. Manfred, châtelain d'Otrante, s'apprête à célébrer le mariage de son fils Conrad avec la belle Isabelle. Mais le mariage tourne au drame lorsque le futur époux se prend un heaume géant sur la tête et meurt écrasé (oui, oui vous avez bien lu). Manfred, terrassé par le chagrin, semble soudain devenir fou et, n'ayant plus qu'une fille, Mathilde, se met en tête de répudier sa femme Hippolite pour épouser sa future ex-belle-fille et avoir des héritiers. Bien entendu, Isabelle ne l'entend pas de cette oreille et fuit tandis que dans le château, les phénomènes surnaturels se multiplient...

Je suis assez d'accord avec le traducteur. Ce livre n'offre aucun intérêt en soi. Les personnages sont creux. Sans consistance, ils n'ont aucune psychologie un tant soit peu fouillée et vivent ou meurent dans l'indifférence la plus générale. Le seul qui se distingue est Manfred, le principal protagoniste, qui, cependant à force de méchanceté, nous lasse. L'intrigue est invraisemblable et surtout semble cousue à la hâte, avec rebondissements divers et variés dignes d'un épisode du Caméléon où finalement on apprend que Miss Parker était la soeur du demi-frère de l'oncle du neveu de Jarod. Quant au merveilleux présent dans Le château d'Otrante, il est soit trop discret, soit au contraire un peu exagéré (le coup du casque à plumes géant qui tombe sur la tête de Conrad tout de même...) Alors, pourquoi me direz-vous, pourquoi diable les éditions Corti se sont-elles ennuyées à traduire et à publier ce roman, pourquoi diable fait-il partie de la sélection des 1001 livres...? Pour la simple raison que Le château d'Otrante est le premier roman gothique, se servant d'un décor médiéval (château truffé de passages) et du surnaturel (fantômes) pour créer une ambiance oppressante, mêlant fantastique et horreur. En tous cas c'était le but recherché. Le but en ce qui me concerne n'a pas été atteint. Le roman de Walpole est une curiosité: on le lit sans ennui, bercé par une écriture plaisante mais pas inoubliable et un style grandiloquent avec des hommes prêts à en découdre et des femmes qui se pâment toutes les trente secondes. A découvrir donc et à oublier tout aussitôt...

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 17:54

L04.jpgMama black widow

Iceberg Slim

éditions Points

(1969)

 

 

Iceberg Slim n'est pas un écrivain "traditionnel". Célèbre proxénète à Chicago dans les années 50, il fit plusieurs fois de la prison, jusqu'au jour où, en cellule d'isolement, il se rendit compte du gâchis qu'avait été jusque là sa vie. Il se mit alors à écrire, écrivant sur ce qu'il connaissait le mieux, la condition de l'homme noir dans le ghetto, méprisé et haï par les Blancs et condamné à survivre par des moyens douteux ou à mourir dans la misère. Mama black widow, l'ouvrage dont nous allons parler aujourd'hui, complète la trilogie "autobiographique" de Slim, amorcée par Pimp et Trick Baby. Dans ce roman, Slim fait parler Otis Tilson, travesti noir qui lui raconte sa vie; Otis, benjamin d'une famille de quatre enfants, vivait avec les siens dans le Mississipi jusqu'au jour où sous la pression de sa mère, son père accepte de déménager dans le Nord, dans un ghetto de Chicago. Otis découvre alors l'envers du décor: des policiers corrompus et haineux, un diacre pédophile, des drogués et des proxénètes... Sa famille, dirigée par une "Mama" prête à tout pour obtenir de l'argent, vole bientôt en éclats et Otis se retrouve livré à lui-même, tiraillé entre son amour pour la jolie Dorcas et son désir pour les hommes...

Ici pas de style recherché ni de récit elducoré. Slim nous livre un roman brut, violent, dur. Les dialogues sont directs, l'histoire est racontée sans détours et d'autant plus effrayante qu'il s'agit d'une histoire vraie. Sans doute trop habituée à la poésie de Murakami ou aux récits d'ados, j'ai vécu les premières pages de Mama black widow comme de véritables coups de poings dans le ventre. Toute la misère du monde semble concentrée dans le récit de la vie d'Otis, une vie sur laquelle plane en continu l'ombre de la "mama", cette mère victime durant son enfance qui se montre, peut-être même sans le vouloir, un véritable bourreau pour les siens et accélère la ruine de sa famille, méprisant son mari, vendant ses filles... Au milieu du constat sans espoir d'une société corrompue et violente, l'auteur glisse cependant ça et là quelques jolies touches qui tranchent avec le reste du récit: un Noël passé en famille, le sourire de Carol, la soeur du narrateur, et le comportement du narrateur lui-même qui, malgré toutes les horreurs qu'il endure, ne parvient pas à devenir mauvais ni même à haïr. Il reste humain et c'est ce qui rend son destin d'autant plus tragique. Mais, une fois n'est pas coutume, je vais laisser la parole à l'auteur du livre:

"Il n'y a pas de dialogues psychologiques ésotériques, de sermons accablants ou d'assommantes notes dans ce récit d'une vie. Les dialogues sont dans la langue crue des pédés, du ghetto noir, du Sud profond, des bas-fonds. Si peinture critique de la société il y a, elle se trouve dans l'âpreté des conflits internes et externes de cette lutte tragique qu'Otis Tilson mène pour se libérer de la garce perverse brûlant en lui. Elle se trouve également dans la façon de vivre du frère aîné d'Otis et de ses deux jolies soeurs à la dérive dans un monde sombre de proxénétisme, de crime, de violence, où le bien est condamné et le mal applaudi."

Et je crois que pour le coup, rien ne résume mieux le livre que ces quelques lignes.

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30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 12:09

L02.jpgTerrienne

Jean-Claude Mourlevat

éditions Gallimard Jeunesse

(2011)

 

Etienne Virgil, vieil écrivain sur le déclin, rencontre un jour sur une route de campagne une jeune auto-stoppeuse de dix-huit ans, Anne Collodi. Celle-ci un brin déjanté, lui raconte qu'elle est à la recherche de sa soeur, Gabrielle, enlevée la nuit-même de son mariage par son étrange époux. Un an plus tard, tout le monde a abandonné. Mais une nuit, Anne entend sur sa radio un SOS lancé par la disparue. Aussitôt la jeune fille se lance sur les traces de sa soeur et passe dans un monde parallèle, un monde où les gens ne rient pas, n'éternuent pas, ne respirent pas. Un monde aseptisé sans couleurs et sans odeur,s un monde sans argent et sans guerre certes, mais aussi sans amour et sans émotions. Bref, un monde dépourvu d'humanité. Dans cet étrange univers où le simple fait de respirer la met en danger, Anne va tout faire pour retrouver Gabrielle, aidée par Etienne Virgil et quelques alliés inattendus.

L'idée d'un monde neutre n'a rien de révolutionnaire. Aldous Huxley, pour ne citer que lui, avait déjà fait un portrait terrifiant d'une société assez semblable dans Le Meilleur des mondes. Mais, alors que le monde actuel tend justement à s'aseptiser de plus en plus, condamnant pêle-mêle l'alcool, la cigarette, les pigeons, la saleté, les animaux trop bruyants et la musique trop forte et nous présentant de plus en plus comme modèle le brave sportif amateur de ces cinq fruits et légumes par jour, je trouve que l'initiative de Mourlevat est courageuse, surtout qu'il s'agit d'un roman destiné à la jeunesse. Terrienne qui plus est plutôt bien écrit, mêlant habilement les différents points de vue, celui d'Anne essentiellement, mais également celui de Etienne ou de Bran. A noter que la narration est écrite à la première personne uniquement lorsque nous revenons à Anne, l'auteur rappelant ainsi qui est la véritable héroïne de l'histoire. L'intrigue est habilement menée, avec une bonne dose de suspens et, surtout, des rebondissements pour le moins inattendus qui peuvent même choquer. En fait, je n'ai que deux détails à reprocher à ce roman. Le premier, c'est qu'en voulant condamner une société aseptisée, Jean-Claude Mourlevat fait paradoxalement de notre bonne vieille Terre un monde idéal, ce qui vous le reconnaîtrez est loin d'être le cas. Mon second reproche est plus technique. J'ai trouvé la fin de Terrienne, un peu ratée. Les deux premières parties sont très prenantes, la troisième démarre sur des chapeaux de roue et... et là ça ça retombe. Comme dit la collègue qui m'a recommandée le livre, "on a l'impression que l'auteur n'a pas su comment terminer l'histoire". C'est dommage mais ça n'enlève en rien les qualités d'un roman qui jongle habilement entre science-fiction et aventure... Je n'avais jamais rien lu jusqu'à présent de Mourlevat et c'est donc une agréable surprise. Ps: mention spéciale à la couverture du roman également très réussie...

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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 19:01

L04.jpgLa ballade de l'impossible

Haruki Murakami

éditions 10-18

 

"Quand j'entends cette chanson, je me sens parfois terriblement triste. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression d'errer au milieu d'une forêt profonde, dit Naoko. Je suis seule, j'ai froid, il fait noir et personne ne vient à mon aide."


Vous connaissiez la chanson Norwegian Wood des Beattles? Personnellement, je l'avais déjà entendu, mais sans pouvoir la nommer. C'est une chanson au rythme assez lent qui raconte l'histoire d'un homme qui va chez une femme qu'il ne connaît pas. Ils bavardent ensemble jusqu'à deux heures en buvant du vin. Puis l'homme se traîne jusqu'à la baignoire pour dormir et, quand il se réveille au matin "This bird has flown" (cet oiseau s'était envolé). C'est de cette chanson que démarre l'histoire de Murakami la ballade de l'impossible. Le narrateur, au cours d'un voyage en avion, entend ce morceau qui le ramène vingt ans en arrière. A cette époque-là, Watanabe, le héros du récit, avait un ami, Kizuki, qui s'était suicidé lorsqu'ils étaient encore au lycée. Un an  après ce drame, désormais à l'université, Watanabe retrouve Naoko, la petite amie de Kizuki, elle aussi profondément touchée. Pendant un an, tous les deux vont parcourir les rues de Tokyo  en se parlant peu, unis et seuls à la fois. Naoko ne semble jamais trouver ses mots, Watanabe ne semble pas très bien comprendre ce qui lui arrive. Une nuit, tout bascule, et, au matin, Naoko disparaît, laissant le narrateur dans un monde qui lui est étranger...

C'est très difficile de parler des romans de Murakami en général, mais parler de celui-ci relève de l'impossible sans mauvais jeux de mots. La ballade de l'impossible est en effet basé sur le non-dit. Jamais narrateur n'a été aussi peu bavard: Watanabe s'étend sur son quotidien, sur ses lectures, sur ses études, sur ses rencontres, jamais sur ses sentiments. L'étudiant évolue dans le monde en spectateur ou en acteur passif, regardant beaucoup, s'investissant peu, vivant loin des autres si j'ose dire, rendu distant par la mort de son meilleur ami. Naoko elle, semble avoir perdu le pouvoir de s'exprimer; incapable de parler, elle s'enfonce dans un monde de ténèbres dont elle n'arrive pas à sortir... Le récit fonctionne aussi sur un réseau d'amours contrariés: Midori, la jolie étudiante très bavarde et un peu folle aime Watanabe qui lui aime Naoko qui elle aime  toujours Isuki, le disparu... Hatsumi, la jeune fille sage aime l'ami de Watanabe, Nagasawa, qui lui l'aime aussi mais pas assez pour renoncer aux autres femmes... Les personnages se confrontent, se heurtent, se blessent mutuellement, incapables de décrypter leurs sentiments et encore moins ceux des autres. Assez désespérant au final. Murakami nous offre encore une fois un joli art du portrait, brossant des personnages attachants chacun à leur manière: il y a le "facho", le colocataire tatillon de Watanabe, la pétillante Midori, le très classe Nagasawa, la douce Reiko... La force de La ballade de l'impossible réside dans les rencontres du narrateur, toutes ces histoires dont pour la plupart nous ne connaîtrons jamais la fin. Elle réside aussi dans la description de simples scènes du quotidien: les promenades nocturnes de Watanabe et Naoko dans les rues de Tokyo, le premier dîner de Midori et Watanabe, le séjour que fait le narrateur dans la maison de repos de Naoko. La ballade de l'impossible n'a pas la poésie de Kafka sur le rivage. De même, trop diluée dans le temps, l'intrigue perd un peu de sa force au fil des pages jusqu'à une fin que j'ai trouvé je l'avoue, un peu décevante (il ne s'agit pas de la façon dont se termine l'histoire mais plutôt de la façon de la raconter) Cependant, il se dégage de ce roman un je-ne-sais-quoi de délicieusement mélancolique qui fait définitivement de Murakami un auteur cher à mon coeur.

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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 18:14

L02.jpgKajika

Akira Toriyama

éditions Glénat


 

En essayant d'écouler ma pile de livres à lire, je suis tombée sur une curiosité, un manga en un seul volume, Kajika, dont l'auteur n'est rien moins qu'Akira Toriyama, l'auteur de la série Dragon Ball. Et, de fait, Kajika présente de nombreuses similitudes avec son grand frère. Le héros Kajika est un jeune garçon qui, suite à une étourderie, a provoqué la mort d'un renard. Maudit par l'esprit de ce dernier, qui l'accompagne désormais sous la forme d'un petit fantôme, Kajika se voit affublé d'une queue et d'oreilles de renard. De plus, sa force extraordinaire est bridée par la malédiction, malédiction qui ne disparaîtra que le jour où Kajika aura sauvé mille animaux... Mais, alors qu'il touche au but, son chemin croise celui d'Haya, une jeune fille qui a volé un oeuf de dragon. Or, cet oeuf est convoité par des hommes sans scrupules qui seraient prêts à tout pour l'obtenir.

ça a un petit air de déjà-vu. Au niveau de l'histoire déjà, ça ressemble fortement aux débuts de Dragon Ball avec un héros très fort et un peu naïf (si Kajika est un tantinet plus dégourdi que Sangoku, il ignore tout de même comment se servir d'un portable par exemple et se laisse totalement manipuler par Haya) et une héroïne jolie et sans scrupules. Quant aux dessins, comment dire ça? Ce sont exactement les mêmes. Oui, je sais chaque dessinateur a son style, mais là l'univers est exactement celui de Dragon Ball, les machines sont les mêmes et les méchants ressemblent beaucoup à ceux de l'Armée du Ruban Rouge qui poursuivaient déjà Sangoku. Le héros fait même de très jolis boules de feu avec ses mains. C'est sans doute volontaire, un clin d'oeil aux fans de la série je suppose. Dans la mesure où le manga ne fait qu'un tome, ça ne me choque pas plus que ça. Il s'agit de toute évidence d'un interlude dans le travail d'Akira Toriyama, une histoire sympathique qui se lit bien et qui mélange humour et combats avec brio. Ceci dit, si la série avait fait plusieurs volumes, là j'aurais crié au scandale; tant qu'à faire un copié/collé, autant continuer la série des Dragon Ball, moi je voulais savoir ce qu'il advenait de Végéta...

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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 20:29

L03.jpgEmile ou de l'éducation

Jean-Jacques Rousseau

éditions Flammarion

 

Je sais que vous attendiez tous cette note avec impatience et fébrilité, alors soyez dans la joie: aujourd'hui, nous allons parler du prochain livre des 1001 livres... qui n'est autre que Emile ou l'éducation de Rousseau. Officiellement d'ailleurs, ce livre n'est pas un roman. Il est classé en philo en librairie et j'aurais tendance à le considérer moi-même comme un ouvrage philosophique. Dans ce pavé de près de 700 pages (vous commencez à comprendre que Rousseau n'a pas un style des plus concis) l'auteur explique, plus ou moins clairement d'ailleurs, ses conceptions concernant l'éducation et s'appuie pour cela sur un élève fictif nommé Emile. Le livre n'a rien de pratique et d'ailleurs ne se prétend pas comme tel. En fait, plus Rousseau avance dans ce que faute de mieux je nommerai la démonstration, plus cette dernière devient théorique. Les soins apportés à Emile lors de son premier âge sont en effet bien décrits (un minimum de vêtements, une liberté presque totale) mais plus l'enfant grandit, plus l'éducation se fait imprécise s'appuyant plus sur des principes généraux que sur des exemples concrets. Les principes généraux? Rousseau s'appuie sur l'idée que l'homme par nature n'est pas mauvais et que plus il s'éloigne de la nature, plus il se corrompt. L'idée n'est pas de faire d'Emile un "bon sauvage" car l'homme, toujours selon l'auteur, se doit de vivre dans la société. En revanche, Rousseau s'attache à retarder au maximum cette entrée dans la société et à en montrer les artifices à son élève imaginaire afin que celui-ci ne soit pas dupe. Emile apprendra donc à lire très tard et ne sera instruit d'aucune question religieuse avant d'être en âge de les comprendre, l'idée étant de lui éviter endoctrinement et préjugés.  Il passera son enfance à courir, à apprendre des travaux manuels, à dire toujours la vérité et à vivre dans une absence quasi-totale de règles. Parvenu à l'adolescence, il sera mis en garde contre les attraits trompeurs de ce monde: argent, pouvoir, frivolités et libertinage. Rousseau se plaît alors à lui forger une compagne digne de lui: Sophie. Sophie étant femme, ne bénéficie pas de la même éducation que Emile. Emile peut prétendre à comprendre le monde quand il en a atteint l'âge, Sophie est pour jamais exclue de ce qui ne convient pas à son rôle de future mère: se devant d'être soumise à son mari et attentive à ses enfants, elle a un "handicap" supplémentaire: Emile est un homme et sa réputation importe peu tant qu'il agit bien. En revanche, Sophie n'a pas le droit d'avoir une réputation douteuse, même si celle-ci est imméritée. Elle doit conjuguer à la probité une certaine dose de flatterie et de ruse pour évoluer dans la société en toute sérénité. Lourde tâche pour un sexe dont Rousseau reconnaît pourtant la finesse et l'ascendant.

Je schématise beaucoup, que les critiques de Rousseau ne me tombent donc pas tous sur le poil en hurlant au scandale. Force est de reconnaître que j'ai eu beaucoup de mal à accepter sans sourciller certains passages sur l'éducation des filles. Oui il faut remettre dans le contexte et tout et tout je sais, mais je sais aussi que pour le coup, des auteurs comme Richardson avait sur les femmes des idées beaucoup plus avancées (les héroïnes de Richardson sont toutes des femmes instruites) alors que Rousseau les relègue avec une bonne foi désarmante aux soins de leurs enfants et de leur intérieur. Pour le reste que dire.... Certaines idées de Rousseau sont plutôt intéressantes (privilégier une éducation au plus près de la nature, apprendre à l'enfant très tôt à affronter ses peurs) et d'autres plus étranges (refuser de lui apprendre à lire, refuser de lui imposer une quelconque loi) Inutile de vous dire qu'en terme pédagogique, ce livre n'a aucune valeur et l'auteur le souligne à de maintes reprises. Il s'agit donc d'une réflexion, une utopie peut-être, qui tantôt prend l'aspect d'un pamphlet cinglant (quand Rousseau s'en prend à ses pairs) tantôt l'aspect d'un roman (lorsque notamment l'auteur raconte la rencontre entre Emile et Sophie) tantôt encore l'aspect d'un traité, le tout entre-coupé de dialogues entre le maître et son élève et de nombreuses digressions, dont la plus célèbre est celle du vicaire savoyard. Livre aux multiples visages, Emile n'échappe donc pas de ce fait à la répétition et parfois à la contradiction: ainsi Rousseau, après avoir défendu le végétarisme et le droit des animaux, fait chasser son élève pour le distraire de ses hormones et l'empêcher de trop penser aux femmes. Bon, je schématise sans doute, mais c'est ainsi que j'ai interprété un livre qui, globalement ne me laissera pas trop de mauvais souvenirs mais qui m'a parfois fait me demander pourquoi diable on considérait le 18e siècle comme celui des Lumières....

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